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La troisième voie du petit dragon

 

Cet "Éditorial international de Radio France Internationale" a été diffusé le jeudi 13 mai 2004. Il est signé de Richard Labévière, rédacteur en Chef à RFI. Spécialiste des questions diplomatiques et expert du monde arabo-musulman, Richard Labévière est aussi l'auteur de plusieurs livres, dont deux d'entre eux sont devenus des ouvrages de référence (1), en particulier "les dollars de la terreur" qui a été traduit en anglais. Il est également auditeur à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN).

 

Certes, la réunion de Kuala-Lumpur ne fera pas les grands titres de la presse internationale, et pourtant cette nouvelle mobilisation des pays non-alignés en Malaisie, motivée par la détérioration de la situation au Proche-Orient, pourrait incarner l'émergence d'une troisième voie. Troisième voie des pays du sud qui, entre le soutien inconditionnel des États-Unis à Ariel Sharon, les carences européennes et l'incurie de la Ligue arabe, pourraient aider à sortir de la quadrature du cercle "violence-répression-militarisation".

 

Certes, Sukarno, Chou-en-lai et Nehru, les grandes voix qui en 1955 à Bandung ont lancé le mouvement des non alignés, ont disparu; certes l'air du temps est plutôt à l'unilatéralisme, mais encore une fois, lorsque la diplomatie classique est bloquée et lorsque l'arbitraire devient la règle, il n'est pas anormal que les plus faibles cherchent à se faire entendre.

 

En avril dernier, 13 des 57 membres de l'O.C.I., l'Organisation de la conférence islamique, s'étaient réunis d'urgence en Malaisie, à la demande de l'autorité palestinienne. Ce rendez-vous de Kuala-Lumpur avait lieu au lendemain du soutien apporté par George Bush au plan de retrait unilatéral de Gaza préparé par le Premier ministre israélien.


De Malaisie déjà provenait une sévère critique du plan Sharon ne prévoyant pas le démantèlement des colonies israéliennes en Cisjordanie, contradiction de fond avec la feuille de route du quartette - États-Unis, Russie, Union européenne, Nations unies.

 

En mai 2003, la Malaisie, encore elle, prenait la tête des non-alignés pour s'opposer à une nouvelle guerre en Irak. Le 18 octobre 2003, le bouillant docteur Mahatir, Premier ministre malaisien, menait la charge contre Israël lors du discours très controversé de Putrajaya. Et comme chaque année à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies, la Malaisie faisait entendre une voie forte, décomplexée et originale.


Au cour des vingt-deux ans où il a été au pouvoir Mohmad Mahatir a fait de la Malaisie un État musulman moderne, prospère et tolérant, doté d'un système démocratique qui, bien qu'imparfait tient favorablement la comparaison avec n'importe quel autre pays d'Asie.


Petit dragon, la Malaise, c'est quatre à cinq points de croissance par an, un taux de chômage inférieur à 3% et une inflation à moins de 2%, avec un excédent structurel de sa balance des paiements. Les élections législatives de mars dernier ont consolidé la transition politique et le nouveau Premier ministre Abdullah Badawi, moins flamboyant que le docteur Mahatir, ce dernier a néanmoins réussi à marginaliser l'opposition islamiste.


Bien sûr, le modèle malaisien reste fragile et en mutation. Ses réussites économiques devront se confirmer et son pluralisme politique devra résister au jeu complexe des minorités ethniques, notamment de la forte communauté chinoise certainement la plus entreprenante, mais désormais, le petit dragon compte sur la scène internationale ... et sa lecture du monde nous apprend bien des choses.

 

Richard Labévière

 

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