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Le temps est l'ennemi de la Paix
Contrairement à ce que certains pourraient penser, la présentation des vœux en France est une période d’intense activité pour les hommes publics. C’est pour eux l’occasion de défendre le bilan de leur action et d’annoncer les objectifs fixés pour la nouvelle année. L’occasion est donc propice pour faire le point sur les grands dossiers d’actualité. Le Club de la Presse franco-américain de Paris a donc invité M. Nassif Hitti, ambassadeur de la Ligue arabe à Paris. Un homme d’une grande culture qui a son franc-parler, même s’il n’exprime ici que son opinion personnelle, avant de répondre aux questions posées. Joël-François Dumont reprend pour European-Security les grandes lignes de son intervention le 13 janvier 2004 devant les représentants de la presse internationale au Saint-James Club à Paris. L'ambassadeur Hitti dresse d'abord deux constats avant d'entrevoir trois solutions pour les Israéliens...
M. Nassif Hitti, Ambassadeur de la Ligue arabe à Paris
M. Hitti d’emblée relève deux paradoxes : d’un côté « trop d’immobilisme », de l’autre « trop d’actions hâtives ». Ce qui fait toujours défaut, c’est « une approche globale ». « Le temps est l’ennemi de la Paix » pour reprendre la formule de l’ambassadeur, pour qui les « mémoires blessées » voient dans cette situation dramatique qui perdure un moyen pratique de prolonger un conflit qui n’a que trop duré. « L’atomisation du processus » permet de transposer les « petits détails » en de « vrais problèmes ». Certes, les détails ont leur importance, mais ils légitiment trop souvent l’action de groupes hostiles à la Paix dans les deux camps, d’où une impasse qui semble totale.
« Le Moyen-Orient est aujourd’hui perçu aux États-Unis comme l’homme malade du monde comme le fut à une autre époque l’empire ottoman» …« Les problèmes du Proche-Orient ne sont pas nés du 11 septembre ». Faut-il encore le rappeler. Ce qui est sûr, c’est qu’un « problème d’ordre identitaire n’a pas de solution sécuritaire » selon M . Hitti, qui précise qu’il ne faut pas mélanger les genres : « The issue is political, not sacral. »
Le drame pour les Palestiniens est que les Américains sont encore - et toujours - en campagne électorale.
Pour l’ambassadeur Hitti qui rappelle qu'il présente ici un point de vue strictement personnel, les Israéliens ont le choix entre trois solutions.
« La première, c’est de créer un système d’apartheid. On sait ce que c’est. Le mur construit par les Israéliens participe de cette « idéologie visant à séparer les gens . Et l’on sait aussi sait comment cela se termine. »
« La seconde », de loin celle qu’il appelle de ses vœux, « procède du principe d’égalité morale Elle est inscrite dans le Droit international et dans les résolutions pertinentes de l’ONU. Deux états distincts vivant en paix, l’un à côté de l’autre. Ce serait la voie du courage et aussi celle du bon sens, mais c’est aussi une nécessité pour sortir de l’impasse… »
« La dernière, serait pour les Israéliens d’accepter la création d’un état binational, dans lequel les Israéliens et les Palestiniens auraient les mêmes droits. Les deux peuples vivant démocratiquement ensemble, disposeraient alors des mêmes droits. » Cette formule de la citoyenneté, les Israéliens se refusent encore à l’évoquer officiellement tant ils redoutent le développement démographique des Palestiniens. « Elle va surtout à l’encontre d’un Etat pour les juifs. » … « L’échange démographie contre géographie » n’est donc qu’une hypothèse qui ne doit pas devenir un nouveau prétexte pour ne rien faire.
Répondant à la question d’un journaliste s’interrogeant sur « la grande absence des pays arabes » pour peser sur le règlement de ce conflit, l’ambassadeur Hitti a d’abord rappelé l’initiative de paix adoptée à Beyrouth comme étant la réponse arabe. De même il a admis qu’il fallait une diplomatie arabe plus active en regrettant que l’Europe ne soit pas davantage écoutée et que les positions des pays arabes, qui ne constituent pas un bloc monolithique, ne soient pas plus souvent répercutées dans les médias occidentaux.
“We are in the same elevator » devait conclure le représentant à Paris de la Ligue arabe avant d’être remercié pour avoir ignoré la langue de bois trop souvent d’usage dans ces circonstances. |