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Le commerce électronique et la nouvelle ère économique

Le commerce électronique et la nouvelle ère économique

Allocution prononcée à Lyon par M. Jonathan Spalter. Washington File, U.S.I.S. Paris, le 22 février 1999.

Washington D.C. -- L'essor rapide du commerce électronique par la voie du réseau Internet est le signe manifeste d'une véritable révolution commerciale, a affirmé le directeur de l'information au sein de l'Agence d'information des Etats-Unis, M. Jonathan Spalter, lors d'un discours prononcé le 16 février à Lyon (France) à l'occasion d'une conférence organisée par le ministère français du travail.

Dans son allocution, M. Spalter a abordé un certain nombre de questions relatives au commerce électronique, notamment la stratégie du gouvernement Clinton à l'égard de cette nouvelle forme de commerce et les perspectives d'avenir y afférentes.

Texte de son discours.

Introduction

Bonjour, mesdames et messieurs. Je suis ravi de me trouver parmi vous et je tiens à remercier l'Institut national du travail d'avoir organisé cette réunion.

Je me réjouis particulièrement de ma présence à Lyon, une ville à laquelle on attribue le mérite d'avoir fait œuvre de pionnier dans de nombreux domaines, notamment avec l'établissement, en 1506, du premier marché financier de France. J'aimerais pouvoir vous dire que je l'ai toujours su, mais je dois avouer que je fais des recherches - exactes, j'espère - avant de prononcer un discours!

Je crois savoir que cet auditoire offre une diversité intéressante de gens venus de tous les coins de France et représentant les syndicats, le monde des affaires et les pouvoirs publics. C'est une bonne chose, selon moi, car il ne fait aucun doute que, pour que le commerce électronique réalise pleinement son potentiel, les efforts et la coopération de tous ces milieux seront nécessaires tandis que nous avancerons vers ce que je considère comme l'ère de progrès la plus passionnante que le monde ait jamais connue.

J'aimerais axer mon propos sur trois principaux aspects de la question:

  • Primo, l'essor du commerce électronique ces dernières années, les conséquences de cette évolution et mon point de vue sur son avenir. Je vous parlerai aussi de la politique des Etats-Unis dans ce domaine.
  • Secundo, les répercussions du commerce électronique et de la nouvelle ère économique sur l'administration publique. Je prendrai comme exemple les organismes chargés des affaires étrangères, étant donné que c'est le domaine dans lequel je travaille.
  • Tertio, je vous parlerai d'un phénomène qui présente un intérêt particulier, à mes yeux, pour les chefs d'entreprise et les dirigeants syndicaux ici présents, c'est-à-dire les effets du commerce électronique, d'Internet et de la mondialisation sur le monde du travail.

Etant donné que je suis américain, vous comprendrez certainement que je vante quelque peu les progrès réalisés aux Etats-Unis dans l'expansion du commerce électronique. Il circule en Europe une boutade, attribuée en premier à votre célèbre président du conseil, Georges Clémenceau, et selon laquelle les Etats-Unis seraient le seul pays de l'histoire à être passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir connu l'étape habituelle de la civilisation.

Mais ceux qui prétendent que nous avons manqué la civilisation ne pourraient assurément pas en dire autant de la révolution de la technologie et de l'information. Les Etats-Unis sont en train d'opérer une véritable métamorphose de leur système économique, qui affecte les entreprises et les relations professionnelles dans tous les secteurs, et je sais que cela se produit aussi de plus en plus en France.

1. L'essor du commerce électronique

J'espère tout d'abord que vous m'autoriserez un bref tour d'horizon des profondes mutations qu'engendre actuellement, dans pratiquement toutes les économies du globe, la révolution technologique que nous vivons actuellement.

Il y a un siècle, si vous vouliez obtenir de l'argent pour monter une affaire, vous deviez pratiquement faire du porte-à-porte pour trouver quelqu'un qui soit prêt à prendre une participation financière. L'essor des bourses et d'autres institutions financières a aidé à établir des marchés nationaux et des marchés internationaux limités.

Mais Internet crée un marché mondial, pas seulement un marché des capitaux mais un marché de biens et de services qui va entraîner une démocratisation sans précédent de l'activité économique. Comme l'a déclaré le vice-président Gore : "Pratiquement n'importe qui, muni d'une idée géniale et d'un petit logiciel, peut s'établir à son compte et devenir la boutique du coin pour la planète tout entière."

"Ce phénomène, poursuivait-il, promet de déclencher une révolution de l'esprit d'entreprise et de l'innovation, une avalanche de nouveaux produits et services que nous pouvons à peine imaginer aujourd'hui. Grâce au commerce électronique, nous contribuons à la télématisation du commerce, à sa mondialisation et au déchaînement de l'ingéniosité." Et le Vice-Président, qui n'a pas peur des mots, ajoutait : "Nous sommes à la veille d'une révolution aussi profonde que le bouleversement économique qui a accompagné la révolution industrielle."

Je n'ai nullement l'intention d'encombrer notre dialogue de statistiques. Permettez-moi simplement d'en citer deux ou trois. Elles sont extraites d'un rapport récent de la Maison-Blanche intitulé "Schéma futur du commerce électronique mondial". En décembre 1995, moins de dix millions de personnes étaient abonnées à Internet. Leur nombre dépasse aujourd'hui cent quarante millions. Le volume du trafic sur Internet double tous les cent jours. Selon certaines estimations, durant la première décennie du siècle prochain, plus d'un milliard de personnes utiliseront Internet à travers le monde. Lorsque nous entrerons dans le siècle prochain, il existera peu de domaines du commerce international, si tant est qu'il en subsiste, qui ne donneront pas lieu à des transactions électroniques.

Selon certaines prévisions, alors que le commerce électronique ne représente actuellement que deux milliards de dollars d'achats aux sociétés sur Internet, d'ici à l'an deux mille deux, il atteindra près de trois milliards. Et cela uniquement aux Etats-Unis. On prédit que la croissance la plus rapide se produira dans le commerce entre entreprises. Mais le commerce en général se développera à une vitesse exponentielle. De nouveaux produits et services seront mis au point pour cette nouvelle forme de commerce et les entreprises existantes repenseront la façon dont elles produisent et commercialisent leurs biens et services.

Et cela ne concerne pas que les produits matériels. Comme le déclarait récemment Louis Gernster, président d'IBM, avec les réseaux, "nous avons la possibilité de fournir ce qu'il y a de meilleur à ceux qui en ont le plus besoin; les meilleurs enseignants à nos districts scolaires les plus reculés ou aux enclaves négligées de nos quartiers déshérités; l'habileté de nos meilleurs médecins aux patients qui en ont besoin, indépendamment des distances, et des connaissances sur le monde à tous les habitants de la planète."

Selon le Groupe de travail du gouvernement Clinton sur le commerce électronique, la technologie de l'information a représenté globalement un tiers de la croissance réelle du produit intérieur brut des Etats-Unis de 1995 à 1997. Plus de sept millions de personnes travaillent maintenant dans ce secteur et leur salaire moyen est supérieur des deux tiers à celui des autres travailleurs du secteur privé.

Comme vous le savez tous, j'en suis sûr, les perspectives, le potentiel, sont difficilement imaginables pour nous aujourd'hui. Les plus grandes intelligences elles-mêmes ont du mal à comprendre comment cette révolution économique naissante va transformer non seulement les économies mondiales mais la société en général. Comme le déclarait le grand écrivain français Albert Camus, "Pour un homme sans œillères, il n'est pas de plus beau spectacle que celui de l'intelligence aux prises avec une réalité qui la dépasse." La revue "The Economist" exprime cette idée d'une autre façon. Les tournants décisifs de la technologie, écrivait l'un de ses collaborateurs, sont extrêmement difficiles à percevoir pour l'esprit humain, si ce n'est rétrospectivement.

Mais nous avons déjà nettement constaté certains des avantages de cette nouvelle ère économique, même si nous ne pouvons pas prévoir avec exactitude la façon dont elle façonnera l'avenir. Je crois que c'est Chou En-Lai qui, lorsqu'on lui avait demandé si la révolution française avait été un succès, avait répondu : "Il est trop tôt pour se prononcer." Eh bien, je ne pense pas que nous ayons besoin d'attendre deux cents ans pour porter un jugement sur le commerce électronique et la révolution de l'information.

Le point de vue des Etats-Unis sur le commerce électronique

Premier président des Etats-Unis à être né après la Deuxième Guerre mondiale, à l'ère de l'ordinateur, le président Clinton a reconnu au début de son gouvernement que le monde traversait une période de changements plus radicaux qu'il n'en avait jamais connu et que notre tâche, notre devoir était de les mettre au service de tous, non seulement de tous les Américains ou de toutes les nations occidentales riches, mais de tous les habitants du globe.

"Si nous créons un environnement dans lequel le commerce électronique peut se développer et prospérer", a-t-il dit, "chaque ordinateur sera une fenêtre ouverte à toutes les entreprises, grandes et petites, partout dans le monde". Le président a souligné que le commerce électronique devait faire fond sur les solutions venant du secteur privé et être mû par les forces du marché. Il ne devait pas être et ne serait pas un marché contrôlé par l'Etat. M. Clinton a ajouté que le rôle du gouvernement devait être minime et qu'il importait d'éviter la surréglementation du secteur. Il a également insisté sur le fait que le nouveau monde électronique ne devait pas creuser des fossés, mais respecter toutes les sociétés, être accessible à toutes les collectivités et profiter à tous les participants.

En juillet dernier, le président Clinton a présenté neuf recommandations destinées à structurer notre promotion du commerce électronique. Permettez-moi de les rappeler brièvement à l'intention de ceux qui ne les connaîtraient pas:

  • Internet doit être un environnement "hors taxes" lorsqu'il est utilisé pour fournir des produits et des services.
  • Il faut éviter des règles trop rigides en matière de paiement électronique et leur préférer un système de suivi au cas par cas à mesure que le système se développe.
  • Les parties intéressées doivent être en mesure de commercer sur Internet dans le cadre des termes convenus entre elles. Néanmoins, les Etats-Unis vont œuvrer à l'établissement d'un code international uniforme qui permettra de simplifier et d'encourager le commerce électronique dans un cadre cohérent de règlements et de lois.
  • Les droits de propriété intellectuelle doivent être respectés. Les Etats-Unis vont travailler à la mise en place d'accords internationaux garantissant que les droits de propriété intellectuelle, les brevets et les marques de commerce seront protégés contre le piratage et la fraude.
  • Il importe de protéger la vie privée mais d'une manière compatible avec la promotion des affaires.
  • Il doit exister un ensemble uniforme de règles et de lois ainsi qu'un réseau mondial de télécommunications accessible, peu coûteux et capable de soutenir le commerce électronique.
  • Internet ne doit pas être soumis à la censure : il faut encourager le secteur à s'auto-discipliner.
  • Les normes techniques doivent être déterminées par le marché, ne serait-ce que parce que la technologie avance plus vite que les décideurs ne sont capables de réagir. Toute tentative d'un gouvernement de gérer la Toile ne pourra que ralentir l'innovation technique.
  • Il faut garantir la sécurité d'Internet en autorisant l'utilisation de méthodes avancées de cryptographie destinées à empêcher les personnes non autorisées de lire les transmissions de données telles que les numéros de cartes de crédit et les détails des contrats. Mais il importe aussi de protéger la sécurité nationale en appliquant ces règles de manière raisonnable de façon que des terroristes ne puissent pas cacher leurs activités grâce aux techniques de cryptage.

Je voudrais ajouter ici que nous nous félicitons des excellents rapports de coopération que nous avons avec la France dans le domaine de la lutte contre la criminalité de haute technicité et le cyberterrorisme, notamment dans le cadre de l'initiative de Lyon.

Pour résumer, les Etats-Unis sont d'avis qu'il faut laisser le commerce électronique et, plus généralement, Internet se développer aussi librement que possible pour que nous puissions en tirer le maximum de bienfaits, et je sais que beaucoup de Français partagent ce point de vue. Comme la légendaire Mae West l'a dit un jour : "C'est merveilleux d'avoir trop d'une bonne chose."

Politique et initiatives des Etats-Unis en matière de commerce électronique

Du côté américain, le gouvernement a déjà pris un certain nombre de mesures pour atteindre ces objectifs. Permettez-moi d'en nommer quelques-unes :

  • La Loi sur l'exonération fiscale d'Internet impose un moratoire de trois ans sur les nouveaux impôts discriminatoires qui frappent le commerce sur la Toile, et crée une commission chargée d'élaborer un système uniforme d'application des impôts existants sur les téléventes.
  • La Loi sur le copyright du millénaire numérique ratifie plusieurs traités de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) protégeant "en ligne" les œuvres et matériels protégés par le droit d'auteur.
  • La Loi sur la protection "en ligne" de l'enfance protège la vie privée des jeunes enfants sur Internet.
  • La Loi sur l'élimination de la paperasserie dans les services du gouvernement encourage l'utilisation des systèmes d'archivage électronique au sein du gouvernement fédéral.

 

S'agissant de l'Etat fédéral, le président a demandé aux responsables de tous les services fédéraux de prendre des mesures spécifiques pour mettre en œuvre le Schéma futur du commerce électronique mondial dont j'ai parlé plus tôt.

Je pourrais continuer, mais le vrai défi, dans ce domaine, ne se situe pas au niveau national. Le défi consiste à harmoniser dans toute la mesure du possible, grâce à des accords bilatéraux et multilatéraux, les dispositifs pris par les divers pays pour faire face à l'avenir. En juin dernier, le président Clinton et le premier ministre français, M. Lionel Jospin, se sont engagés au nom de leurs gouvernements à ouvrir l'accès à l'information. D'autres accords bilatéraux ont été signés avec d'autres pays.

Au plan multilatéral, les membres de l'OMC sont convenus en mai dernier de continuer à ne pas imposer de droits de douane sur les transmissions de commerce électronique. En octobre dernier, l'OCDE a publié une déclaration commune s'opposant à la taxation discriminatoire d'Internet et du commerce électronique. Il reste cependant beaucoup à faire, et à sa réunion d'Ottawa, l'OCDE a demandé la poursuite des travaux sur la réglementation du commerce électronique, et notamment sur la protection de la vie privée.

Cette dernière question, la protection de la vie privée, risque de compromettre gravement le flux du commerce électronique si nous n'arrivons pas à un accord nous permettant d'aller de l'avant. Ce qui m'amène aux points de vue quelque peu différents que les Etats-Unis et l'Europe ont adoptés sur la question. Soyons clairs : les pays membres de la Communauté européenne et les Etats-Unis sont tout à fait en faveur de la protection de la vie privée; cependant, leurs idées sur la manière d'atteindre cet objectif louable diffèrent actuellement.

La Directive de la Communauté européenne sur les données est un programme exhaustif régissant tous les aspects de la collecte et de la distribution des données. Le régime de protection de la vie privée proposé par les Etats-Unis part de la base et vise des situations spécifiques. Récemment, les Etats-Unis ont lancé une proposition destinée à rapprocher les positions américaine et européenne : il s'agit de la proposition dite de "port sûr" dans le cadre de laquelle les entreprises américaines s'engageront à suivre des principes mutuellement acceptables. Je ne vais pas entrer dans le détail de cette proposition aujourd'hui ; peut-être pourrons-nous en discuter pendant la période réservée aux questions si vous le désirez. Je voudrais seulement dire que nous avons encore du chemin à faire avant d'arriver à un accord.

2. Les implications pour l'Etat

Ainsi que je l'ai déjà mentionné, je suis directeur de l'information au sein de l'Agence d'information des Etats-Unis, organisme qui se fusionnera cet automne avec le département d'Etat pour former un nouveau méga ministère des affaires étrangères. Il m'a paru évident, dès mon arrivée au sein du gouvernement Clinton, que l'avènement du commerce électronique et de la nouvelle ère économique avait de profondes implications pour la fonction publique aussi bien que pour les milieux d'affaires. Aussi, dans la deuxième partie de mon propos, j'aimerais vous entretenir de la façon dont le commerce électronique et, plus globalement, Internet sont en train de transformer l'administration publique, en prenant comme exemple la conduite des affaires étrangères en général, et de la diplomatie publique en particulier.

Nombreux sont les facteurs qui agissent actuellement sur la fonction publique, et notamment sur la politique étrangère : on peut citer, et non des moindres, la fin de la guerre froide, de cette fissure profonde qui séparait l'Est et l'Ouest, l'Europe orientale et l'Europe occidentale et qui, par bonheur, a cessé d'exister. Mais deux des facteurs les plus importants sont d'ordre économique.

Le monde subit depuis une dizaine d'années une spectaculaire mutation, tant économique que technologique, que l'on désigne sous le nom de "mondialisation ". La mondialisation a tout simplement changé le contexte dans lequel les gouvernements opèrent, en fonction d'un large éventail de facteurs, notamment l'élargissement continuel des blocs commerciaux et l'accélération rapide du libre-échange ; l'internationalisation de la criminalité et des mouvements de population ; la libéralisation des télécommunications à mesure que s'évanouissent les vieux monopoles nationaux ; l'emprise mondiale du capital et des marchés financiers ; l'influence grandissante des organismes régionaux et internationaux, et ainsi de suite.

Or, le commerce électronique et la mondialisation posent des défis de taille aux Etats-nations, dont les gouvernements centraux se rétrécissent sous l'effet de la renaissance de la démocratie à la base, de la décentralisation et de la localisation. Ce fait a de profondes implications non seulement dans mon domaine d'activité, la diplomatie publique, mais dans toutes les activités de l'Etat et tous les milieux d'affaires. Les enjeux, vous le savez bien, sont considérables. Cette Infrastructure mondiale de l'information, comme l'appelle le vice-président Gore, sera, au XXIe siècle, la clé de notre prospérité durable et de la mesure dans laquelle nous pourrons l'étendre à tous les peuples de la terre qui, jusqu'ici, en ont été privés.

Deuxièmement, il y a la révolution de l'information elle-même, dont la mondialisation est à la fois cause et effet. Elle est mue par le progrès fulgurant des télécommunications, par l'essor exponentiel des capacités informatiques à des coûts de plus en plus réduits, et par l'établissement de réseaux électroniques et télématiques de portée universelle, en particulier, bien sûr, les réseaux de diffusion mondiale et Internet. Cette révolution de l'information est en train d'abolir les distances, de supprimer la notion de frontière et de susciter des communautés de tous genres, au-delà des limites nationales, pour former de véritables collectivités mondiales.

Tout cela non seulement modifie la façon dont un pays mène à bien sa politique étrangère et sa diplomatie, mais transforme la nature même de son gouvernement. Ainsi que je l'ai dit au début, il n'existe plus guère de dossiers purement intérieurs. Politique intérieure et politique extérieure convergent de plus en plus, et cette fusion a de profondes implications pour nous tous, que nous soyons dans les affaires ou dans la fonction publique.

A l'Agence d'information des Etats-Unis, nous avons dû révolutionner la manière dont nous menons notre diplomatie publique, ne serait-ce que pour suivre l'essor d'Internet et du commerce électronique et la révolution technologique en général. Il y a dix ans, l'Agence distribuait par télégraphie et, parfois, par courrier ses informations aux ambassades des Etats-Unis de par le monde, ces grands avant-postes de la politique étrangère américaine qui doivent eux-mêmes subir des mutations extraordinaires afin de pouvoir répondre aux défis d'un monde nouveau. Mais aujourd'hui, nous menons notre diplomatie publique de façons nouvelles et peu orthodoxes, non seulement auprès des élites et des gouvernements par l'intermédiaire de nos ambassades, mais directement auprès d'organismes non gouvernementaux, des publics intéressés et de communautés ciblées. Nous employons ces nouveaux outils de l'âge de l'information que sont les sites d'Internet, les vidéoconférences, les programmes de conférenciers employant des médias de haute technicité, les publications électroniques aussi bien qu'imprimées, et même le courrier électronique.

Et loin d'exclure les organisations non gouvernementales et autres de ce processus, ce qui s'est produit si souvent par le passé, lorsque le secret était le mot d'ordre de la diplomatie, nous avons vivement encouragé leur participation, même lorsque leurs vues ne coïncidaient pas parfaitement avec celles du gouvernement des Etats-Unis. Le défi auquel vous avez à faire face est sans doute différent ; il n'en est pas moins radical.

3. La révolution sur le lieu de travail

Pourtant, il ne suffit pas de modifier notre approche à l'égard des personnes avec lesquelles nous communiquons à l'extérieur de l'organisme ou de l'entreprise où nous travaillons ; il faut aussi la transformer de l'intérieur. A cet égard, je pense que nous avons à peine amorcé, dans l'organisation du travail, les changements nécessaires pour répondre aux besoins du XXIe siècle.

C'est pourquoi, pour terminer mon propos, je me propose de vous décrire ce que nous avons fait et ce que nous nous efforçons de faire au sein du gouvernement fédéral. Je pense que ceci intéressera particulièrement ceux d'entre vous qui représentent les syndicats et le patronat.

Dès son entrée en fonctions, le président Clinton s'est rendu compte qu'il n'appartenait pas seulement aux milieux d'affaires, mais aussi à l'Etat, de s'adapter au nouvel environnement économique d'Internet et du commerce électronique. Les effectifs de la fonction publique, à l'image des grandes entreprises avant leur dégraissage, étaient surchargés non pas tant au sommet qu'au niveau des cadres moyens. Cette situation avait un certain mérite avant l'avènement d'Internet et de la révolution mondiale ; elle n'en a plus guère aujourd'hui.

Le gouvernement Clinton a entrepris d'élaborer une politique de réorganisation de l'administration fédérale qui soit adaptée à la nouvelle ère économique. Il a pris deux grandes initiatives en vue de réformer une administration qui a subi peu de modifications depuis des dizaines d'années. La première initiative a trait à une forte réduction, de l'ordre de deux cent cinquante mille personnes, des effectifs fédéraux. En vue d'éviter des licenciements de grande ampleur et de faire en sorte que ce ne soient pas les jeunes fonctionnaires qui quittent l'administration, il a été décidé d'inciter les fonctionnaires plus âgés à prendre leur retraite anticipée, moyennant compensation financière.

Ce plan, qui a obtenu le soutien de tous les grands syndicats de fonctionnaires fédéraux, s'est déjà soldé par une réduction de plus de deux cent cinquante mille fonctionnaires sans d'importants licenciements. A l'heure actuelle, les effectifs de l'administration fédérale sont à leur niveau le plus bas depuis le gouvernement Kennedy, et la hiérarchie s'est fortement tassée.

La seconde initiative visait à révolutionner les relations entre l'administration fédérale et les syndicats de fonctionnaires. Pendant des dizaines d'années, ces relations ont ressemblé à celles du secteur privé avant sa transformation, où les affrontements entre le patronat et les syndicats étaient incessants.

Avec l'accord des syndicats, le président Clinton et le vice-président Gore ont proposé une nouvelle approche, à savoir la création de conseils de partenariat entre les syndicats et les responsables de l'administration destinés à remplacer les anciennes négociations collectives, comme cela s'était déjà produit dans le secteur privé.

Aucun des droits reconnus par les conventions collectives n'a été abrogé. L'administration a proposé aux syndicats et aux fonctionnaires un partenariat dans la prise des décisions en vue d'encourager la mise en place d'un nouveau système caractérisé par l'accroissement des moyens d'action des fonctionnaires des échelons inférieurs, par la réduction de la réglementation et par une évaluation du travail accompli en fonction des résultats obtenus. Ce nouveau système ne pouvait que profiter tant à l'administration qu'aux syndicats et aux administrés.

Il a été créé un conseil national de partenariat chargé d'encourager la direction des ministères ou organismes fédéraux et les syndicats à adopter cette nouvelle approche. Je peux vous dire maintenant que les progrès ont été inégaux. Certains ministères ou organismes ont adopté ce nouveau système qui semble donner de bons résultats. Dans d'autres, on a observé une certaine résistance de la part soit des syndicats, soit de la direction, soit des deux.

C'est peut-être là une question que vous pourriez étudier davantage. Autant que je sache, la plupart d'entre vous, si ce n'est vous tous, serez aux Etats-Unis le mois prochain. Je ne connais pas très bien la situation dans tous les ministères ou organismes fédéraux, mais je sais que notre ministère du travail joue un rôle de premier plan au sein de l'administration fédérale pour encourager l'adoption de ce nouveau système au XXIe siècle.

Le service que je dirige est l'un des premiers à avoir été mis en place en cette période de réorganisation. Il a été réorganisé en 1994 et il se caractérise par un nombre de supérieurs hiérarchiques bien moindre que la normale, par l'organisation de son effectif en équipes autonomes, par le renforcement des moyens d'action des fonctionnaires des échelons inférieurs, par l'adoption de nouvelles méthodes de travail telles que le télétravail et par un minimum de réglementation dans les limites permises par la loi.

A l'heure actuelle, nous nous apprêtons à créer un conseil qui sera composé de représentants élus par les fonctionnaires eux-mêmes et de représentants de la direction du service. Je suis sûr que notre conseil adoptera les meilleures idées susceptibles d'encourager la création d'un lieu de travail plus juste et plus efficace, que ces idées émanent ou non de la direction ou des fonctionnaires.

Il nous reste cependant beaucoup à faire, car, qu'il s'agisse de l'administration ou d'une société, il ressort clairement de l'expérience de ces dernières années, que personne ne peut savoir avec certitude que le lieu de travail d'aujourd'hui, même s'il a été réorganisé, sera bien adapté à la nouvelle ère, à l'ère où le commerce électronique, Internet et l'économie mondiale en général transformeront notre monde bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer. Ils transformeront aussi toutes nos institutions, que ce soient les administrations ou les entreprises.

Pour ce qui est du marché du travail en général, il est clair qu'Internet et le commerce électronique ont déjà entraîné de grands changements. On observe une forte augmentation de la demande de programmeurs, d'analystes fonctionnels, d'informaticiens et d'ingénieurs, même dans des organismes comme le mien. En outre, de nouvelles catégories d'emploi se créent, telles que celle de spécialiste du commerce numérique. Les travailleurs compétents dans le domaine informatique sont très demandés dans tous les pays du monde.

Alors que le commerce électronique prend de l'ampleur, la composition de la main-d'œuvre nécessaire pour la production et la distribution des produits va se modifier considérablement. Il en sera de même de l'organisation du travail. Les lieux de travail dotés d'une très grande souplesse, dont les structures peuvent changer en une semaine, voire en une journée, seront très recherchés. Les organisations bureaucratiques céderont la place à des cellules ou à des équipes souples qui sortent de l'ancien cadre rigide de la production et de l'ancienne division, semblable au mur de Berlin, entre direction et travailleurs. La formation professionnelle et le recyclage des travailleurs seront une ds constantes de toute organisation qui souhaitera survivre.

Conclusion

A mesure, donc, que nous progressons dans ce nouveau chapitre, à mes yeux passionnant, de l'histoire de l'humanité, j'acquiers la certitude que l'avenir appartient aux insatisfaits du présent, aux insoumis devant les limites du possible, aux visionnaires à l'imagination infinie. Ainsi que l'avait déclaré Robert Kennedy, il y a plus de trente ans : "Certains voient les choses comme elles sont et disent : pourquoi ? Moi, je rêve de choses qui n'ont jamais été et je dis : pourquoi pas ?"

Je vous remercie de votre attention et vous invite à présent à engager un dialogue. Je serai heureux de répondre à vos questions et d'entendre votre point de vue.

(Fin du texte)

 

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