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La prospective européenne à l’horizon 2015-2025

La prospective européenne à l’horizon 2015-2025

Discours du ministre français de la Défense, M. Alain Richard, à l'occasion de la 35ème session du CHEAr. Paris le 15 septembre 1998.

Je voudrais remercier ceux qui se sont rendus disponibles pour cette ouverture de session cet après-midi et, bien sûr, je souhaite la bienvenue à tous ceux qui vont participer à cette session et qui savent qu’ils s’engagent à un travail lourd, approfondi et générateur non seulement de pressions par rapport à leurs autres engagements professionnels mais aussi d’interrogations et probablement de remises en question. C’est encourageant et positif d’avoir dans l’assistance un très grand nombre de responsables politiques du ministère de la Défense et aussi de grands responsables industriels et scientifiques.

C’est une reconnaissance de l’influence que le CHEAr a su acquérir progressivement, puisqu’on est à la 35e session et je crois que c’est mérité. C’est représentatif d’un travail d’approfondissement et d’ouverture d’horizon à la charnière des missions de la défense et de l’industrie , de la science et de la technologie.

Alors bien sûr, je souhaite émettre quelques réflexions et introduire d’une certaine façon le thème de la 35e session que je trouve très bien choisi : " la prospective européenne à l’horizon 2015-2025 ". D’une part, cette thématique met en valeur la liberté de réflexion et la créativité de votre institut, en ne se posant pas des questions pour après-demain ou à partir d’avant-hier mais en essayant de discerner les tendances durables. S’il y a quelque chose qui est un privilège au ministère de la Défense et dans son environnement, c’est le rapport à l’Histoire, c’est la conviction et la conscience qu’à tout moment, ce dont on débat et ce sur quoi on s’engage a de l’effet à long terme. C’est quelque chose qui est tout à fait stimulant pour la réflexion collective et je suis persuadé que ce thème mettra en valeur la diversité des compétences et des expériences qui sont rassemblées dans les sessions du CHEAr. Tout au long du cheminement de cette session et jusqu’à sa conclusion, nous attendons des contributions novatrices et originales aux réflexions sur ces thèmes.

Je voudrais vous soumettre un certain nombre de réflexions sur le contexte de ce travail, en partant tout simplement de l’orientation de notre outil de défense. Il s’agit du même horizon 2015. Ainsi, si le schéma d’évolution de notre réforme de la défense choisit cet horizon, c’est en pensant que le schéma d’ensemble restera valable au-delà de ces orientations. Nous souhaitons que l’appareil de défense de ce pays soit, aussi efficacement et aussi activement que possible, au service de rapports équilibrés et coopératifs au sein de chaque région du monde. Nous souhaitons également que les principes internationaux que nous défendons puissent progresser effectivement dans des situations de conflit et de tension, de manière que l’influence de ce pays dans les débats mondiaux ne soit pas simplement une influence théorique ou de rappel de principes mais que dans des situations troublées et incertaines, les principes au nom desquels nous agissons et qui font l’audience internationale de la France, reçoivent une application concrète, y compris dans des moments conflictuels.

L’autre grand trait sur lequel je voudrais insister parce qu’il est toujours, à mon avis, décisif dans l’approche de questions d’armement, c’est la détermination de notre pays à s’engager dans le traitement des crises, y compris au moment de leur intensité élevée.

Nous avons donc choisi d’organiser notre outil de défense et de le concevoir à partir d’exigences politiques claires, cohérentes et portant sur la longue durée, mais avec l’intention de lui donner les moyens de la supériorité, le plus souvent en coalition et dans le cadre d’un mandat international clair et légitime ; mais pas avec n’importe quelle place dans ces coalitions, et le cas échéant avec la capacité d’en être d’une certaine façon l’avant-garde, donc en ne nous plaçant pas en situation de dépendance vis-à-vis d’autres puissances, notamment celles avec lesquelles nous avons les relations d’alliance les plus proches. Je crois qu’il faut toujours garder à l’esprit, quand on travaille sur le développement progressif de notre outil de défense et sur sa réforme, qu’il s’agit d’en faire un outil qui garde son autonomie, qui se place à un niveau suffisant de capacité et de puissance et qui couvre les quatre fonctions que nous avons définies : la projection - c’est dans doute de cela qu’on aura à reparler à différentes reprises parce que ça a un caractère souvent dimensionnant, structurant par rapport à nos choix d’organisation - ,la protection, la dissuasion et la prévention. Cette dernière, elle aussi, fait appel à de nombreux moyens techniques et scientifiques. Cette organisation est cohérente avec le choix de la professionnalisation puisque la recherche de supériorité que nous poursuivons est intimement associée à l’idée d’emploi d’armement de haut niveau et d’un niveau d’entraînement et d’instruction exceptionnel.

J’en viens à l’approche européenne qui est au centre de votre thème. Un bon nombre de ces objectifs sont convergents avec ceux de nos partenaires et de nos associés dans la construction européenne. Toutefois, le niveau d’ambition, que les uns et les autres se fixent en terme de capacité militaire et même en terme d’ampleur d’intervention internationale, n’est pas homogène. J’ai souvent l’occasion de rappeler qu’en matière de sécurité et de défense c’est une des épreuves et un des obstacles de la construction européenne les plus significatifs à vaincre. C’est, au fond, une différence d’horizon ou de volonté d’influence directe des différents pays sur un secteur géographique dépassant l’ampleur régionale. Il y a des pays européens dont l’horizon de sécurité et de défense se limite au cadre régional.

Il y en a d’autres, nous en faisons partie, qui ont clairement un horizon tout à fait international, mondial. Et il y en a un certain nombre d’autres, qui sont peut-être les plus intéressants dans le développement du dialogue européen en matière de sécurité et de défense, qui appartiennent aux deux ensembles et qui sont partagés entre les deux champs de vision. Mais en tout cas , je veux souligner qu’il y a de plus en plus de convergence sur les objectifs politiques que défendent les Etats européens en matière d’action internationale. Cela se traduit dans la pratique par des coopérations qui sont plus étroites. Là encore, je veux insister un peu sur la dimension du temps qu’il est nécessaire de prendre pour avoir une réelle vision de ces phénomènes. Parce que nous sommes interpellés ou stimulés par tout un flux de commentaires quotidiens, on va dire gentiment: l’Europe de la Défense ne se fait pas, l’Europe est impuissante, etc. La réponse s’éclaircit un peu et les efforts apparaissent moins vains si on regarde les choses avec dix ou quinze ans de recul. Aujourd’hui, sur de tels sujets, les Européens sont capables d’agir ensemble. Or ce n’était pas le cas en 1988 ou en 1978.

Cette coopération, nous la vivons concrètement aux côtés de non-Européens. Mais l’engagement européen dans la SFOR, est particulièrement significatif d’une détermination politique qui tenait à un sentiment commun de responsabilité face à une crise européenne exemplaire ; les Européens ont aussi agi récemment en Albanie pour surmonter une crise au début de l’année dernière. Ils se posent en commun la question d’agir au Kosovo. Là encore, je me dois, de temps en temps, de citer les trains qui arrivent à l’heure et qui donc ne sont pas mentionnés par le quotidien médiatique. La capacité de proposition commune et de convergence des quatre membres européens du groupe de contact sur le Kosovo sont, me semble-t-il, un contraste encourageant par rapport aux situations qu’on a vécues au début de la crise bosniaque il y a quatre ans, cinq ans, six ans. Certes, toutes ces convergences européennes se réalisent dans le contexte de l’Alliance. Et nous savons bien qu’au sein de l’Alliance il y a des choix stratégiques qui sont partagés par la quasi-totalité de nos partenaires de l’Union ou même de l’U.E. qui reconnaissent une place déterminante aux Etats-Unis dans le fonctionnement de l’Alliance et dans le choix de ses déterminations politiques.

La divergence, ne porte pas sur la présence des Etats-Unis au sein de l’Alliance ou sur leur rôle que chacun reconnaît essentiel quant à la sécurité européenne sur le long terme. Mais le sujet de discussion c’est évidemment l’organisation des responsabilités partagées entre les Européens et les partenaires américains. Sur ce point-là, je voudrais aussi souligner que, de plus en plus, des efforts sont réalisés en communs par les Européens. Ils s’expriment dans l’Alliance. J’en veux pour preuve le développement du principe des Groupes de Forces Inter-Armées Multinationales. Cela a été une proposition française qui est en train aujourd’hui de prendre corps et intéresse nos partenaires. Je crois que c’est un signe parmi d’autres. Parmi les autres signes, et les militaires qui sont là l’ont à l’esprit comme moi, il y a bien sûr le développement des forces communes européennes derrière le corps européen, l’EUROFOR, l’EUROMARFOR, le Groupe Aérien Franco-Britannique.

On pourrait citer d’autres forces qui sont en développement et dans lesquelles chacune des armées et derrière elles les pouvoirs politiques investissent en construisant des prototypes intéressants pour l’avenir. Alors cette approche commune des Européens, encore perfectible et encore discutée, sera, me semble-t-il, au coeur de beaucoup de vos interrogations. Sur ces sujets, vous allez essayer de construire des propositions parce qu’au fond, ce qui nous est commun dans la vie réelle et dans les choix politiques que nous avons à assumer, ce sont des questions sur la gestion des conflits et sur l’analyse des différents types de conflits. Je crois que nous devons être en permanence en interrogation et en interpellation mutuelle, dans un contexte amical et de confiance, face aux scénarios de crise que nous entrevoyons, et aux facteurs de tension que nous pouvons analyser. De cette manière on ne restera pas dans la théorie en matière de défense européenne mais l’on parlera concrètement. D’où l’intérêt des GFIM que je citais tout à l’heure. Ceci, je crois, forme un cadre de prospective technico-opérationnelle que beaucoup de pays européens et notamment ceux qui, dans la trop sommaire classification que je voulais faire tout à l’heure, se donnent l’horizon de défense le plus large. Ce sont vraiment des questions sur lesquelles nous débattons ou réfléchissons en regardant l’avenir de façon convergente. Le second thème évidemment que prend en compte votre réflexion à venir, c’est la démarche industrielle qui est également de plus en plus commune au sein de l’Union Européenne.

Cette marche vers l’Europe industrielle de la Défense qui est bien engagée, procède, je voudrais le souligner, d’un double mouvement. D’une part, il y a une réalité économique à laquelle on répond. C’est-à-dire que ce n’est pas un grand choix politique, c’est une adaptation plus ou moins contrainte à une réalité qui s’impose et qui procède d’abord de la stagnation des marchés à un niveau réduit par rapport à celui qui était courant à la fin de la décennie précédente. Ceci a été stimulé et aggravé par la pression de la concurrence de nos amis d’outre-Atlantique qui ont réagi à ce changement de perspective des marchés par un mouvement de concentration extrêmement poussé et qui change donc très notoirement la donne des rapports industriels et commerciaux dans les industries de défense à l’horizon prévisible. ça, c’est le premier mouvement. Mais il y a un second mouvement qui dépasse les déterminations des firmes, des stratégies d’entreprise et qui est au fond le sentiment partagé par les pouvoirs politiques que ce rassemblement des forces industrielles et technologiques en matière de défense est une étape obligée vers un rapprochement politique plus profond. Et je crois qu’il nous a fallu un certain temps pour prendre conscience qu’en matière de défense le processus serait un peu analogue à ce qu’il a été dans l’Union Economique de l’Europe au cours des trois ou quatre décennies qui ont précédé.

Après toute une série de mécanismes d’associations d’intérêts économiques les plus concrets et les plus proches de la réalité industrielle et financière, c’est chemin faisant et en se posant des questions de mode de décision pour gérer ce processus d’unification que l’on constate l’existence de convergences politiques sur lesquelles on n’avait pas voulu finalement se prononcer antérieurement. Et ce mouvement de prise en compte, d’utilisation du levier économique pour construire un rassemblement politique, est assez bien exprimé par la déclaration intergouvernementale du 9 décembre 97. Dans celle-ci, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France annonçaient, comme un choix politique commun des autorités politiques déterminantes de ces trois pays, la construction d’une industrie commune et se donnaient comme tâche de mettre en commun aussi des responsabilités de type gouvernemental pour créer le cadre de ce rassemblement. Alors dire que c’est une tâche difficile ne fait pas beaucoup avancer le débat. Je crois qu’à peu près tout le monde l’a compris. Ce que je voudrais simplement vous faire noter, c’est que dans l’histoire industrielle européenne, tous secteurs confondus, il y a peu d’exemples de rapprochements volontaires entre des entreprises de taille comparable pour structurer des ensembles communs. C’est une des particularités de notre histoire économique.

L’Europe a réussi beaucoup de projets de développement économique commun. Elle est devenue ce qu’elle est, c’est-à-dire la première zone économique du monde par beaucoup de critères. Mais elle n’a pas finalement mené un grand nombre de fusions ou de réorganisations industrielles intra-communautaires. Il y a eu beaucoup plus d’alliances plus complexes avec des partenaires extra-communautaires. Il n’y a donc eu que peu d’exemples concrets menés à bien en matière d’entente, de rapprochement ou de consolidation dans d’autres domaines. Il faut ajouter à cela le facteur de difficulté qui est intrinsèque du fait même qu’il s’agit d’industries très liées aux enjeux de souveraineté. Il serait irresponsable de ne pas constater que ces rapprochements industriels mettent en jeux des oppositions d’intérêts profondes, et que, par conséquent, non seulement leur succès n’est pas acquis, mais ce succès aura forcément des effets de rapport de force. Qu’il s’agisse de conflits de pouvoir entre actionnaires, entre managers qui ont aussi des ambitions, ou de conflits de pouvoir entre actionnaires et managers dans certains de ces processus, on voit bien qu’il y aura des obstacles. Nous, en tout cas, nous avons avancé pour constituer des groupes français de plus en plus élargis. Ils sont aptes, de notre point de vue, à bien figurer dans des rapprochements de forces européennes. Ils permettrons de donner aux outils industriels français et aux hommes et aux femmes qui ont construit et développé ces entreprises, la place légitime et conséquente qui doit être la leur dans les nouveaux ensembles européens.

Je crois que nous arrivons à faire comprendre à nos concitoyens et à nos partenaires européens que notre démarche n’est pas dominatrice mais qu’elle est fondée sur un objectif de mobilité et de mouvement réel vers la constitution de grands groupes . Elle est également fondée sur une démarche d’équilibre. Ces deux fondements permettront aux nations de continuer à exister pendant tout ce processus industriel, sans être privées de certains de leurs atouts ou de leurs fleurons scientifiques et industriels.

Nous avons déjà franchi un certain nombre d’étapes sur l’environnement légal et contractuel de ces rapprochements industriels. Le groupe de travail des gouvernements progresse. Nous y avons assez vite ajouté des partenaires italiens, espagnols et suédois parce que, dans le développement concret d’un certain nombre de rapprochements industriels, leurs industries avaient un rôle significatif. Ainsi, nous ne souhaitions pas créer une première ligne de démarcation entre les plus grands Etats industriels de défense et les autres. Ce groupe de travail s’est donné plusieurs thèmes concrets qui devraient aboutir à des résultats au cours de cette année 98 ou dans le début d’année 99. Ces thèmes portent sur les objectifs de sécurité et d’approvisionnement en commun, et sur les règles communes d’autorisation des exportations. ça ne sera peut-être pas le premier résultat d’accord auquel on parviendra. Bien sûr, le calendrier qu’on a en tête et qui vise à ce que, dans les deux années qui viennent, de grandes décisions soient prises, paraît exigeant. Mais j’en reviens toujours à cette dimension du thème que vous avez choisi : si on réfléchit au terme de votre travail, c’est-à-dire à vingt ou vingt-cinq ans d’échéance, les obstacles que nous avons à vaincre aujourd’hui apparaissent comme secondaires par rapport à l’enjeu qui est la constitution de groupes européens de taille suffisante.

Mais notre problème est-il un problème de taille ? D’abord, je tiens à ce que l’on garde une approche analytique. Je ne vais pas prendre d’autres adjectifs pour décrire le déroulement et les effets déjà contestables ou attendus des concentrations de l’industrie américaine. S’agit-il d’une " success story " totalement univoque ? Est-ce le seul modèle ? J’entends beaucoup de commentaires et j’assiste à beaucoup de débats sur ce sujet. J’observe un implicite non discuté qui est en gros : " big is beautiful ". La cause est entendue. On voit bien au bout de quelques mois que des contradictions significatives se sont déjà posées. La première réside dans l’approche du ministère de la Défense américain consistant à vouloir limiter une des concentrations décisives en jeu. Mais posons-nous la question de savoir s’il n’apparaît pas d’autres contradictions au sein des groupes issus de concentrations aussi massives ? Je crois donc qu’il faut garder notre capacité d’analyse dans la poursuite de ce processus.

Il nous faut aussi garder une exigence, qui n’est pas liée à la taille, qui est la créativité et la réactivité de ces ensembles industriels. Si je n’ai pas une expérience impressionnante en matière d’économie de la défense et que je suis toujours un peu réservé quant au caractère parfois enthousiaste de certaines informations qu’on m’apporte, je crois quand même pouvoir ratifier l’affirmation selon laquelle les coûts de développement de programmes nouveaux que nous pratiquons en Europe sont dans l’ensemble nettement plus économiques. Il faut donc que nous fassions attention à ne pas perdre, à l’occasion de mouvements de concentration ou de rassemblement de forces, un certain nombre des qualités qu’ont su construire à une taille moyenne nos industries de défense.

Le dernier sujet sur lequel je souhaite proposer d’orienter votre réflexion porte sur ce que cette période de vingt ans va changer et ce qu’elle devrait changer - dans nos conceptions un peu assises et un peu anciennes - des relations Etat, acheteur, industrie fournisseur.

Bien sûr nous avons déjà un développement qui est important. Il change et commence à changer cette réalité, notamment en ce qui concerne le développement en cours de la coopération européenne sur les programmes. Vous rappeliez tout à l’heure que nous avions franchi l’étape substantielle dans la mise en oeuvre de l’OCCAR. C’est un outil concret pour conduire ces programmes de manière moins bureaucratique et plus multilatérale. Nous sommes donc en train d’accomplir des étapes en matière de structuration du marché européen. Je n’ai pas besoin de développer à quel point ceci est essentiel pour le gain d’efficacité et pour le dynamisme de notre marché de défense. Mais je crois que nous avons, nous Français, des points exemplaires, des points dans lesquels nous sommes probablement en avance. Nous avons à faire profiter nos partenaires européens de nos techniques de construction de programmes et de développement de projets.

Nous avons aussi à évoluer en cohérence avec des expériences positives, et des constats très stimulants qui ont été faits par nos partenaires européens, dans notre comportement d’Etat acheteur. Et de ce point de vue je redis ce qui n’est pas une grande révélation non plus : je poursuis et je partage pleinement avec Jean-Yves Helmer la réforme de la DGA telle qu’elle s’est développée ces deux dernières années. Je relève aussi que la revue de programmes, dont le gouvernement a tiré les conclusions au mois d’avril, encourage et poursuit cette volonté de modernisation de notre comportement d’acheteur pour en faire une démarche permanente. Je crois que le processus dans lequel nous sommes engagés est ambitieux mais a, à mon avis, des retombées à la fois financières, industrielles, et scientifiques importantes. C’est un choix qui remet beaucoup de choses en cause. Il part, à mon avis, d’une autonomie plus grande de la volonté politico-militaire et de la définition de la commande. Par symétrie et par cohérence, il introduit certainement plus de distance que dans les processus de décisions antérieurs entre les industriels fournisseurs et l’Etat acheteur. On est en train de passer d’un rapport de tutelle à un rapport d’évaluation et de confrontation. Je crois que le développement de l’analyse coûts-avantages fait aussi franchir des étapes à nos méthodes d’acquisitions. Le programme à trente ans dont nous parlons souvent au sein du ministère est, je crois, un outil extrêmement précieux de ce dialogue, permettant aux armées d’être elles-mêmes en situation de se projeter dans l’avenir, et d’analyser avec des outils scientifiques la satisfaction de leurs besoins opérationnels actuels et prévisibles.

Alors je voudrais terminer sur ce point puisque le CHEAr est aussi la maison intellectuelle des hommes et des femmes de l’armement, qu’ils soient dans les services de l’Etat ou qu’ils soient dans l’industrie. Je mesure très bien que la mutation en cours est à certains égards un choc sur le plan professionnel et qu’elle constitue une remise en cause d’un horizon et d’une culture professionnelle. Mais je voudrais en donner une présentation optimiste et un peu offensive. Les groupes professionnels éminents et reconnus dans la société auxquels vous participez n’ont pas fait leur réputation et leur crédibilité simplement par des positions acquises. Beaucoup d’entre vous êtes aujourd’hui placés dans une période constituée d’un peu de défi et au fond un peu parallèle à celle que vivent les militaires des armes qui eux aussi sont amenés à remettre en cause une grande partie de leurs concepts et de leurs habitudes professionnelles. Je crois que la place dans l’Etat et dans l’industrie que vous avez pu vous faire, ou que vos anciens ont pu se faire, s’est en grande partie fondée sur l’aptitude au changement, et sur l’aptitude à pressentir les objets et les réalités stratégiques que d’autres n’avaient pas encore vus ou analysés. A l’occasion de cette session du CHEAr, il me semble qu’il y a aussi une vision transversale, c’est à dire une vision un peu plus tournée vers le groupe professionnel à laquelle je vous encourage à vous adonner, et qui est de se demander au fond quelles sont les étapes et quelles sont, je dirais d’une certaine façon, les garanties ? Je ne vois pas pourquoi on n’en parlerait pas. C’est un sujet de dialogue auquel je suis disposé.

J’en termine donc par là : les activités que vous allez développer au CHEAr vont avoir une écoute, un intérêt de la part de toute la communauté de défense. Le choix de ce thème a été, à mon avis, bien imaginé pour répondre à nouveau à ce commandement. En faisant ce travail d’élaboration collective, d’analyse et de critique, vous vous renforcerez, vous vous enrichirez. Comme vous le disiez tout à l’heure, Monsieur le Directeur, Monsieur l’Ingénieur Général, vous apporterez quelque chose à vos employeurs et à vos dirigeants d’entreprises. Vous contribuerez aussi à permettre à l’Etat de mieux exercer ses responsabilités dans le cadre européen que nous sommes en train de construire. Merci.

 

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