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Réflexion sur la Guerre en général et celle d'Irak en particulier Réflexion de l'Amiral Guy Labouérie, Membre de l'Académie de Marine (1). Brest, le 5 avril 2003 (Ó).
Pour cela écartons toutes les significations du mot "guerre" employées à tort et à travers dans la littérature politicienne ou à prétention intellectuelle, que ce soit la guerre des affaires et des médias, celle la guerre de la drogue, la guerre économique, la guerre de l'information, la guerre des sexes, guerre des classes, ... pour ne prendre en compte que la guerre militaire, expression paroxystique de la violence des États. (1) A) Ce que la guerre n'est pas
pas plus que de guerre zéro mort, y compris chez soi. Sur ce point constatons l'effet déplorable des jeux télévisés et des reportages TV un peu partout dans le monde... Rien n'est réel et l'on s'habitue avec une stupéfiante aisance à ces morts par intérim ce qui conduit inéluctablement au refus de la réalité, et particulièrement la réalité des rapports de l'homme, à titre individuel aussi bien que collectif, dès lors que sont en jeu les questions du pouvoir et de l'argent. Si cette réalité nous atteint brusquement, tout s'effondre entraînant d'une part cet accroissement alarmant pour la santé mentale d'un pays du recours aux cellules psychologiques au moindre accident quel qu'il soit, et d'autre part le refus de toute approche réaliste des conditions de la violence dès lors qu'à tort ou à raison elle pourrait se retourner vers soi. Cela manifeste la fragilité psychologique des intéressés et des sociétés, ce qui est d'autant plus le cas de celles qui vivent sur une perte des références et des valeurs et sombrent dans un relativisme excessif.
quelle que soit la supériorité technologique dont on dispose. Il faut toujours que l'homme sorte de ses carapaces protectrices, car il n'y a pas de fin externe du conflit Il y faut le contact réel avec les humains de l'autre partie et c'est le moment du plus grand danger pour les uns comme pour les autres, même si la supériorité de l'un peut permettre de limiter les drames de son côté, ce qui avait été le cas de la 1ère guerre du Golfe qui n'avait fait que très peu de victimes du côté de la coalition et beaucoup chez les Irakiens mais sans que les causes profondes du conflit, au-delà de l'invasion du Koweït réclamé comme la 19ème province de l'Irak, aient été réellement traitées.
car dès que l'on tue, comme le fait remarquer Élie Wiesel (2), ne serait-ce qu'une seule personne c'est lui faire injustice mais, ajoute-t-il, il y a plus grande injustice encore c'est celle qui est faite à tout un peuple en lui imposant un régime dictatorial insupportable. Par contre il y a des guerres inéluctables et/ou inévitables dès lors que la communication véritable n'est plus possible et que l'un ou l'autre des adversaires menace la vie même et l'avenir de l'autre voire même des siens, deux données essentiellement subjectives pouvant prêter à bien des approches différentes. Si la notion de guerre juste a été un progrès en Europe moyenâgeuse, il ne faut pas aujourd'hui s'appuyer sur elle pour y trouver une tranquillisation de ce que l'on fait ou de ce que l'on voudrait que l'autre ne fasse pas. D'ailleurs tout pays qui fait la guerre que ce soit à son initiative ou à son détriment l'estime immédiatement juste et rien ne lui enlèvera cette conviction, d'autant qu'il en a besoin pour faire face à ce qui arrive en fait de violence et de destruction et mobiliser sa population.
dont personne ne sait ce qu'il est effectivement, d'une part parce qu'il y a nombre de droits internationaux, tous différents, tous avec des objets divers, d'autre part parce que l'ONU n'a jamais été capable d'obtenir des plus puissants ( États-Unis, URSS et maintenant Chine...) la concrétisation de sa propre Charte en ce qui concerne la mise sur pied d'un état-major et de forces qui lui soient propres pour faire respecter ce droit. C'est d'autant plus impossible d'ailleurs, ce dont pas grand monde ne se soucie, que plus de la moitié des États qui composent l'ONU, non seulement ne respectent pas la Charte qu'ils ont signé mais ont sur leur territoire ou avec leurs voisins des conflits qui ensanglantent leurs peuples depuis les débuts de la décolonisation, avec plusieurs millions de morts dont l'ONU ne préfère ne pas trop parler. Si on constate par ailleurs qu'une partie non négligeable du Conseil de Sécurité est composée d'États voyous, terroristes ou narco-États, on peut avoir des doutes sur la "légitimité" de bien des décisions. (3) C'est en tous état de cause ce qu'a considéré depuis 1948 l'Etat d'Israël, sans que personne ne trouve à s'y opposer, ce que vient de prendre en compte la coalition USA-GB, et ce dont notre pays a largement usé dans ses interventions heureuses ou malheureuses en Afrique... (4), y compris en ex-Yougoslavie il n'y a pas si longtemps où malheureusement nous n'avons pas été capables d'être efficaces sans l'intervention des Américains.
C'est une décision des autorités politiques et ne peut l'être que d'eux avec l'inconvénient que la plupart d'entre eux n'ont guère d'idées sur les effets de leurs armes. Les militaires connaissent trop les effets terrifiants de leurs armes pour être désormais des va-t-en guerre. Ce n'est malheureusement pas le cas des dictatures, près de la moitié des États représentés à l'ONU, où ce sont les militaires qui sont au pouvoir. Ces derniers par ambition, cupidité et ignorance mêlées, peuvent lancer leurs populations soit dans des aventures abominables comme au Cambodge, au Rwanda et bien d'autres lieux, avec des centaines de milliers de morts tout de suite oubliés, soit dans des affrontements internationaux majeurs comme on l'a vu entre l'Irak et l'Iran, la Chine et l'Inde, l'Inde et le Pakistan, etc.
Si les premiers sont parfois légitimes ils peuvent d'autant plus favoriser la guerre que, par l'exportation et la concurrence effrénée de leurs fabricants, ils peuvent tenter les Politiques d'en jouer autrement que prévus initialement, surtout dans les pays dictatoriaux où il n'existe aucun contrôle de type parlementaire démocratique. Quitte à mettre hors d'eux les fabricants n'hésitons pas à dire que l'exportation des armes occidentales est le moteur du militarisme du monde des dictatures militaires. (5) Ces derniers peuvent alors se laisser aller à la tentation de l'action pour obtenir ce qu'ils veulent jurant comme don Juan que c'est leur dernière conquête avant l'établissement de la paix... On a vu ce que cela a donné dans l'histoire européenne pour se limiter à elle.
Le Dieu des chrétiens, particulièrement, n'a rien à voir avec la guerre, sinon pour la refuser. L'invoquer pour gagner quelles qu'en soient les motivations ne peut alors que renforcer ceux qui adorent un Dieu Vengeur comme chez les anciens Hébreux ou un Dieu qui réclame la tête des non musulmans s'ils ne veulent pas se convertir ou s'il veulent changer de religion (6). C'est d'autant plus vrai que dans les faits, la religion n'est que rarement le point de départ des véritables guerres mais par contre son emploi pour des raisons politiciennes les exaspère jusqu'à des points de non-retour où seuls les massacres semblent la meilleure solution quelle que soit la somme de douleurs et de souffrances imposées aux uns comme aux autres. Il n'y a guère que deux hommes qui ont porté la question à son véritable niveau: le Pape des catholiques et le recteur d'El Azar au Caire... L'outil de base de cette intrusion de la religion dans la violence est l'ignorance, celle de tous les protagonistes même si elle a des points d'appui différents suivant les uns et les autres. Elle sert de justification d'autant plus importante qu'elle est plus répandue, en particulier dans la religion musulmane sous ses différentes écoles (7). Quant à la mesure de cette ignorance elle se constate dans le volume de superstitions qu'elle entraîne. Sachons reconnaître toutefois que les plus abominables des guerres depuis deux siècles ont été les guerres laïques européennes (8), ce qui explique en partie l'attitude actuelle des pays européens de l'ouest comme de l'Est dans leurs différences d'approche du phénomène irakien, ainsi que le rejet global des leçons apparentes que nous voudrions donner! parce qu'au nom de quoi prétendons-nous faire aux autres l'économie de l'histoire sinon par nos propres horreurs... mais l'expérience des autres ne sert jamais à rien.
Ceux qui ne voient que la liberté ignorent tout du donné réel de la vie des peuples, de leurs situations réelles sur l'échelle du temps et de l'extrême lenteur de leurs évolutions. Ceux qui ne pensent que déterminisme ignorent tout de l'état de "transgresseur volontaire" de l'homme personnel et collectif, et des prodigieux résultats qu'il peut en obtenir, en commençant par sa survie depuis le fond des âges. Personne ne peut être pour la guerre et c'est fausser le débat que de le simplifier en "pour" et "contre" sans même se demander de quoi il s'agit en particulier pour les humains. Ce qui est peut-être le plus étrange c'est que notre planète vit dans la conviction, ne reposant sur rien de précis, totalement subjective, que nous sommes à cheval entre deux désastres, le premier à l'origine qui nous a mis dans le malheur et un final à l'issue duquel nous trouverons le bonheur, qu'il s'appelle le paradis d'Allah, la Jérusalem céleste, la Parousie ...ou le non-être. D'où la tentation d'accélérer les choses comme allant de sois, dans le sens de l'histoire ont même prétendu les communistes... Faisant presque toujours l'impasse sur la violence individuelle de l'homme à l'origine de toute violence collective, la guerre ne serait finalement que l'expression brutale de cette situation inconfortable entre deux désastres (9). C'est troublant mais c'est ainsi et c'est pourquoi il faut maintenant tenter d'en approcher quelques réalités. B) Ce qu'est la guerre Les phrases de Clausewitz ont souvent entraîné des désastres et pas seulement par des déformations ou des exagérations de leurs commentateurs et autres experts.. On ne peut pas le suivre sur une des plus connues: "la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens" car on peut alors justifier n'importe quoi et nous ne nous en sommes pas privés tout au long de l'histoire. Quelles que soient les aventures passées de l'humanité dans un monde ouvert, apparemment infini, offert à l'ambition des humains, on ne peut s'appuyer sur elles pour continuer à le proclamer aujourd'hui dans un monde fermé, hétérogène, et d'autant plus dangereux.
et par suite toute guerre qui serait lancée sans avoir pour but une autre politique que celle qui y a conduit, de chaque côté car on n'est jamais seul dans cet échec. L'oubli ou le renvoi à plus tard de cette autre politique ne peut que conduire à des exacerbations des conflits et à des conséquences déplorables dans le temps. C'est en particulier le cas des guerres qui ne voudraient que des avantages d'ordre matériel... Si l'on s'est pas fixé les limites politiques, humaines, culturelles, économiques... de la guerre menée et de l'État du Droit vers lequel on veut aller, alors toutes les excès sont possibles et les conséquences désastreuses. Ce fut les cas de l'Europe au XXème siècle, ce que nous ne devons jamais oublier, nous les Européens, avec nos deux guerres mondiales européennes et surtout du traité de Versailles! . Comme telle, en effet, ce que nous dit un véritable expert, Bonaparte: "la guerre est un drame effrayant et passionné",
S'il faut toujours se scandaliser des morts dans une guerre, il ne faut pas non plus oublier sa réalité: la guerre n'est pas une entité abstraite pas plus qu'un super tournoi, tentation habituelle des médias. La guerre est bien autre chose: "c'est le royaume de l'atroce et de l'horrible, c'est le domaine du sang, du meurtre et de la destruction". Si par un curieux oubli de l'histoire on a pu croire que seuls les militaires devaient y mourir, la fermeture du monde sur lui-même, la montée des idéologies criminelles etc. ont entraîné la mort pour tout le monde, par un retour aux exterminations des "anathèmes", des chevauchées mongoles ou toutes ces horreurs diverses que nous voyons se reproduire sans fin au Cambodge, en Chine, au Rwanda et un peu partout sur la planète. Au-delà de toutes les justifications, de tous les résultats, se trouvent toujours la cruauté de la guerre et son côté insupportable. Les rites de purification des guerriers à l'issue des combats que l'on retrouve dans à peu près toutes les anciennes cultures montrent à quel point cela a toujours été perçu dans le passé. Il n'est jamais innocent de tuer ne serait-ce qu'une seule personne. A l'heure actuelle les perspectives sont plus effarantes que jamais, non pas tant par le perfectionnement des armes qui, à la limite, iraient plutôt dans le sens de l'économie des destructions matérielles et humaines inutiles grâce à leur précision et leur puissance, mais de l'écart grandissant entre l'information réelle des populations et les gouffres culturels qui les séparent (10). Ces gouffres sont aggravés par la fragilisation psychologique accentuée des pays occidentaux, surtout européens: confort et souci de sécurité intérieure des populations, idéologisation et ignorance de trop de médias incapables de rendre compte de façon claire et précise sur ce qui se passe, phénomènes de la drogue, de la perte d'énergie, du culte de l'argent, etc. de même qu'ils sont renforcés par l'accroissement de la pauvreté relative d'une partie importante du monde, pauvreté qui n'est pas seulement physique mais aussi culturelle, politique, affective et spirituelle.
et c'est pourquoi le premier devoir du stratège est de haïr la guerre au plus profond de lui-même et de la haïr d'autant plus quand il est militaire qu'il est le mieux placé pour savoir ce qu'il en est en réalité, ce que ne sait pas ou ne veut pas savoir le plus souvent le stratège civil qui décide dans les démocraties. C'est en assumant cette haine que l'on peut éviter autant que faire se peut de tomber dans ces stupides et criminelles courses aux armements qui ne cessent de se développer. Ce n'est pas du pacifisme ou de l'antimilitarisme, mais découle d'un fait parmi d'autres "la guerre est une chose trop terrible pour que nous la considérions sous un angle théorique ou affectif", ce à quoi nous sommes prédisposés et les démonstrations médiatiques par leur voyeurisme instinctif aggravent cette tendance. Cela s'est particulièrement manifesté au cours de cette dernière guerre. Or cela est dangereux car, au-delà de ses horreurs, c'est oublier, et par conséquent être incapable de la comprendre et de la battre sur son terrain, que la guerre peut être vécue, depuis le fond des âges, à un certain niveau des responsabilité et de culture, comme une aventure humaine exaltante, peut-être même comme la seule aventure qui vaille le sacrifice de sa vie, et que comme telle elle tente d'autant plus ceux qui, par ambition, soif de puissance et de pouvoir et profonde méconnaissance de la réalité de notre planète désormais, voient en elle le "sésame ouvres-toi" de leur grandeur et de leur marque sur l'Histoire de l'humanité. L'histoire en regorge d'exemples.
Il y a effectivement ce fait qu'au-delà de toutes les horreurs qu'elle génère, la guerre est aussi le seul domaine où sous la pression du danger et de la mort, toutes les possibilités de l'homme peuvent et doivent se dépasser et parfois se déchaîner. C'est le moment où l'on vit le plus intensément... c'est l'école d'une certaine vérité de l'homme, vérité terrible mais vérité inscrite dans notre violence individuelle et collective. Par suite elle a toujours séduit et il faudra encore bien du temps et une évolution profonde de toutes nos sociétés pour qu'elle cesse de séduire. C'est sous cet éclairage que l'on trouve les relations millénaires de la guerre et de la fête avec danses parures, émotions surtout dans le soulagement de la fin du conflit avec le rapport évident de la "violence et du sacré", objet de multiples études, mais aussi hélas! avec la levée de multiples tabous et d'interdits allant du viol au meurtre gratuit... exprimant la partie excrémentielle de la guerre. Par ailleurs, la guerre c'est aussi, souvent, et pas seulement dans les dictatures, le "repos des gouvernants", des Politiques, qui grâce à des lois d'exception toujours facilement votées garantissent l'obéissance plus facile des citoyens. En même temps, en cas de victoire elle donne aux dirigeants une auréole flatteuse car toute guerre sacralise le chef d'une nation (cf. les cotes des présidents français et américains pendant la 1ère guerre du Golfe). C'est, à la limite, le "syndrome d'Abraham", moment culminant du pouvoir patriarcal que celui où il ordonne la mort sacrificielle de son fils... Mais si Dieu a arrêté le bras d'Abraham, l'homme moderne a trop tenté de mettre Dieu de chaque côté de la guerre, et personne ne l'a arrêté dans cette terrifiante tentation, particulièrement au cours du XXème siècle avec la multiplication sans fin des "fils" recrutés par les lois de la conscription!.... Encore faut-il être conscient que tout cela n'est vécu comme vrai que par les vainqueurs et encore... Quand les Vietnamiens pensent avoir battu les États-Unis et héritent d'un pays ruiné qui n'est toujours pas relevé de ses ruines de toute sorte, alors que les États-Unis, malgré les ravages de la drogue dans leur corps expéditionnaire et leurs universités, n'ont pas vu voler une feuille d'arbre, le sentiment d'euphorie a dû être de courte durée! Quant aux combattants du rang, surtout dans les armées de conscription, on le voit encore dans l'armée irakienne, ils subissent bien plus une contrainte sociologique écrasante qu'ils ne vivent une aventure exaltante... Enfin même dans les pays vainqueurs, une fois passée la joie de la fin du conflit, surtout si le prix humain demandé a été trop fort, l'abattement peut être considérable... les Français en savent quelque chose après la victoire de 14-18 dont ils ne se sont pas encore relevés comme le pensait encore le général De Gaulle en 1967 qui n'en voyait le véritable début qu'à partir de 2010-2015. On peut le constater également à travers nos médias et le comportement de trop de nos concitoyens face à la guerre en Irak puisque 30% d'entre eux, semble-t-il, manifestaient leur préférence pour le dictateur et que 25% y mélangeaient un antisémitisme des extrême droite et gauche, ce qui illustre une fois encore le manque sidéral d'information d'une large part de notre population. C) La guerre en Irak S'agissant de celle qui est en train de se terminer, il n'est évidemment pas question de l'analyser sous tous ses aspects. Ce serait d'autant plus ridicule que nous n'avons pas d'information suffisante pour le moment et on ne peut se contenter du "bal des hypocrites" qui a présidé aux "vrais-faux" débats de l'ONU! Laissons l'Histoire se faire à son rythme d'autant que nous sommes très loin de pouvoir en aborder toutes les conséquences. Il en serait de même pour étudier ce qui va se passer maintenant à la fin des opérations. Il serait plus rapide et plus sérieux de plonger dans des entrailles de poulet comme le faisaient le Romains!...Contentons nous d'examiner deux points importants, le premier concernant la conduite des opérations militaires proprement dites par les militaires américains, suite aux décisions prises par les politiques, le second les multiples manifestations dites pacifistes qui ont eu lieu un peu partout dans le monde et qui n'avaient nulle part la même signification, en s'arrêtant à celles qui nous concernent directement en France. Vivant dans une culture de l'éphémère et de l'immédiat nous avons naturellement oublié toutes les bêtises exposées sans fard au moment de la première guerre du Golfe où le ministre de la défense et le chef d'Etat major des armées français annonçaient des morts par dizaines de milliers ce que les médias ne cessaient de commenter. Cela a manifesté leur ignorance de la réalité du moment. Ils n'avaient oublié qu'une chose c'est que les armées US de 1991 n'avaient plus grand chose à voir avec celles de la fin de la conscription et ses nombreuses difficultés de mise en place aux États-Unis, largement développées par les commentaires des Français qui ne voulaient pas entendre parler de passer à une armée professionnelle, ce qui était pourtant inscrit dans le double effet de la fermeture de la planète et l'accession 30 ans plus tôt à l'arme nucléaire. En effet depuis 1985, sous l'impulsion du gouvernement et des états-majors, il y avait eu rendez vous de trois éléments simultanés: • un corps d'officiers entraînés d'une façon nouvelle à la conception et à l'emploi de matériels modernes en même temps qu'une façon nouvelle de commander.. Il en a été de même après cette première guerre et l'expédition malheureuse de Somalie, à l'issue desquelles les armées américaines continuant leur évolution ( leur révolution diront certains ) ont posé aux politiques un certain nombre de conditions à l'envoi des armées en intervention extérieure. L'on ne peut comprendre ce qui s'est passé si l'on en fait abstraction, ce qui fut malheureusement le cas de l'ensemble des informations données par les médias y compris par les "gourous" habituels, heureusement beaucoup plus discrets que précédemment. Ce sont: • Toute intervention doit avoir l'aval du Congrès et de la majorité du peuple américain et son but doit être clairement défini.
C'est ainsi que s'est effectuée cette guerre et c'est évidemment en l'ignorant que d'une part Saddam n'a pas compris grand chose à ce qui allait lui arriver s'il ne partait pas, et d'autre part que, malgré les maladresses et les mensonges de la communication américaine avant le déclenchement des opérations, l'information dans notre pays, à commencer vraisemblablement par celle du Quai d'Orsay, a été toujours dépassée par la réalité des événements. Pour le reste, d'un point de vue technique la manœuvre des forces anglo-américaine a été remarquable, reprenant dans un pays de grande taille avec de vastes espaces désertiques, coupés par des villes, les leçons de Lawrence dans sa guerre du désert avec celles de Nimitz dans la guerre du Pacifique....aller au coeur du dispositif en contournant et isolant les villes-îles, qui ne servent plus à rien, et dont on prendra le contrôle par la suite. Ce l'est d'autant plus que le refus final des Turcs de laisser une large partie des forces terrestres se mettre en place dans le Nord de l'Irak était un véritable coup de Jarnac! Mais il est vrai, et ce fut manifesté, que Britanniques et Etasuniens sont les véritables maîtres de l'esprit océanique à base "d'incertitude et de foudroyance" servis par la maîtrise de l'Information / renseignement et la capacité de mobilité stratégique, ce qu'ils ont démontré malgré un léger retard. Quant à la suite, bien malin qui peut dire ce que veulent les Américains, en particulier comment réagiront les populations si différentes de l'Irak, après trois guerres et dix ans d'embargo en vingt ans, dont il n'est pas sûr que les Américains aient bien perçu leur état réel (12) si l'on en juge par les scènes de pillages jusque dans les hôpitaux!... Il en est de même pour ce qui se passera sur les frontières, comment résoudre les immenses difficultés matérielles, culturelles, spirituelles, résultant de ces opérations qui nécessiteront en premier lieu la capacité de restaurer la sécurité des populations, celle de donner une information crédible et conduire des actions cohérentes avec les déclarations et les choix des personnalités choisie pour diriger les lendemains. Il est toujours difficile de rendre compte d'une guerre sur le terrain, car la guerre est aussi et tous les jours un peu plus dans nos sociétés de l'information, une affaire de mensonge où chacun des protagonistes cache autant que faire se peut à sa population ce qui se passe de désagréable, ce qui est bien plus difficile pour les démocraties que pour les dictatures, et à l'adversaire pour tenter de la démoraliser. C'est comme cela qu'on avait pu avoir l'impression lors de la première guerre du Golfe que l'on assistait à une guerre propre, une guerre sans violence, alors qu'il y avait plus de 100.000 morts et blessés et des milliers de tonnes de bombes déversés sur les troupes irakiennes. Cela a eu un certain nombre de conséquences sur notre information lors de cette seconde guerre.
Pour ce qui concerne notre pays on peut les analyser de bien des façons, y compris un sincère désir de ne pas envenimer une situation difficile... mais qu'on les considère comme spontanées chez certains avec de véritables appels à la paix, d'une paix trop irréelle cachant peut-être le désir de ne pas avoir à y risquer quelque chose, ou manipulées par des esprits destructeurs ( écologistes idéologues, trotskistes, anarchistes, ligueurs révolutionnaires attardés, communistes lobotomisés de leurs précédentes dizaines d'années, FN...), ou déviées de leur objet par des entreprises islamistes précises avec parfois des buts inacceptables, voire par de basses tentatives de récupération politicienne ou syndicale.... (13) où les extrêmes de droite et de gauche se côtoient et se rejoignent, elles se caractérisent toutes par un manque complet d'information crédible. C'est la caractéristique la plus frappante de cette période, il suffisait de suivre présentations et commentaires dans les médias, surtout les officiels, et il est étrange que gouvernants et opposition digne de ce nom aient été incapables de rétablir une information digne d'un pays développé sur ce point. La République n'a guère existé pendant ces quelques semaines et trop de responsables se sont réfugiés dans un silence qui ne fait pas honneur à leur courage politique. Mais, au-delà des outrances et des insultes, ces manifestations indiquent aussi un profond malaise de notre pays que tous les décideurs feraient bien d'étudier en profondeur avant qu'il ne se manifeste dans des explosions dont il a le secret. La France est frileuse, la France a peur... Pays recru de fatigue, disait le Général... Si cela continue nous aurons peur de notre ombre. C'est ce qui rend si difficile toute réforme de fond, et une des causes les plus profondes se trouve dans l'incapacité où nous sommes d'avoir un véritable projet pour notre pays. Que voulons-nous? où allons-nous? comment y allons-nous? pourquoi y allons-nous ? Personne n'en sait rien (14) et personne ne vient nous dire ce qu'il en est de l'avenir, la politique depuis trop longtemps n'ayant que des objectifs matériels à proposer alors qu'ils n'ont pas de sens hors d'un projet véritable. Le résultat en est la montée de l'angoisse devant l'inconnu, la peur de perdre ce que l'on a, si petit cela soit-il. C'est ce qu'avait bien analysé un journaliste du "Monde" , Daniel Schneidermann (15), à propos de la télévision, ce que l'on peut étendre à l'ensemble de notre société: "C'est elle qui nous regarde et nous tend le miroir de nos plaisirs et de nos faiblesses, de nos peurs surtout...Partout, dans la plaisanterie d'un animateur, dans l'interview d'un dignitaire, dans les trompettes d'un spot publicitaire, elle est la vraie, la seule souveraine de la télévision, peur de l'étranger, du silence, du blanc, de la violence, peur de la mort, et surtout cette peur d'être soi qu'on appelle l'angoisse, qui pousse à se conformer et prépare toutes les soumissions." Où, peut-on ajouter, à toutes les aventures intérieures insupportables. C'est cela qui a défilé dans nos rues sous les conduites les plus étranges qui ont même réussi à mobiliser les lycéens à qui l'on ne cesse de faire croire qu'ils sont des adultes responsables alors qu'on se garde bien de leur donner la moindre information digne de ce nom qui serait la première condition leur permettant un jugement digne de ce nom. Ce n'est pas un signe de maturité d'un pays! Cette guerre pose également question pour toutes les parties du monde qui doivent, elles aussi même si elles sont apparemment loin de l'action politique et militaire immédiates, réexaminer leurs réponses aux interrogations essentielles pour la survie d'ensemble de notre planète océane fermée. Cela commence j'en suis convaincu compte tenu de l'immensité de leur communauté par une prise de conscience des responsables religieux des divers Islams qui doivent se réunir pour débattre librement de l'avenir de leur Foi, dans leurs expressions diverses et parfois violemment opposées (16). Il faut que sous une forme ou une autre les musulmans mettent en route, même si ce sera long, l'équivalent, toutes choses égales par ailleurs, d'un Vatican II, qui sera d'autant plus difficile à réussir que cela fait des siècles que la quasi-totalité d'entre eux vivent dans un immobilisme destructeur que ce soit sous la tutelle de l'empire turc ou aujourd'hui sous des régimes militaires dictatoriaux où trop de religieux abusent de la crédulité de leurs fidèles. Pour nous, Français, espérons que nous finirons par être capables de raisonner autrement que comme des tambours creux dont les seules baguettes sont une information déformée et idéologisée, sans aucun accrochage aux réalités humaines et culturelles de la Planète, ainsi qu'un déséquilibre constant entre la vanité et le misérabilisme. Il faut revenir aux questions essentielles que je rappelais le mois dernier:
dont la surréaliste dernière élection présidentielle (17), montre à quel point nous sommes désarçonnés par une situation globale que nous peinons à comprendre? Quelle formation / information? Quel Projet pour mobiliser les énergies et les capacités humaines que l'on trouve pourtant de façon assez remarquable dans notre pays? Quand allons-nous nous décider à prendre en compte le "Temps" de notre civilisation et de son évolution? Notre incapacité congénitale à accepter le changement n'est pas très encourageante, mais c'est l'urgence première.
Allons nous nous décider à mettre en place les instruments indispensables (constitution, administrations, réglementations...), lui donner capacité à influer dans ce monde multipolaire que tous appellent de leur vœux mais qui ne peut se produire dans l'incantation. Ou bien va-t-on continuer à nous multiplier par scissiparité, sans contrôle, sans freins, sans conditions et sans organisation...ce qui conduira inéluctablement à la cancérisation en commençant par celle du crime organisé!
les exigences qui doivent les animer et les responsabilités qu'il faut y prendre? Est-il admissible, par exemple, qu'un Etat terroriste puisse être le Président de la commission des Droits de l'homme ce qui condamne tout le système? Qu'est-ce que le Droit international? Il devra satisfaire tout le monde et pas seulement les Occidentaux qui ne représentent que 15% des habitants de la Planète ! (18) Sans entrer dans un optimisme béat ou une exigence excessive, il faut revenir aussi bien sur la composition que sur le fonctionnement du Conseil de Sécurité, les règles d'admission des divers États etc. en définissant sur quelles valeurs nous voulons vivre en commun, ce sur quoi il ne peut être question de transiger car cela atteindrait notre être même, personnel et collectif, en particulier face à ce "sandwich du crime" dans lequel nous risquons d'être de plus en plus enfermés.
A nous de "réfléchir" et "d'agir" maintenant. Guy Labouérie (1) L'Académie de Marine a été fondée en 1752. Dissoute comme toute ses consoeurs pendant la Révolution, elle n'a été réactivée qu'en 1921. Son siège est à Paris.
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