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Sans solution politique équitable, il n’y aura ni paix ni sécurité

Sans solution politique équitable, il n’y aura ni paix ni sécurité

Discours du Premier ministre français, Lionel Jospin, devant le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France. Paris le 1er décembre 2001.

Monsieur le Président, Monsieur le Président du Sénat,

Madame le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres,

Mesdames et Messieurs les parlementaires, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

Monsieur le maire, Mesdames, Messieurs,

Ce rendez-vous annuel a toujours représenté pour moi, vous le savez, un important moment d’échange, auquel je viens avec joie et avec gravité. Je suis frappé de voir à quel point nous traitons ici de sujets sérieux, parfois tragiques, au cœur d’une atmosphère de fête. C’est le cinquième dîner auquel je suis convié en tant que Premier ministre. Et j’éprouve du plaisir à revoir ici nombre de visages connus et amis. Au fil des ans, notre dialogue s’est approfondi ; il est, aujourd’hui, plus que jamais, précieux. Sa qualité doit beaucoup à l’action menée à la tête de votre Conseil, quatre années durant, par Henri Hajdenberg. Je souhaite lui rendre hommage et lui dire combien j’ai apprécié, au-delà des liens anciens d’estime et d’amitié qui nous unissent, de l’avoir eu pendant ces années comme interlocuteur. Je me réjouis d’avoir trouvé en vous, Monsieur le Président, cher Roger Cukierman, un nouvel interlocuteur aussi attaché à faire vivre, avec les pouvoirs publics, cette même relation de confiance, fondée sur la franchise et l’écoute réciproques. En témoigne le dialogue chaleureux que nous avons eu lors de notre première rencontre à l’Hôtel de Matignon.

Ce soir, notre nouvelle rencontre se tient, vous l’avez souligné, dans un contexte international grave.

Le souvenir des terribles attentats qui ont frappé New York et Washington, le 11 septembre dernier, reste vif. La France a affirmé son entière solidarité avec notre allié américain. Les autorités françaises se sont engagées pleinement dans la mobilisation internationale contre ce terrorisme qui dénature l'Islam en prétendant s'en réclamer.

Rien ne peut justifier le terrorisme. Aucune cause, aucun motif tiré de la misère des peuples ne peut justifier la mort d’innocents. Contre le terrorisme, la volonté de la communauté internationale doit être sans faille.

La France participe à l’intervention contre le régime des talibans, qui ont noué avec Al-Qaïda un pacte criminel. Notre pays avait de longue date dénoncé l’obscurantisme de ce régime, ses violations constantes des libertés les plus fondamentales, en particulier le sort révoltant qu’il réservait aux femmes. La France se réjouit donc de la chute du régime des talibans. Après la prise de Kaboul, l’offensive est en cours contre les derniers bastions que partagent les talibans avec les terroristes. Le démantèlemnt des structures d'Al-Qaïda en territoire afghan se poursuit. Nous espérons que Ben Laden et ses complices seront non seulement mis hors d'état de nuire, mais jugés pour leurs crimes. Sans doute certains voudront-ils lui survivre. Mais son échec, certain, permettra de mieux assurer l’avenir.

Avec la même urgence, la communauté internationale doit aider le peuple afghan à construire son avenir. C’est pourquoi la France souhaite que les représentants afghans réunis à Bonn sous l’égide de Lakhdar Brahimi, envoyé spécial du secrétaire général des Nations-Unies, réussissent à mettre en place des institutions représentatives de l'ensemble des composantes du peuple afghan, comme l’avait proposé le plan français présenté par le ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine.

Au-delà de l’intervention en Afghanistan, la lutte contre le terrorisme se poursuivra au plan international sous d’autres formes. La coopération internationale s’accroît en matière de sécurité et de renseignement. D’importantes avancées sont en cours afin de neutraliser les zones d'ombre du système financier international, dont profitent trop souvent les réseaux terroristes.

Monsieur le Président,

Ces événements sont survenus, vous l’avez rappelé, dans un contexte très tendu en Israël, en raison notamment de la nouvelle Intifada.

Je partage votre point de vue : il ne peut être question d’accepter que soit imputée à Israël la moindre responsabilité dans les événements du 11 septembre. Ben Laden n’invoque la situation au Proche-Orient que pour tenter de justifier ses crimes.

Il n’en reste pas moins vrai que la situation dans la région est doublement préoccupante pour tous ceux qui, sincèrement –et j’en suis, vous le savez–, veulent la paix. Préoccupante, parce que meurtrière de vies humaines. Préoccupante, parce que l’exacerbation des tensions éloigne toujours plus les hommes, étouffe la confiance et fait disparaître l’espoir.

Nous avions cru ces dernières années, grâce notamment à l’action remarquable d’Itshak Rabin, que le chemin vers la paix, aussi difficile et semé d’embûches puisse-t-il être, pouvait être trouvé. J’avais affirmé ici même, à plusieurs reprises, ma confiance dans la volonté du Gouvernement d’Israël de trouver ce chemin. Lors de notre dîner de l'année dernière, des négociations de paix –certes tendues et contestées, mais des négociations tout de même– étaient en cours. Elles ont même débouché, sous l'impulsion courageuse du Président Clinton, sur une ébauche d'accord général entre Israéliens et Palestiniens à la fin de janvier 2001. Les espérances nées de ce processus ont été cruellement déçues, ce qui a marqué le choix du peuple israélien lors des élections du 6 février dernier.

Le 6 juillet suivant, j'ai reçu le Premier ministre Ariel Sharon à l'Hôtel de Matignon. J’ai à l’époque salué la retenue dont Israël avait fait preuve après l'attentat meurtrier dit du Dolphinarium, perpétré à Tel Aviv le 1er juin.

Dans cette conversation cordiale et directe, j’ai également rappelé au Premier ministre la position constante du Gouvernement français. Je veux la réaffirmer ici. Aux Palestiniens, nous disons qu’Israël a droit à la sécurité dans un Etat aux frontières reconnues. Nous leur disons que leur avenir politique passe par la reconnaissance définitive et sans ambiguïté de ce droit. Nous leur répétons que le terrorisme est inacceptable, que non seulement il ruine les espoirs de paix, mais qu'il dessert leur cause. Aux Israéliens, nous rappelons que seule la reconnaissance du droit des Palestiniens à un Etat pleinement souverain peut leur apporter la sécurité et la paix. Que la politique des colonies de peuplement constitue un obstacle à cette paix. Et que toute action visant à affaiblir l’Autorité palestinienne risque à terme de se retourner contre Israël.

Monsieur le Président,

Chacun, ici dans cette salle, sait que je suis un ami d’Israël. Israël est une démocratie et à cet égard, c’est vrai, est un modèle. L’Etat israélien a le devoir de protéger ses citoyens. Ami d’Israël, je ne crois pas que la violence comme seul horizon, que la force comme réponse ultime, puissent déboucher sur une sécurité réelle et conduire à la paix à laquelle le peuple israélien aspire et à laquelle il a droit.

C'est pourquoi mon gouvernement a œuvré sans relâche à la reprise trop longtemps différée d'un authentique dialogue politique entre Israéliens et Palestiniens. Ce dialogue doit mener à la coexistence entre un Etat israélien à la sécurité garantie et un Etat palestinien souverain et viable. Plus de la moitié des Israéliens sont aujourd'hui favorables au principe d'un tel Etat. La France est prête à tout mettre en œuvre pour en faciliter l'avènement négocié avec Israël. Dans ce esprit, notre pays salue l’engagement renouvelé des Etats-Unis, dont témoigne le discours prononcé le 19 novembre dernier par le Secrétaire d'Etat américain, venant après des déclarations encourageantes du Président Bush, sur la base desquelles les Etats-Unis et l’Europe peuvent travailler ensemble à la paix.

Sortir de la situation actuelle commence par la mise en œuvre du rapport Mitchell, dont les recommandations conjuguent l’arrêt de la violence et les mesures de confiance. Cette solution est formellement agréée par toutes les parties depuis le printemps dernier. Elle doit être appliquée. Sinon, il y aura toujours plus de victimes, de destructions, de haines et d’humiliations. Sans solution politique équitable, il n’y aura ni paix ni sécurité pour deux peuples aux destins liés. Israël ne peut se résigner à cette perspective comme à une fatalité.

La France –et, avec elle, l’Europe– ne se lasseront pas de répéter ces principes, même si l’évidence de la nécessité de concessions réciproques paraît plus difficile à faire admettre aujourd’hui qu’elle ne l’a été hier. Je mesure la déception de ceux qui, en Israël et ailleurs, ont cru la paix à portée de mains : j’avais eu l’occasion de m’entretenir avec eux lors de ma visite dans la région et ils m’avaient alors exprimé leur espoir, depuis déçu. Mais aujourd’hui encore seule la reconnaissance réciproque de la dignité de chacun pourra amener à la paix et nous permettre d’avancer dans la voie souvent tracée par Shimon Peres, celle d’une association d’Etats du Proche-Orient faisant face, ensemble, aux grands défis de la région, par le développement et dans la paix.

Monsieur le Président,

Votre propos s’est également fait l’écho de l’inquiétude de la communauté juive face aux dangers de l’antisémitisme.

Je voudrais vous rassurer pleinement sur la détermination des pouvoirs publics à lutter contre toute forme d’antisémitisme. Cette détermination est absolue. Elle ne tolère aucune exception. Je l’ai déjà affirmé : il est hors de question que le conflit du Proche-Orient puisse être comme transporté sur notre sol, où coexistent des Français de sensibilité et parfois d’origine différentes, où vivent aussi des étrangers, mais où chacun est tenu de respecter les lois de la République. Cette coexistence peut donner lieu à l’expression de points de vue différents. Mais, dans la République, la violence doit être rejetée. Dans la République, le dialogue et le respect resteront la règle.

Depuis plus de quatre ans, le Gouvernement a toujours lutté résolument contre les actes antisémites, quelle que soit leur nature : actes hostiles contre les personnes, profanations de cimetières, dégradations de synagogues. La situation a sans doute été plus particulièrement préoccupante il y a quelques mois. Mais nous ne relâchons pas notre action. J’ai demandé au ministre de l’Intérieur, Daniel Vaillant, d’être particulièrement vigilant et de me rendre compte régulièrement de la situation. Pas plus que nous n’admettons des actes de racisme, nous ne tolérons les actes et les réactions d’antisémitisme. Notre vigilance s’applique aussi à l’internet : la présence de sites xénophobes, racistes et antisémites pose un très grave problème. L’internet est un espace de liberté, il ne saurait servir de refuge à la haine. L’incitation à la violence ou au meurtre doit être proscrite. D’ores et déjà, nous disposons d’instruments juridiques. Nous en ferons usage sans hésitation.

Cette lutte sans complaisance contre le racisme et l’antisémitisme s’inscrit dans une politique d’ensemble en faveur de la sécurité. La lutte contre l’insécurité au quotidien, celle dont souffrent le plus nos concitoyens, est une priorité. Depuis 1997, des efforts considérables ont été faits, qu’il s’agisse des effectifs, des moyens disponibles et de la concertation entre les forces de sécurité et les acteurs locaux, ou encore de revalorisations salariales pour les personnels de sécurité. Beaucoup reste à faire : nous en sommes conscients. Il nous faut mieux punir mais aussi mieux prévenir, en agissant sur les ressorts profonds de la violence et de la haine qui sont présents au cœur de notre société. En nous gardant de toute exploitation du thème de l’insécurité, nous agissons. Et nous veillerons à rappeler à chacun et à tous qu’il n’y a pas de société sans règles et que les droits appellent des devoirs.

Monsieur le Président,

Vous avez bien voulu rappeler l’action de mémoire et de réparation entreprise par la France soixante ans après les exactions commises par le régime de Vichy.

A chacun des dîners qui nous ont réunis, j’ai fait le point sur le travail accompli en ce sens : celui de la commission Mattéoli, jusqu’à la remise de son rapport définitif, puis celui de l’ensemble des parties associées à la mise en œuvre des recommandations de cette commission. Je voudrais rendre un nouvel hommage au Président Jean Mattéoli et au vice-président Ady Steg. Leur travail est unanimement salué, dans le monde entier, pour sa qualité et sa rigueur. Depuis, grâce aux négociations conduites avec maîtrise par l’ambassadeur Jacques Andréani, mon gouvernement a pu conclure un accord avec celui des Etats-Unis d’Amérique, représenté par le sous-secrétaire d’Etat au Trésor, Stuart Eizenstadt. Cet accord, signé à Washington le 18 janvier 2001, a formellement reconnu que l’action entreprise en France pour régler la question des spoliations des biens ayant appartenu à des juifs pendant la guerre était suffisamment crédible pour conduire le gouvernement des Etats-Unis à soutenir, devant les tribunaux américains, qu’il soit mis un terme à toute action collective qui serait menée contre les banques françaises. Celles-ci ont accepté de verser une indemnité à tous ceux qui pourraient montrer de façon crédible avoir été victimes de spoliations en France. A ma demande, Hubert Védrine, le ministre des Affaires étrangères, a chargé l’ambassadeur Francis Lott d’une mission de suivi et d’application de l’accord franco-américain.

Dans cet indispensable travail de mémoire et de réparation, j’ai le sentiment que plusieurs étapes essentielles ont été franchies depuis notre rencontre de l’an dernier.

La première concerne l’action de la commission d’indemnisation des victimes des spoliations. La commission présidée par Pierre Drai a vu ses moyens renforcés pour lui permettre de faire face au flot de demandes qui lui sont adressées –plus de 8.000 requêtes depuis sa création– et pour remplir ses nouvelles missions issues de l’accord franco-américain. Les procédures ont été facilitées afin d’améliorer la célérité des réponses, laquelle est un impératif premier en matière d’indemnisations de cette nature. Un effort important de communication et d’information a été réalisé pour permettre à toutes les victimes de spoliations de s’adresser à la Commission : annonces dans de nombreux journaux étrangers et dans les principaux quotidiens français, ouverture d’un site internet, diffusion de plaquettes en français, anglais et hébreu.

Le premier rapport d’activité de la Commission, que son président m’a remis le 20 novembre, atteste de progrès considérables dans le traitement des requêtes, permettant d’envisager un rythme de 1.800 à 2.000 recommandations rendues par an. Je tiens à remercier l’ensemble des membres de la Commission pour le travail qu’ils accomplissent avec une conscience et un dévouement remarquables. Ces remerciements concernent bien entendu au premier chef le Président Drai, dont la tâche est lourde et les responsabilités considérables. L’humanité que chacun lui connaît est pour nous tous une garantie de la réussite de la Commission. Le Gouvernement entend poursuivre son effort pour lui donner les moyens de remplir sa mission. Il est également déterminé à hâter le paiement des recommandations formulées par la Commission.

Dans le même temps se poursuit le minutieux travail d’enquêtes sur la provenance des œuvres d’art dites MNR –c’est-à-dire récupérées par les musées nationaux après-guerre. Ce travail a donné lieu à la publication d’un ouvrage et à l’ouverture d’un site internet aisément consultable par tous. Par ailleurs, à l’instar de ce qui avait été recommandé par la Commission Mattéoli, des discussions sont en cours entre la direction des musées de France et le conservateur du musée d’Israël pour assurer un dépôt tournant des œuvres majeures MNR.

Une deuxième étape a été franchie avec la création de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, conformément à ce que j’avais annoncé l’an dernier. Cette Fondation est destinée à recueillir les fonds publics et privés, provenant de spoliations, qui ne sont ni restitués, ni revendiqués. L’Etat aura versé dans le courant du mois de janvier 2002 la totalité de sa part de la dotation. Je tiens à remercier vivement Mme Simone Veil d’avoir accepté de prendre la présidence de la Fondation. La qualité du Conseil d’administration qui l’entoure est une garantie supplémentaire du sérieux et de l’attention avec lesquels seront examinés la quarantaine de projets, à vocation nationale et internationale, qui lui sont déjà soumis. Dans l’esprit du Gouvernement, au-delà des réparations individuelles indispensables, cette fondation est un élément majeur qui, pour l’avenir, permettra de se souvenir et de tirer les leçons du passé. Le soutien que la Fondation apportera au Centre de documentation juive contemporaine et au Mémorial du martyr juif inconnu contribuera au maintien " des liens de mémoire ". Elle fera vivre notre fidélité à tous ceux, hommes, femmes, enfants, qui furent assassinés parce qu’ils étaient juifs. Elle marquera aussi notre reconnaissance envers les " Justes " et les résistants qui eurent le courage et le cœur de se dresser pour la liberté et les droits de l’Homme.

La sensibilisation des jeunes générations constitue évidemment un objectif de la Fondation. C’est pourquoi je me réjouis de l’initiative, soutenue par la Fondation et prise par le ministre de l’Education nationale, Jack Lang, d’adresser à tous les lycées de France un DVD comportant de larges extraits de l’œuvre majeure de Claude Lanzmann, Shoah. Cette action s’inscrit dans le nouveau plan d’éducation à l’image préparé avec la ministre de la Culture, Catherine TASCA.

La troisième étape que je voulais évoquer a trait à l’indemnisation des orphelins de la déportation juive. Cette indemnisation est largement réalisée, grâce à l’action conjuguée du ministère de la Défense, du secrétariat d’Etat à la Défense, chargé des Anciens combattants, ainsi que de l’Office national des anciens combattants. Plus de 11.500 dossiers ont été traités à ce jour et ont abouti à des versements de rentes ou de capital, selon les souhaits exprimés. Je sais que le décret du 13 juillet 2000 instaurant cette mesure a suscité des réactions et des incompréhensions dans le monde résistant, dont la presse et des parlementaires se sont fait l’écho, mais aussi parfois en votre sein même. Je reste convaincu que la situation exceptionnelle créée par la politique d’extermination de la communauté juive résidant en France appelle, soixante ans plus tard, une réponse exceptionnelle de l’Etat. Il faut accorder le bénéfice de cette mesure de réparation, selon les termes du Conseil d’Etat, à " toute personne qui, du fait d’actes commis dans le cadre de la politique d’extermination systématique " menée en France durant l’Occupation à l’égard des juifs, a été définitivement privée d’un de ses parents ou des deux. Au-delà, la réflexion doit se poursuivre pour accorder la reconnaissance de l’Etat à tous ceux qui ont souffert des persécutions antisémites, de même que seront prises en charge les situations individuelles des orphelins de déportés dans le besoin, et renforcés les moyens d’action des Fondations de la Résistance et de la mémoire de la Déportation.

L’année 2002 se situera soixante ans après 1942, qui fut l’année des plus grandes rafles. De nombreuses initiatives seront prises pour rappeler cette année terrible. Après la Suède, la France assurera en 2002 la présidence du groupe d’action international pour l’éducation et la mémoire de la Shoah, créé avec les Etats-Unis, Israël et les principaux états européens. J’ai demandé à notre représentant, Norbert Engel, de veiller à ce que cette année là soit l’occasion d’actions encore plus fortes de sensibilisation de la population, en France et dans le monde, à la " catastrophe " à nulle autre pareille que fut la Shoah. Dans ce cadre, la France organisera en octobre 2002 un grand colloque international avec le Conseil de l’Europe et la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Cet événement rassemblera des délégations de 48 pays et sera l’occasion de concrétiser la décision du ministre de l’Education nationale de consacrer dans les écoles une journée à la mémoire de la Shoah et à la prévention des crimes contre l’humanité.

Comme vous le voyez, Monsieur le Président, l’effort du Gouvernement ne se relâche pas. Il n’aurait pas la même force sans le travail opiniâtre de tous ceux –ils sont nombreux parmi vous– qui œuvrent chaque jour dans ce même but. Mon admiration va notamment à Serge Klarsfeld, justement couronné pour la parution de son " grand œuvre ", et à Claude Lanzmann qui offre, avec le film " Sobibor 14 octobre 1943, 16 heures " –que ma femme et moi avons été voir avec lui–, une des œuvres de mémoire incontournables de cette époque. Ma reconnaissance va aussi à tous ceux –notamment les enseignants– qui expliquent, souvent face à des réactions incrédules, ce que fut la Shoah et pourquoi ce drame juif est un drame de l’Humanité.

Il appartiendra bientôt aux historiens de faire le bilan du travail effectué par la France pour faire mémoire de son passé. Puissent-ils le trouver digne et peut-être exemplaire : par le dialogue constant que la communauté juive de France a entretenu, au premier chef par l’intermédiaire du CRIF, avec le Gouvernement pour trouver des solutions justes et équitables, exemplaire par l’ampleur du travail de recherche effectué, exemplaire par le rapport créé ainsi entre notre pays et son histoire. Ce rapport se fonde sur la conviction que, loin d’avoir à le redouter, notre Nation sort renforcée de l’examen serein de son passé. Je l’ai déjà affirmé : la recherche de la vérité, cet acte de lucidité, n’est pas une repentance. C’est dans cet esprit que j’ai annoncé récemment la construction d’un nouveau centre pour les archives, qui recèlent une large part de la mémoire nationale.

Monsieur le Président,

Dans quelques mois, notre pays sera amené à opérer des choix essentiels pour son avenir. C’est un moment fondamental de la vie démocratique qui s’annonce. Mon gouvernement sera alors amené à présenter à l’opinion publique le bilan de cinq années d’action et de réformes. Il ne sera pas le seul à avoir à le faire. Quelle que soit l’issue des choix que feront les Français, il est assez probable que vous accueillerez l’an prochain un autre Premier ministre. C’est pourquoi, à titre personnel, je voudrais redire, en forme d’au revoir, le plaisir et l’émotion que j’ai éprouvés à rencontrer chaque année, dans ce dîner, des hommes et des femmes, militants au sein de leur communauté et insérés dans l’action au service de la communauté nationale. Nos dialogues ont été sincères, chaleureux et positifs.

Mesdames, Messieurs, Cher(e)s ami(e)s,

Le CRIF est un interlocuteur précieux pour les pouvoirs publics : par la maturité et le sens des responsabilités dont il sait faire preuve, par son souci constant d’entretenir le dialogue. Dans cette période difficile pour le monde et, vous l’avez rappelé, parfois vécue avec inquiétude par les Juifs de France, je tenais à vous assurer ce soir de la détermination du Gouvernement à défendre, ici et partout dans le monde, les principes de justice et de liberté qui sont au fondement même de notre République.

 

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