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Proche-Orient: Rencontre Védrine-Illah Al Khatib

Proche-Orient: Rencontre Védrine-Illah Al Khatib

Rencontre des Ministres jordanien et français des Affaires Etrangères les 1 et 2 mars 2001. Source: Déclaration du Porte-parole du Quai d'Orsay, Monsieur François Rivasseau. Paris le 2 mars 2001.

M. Hubert Védrine s'est entretenu ce matin avec son collègue jordanien, M. Abdul Illah Al Khatib. Les deux ministres ont constaté que leurs analyses étaient très convergentes sur la situation au Proche-Orient et l'état du processus de paix. Il est nécessaire de revenir à une situation normale, apaisée sur le terrain. Il est nécessaire de préserver les possibilités et les perspectives de reprise du dialogue sur des bases acceptables par les deux parties. Nous avons présenté au ministre des Affaires étrangère jordanien la position que la France et l'Union européenne viennent de rendre publique au dernier Conseil Affaires générales à savoir que nous souhaitons la levée du bouclage des territoires, la reprise des transferts financiers. Nous avons aussi souligné l'importance de reprendre une coopération pour améliorer la sécurité car il faut rétablir une confiance minimale nécessaire entre les deux parties. Il faut définir des bases de discussion tenant compte, d'une façon ou d'une autre, des avancées enregistrées jusqu'ici dans les négociations .

Q. Que veut dire ''d'une façon ou d'une autre ?

R. Cela veut dire d'une façon ou d'une autre. La situation n'est pas telle aujourd'hui que nous puissions, d'ores et déjà trancher ou marquer nos préférences pour une méthode plutôt qu'une autre. L'important, c'est l'objectif, nous n'en sommes pas encore à parler des moyens.

Q. Mais, avant, vous disiez qu'il fallait que le dialogue reprenne sur la base des résolutions et des acquis du processus de Camp David ?

R. C'est toujours la même idée.

Q. Les ministres ont-ils discuté de l'Iraq et de la position française notamment ? Il semble qu'il y ait une modification dans la position française, M. Védrine, au cours de ses entretiens des derniers jours, n'insiste plus pour que l'Iraq reprenne la coopération avant la suspension et la levée éventuelle des sanctions. Il ne demande plus que l'Iraq accepte les contrôles sur son armement avant la levée des sanctions. Il disait hier dans le journal '' Libération '' qu'il ne fallait pas mettre une condition préalable à l'acceptation par l'Iraq de ces contrôles avant de modifier le régime de sanctions. Avez-vous exposé ces questions à M. Al Khattib ? et est-ce un changement de la position française concernant l'Iraq et le besoin de mettre en œuvre la résolution 1294. Il semble que ce soit un changement clair.

R. Bien sûr, l'Iraq c'est un sujet important pour la Jordanie comme pour la France. Mais votre question porte sur la position française et je voudrais faire un bref commentaire.

Tout d'abord, je crois que la communauté internationale est dans une phase de réflexion. Les Etats-Unis, les autres membres du Conseil de sécurité réfléchissent. Dans un tel contexte, il est toujours utile de tenter d'élargir la réflexion et sur ce sujet, c'est particulièrement nécessaire parce que la situation actuelle ne répond à aucun de nos objectifs. La population irakienne est victime de l'embargo, l'absence de contrôles ne permet pas de s'assurer que l'Iraq ne redevienne pas une menace pour la région.

Et tout cela pourquoi ?

Le Ministre a rappelé à plusieurs reprises que la politique de sanctions menée jusqu'ici est tournée vers le passé, il a dit qu'il fallait y substituer une politique de contrôle, de vigilance tournée vers l'avenir. Il pense aussi qu'il faut lever l'embargo sur les importations de biens civils. Bien sûr, la mise en œuvre de la résolution 1284 permettrait d'atteindre ces objectifs, cependant, nous n'y sommes pas parvenus jusqu'ici. Or, le statu quo est intolérable pour la population, contre-productif pour la sécurité de la région . Il faut donc poursuivre la réflexion avec les autres membres permanents, une réflexion qui soit efficace et sans tabous. Bien entendu, toute recherche d'une solution passe par le respect de la légalité internationale et c'est le rôle du Conseil de sécurité.

Q. Cela veut-il dire que la France prépare une nouvelle résolution au Conseil de sécurité ?

R. Non. Nous en sommes pour l'instant au stade de la réflexion, nous ne sommes pas au stade où nous aurions déjà une idée des solutions qui nous permettraient d'aller de l'avant. Nous réfléchissons sur la base des éléments qu'a indiqués le Ministre à savoir le remplacement d'une politique de sanctions tournée vers le passé par une politique de contrôles et de vigilance tournée vers l'avenir.

Q. L'engagement de l'Iraq, pour reprendre la coopération avec l'ONU, était une condition pour la levée des sanctions. Aujourd'hui, est-ce la même chose ? la reprise de la coopération, le retour des inspecteurs de l'ONU en Iraq sont-elles encore des conditions préalables pour la levée des sanctions, selon la résolution 1294 ? Avez-vous abandonné la résolution 1284 ?

R. La réponse est évidente, cette résolution à laquelle vous faites référence existe, sa mise en œuvre permettrait d'atteindre nos objectifs. Mais, nous soulignons que nous n'y sommes pas parvenus jusqu'ici et que nous sommes dans une impasse. Il faut donc poursuivre notre réflexion.

Q. Acceptez-vous, admettez-vous que cette phrase du Ministre constitue une inflexion de votre réflexion, de vos propositions jusqu'à présent. A ma connaissance, c'est la première fois qu'une telle formulation a été faite, je n'en connais pas d'autre.

R. Effectivement, le Ministre pense que si on commence la réflexion aujourd'hui, en continuant à dire que l'acceptation des contrôles par l'Iraq est une condition préalable à toute modification du régime de sanctions, jamais nous ne bougerons. C'est peut-être la première fois que cela est formulé de la sorte par le Ministre, de manière aussi claire, mais nous sommes dans le cadre d'une réflexion qui se poursuit. Il n'y a pas de solution de continuité dans la manière dont notre réflexion évolue. Dès l'instant que nous disons que nous devons lever l'embargo sur toutes les importations de biens civils, parce qu'il n'y a pas d'utilité, d'efficacité particulières aujourd'hui à maintenir l'embargo sur les biens civils, cela veut dire qu'il ne faut pas faire de l'acceptation des contrôles une condition préalable pour la modification du régime des sanctions.

Q. Pensez-vous que, dans l'esprit du Ministre, le non conditionnement de la modification du régime des sanctions doit être accompagné de garanties, et qu'à l'arrivée, l'Iraq accepterait qu'il y ait des contrôles.

R. Ce que recherche le Ministre, ce que nous recherchons, c'est le moyen de redonner une crédibilité et une valeur dissuasive au système de contrôle et de vigilance sur l'Iraq. Nous avons toujours dit que nous pensions qu'un élément essentiel de cette crédibilité et de cette vigilance, c'était le retour des inspecteurs et notre position sur ce point n'a pas changé. C'est sur la séquence, la démarche et la manière d'aborder les problèmes que, dans le cadre de la réflexion qui se développe aujourd'hui, nous cherchons à sortir des ornières et essayons d'avoir une réflexion plus efficace.

Q. Peut-on constater une convergence de vues entre l'administration américaine et M. Védrine sur la levée des sanctions sur les biens civils ?

R. Je préférerais que vous posiez la question à l'administration américaine.

Q. Mais, je vous pose cette question après l'entretien qu'ont eu MM. Védrine et Powell il y a deux jours.

R. Je vous renvoie aux propos que le Ministre a tenu à l'issue de cet entretien : il a dit : il y a une réflexion nouvelle qui se développe dans l'administration américaine, ce n'est pas à nous à la qualifier.

Q. Tous les pays de l'Union européennes partagent-ils le sentiment de la France ?

R. Pas nécessairement car, pour l'instant, sur l'Iraq, il n'y a pas de position commune de l'Union européenne.

Q. Cela sera-t-il évoqué aujourd'hui avec M. Solana ?

R. Je ne sais pas, je ne pense pas que ce soit le coeur des entretiens puisque M. Solana, en tant que haut responsable de la PESC, travaille d'abord sur les sujets où la PESC s'est développée. Nous allons donc d'abord parler, j'imagine, des sujets pour lesquels il y a des positions communes.

Q. Et par rapport à la position américaine concernant l'Iraq, sentez-vous qu'elle est proche de la vôtre, dans la dernière analyse que M. Védrine a sorti récemment ?

R. Même réponse, il faut demander aux Etats-Unis.

Q. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la rencontre avec le ministre jordanien ce matin ?

R. Le voyage de M. Powell et les éléments nouveaux qui pouvaient apparaître pendant ce voyage ou en marge de ce voyage ont été évoqués.

Q. Avait-il un message à transmettre ?

R. Sur le processus de paix au Proche-Orient, bien sûr, il a présenté les positions du gouvernement jordanien.

Q. A-t-il été question du prochain sommet arabe en Jordanie ?

R. Je n'en ai pas connaissance mais je ne l'exclue pas.

Q.Juste après la rencontre entre le secrétaire général des Nations Unies et le ministre irakien des Affaires étrangères, votre ministre a bien dit que l'Iraq ne contribuait pas à la levée de l'embargo.

R. Exact.

Q. Alors, que voulait-il dire ?

R. C'est un jugement que nous continuons d'avoir.

Q. Mais, c'était juste après la rencontre avec Kofi Annan, cela veut-il dire...

R. Nous continuons à le penser aujourd'hui. Cela ne veut pas dire qu'il faille désespérer du dialogue engagé entre l'Iraq et les Nations Unies qui, en soi, présente des opportunités.

Q. D'après le rapport de votre ambassadeur aux Nations Unies, avez-vous constaté un avancement dans ce dialogue ?

R. L'Iraq a mis la barre particulièrement haute pour sa coopération...

Q. La levée des sanctions, c'est cela ?

R. Je ne suis pas le porte-parole de l'Iraq, c'est une question à adresser aux autorités irakiennes.

Q. Mais les déclarations du Ministre hier dans '' Libération '' sont-elles destinées à inciter l'Iraq à reprendre la coopération puisqu'il n'y a plus de conditions selon les déclarations du Ministre. Il semble que l'on soit tout prêt d'un assouplissement de la position du Conseil de sécurité ?

R. Non, je crois que le Ministre exprime ce qu'il pense être la meilleure approche. Cette approche du problème n'est pas tactique, elle ne vise pas à obtenir tel ou tel mouvement de l'Iraq, c'est une approche de fond.

 

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