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L'Infostratégie (1)
Ce terme est de plus en plus utilisé par des experts, sans que l'on sache toujours très bien ce qu'il signifie. François-Bernard Huyghe [1], directeur de l'Observatoire d’infostratégie [2] et auteur de nombreux ouvrages de référence [3] sur tout ce qui touche à la guerre de l'information nous donne ici une définition précise et nous apporte à la fois un éclairage très utile pour expliquer comment les nouvelles technologies de notre société de l'information permet de "dominer par l'information". Dans un article très pertinent, il avait démontré comment l'Amérique en était arrivée progressivement à ne plus contrôler l'image qu'elle voulait donner d'elle-même. Avec le talent qu'on lui connaît, F.-B. Huyghe expliquait qu'à cause « des télés satellitaires arabes, sur le Net ou du fait de ses propres médias, l'Amérique ne contrôlait plus ce qui est visible, donc crédible dans le conflit. La preuve par l'image se retournait donc contre la société des images dans sa lutte ' pour le coeur et l'esprit des hommes' ». Dans une autre étude, il avait résumé la nouvelle stratégie de la "Quatrième Guerre Mondiale" proclamée, la GWOT, [4] détaillant ses logiques : l’ennemi est unique et absolu, la guerre est permanente, la planète est le champ de bataille. Quant à l’arme, il s’agit d’en avoir le monopole. L’aléa contredisant l’exigence de sécurité absolue. [5] François-Bernard Huyghe va bien au delà de cette analyse dans un deuxième papier consacré à "la guerre cognitive ou l'arme de la connaissance", une guerre dans laquelle normalement, David devrait pouvoir vaincre Goliath. "Il faut en finir"avec certaines illusions : " il n’y a pas de gestion des crises sans prise en compte des conflits, des idéologies et des stratégies". [6] © François-Bernard Huyghe. Paris, le 3 mai 2007.
François-Bernard Huyhe
En effet, les nouvelles technologies ont bouleversé les conditions • du faire-savoir - avec la constitution de méga-archives numériques et des réseaux informatiques • du faire-percevoir - avec à la fois des instruments de surveillance omniprésents, le cyberespace et les réalités virtuelles - • du faire-faire - les machines informationnelles qui “commandent” l’action d’hommes ou de machines, d’une station spatiale au portillon du métro • et du faire-croire : à l’époque des télévangélistes ou de la politique-spectacle, on ne croit plus de la même façon qu’à l’époque de la chaire ou du préau d’école.
Du même coup, elles bouleversent les conditions de l’affrontement. Elles permettent en particulier de nouvelles formes de domination (acquisition d’une supériorité ou d’un profit par l’information, « prédation » informationnelle, contrôle des perceptions ou connaissances, d’une victime..) mais aussi de destruction et de chaos (paralysie d’infrastructures techniques, désinformation ou dénigrement, atteinte à l’intégrité des mémoires ou des systèmes d’information). Acquisition, altération ou rétention des connaissances à l’aide de machines à stocker, traiter ou propager des informations deviennent des méthodes banales.
Pour le dire autrement, la plupart des crises ou des craintes actuelles naissent
La conjonction de ces phénomènes justifie une vision unitaire du conflit informationnel qui se manifeste dans au moins trois domaines :
- dans la sphère privée : risque de fichage, de surveillance du citoyen, de détournement de données mais aussi traçage et manipulation au service de stratégies commerciales - dans la vie économique : à travers ce qu’il est convenu de nommer guerre économique ou intelligence économique offensive - dans le domaine stratégique : toutes les techniques en temps de paix ou de guerre par lesquelles des informations sont gérées, détruites ou retournées contre une cible politique et stratégique.
[1] Docteur d'État en Sciences Politiques, François-Bernard Huyghe est Chercheur en Sciences de l'Information et de la Communication. Il enseigne notamment à HEC, au Celsa Paris IV ainsi qu'à l'École de guerre économique à Paris (EGE). Ses recherches portent sur les rapports entre information, conflit et technologie.
[2] L’Observatoire d’infostratégie, dont la renommée a dépassé largement les frontières des pays membres de l'Union européenne, a pour vocation de réunir des chercheurs, des praticiens ou des journalistes qui s’intéressent à la guerre de l’information au sens large. Et ce, pour la comprendre, pas pour la pratiquer pour une cause militante. Il n’est donc pas question, dans le cadre de l’Observatoire ou du site Vigirak de sortir du travail d’analyse, de diffuser des informations illégales ou dangereuses, d’aider quelque partie (ou parti) que ce soit ou bien entendu de propager des thèses "conspirationnistes". L’Observatoire d’infostratégie n'est donc pas une usine à rumeurs pour activistes électroniques de tous poils (NDLR).
[3] François-Bernard Huyghe a publié de nombreux ouvrages de référence, une série d'analyse des rapports entre information, technologie et conflit, parmi lesquels "Comprendre le pouvoir stratégique des médias" (Eyrolles), la "Quatrième Guerre Mondiale: faire mourir et faire croire"; "l'Ennemi à l'ère numérique, Chaos, Information, Domination" (Presses Universitaires de France) et "L'Information, c'est la guerre" (Panoramiques) ainsi que des essais critiques sur les idées contemporaines: "Écran/Ennemi: Terrorismes et guerre de l'Information" (www.00h00.com), "les experts ou l'art de se tromper: de Jules vernes à Bill Gates (Plon). François-Bernard Huyghe a également écrit de nombreux chapitres dans des ouvrages collectifs, consacrés à l'intelligence économique, à la stratégie et aux médias: citons pour mémoire "le dictionnaire mondial des images" (Nouveau monde); "Al Qaeda : les nouveaux réseaux de la terreur" (Ellipses Marketing). Enfin, avec son épouse Edith, ils ont publié plusieurs ouvrages les grands réseaux historiques de transmission : "la route de la soie" (Petite Bibliothèque Payot); "les routes du tapis" (Gallimard), "l'histoire des secrets" (Hazan); "Images du monde" (J.C. Lattès); "Les Coureurs d'épices" (Payot) et "Les empires du mirage" (Robert Laffont).
[4] Voir La Quatrième Guerre Mondiale (GWOT): guerre ingagnable, paix impensable
[5] "La guerre cognitive L'arme de la connaissance", sous la direction de C. Harbulot et D. Lucas (Lavauzelle), avec les textes de Philippe Baumard, Christian Harbulot, François-Bernard Huyghe, Didier Lucas, Nicolas Moinet, Charles Prats, Claude Rainaudi, Alain Tiffreau, Jean-Michel Valantin, « Promotion 2002 de l’Ecole de Guerre Economique ». (Pour commander ce livre sur Internet).
[6] Extrait : "Information, pouvoir et usage: l'infostratégie > Intelligence économique: du savoir à l'influence. Communication de crise :" « Toute crise est d'information et de communication ».
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