|
Que propose Nicolas Sarkozy en matière de défense nationale ? Si le programme de Nicolas Sarkozy a été largement débattu pendant toute sa campagne, en matière économique et sociale, comme en politique étrangère, ses propositions sur la défense n'ont pas connu durant cette campagne l'importance que les autres questions ont rencontré. Le débat sur quelle défense pour la France avec quels moyens, pour faire quoi et avec qui a été tout simplement occulté par tous les candidats à l'exception notable de Ségolène Royal, de Nicolas Sarkozy et de Jean-Marie Le Pen [1]. On ne peut pas dire que les Verts ou que le candidat de la Ligue Communiste Révolutionnaire sur ce sujet aient eu des idées novatrices. Il est donc intéressant de rappeler les grandes lignes de la politique de défense que mettrait en œuvre le candidat Sarkozy, s'il venait à être élu. Les rares témoignages, discours ou écrits sur ce sujet, sont donc bien évidemment relus aujourd'hui avec attention depuis l'élection le 6 mai dernier de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. par Antoine Philippe. Paris, le 7 mai 2007.
Nicolas Sarkozy sortant du bureau de vote à Neuilly Pour connaître la position du prochain locataire de l'Élysée en matière de défense, le mieux est encore de se référer au discours qu’il a prononcé le 7 mars 2007 lors de la "Journée Défense de l’UMP", [2] journée qui a rassemblé plus de 1.200 personnes. Un discours qu'il faut relire en ayant en mémoire les propos tenus par Nicolas Sarkozy sur la vision de la politique extérieure prononcé le 28 février dernier, politique étrangère et défense étant étroitement liés. Cela dit, sur la défense, Nicolas Sarkozy s'était déjà exprimé bien avant dans son livre Témoignage. [3] Le candidat s'est également exprimé sur le sujet dans plusieurs interviews à des revues: Défense [4], Défense Sécurité Internationale (DSI), et la Revue de la Défense Nationale (RDN). Il est intéressant de noter que le corpus du candidat est le fruit d’un travail très approfondi de l’UMP sur ces questions, comme l’a précisé le député Pierre Lellouche, délégué général à la défense, à la revue DSI. Sur ce sujet stratégique, le candidat UMP a deux grands atouts : le premier lui vient de son expérience de Ministre de l’intérieur, où il a été confronté aux menaces qui visent notre pays comme l'ensemble des autres démocraties et pas seulement européennes aujourd'hui: le terrorisme, en particulier. Et donc aux moyens à mettre en œuvre pour y faire face: organisation de la protection civile, renseignement, notamment. Comme Ministre de l’Intérieur, il était de droit membre du Conseil de Sécurité Intérieur, donc il a pu avoir une vision d'ensemble avec le ministre de la défense et tous les responsables de la sécurité du territoire et de la défense nationale des moyens à mettre en œuvre sous la direction du chef de l'État. Le deuxième atout étant une compétence que même ses adversaires lui ont reconnue à Bercy, lorsqu'il était ministre de l’Économie. L'homme connaît bien les dossiers industriels du secteur, si importants dans le tissu économique français. Et comme il l'a réaffirmé à plusieurs reprises le candidat à la présidence Sarkozy, « la défense est au cœur de l’action de l’État : il n’y a donc pas lieu de faire des arbitrages entre sécurité et éducation « les Français ont droit aux deux. » Lors de la journée Défense de l’UMP, il a présenté une approche qui se voulait lucide des réalités de notre monde actuel et des menaces identifiées, en tête desquelles l’hyperterrorisme dans un monde devenu instable. Pour lui, les responsabilités de la France, membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, militent pour une politique de défense à la mesure de cette ambition.
Parmi ses propositions, on notera une innovation institutionnelle : la création d’un "Conseil National de Sécurité" auprès du Président de la République, une structure centrale d’analyse et de réflexion, en période normale comme de crise, apte à donner au Président de la République les éléments d’expertise essentiels à la prise de décision. Il propose aussi la démocratisation des processus avec le renforcement du pouvoir d’intervention du Parlement dans le renseignement (contrôle des services), les programmes d'armements et pour décider des opérations extérieures (OPEX). Pour Nicolas Sarkozy, il y a complémentarité entre Union Européenne, l’Alliance Atlantique et l’OTAN en matière de sécurité collective, le cadre étant fixé par le partenariat stratégique UE-OTAN des accords de "Berlin +" signés au printemps 2003. Pour autant, il a rappelé son refus de faire de l’OTAN une organisation politique, et entend maintenir l’ONU comme cadre de référence en matière de sécurité internationale. En matière d’équipement des forces, il s'engage à maintenir l’effort à hauteur de 2% de la richesse nationale, à poursuivre la modernisation de la dissuasion « assurance vie de la nation », et à construire le second porte-avions, enfin à poursuivre l’effort visant à protéger nos forces en opération extérieures. On notera aussi sa proposition visant à améliorer la gestion des programmes d’armement, les économies réalisées étant réinvesties dans les capacités militaires. Le lien armée – nation n’est pas négligé, loin de là : instauration d’un service civique obligatoire, comportant un volet militaire et de sécurité et la revalorisation de la condition militaire. En fait, si rupture il y a elle pourrait bien porter sur la manière d’aborder les questions de défense nationale en mettant fin à la notion de domaine réservé, notamment par le développement du débat sur la question, en y associant la représentation nationale et tous les français. Antoine Philippe [1] Voir
La Défense, un
débat politique singulier
|