Mickey censure Michael Moore...

Mickey censure Michael Moore... 

Cet "Éditorial international de Radio France Internationale" a été diffusé le vendredi 7 mai 2004. Il est signé de Richard Labévière, rédacteur en Chef à RFI. Spécialiste des questions diplomatiques et expert du monde arabo-musulman, Richard Labévière est aussi l'auteur de plusieurs livres, dont deux d'entre eux sont devenus des ouvrages de référence (1), en particulier "les dollars de la terreur" qui a été traduit en anglais. Il est également auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN).

Mickey qui censure Michael Moore...

Ce n'est pas la dernière facétie du réalisateur de Bowling for Colombine, le pamphlet culte sur la libre circulation des armes à feu au pays des cow-boys, mais la réalité bien réelle.

Walt Disney interdit à sa filiale Miramax la diffusion du dernier film de Michael Moore.

Fahrenheit 9/11, c'est le titre du film en lice pour la Palme d'or du prochain festival de Cannes qui débute la semaine prochaine et qui dénonce la politique de George Bush avant, pendant et après les attentats du 11 septembre 2001.

Il insiste notamment sur un fait avéré: les liens que la famille Bush a entretenu avec celle du chef terroriste Oussama Ben Laden.

Voilà qui n'est pas très conforme aux principes affichés de l'Empire du bien qui a inscrit la liberté d'expression au fronton de sa constitution.

Voilà qui n'est pas bon pour l'image de Mickey, l'ami des enfants arborant le grand ciseau de la censure, nous ramenant aux années les plus lourdes du MacCarthysme.

Mickey, qui redoute, en fait, que le gouverneur de Floride - qui n'est autre que le frère de George Bush - remette en cause les largesses fiscales accordées aux parcs d'attraction Disney, atteints de fragilité financière chronique. 

Mais si Mickey fait moins recette au pays de Mickey... Mickey roule résolument pour le président-candidat George W. Bush.

Michael Eisner, le PDG de Disney fait ouvertement campagne pour le candidat républicain, tandis que le président de sa filiale Miramax - Harvey Weinstein - démocrate notoire, a pris résolument position contre la guerre en Irak... Ambiance !

Mais c'est sur le fond que cette affaire de censure est la plus ravageuse, parce qu'elle confirme qu'un jour ou l'autre les enquêtes finiront par établir les relations complices entre les intérêts américains et les responsabilités saoudiennes dans le financement de l'islamisme radical et de ses produits dérivés.

Un jour ou l'autre, les enquêtes remonteront au cour de la technostructure américaine et finiront par mettre directement en cause la famille Bush, ses amis politiques et pétroliers.

Derrière la censure de Mickey couve un séisme politique de première ampleur. Entre eux, les enquêteurs du FBI en parlent depuis longtemps et l'ont baptisé "le Ben-Ladengate".

Après le 11 septembre 2001, la presse économique s'en est fait l'écho: la famille Ben Laden figurait parmi les investisseurs du groupe Carlyle à hauteur de deux millions de dollars. Le père de George Bush qui siège au conseil d'administration de Carlyle est plus spécifiquement chargé des intérêts de ce groupe dans la péninsule arabique. A travers cette société qui fait dans le pétrole, les canons et les avions, la famille Ben Laden est liée aux plus grands noms du parti républicain, et plus directement à la famille Bush elle-même.

Voilà ce que le film de Michael Moore rappelle au grand public américain.  

Voilà pourquoi Mickey essaie d'empêcher que n'éclate... le Ben-Ladengate. 

Richard Labévière

© RFI. Radio France Internationale vous propose chaque jour une sélection des articles de son site www.rfi.fr. Écoutez l'édito international sur RFI, du lundi au vendredi, à 05h10, 10h40, 11h40 et 16h40 (temps universel). © RFI. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Ce texte est reproduit avec l'aimable autorisation de son auteur.