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Le président François Hollande réaffirme l

Le président Hollande réaffirme l'attachement de la France à la force de dissuasion

Dans un communiqué publié par l'Élysée, on apprend que « le président de la République s'est rendu aujourd'hui, en tant que chef des Armées, au large de la Bretagne, auprès de l'équipage du sous-marin nucléaire lanceur d'engins Le Terrible avant son retour de patrouille. Par sa présence, il a souhaité réaffirmer l'attachement de la France à la force de dissuasion. Il a salué l'engagement et le professionnalisme des personnels qui se dévouent pour la réalisation de cette mission.» Paris, le 4 juillet 2012. Source : Palais de l'Élysée.

Le déplacement que viennent d'effectuer le président de la République et son ministre de la Défense en Bretagne, à la veille du 14 juillet, et surtout après la proposition lancée par Michel Rocard [1] avait valeur de symbole. Depuis Rio, François Hollande, avait déjà répondu à l'ancien Premier ministre socialiste. A ses yeux la dissuasion était « un élément qui contribue à la paix », laissant le soin à son ministre de la Défense de réagir plus fermement à des propos jugés aussi irresponsables à droite comme à gauche, à l'exception des Verts.

François Hollande s'entretient avec le "Pacha" du Terrible -- Photo © ECPAD.

François Hollande s'entretient avec le "Pacha" du Terrible

Même si Michel Rocard ne « représente que lui-même », dans son propre camp, ses propos sont venus ajouter « de la crédibilité à des positions qui sont marginales dans la majorité présidentielle ».[2] Particulièrement après les récentes déclarations jugées pour le moins maladroites de Martine Aubry prétendant « réduire l'armée » avec le consentement de celle-ci! Propos aussitôt relayés par le président du groupe écologiste au Sénat, Jean Vincent Placé, proposant - lui aussi - de « supprimer l'arme nucléaire ». Avant l'annonce d'arbitrages gouvernementaux et de nouveaux sacrifices financiers sur l'autel de la rigueur budgétaire, sacrifices comme toujours supportés en priorité sur le budget de la défense considéré comme « la variable d'ajustement » par excellence, il était urgent pour le chef des Armées de s'exprimer pour dissiper à la fois un malaise certain dans les milieux de la défense en France et des interrogations à l'étranger.

Il fallait trouver au président, chef des Armées, une occasion plus solennelle, avant la célébration de la fête nationale à l'issue de laquelle il entend renouer avec la tradition d'un entretien télévisé, interrompue par son prédécesseur, pour s'exprimer au fond sur le sujet et profiter de l'occasion et rappeler les prises de position très claires qu'il avait annoncées durant la campagne présidentielle, lorsque le candidat Hollande s'était engagé à maintenir les deux composantes : sous-marine et aéroportée.[3]

François Hollande s'entretient avec l'équipage du Terrible -- Photo © ECPAD.

« Par ma présence, comme chef des armées, et au-delà de vous, je confirme l'engagement qui est le nôtre pour préserver ce qui est un élément essentiel de notre sécurité, c'est-à-dire la dissuasion », a déclaré François Hollande à l'équipage du Terrible -- Photo © ECPAD.

Les propos de Michel Rocard avaient suscité un véritable tollé. Ils avaient aussitôt été jugés « irresponsables » par l'ancien ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, pour qui « ce serait une très, très grave erreur stratégique que de baisser la garde de la défense ». Propos qui avaient également choqué une grande majorité de Français, la force de dissuasion conférant à la France un statut de grande puissance auquel ils sont attachés justifiant ainsi son rang et son siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU.

Il fallait donc que le président François Hollande, chef des Armées, s'exprime rapidement pour lever toute ambigüité en réaffirmer clairement « l'attachement de la France à la force de dissuasion ». Pour cela, le président a choisi un moment particulièrement propice : le retour de patrouille d'un SNLE à sa base de l'île Longue. Après s'être fait hélitreuiller sur Le Terrible, le président a sans aucun doute découvert un univers opérationnel réservé à des hommes d'élite qui, dans la profondeur des océans, vivent à l'abri des rumeurs de la ville pour être notre « assurance », comme l'a si bien redit Jean-Yves Le Drian, en réponse à Michel Rocard...

Le ministre est accueilli par l'amiral Bernard Rogel, CEMM -- Photo Roland Pellégrino © ECPAD.

Le ministre est accueilli par l'amiral Bernard Rogel, CEMM

Pendant que le président était à bord du Terrible, quelque part au large de la Bretagne, assistant notamment à une simulation de lancement de missile, son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian était lui à l'Ile Longue. Après avoir visité le site de la pyrotechnie Guenvenez où sont assemblés les nouveaux missiles M51, ce dernier visitait le SNLE Le Téméraire.

Jean-Yves Le Drian discute avec le "Pacha" du Téméraire -- Photo Roland Pellégrino © ECPAD.

Jean-Yves Le Drian discute avec le "Pacha" du Téméraire

Deux visites et des déclarations qui réaffirment de manière forte l'attachement de la France à la force de dissuasion.

Pour mémoire, le général de Gaulle avait voulu que notre pays se dote d'une force nucléaire pour que la France continue d'appartenir au club très fermé des grandes puissances, celles qui entendent se donner les moyens de refuser, en cas de défaite, l'humiliation d'une occupation et ce par quelque puissance que ce soit. Le père de la père de la « Bombe A », ancêtre de notre "force de frappe" n'était autre que le physicien Yves Rocard, père d'un futur Premier ministre socialiste, Michel Rocard  qui aurait « vécu comme une culpabilité le fait d'être le fils du père de la bombe atomique française »[4]

Une force de frappe devenue au fil des ans un des rares sujets sur lesquels la gauche et la droite partageaient la même analyse. Il aura donc suffi de quelques déclarations intempestives pour donner l'impression que cette identité de vue gauche-droite, pourtant ancienne, sur la défense et plus particulièrement sur le rôle de la force de dissuasion pour que cette trop rare unanimité ne soit brutalement remise en question. Nul doute que le président Hollande reviendra sur ce sujet plus en détail dans son intervention télévisée à l'issue du défilé du 14 juillet prochain.

Joël-François Dumont

[1] Sur BFM TV, Michel Rocard avait plaidé pour une réduction du budget de la Défense afin de ramener le déficit des finances publiques à 3% du PIB en 2013. « On supprime la force de dissuasion nucléaire : 16 milliards d’euros par an qui ne servent absolument à rien » avait-il déclaré, répondant à une question portant sur les « recettes nouvelles à mettre en œuvre pour lutter contre les déficits ».

[2] Focus sur la dissuasion nucléaire française : Des réelles menaces continuent de peser sur la sécurité du monde. La dissuasion, moyen exclusivement défensif, constitue l’assurance de la nation contre toute menace d’origine étatique, d’où qu’elle vienne et quelle qu’en soit la forme, visant les intérêts vitaux de la France.

Dans les années 1950, en pleine guerre froide et tandis que les Etats-Unis et l'URSS disposent de la force nucléaire, la France engage des travaux permettant de développer la force de frappe nucléaire. L'objectif est double : trouver un équilibre mondial et affirmer sur la scène internationale que la France ne dépend d'aucune autre puissance pour ce qui est de sa sécurité.

60 ans après, la dissuasion nucléaire reste la garantie ultime de la sécurité et de l'indépendance de la France vis-à-vis de toute agression. Le Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale de 2008 revient ainsi sur la doctrine de la dissuasion nucléaire :

« La crédibilité de la dissuasion nucléaire reposera sur la possibilité pour le chef de l’Etat de disposer, de façon indépendante, de moyens adaptés à une grande diversité de situations. Nos forces seront, à cette fin, articulées en deux composantes nettement différenciées et complémentaires, disposant de l’environnement nécessaires à leur mise en œuvre autonome et en sûreté. La France continuera d’entretenir les moyens de conserver ces capacités. La crédibilité opérationnelle de la dissuasion nucléaire repose sur la permanence des patrouilles de sous marins et de la capacité d’action aérienne. »

Pourquoi maintenir deux composantes ? Pour que la dissuasion nucléaire soit crédible, le chef de l’État doit disposer en permanence d’une large gamme d’options face aux menaces. Les deux composantes (océanique et aéroporté), sont ainsi complémentaires en termes de portée et de précision, et disposent de modes de pénétration différents.

La composante océanique est bâtie autour de quatre sous marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) équipés de missiles balistiques intercontinentaux. 365 jours par an, un des quatre SNLE est en patrouille quelque part dans le monde et se tient prêt à exécuter la décision du chef de l’Etat. Les atouts de cette composante sont l’invulnérabilité, la discrétion, la pénétration balistique, la longue portée et la frappe massive.

La composante aéroportée, bâtie sur des missiles ASMPA (missile air-sol de moyenne portée améliorée) est mise en œuvre par des Mirage 2000N et des Rafale à partir du territoire national par l’armée de l’air, et à partir du porte-avions Charles de Gaulle pour la Marine nationale. Visible, cette composante traduit la détermination politique à agir. Elle se caractérise par sa souplesse de mise en œuvre, sa précision, sa capacité à maîtriser les effets. Source : Paul Hessenbruch (EMA).

[3] Selon Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique, la FRS. 

[4] Voir « Dissuasion nucléaire : le cavalier seul de Michel Rocard » in Le Figaro du 22.06.2012.


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