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Nicolas Sarkozy : Notre défense, une priorité Discours prononcé le 7 mars 2007
à Paris par Nicolas Sarkozy,
président de l'Union pour un Mouvement Populaire et candidat UMP à l’élection présidentielle
2007.
Source : Site
officiel de l'UMP. (
Vous me permettrez tout d’abord de vous faire part de ma satisfaction que cette journée, consacrée par notre famille politique aux questions de défense - journée, je le sais, très attendue - ait pu se tenir. Satisfaction de vous voir réunis si nombreux pour participer aux débats. Satisfaction devant la qualité et la densité des travaux sur une matière qui mérite mieux qu’une pensée convenue. Il n’y avait aucune raison qu’en ce domaine nous ne fassions pas preuve d’un aussi important travail de réflexion que dans les autres domaines.
Nicolas Sarkozy - Photo © Philippe Wodka-Gallien Qu’il me soit permis à cette occasion de rendre un hommage plus particulier à Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, pour la part qu’elle prend à cette réflexion et à la campagne présidentielle, à François Fillon, à Pierre Lellouche, qui a fait un travail tout à fait remarquable, à Guy Teissier, le président de la Commission et à Gérard Longuet. À ces remerciements, je voudrais associer tout particulièrement
les personnalités qui nous ont fait l’honneur et l’amitié d’être
parmi nous aujourd’hui, avec un clin d’œil affectueux à Dora. Le Général de Gaulle à Bayeux disait : « La défense ! C’est la première raison d’être de l’État. Il n’y peut manquer sans se détruire lui-même ». Autant dire que nous sommes là au cœur des missions régaliennes de l’État. J’ajouterai que cette défense devra de plus en plus s’affirmer demain comme une des premières missions de l’Europe. Chacun voit bien combien il serait étrange de vouloir construire une puissance économique dont on ne se préoccuperait pas de sa sécurité.
Voilà pourquoi la défense doit faire l’objet d’un engagement fort de la part d’un candidat à la Présidence de la République. Voilà pourquoi ma présence parmi vous atteste de mon engagement à faire de la modernisation de la doctrine et de l'outil de défense un axe majeur, fondamental, du quinquennat qui s’annonce.
Cela, je le dois à nos aînés qui ont combattu, parfois jusqu’au sacrifice ultime, pour notre liberté, celle de la France et de chacun d’entre nous. Je sais la dette que nous avons à leur égard. Mais, la génération qui n’a pas connu la guerre n’a pas moins de responsabilités que celle qui l’a connue, elle en a davantage. Je n’oublie pas non plus les quelque 12.000 soldats français
actuellement engagés dans des opérations extérieures pour défendre
nos valeurs, préserver une paix fragile et garantir des
engagements internationaux. Certains d’entre eux l’ont récemment
payé de leur vie. Je veux bien sûr, en votre nom à tous, leur
rendre hommage, en assurant leur famille et leurs frères d’armes
de notre admiration, de notre gratitude et de notre solidarité.
Les soldats morts en faisant leur devoir ont fait honneur à la
République française et à la France.
Elle a
toujours été en arrière-plan durant la guerre froide, avec la
menace soviétique. La chute du mur de Berlin a brutalement mis un
terme à ce monde qui offrait une fragile stabilité en contrepartie
de l'oppression et du sous-développement d'une majorité des
peuples et des nations.
Depuis 1989, innombrables sont les crises qui ont dégénéré en conflits armés, en majorité asymétriques et de basse ou moyenne intensité. Mais l’on y meurt aussi. La rupture avec la période de la confrontation Est-Ouest, qui reposait sur la permanence d’un adversaire bien identifié et la préparation à une guerre totale qui ne s’est jamais produite, est donc totale. La menace d'une confrontation de haute intensité s'est fortement réduite sans disparaître totalement. D'autres sont apparues, certaines à nos portes, avec les guerres accompagnant la dislocation de l’ex-Yougoslavie. Elles ont montré tragiquement que l’Europe n’était pas à l’abri d’un déchaînement de violence et d'un retour en force de la barbarie. Quand j’entends dire que nous n’aurions plus besoin de l’Union
européenne, je demande que l’on regarde tranquillement ce qui se
passe à nos portes, dans les pays d’ex-Yougoslavie, pour voir
combien, au contraire, nous en avons besoin.
Certains proviennent des États. États forts animés d’une volonté
de puissance qui met à l’épreuve les règles de la communauté
internationale. D’autres viennent d’États affaiblis ou effondrés
qui font le lit des organisations criminelles et terroristes.
Certains découlent de la compétition pour le contrôle des
ressources énergétiques, des matières premières, voire l'accès à
l'eau dans certaines régions. Certains naissent des déséquilibres
écologiques, démographiques et économiques qui exacerbent les
pressions migratoires. À ceux-là s’ajoutent les antagonismes
religieux ou culturels que certains fanatiques rêvent de
transformer en choc des civilisations. Et la liste n’est pas
close. Voilà le scénario…
Le budget de la Défense ne constituera pas la variable
d’ajustement des finances publiques dans les années à venir. J’ai
d’ailleurs le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire. De
1997 à 2002, le gouvernement Jospin a supprimé une annuité
complète d’équipement, 15 milliards d’euros, dilapidée dans le
financement de réformes dont la France aurait été bien inspirée
de se passer, comme les 35 heures. Voilà leur cohérence, je l’ai
trouvée ! C’était les 35 heures ou la sécurité de la France.
Maintenant, c’est l’éducation ou la sécurité. Rien n’a donc changé! L’incurie des gouvernements socialistes a consisté à financer en cours d’année des dépenses civiles non budgétées par des redéploiements de crédits prélevés sur la Défense. Je le dis clairement : ce ne sera pas ma ligne de conduite car elle aboutit à une impasse. Je ne financerai pas les universités ou les lycées en annulant des programmes militaires indispensables à notre sécurité. Il est absurde d’opposer des politiques tout aussi essentielles pour la Nation que la Défense, la Recherche ou l’Éducation.
C'est faux, car elle irrigue un secteur industriel qui compte plus de 180 000 emplois. Elle apporte une contribution déterminante à l’effort de recherche et participe à nos exportations, avec plus de 5 milliards d'euros de commandes en 2006. Moi qui suis si souvent accusé d’être intéressé par le modèle américain, s’il y a bien un domaine où il ne faut pas hésiter à s’en inspirer, c’est leur effort de recherche en défense mis au service de l’économie américaine. De surcroît, cela permet face à l’OMC, qui regarde de très près ce
qui se passe en Europe et d’un peu moins près ce qui se passe
outre-atlantique, de lui dire que nous pouvons le faire puisque
les Américains le font. Ce qui après tout est une règle assez
loyale.
Dans ce domaine, comme dans d’autres, je voudrais que nous procédions avec ordre et méthode. Décliner la vision en orientations, en objectifs, en priorités et dans un agenda tendu vers l'action.
Autant de questions qu’il est de notre devoir de poser et dont les
réponses permettront de hiérarchiser nos choix capacitaires et de
rendre des arbitrages cohérents. Sans être exhaustif, je citerais les attentats du 11 septembre 2001 et la stupéfaction du monde devant cette barbarie ; l’intervention américaine en Irak ; la crise nucléaire iranienne ; la déstabilisation du Liban et de certaines régions d’Afrique centrale et de l’Ouest ; ou encore la montée en puissance de la question énergétique dans les impératifs de sécurité.
On ne peut pas dire que le monde est instable, avoir fait un livre en 1994 et dire « circulez, y a rien à voir »… Il est normal de s’interroger, quelle que soit la qualité du livre blanc en question.
Parce que, construit autour des conclusions du Livre Blanc de 1994, ce modèle d’armée n’a été que partiellement financé par les lois de programmation exécutées depuis, notamment en raison du retard pris pendant la législature socialiste. Ce n’est pas remettre en cause ce modèle, mais tout le monde sait, y compris en respectant les lois de programmation à la lettre, comme Michèle l’a fait depuis 2002, qu’il n’est pas financé. Nous ne pouvons donc pas ériger un livre blanc de 1994 et un
projet non financé en référence intangible des lois de
programmation.
Je propose une idée qui peut faire débat, mais je vais essayer de m’en expliquer. La politique de défense est une chose trop sérieuse pour continuer à être enfermée dans un domaine réservé, au sens où l’on ne pourrait en parler. C’est un mauvais service à rendre aux militaires et au lien terrorisme que de considérer que le débat sur la défense ne doit pas avoir lieu.
Après ce que j’ai dit sur les impératifs de sécurité, je voudrais
rappeler que nous sommes une démocratie. Et dans une démocratie,
les choses essentielles doivent être débattues. Bien sûr, il y a
la responsabilité de l’exécutif, du président de la République et
du ministre de la Défense, mais il y a aussi l’expression de la
souveraineté nationale au Parlement.
Cette instance aura vocation à se substituer, dans des configurations adaptées, selon les sujets et les circonstances, aux actuels Conseil de sécurité intérieure et Conseil de défense. Ce Conseil sera adossé à un secrétariat permanent qui en préparera les réunions et sera chargé du suivi des décisions prises. Pour avoir participé pendant de nombreuses années à ces deux Conseils, en tant que ministre du Budget, des Finances ou de l’Intérieur, je veux qu’il s’agisse d’un lieu d’échanges entre responsables gouvernementaux, grands subordonnés et experts, et non pas d’une chambre d’enregistrement d’arbitrages préparés, avant la réunion, par un cercle restreint. Cela me paraît essentiel pour que le président de la République
soit assuré de disposer des différents éléments d’expertise et de
contre-expertise indispensables à la préparation de la décision.
Cette agence pourrait être rattachée au ministre de l’Intérieur, voire au Premier ministre, et s’appuyer sur le service civique pour étoffer les moyens d’intervention mobilisables en cas de besoin.
Cette garantie pourra bénéficier à nos voisins européens, dans des conditions qui, s’ils le souhaitent, pourraient être définies avec eux. Il ne s’agit en aucun cas d’imposer quoi que ce soit. Il s’agit simplement de réfléchir au fait que les intérêts vitaux de la France ne se réduisent pas à la seule dimension de l’hexagone. C’est un sujet important, nous en débattrons et nous verrons. Mais je crois qu’il faut être capable d’ouvrir les bras et de dire que la France, puissance nucléaire, qui fait un tel effort pour sa défense, est également le cœur de la défense européenne.
Un accent particulier doit être mis cependant sur la prévention,
grâce à une meilleure coordination des activités des services de
renseignement, mais aussi à travers le renforcement des moyens
d’acquisition de l’information, tant humains que technologiques.
Chacun doit mesurer que le spatial joue aujourd'hui en matière
stratégique le même rôle clé qui revint au nucléaire durant la
seconde moitié du XXème siècle.
Là encore, c’est une question de cohérence. Soit nous ne construisons pas de porte-avions, et c’est un choix, soit nous en faisons deux. Parce qu’il est curieux de faire un porte-avions, sans se poser la question de la permanence à la mer de notre groupe aéronaval, compte tenu des impératifs sur notre premier porte-avions. Il semble curieux de dire qu’il est capital d’avoir un porte-avions, mais peu importe de n’en avoir aucun pendant dix-huit mois… C’est la raison pour laquelle pour moi c’est soit zéro, soit deux. J’ai pris le second choix parce que c’est la condition de la
permanence en mer. Ensuite, je n’ai pas vraiment saisi si la Grande-Bretagne était d’ores et déjà une puissance méditerranéenne… Je ne suis pas persuadé qu’elle ait absolument et tout de suite les mêmes priorités que nous. Enfin, il n’y a pas et il n’y aura pas avant longtemps d’entité
politique européenne légitime pour décider et répondre de
l’engagement d’un tel équipement. Nous avons déjà vu les problèmes
occasionnés en commençant avec la monnaie avant le gouvernement
économique, il me paraîtrait curieux d’européaniser l’utilisation
du second porte-avions sans se poser la question de l’autorité
politique et de sa légitimité qui pourrait en décider.
La protection doit naturellement couvrir nos soldats déployés en opérations extérieures. Cela intéresse plus particulièrement les forces terrestres projetées sur des théâtres sensibles, souvent en milieu urbain, au contact direct de populations hostiles. La protection de nos armées sera donc systématiquement renforcée, notamment contre les risques nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique. Les programmes portant sur la défense anti-missile de théâtre seront soutenus et développés. Tout sera mis en œuvre pour garantir l'efficacité et la protection des troupes déployées au sol : numérisation du champ de bataille, équipements individuels, blindage des véhicules, médecine de l’avant, aéromobilité… À cet égard, je considère le programme d’hélicoptères NH90 comme
un programme qui devrait être remis en tête des équipements
prioritaires pour l’armée de terre. Les hélicoptères actuels,
Super Pumas et Frelons, ont rendu de grands services, ce n’est pas
leur faire injure de dire qu’ils ont quelque peu vieilli. Sans doute faudra-t-il un jour se demander s’il ne faut pas hiérarchiser nos interventions et considérer que certaines sont prioritaires et plus légitimes que d’autres. À force, on finit par prendre tous les risques sans en avoir tous les avantages.
L’effort remarquable mené depuis 2002 pour redresser la
disponibilité opérationnelle des équipements sera poursuivi et
amplifié, tant sur le plan financier que sur le plan
opérationnel.
De même, il conviendra de confier davantage de tâches administratives aux civils car le statut de militaire doit être réservé au cœur de métier, sous peine de confusion des genres et de mauvaise affectation des ressources. Réciproquement, les militaires n’ont pas vocation pour moi à être mobilisés pour des missions qui ne sont pas les leurs ou pour compenser les lacunes d’autres politiques publiques et d’autres administrations. Les sujétions des militaires sont déjà suffisamment lourdes comme cela, pour qu’on évite de les considérer comme les supplétifs de la République. Aller chercher les militaires quand la République est défaillante n’est pas ma conception de la fonction.
Cela passe par
la
rénovation de la fonction achat, avec une profonde
réforme de la DGA ; avec une responsabilisation effective des
industriels, comme des pouvoirs publics, sur des objectifs précis
de délais et de coûts sur la totalité de la vie des équipements,
en particulier les opérations de maintenance dont les coûts ont
explosé au cours des dernières années.
Même si
l’alliance avec ces derniers reste fondamentale, l’Europe doit
s’organiser pour être en mesure de faire prévaloir ses intérêts et
ses valeurs, assumer ses responsabilités internationales et
garantir de façon plus autonome la protection de son territoire et
de ses citoyens.
Avec la mutualisation des équipements lorsque
cela est possible. J’ai dit mes réserves sur le second
porte-avions, en revanche, a constitution d’un pool d’avions de
transport A 400 M, commandés par la plupart des pays européens,
constituerait un premier pas intéressant. Et ce d'autant plus que
c’est un moyen de soutenir l'activité d'EADS, premier pôle
technologique de l'Europe et qui en a bien besoin. Michel Barnier avait fait des propositions très utiles en la
matière. Il est préoccupant de ne pas réfléchir à un positionnement
collectif des Européens vis-à-vis du système de défense
anti-missile que les États-Unis sont en train de mettre
en place. Je ne vois pas comment on peut dire que c’est simplement
le problème de la Tchéquie ou de la Pologne et que ce n’est pas du
tout celui de l’Europe, sauf à renoncer à toute ambition d’une
politique européenne de la défense.
Je veux bien que l’on nous dise que nous avons les mêmes impératifs de réduction des déficits que les autres, mais il est très difficile d’être à 3% quand, en plus, vous faites un effort de sécurité et de défense pour tous les autres. Un peu comme si un pays avait un budget en équilibre mais en sortant toutes ses dépenses de sécurité. Ce n’est pas cela l’Europe. L’Europe, c’est que tous ensemble, pour la part qui est la nôtre, naturellement, nous prenions ne charge le coût de la défense. Ou alors, que l’on dise aux pays européens qui paient que ces dépenses ne rentrent pas dans les critères de bonne gestion.
Ce serait enfin une erreur d’opposer la politique européenne de défense à l’Alliance Atlantique, alors même que l’Union européenne et l’OTAN sont deux organisations plus complémentaires que concurrentes. En revanche, nous devons veiller avec nos partenaires européens à ce que l’OTAN n’évolue pas, comme sembleraient le souhaiter les États-Unis, vers une organisation mondiale effectuant des missions aux confins de l’humanitaire, du militaire et des activités de police internationale. L’OTAN n’a pas vocation à se substituer à l’ONU. Elle doit conserver un ancrage géopolitique clair en Europe et une vocation strictement militaire. Et, dans le prolongement des Accords dits de Berlin Plus, l’Union européenne doit pouvoir, en tant que de besoin, s’appuyer sur les moyens, notamment de commandement et de planification, que l’Alliance met en œuvre. Ce sont à mes yeux trois conditions du maintien à son niveau actuel de la contribution importante de notre pays à l’OTAN.
La professionnalisation était nécessaire pour des raisons opérationnelles, comme l'a démontré la première guerre du Golfe en 1991. j’ai conscience que cette professionnalisation a considérablement modifié les structures et les habitudes de travail de nos armées. Il n’y a pas un corps de l’État qui a su se remettre en cause de cette manière et avec cette rapidité comme l’ont fait nos armées. On parle beaucoup de la rigidité des armées et parfois des
militaires, s’agissant de la professionnalisation, ils ont fait un
travail exceptionnel que peu d’administrations, par ailleurs,
auraient été capables de faire, avec un tel résultat. Il est juste
de le dire et de leur rendre hommage. Cela vaut aussi bien sûr pour la gendarmerie dont je confirme
qu’elle doit à mes yeux conserver son statut militaire. Ce volet faciliterait la constitution d’une réserve pleinement
opérationnelle, affectée en priorité à la protection du territoire
et de la population. Ce n’est pas parce que l’abnégation et l’esprit de sacrifice
demeurent les valeurs de la communauté militaire que nous ne
devrions pas considérer le fait qu’ils décrochent comme un
problème. Ce n’est pas parce qu’ils sont les derniers à avoir des
valeurs bien utiles à la société française, que nous devrions les
en récompenser en leur disant que puisqu’ils ont l’esprit de
sacrifice, ce n’est pas grave de décrocher… Je soutiendrai toutes les mesures facilitant la conciliation de leur vie professionnelle et de leur vie familiale, comme un meilleur accompagnement de la mobilité géographique tout au long de leur carrière. Ces déménagements fréquents nuisent à la scolarité des enfants, au taux d’emploi des conjoints et compliquent l’accès à la propriété ou la vie de couple. J’ajoute que les militaires doivent néanmoins s’adapter à la réalité du travail féminin. Il y a quarante ou cinquante, la mère de famille suivait son mari. Aujourd’hui, quand les deux travaillent dans le couple, qui peut considérer que ce que décide l’un, l’autre doive s’y adapter ? C’est beaucoup plus difficile. J’observe par ailleurs que la rétribution des services rendus par les militaires n’est pas toujours à la hauteur de la reconnaissance que leur doit la nation, notamment en début de carrière. C’est pourquoi je poserai la question de la revalorisation de leurs traitements indemnitaires, à commencer par l’indemnité pour charges militaires.
Comment ne pas relever, à la veille de la journée internationale
de la femme –qui en dit long quand même sur la réalité de la
parité…- que cette féminisation rapide a insensiblement modifié
les comportements et a beaucoup apporté à nos armées ? Les femmes,
naguère essentiellement cantonnées au service de santé des armées,
ont aujourd’hui accès à la quasi-totalité des fonctions et c’est
une bonne chose. Nous devons nous adapter à cette nouvelle donne
et faciliter leur vie familiale. La défense ne se distingue pas de l'État, qui reste la colonne vertébrale de la France. Voici pourquoi en 1958, la rénovation des institutions républicaines, le rétablissement de l'autorité de l'État et la modernisation de l'armée sont allés de pair. Cette armée, dotée des équipements nécessaires à son engagement opérationnel, reconnue pour les compétences de ses soldats, est par nature une armée d'emploi. Une armée d'emploi au service de la France, mais aussi de l'Europe. Il ne s'agit pas seulement pour la France d'assurer sa pérennité et son développement en tant que nation. Il s'agit au fond et avant tout de continuer à faire vivre une certaine idée de la liberté et, partant, de la dignité des hommes.
Et, justement, parce que ce don est total, mon engagement
politique à leur service et peut-être demain à leur tête se doit
d’être à la hauteur, c’est-à-dire complet. |