Les Irakiens n'accepteront jamais une structure politique qui ne soit pas irakienne

Les Irakiens n'accepteront jamais une structure politique qui ne soit pas irakienne

Après un an passé à Bagdad, l'émissaire britannique spécial pour l'Irak, Sir Jeremy Greenstock, est appelé à de nouvelles fonctions. Moins connu que son collègue américain Paul Bremer, Sir Jeremy est un diplomate chevronné, expert du Proche-Orient, qui représentait le Royaume-Uni à New York comme ambassadeur aux Nations unies avant d'être envoyé en Irak par Tony Blair. De passage à Paris le 29 avril 2004, il s'est entretenu avec Christian Malar, rédacteur-en-chef et éditorialiste de politique étrangère à France 3. Extrait diffusé dans l'édition de Soir 3 diffusé le 29 avril 2004 présentée par Laurence Bobillier. (Texte intégral en anglais).

Laurence Bobillier, Rédactrice-en-Chef adjoint à France 3 et présentatrice de Soir 3. Paris, le 29 avril 2004 © Photo E-S.

Laurence Bobillier: L'émissaire britannique spécial pour l'Irak était aujourd'hui à Paris. Sir Jeremy Greenstock a répondu aux questions de Christian Malar. Vous allez l'entendre, il estime que les violences ne s'arrêteront pas au moment du transfert du pouvoir aux Irakiens dans deux mois.

Sir Jeremy Greenstock, Ambassadeur de Grande-Bretagne, Émissaire spécial britannique en Irak. Paris, le 29 avril 2004. © Photo E-S.

Sir Jeremy Greenstock: Nous devons nous faire à l'idée qu'il y aura encore de la violence dans les temps à venir. Mais ces actes de violence sont soit perpétrés par des résidus du régime de Saddam Hussein - ils sont peu nombreux - soit par des terroristes étrangers qui sont également peu nombreux.

La majorité des Irakiens s'opposent à ces deux groupes et les déteste. Aujourd'hui, ce sont les Irakiens qui doivent prendre en main leur sécurité.

Christian Malar, Rédacteur-en-Chef et éditorialiste de politique étrangère de France 3. Paris, le 29 avril 2004. © Photo E-S.

Christian Malar: Aujourd'hui, Jacques Chirac a déclaré qu'il « n'y aura pas de reconstruction de l'Irak sans un vrai transfert de souveraineté sous le contrôle des Nations unies ». Le fait que les Américains entendent conserver la direction opérationnelle pose problème avec les Irakiens. Est-ce aussi votre avis ?

Sir Jeremy Greenstock, Ambassadeur de Grande-Bretagne, Émissaire spécial britannique en Irak. Paris, le 29 avril 2004. © Photo E-S.

Sir Jeremy Greenstock: Je suis plutôt d'accord avec les principes édictés par le président français. On a vraiment besoin de voir apparaître un changement très clair le 30 juin. Je pense que les Américains  en conviendront. Mais le vrai changement interviendra avec les électeurs à la fin de l'année ou au début de 2005, quand il y aura une nouvelle Assemblée nationale, et je pense que les critères fixés par le président Chirac seront remplis.

Christian Malar, Rédacteur-en-Chef et éditorialiste de politique étrangère de France 3. Paris, le 29 avril 2004. © Photo E-S.

Christian Malar: N'est-il pas utopique de vouloir imposer un modèle de démocratie à l'occidentale à l'Irak comme le souhaite George W. Bush ?

Sir Jeremy Greenstock, Ambassadeur de Grande-Bretagne, Émissaire spécial britannique en Irak. Paris, le 29 avril 2004. © Photo E-S.

Sir Jeremy Greenstock: Les Irakiens n'accepteront jamais d'avoir une structure politique qui ne soit pas irakienne et musulmane par nature. Ils doivent reconnaître l'existence des Kurdes, qui sont aussi musulmans, même s'ils ne sont pas arabes.

Sir Jeremy Greenstock, Ambassadeur de Grande-Bretagne, Émissaire spécial britannique en Irak. Paris, le 29 avril 2004. © Photo E-S.

La culture, la tradition, l'histoire de l'Irak, la fierté nationale des Irakiens seront exprimées dans cette structure politique. Ce ne sera peut-être pas l'exemple démocratique dont nous rêvons, mais il a fallu huit cents ans à la Grande-Bretagne pour en arriver là où elle est, il a fallu plus de deux cents ans à la France... Donnons leur un peu de temps !