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SAGEM présente sa gamme de drones au Bourget

SAGEM présente sa gamme de drones au Bourget

Le 14 juillet 2000, la France a dévoilé pour la première fois sur les Champs-Élysées ses systèmes de drones jugés très performants au Kosovo. Une manière traditionnelle de reconnaître un succès opérationnel dans une domaine critique, la recherche du Renseignement derrière les lignes ennemies. Pour ce qui est des drones tactiques, la France fait aujourd'hui figure de leader. Elle le doit au Crécerelle déployé dans l'ex-Yougoslavie et à son successeur, le Sperwer construits par le groupe français SAGEM. M. Didier-François Godart, directeur du département drones de la SAGEM, a bien voulu répondre à nos questions.

Photos European Security

Q. : Au Bourget cette année, SAGEM présente les derniers-nés de la famille Sperwer. Qu’ont-il de commun entre eux ?

La famille Sperwer est le système tactique aujourd’hui le plus vendu en Europe. Les forces armées de quatre pays ont en effet acheté ce système : les Pays-Bas, la Suède, le Danemark et la France qui vient récemment de sélectionner le système Sperwer pour compléter les Crécerelle en service depuis 1995, et qui furent utilisés avec succès en Bosnie et au Kosovo.

A partir de ces succès, nous avons décidé effectivement d’étendre la famille Sperwer en développant deux nouvelles versions du drone, permettant ainsi d’élargir l’éventail des missions opérationnelles. Ces nouveaux véhicules aériens sont entièrement compatibles avec le système Sperwer existant, en particulier ils peuvent être mis en œuvre par la même station sol et lancés par la même catapulte.

Didier-François Godart interviewé par France 3

Nous présentons ici le "Sperwer Longue Endurance", dont le temps de vol est de douze heures, soit le double de la version de base. Il peut ainsi remplir des missions nécessitant une permanence sur zone, comme des missions de relais de communications ou d’alerte avancée (early warning). Et derrière moi, le "Sperwer Haute Vitesse", qui est un avion capable de pénétration à basse altitude sous la couche nuageuse et à haute vitesse, c’est à dire Mach 0,6. Cet avion est conçu pour des missions d’acquisition de renseignement dans la profondeur, ou des missions de coopération avec les vecteurs habités, comme l’illumination laser de cibles.

Q. : Le système de catapultage, la station sol sont-ils communs aux trois avions présentés ici au Bourget pour la première fois côte à côte ?

R.: Le fil directeur de notre approche est de faire en sorte que ces trois drones, qui correspondent à des missions spécifiques et complémentaires, puissent bénéficier d’un segment sol 100% commun, et du même support logistique en opération. Les trois drones sont lancés par la même catapulte. Ils sont équipés de la même avionique et des mêmes systèmes de radio-transmission de données. Ils sont mis en œuvre à partir de la même station sol et utilisent tous les trois le même principe de récupération par parachute. Ceci permet de réduire considérablement le coût de possession global de ces systèmes pour l’utilisateur final. Un client étant équipé d’un type de drones peut, sans modifier ses matériels et son organisation logistique, acquérir les deux autres types de véhicules aériens.

Q. : Dans le domaine des drones tactiques, peut-on parler d’un domaine d’excellence français, étant donné qu’il est reconnu très au-delà des frontières de l’hexagone ?

R. : Dans ce domaine en forte croissance des drones tactiques, c’est le marché qui donne la sanction. A l’issue des compétitions qui ont eu lieu depuis une dizaine d’années, SAGEM occupe la position de leader européen. Nos systèmes sont en opération depuis et sont reconnus pour leur disponibilité, leur performance et leur fiabilité.

Le Sperwer que vous voyez à côté de moi a reçu en décembre 2000, au terme d’un processus formel de certification, un certificat de navigabilité. Cette certification a été réalisée sur la base d’un standard de l’aviation civile, la JAR-VLA, ce qui constitue une première mondiale dans le domaine des drones tactiques.

Q. : Une certification obtenue dans un pays qui est réputé pour être exigeant ?

R. : Dans un pays exigeant en effet, puisqu’il s’agit des Pays-Bas. Contrôlée de bout en bout par l’armée de l’air néerlandaise et le NLR, cette certification a été menée avec une rigueur totale, jusque là inconnue dans le domaine des drones. Il faut bien comprendre que la référence à une norme civile n’est pas fortuite. Ces normes sont en effet élaborées à partir de l’expérience tout à fait considérable engrangée au cours de millions d’heures de vol d'avions civils. C’est donc cette immense expérience, qui porte sur les règles de conception, de fabrication, de validation et d’essais, qui a été, pour ainsi dire, transférée au système Sperwer par l’application de ce processus de certification. Le résultat est une fiabilité, une disponibilité et une sécurité accrues pour le système.

Q. : Puisqu’on parle d’excellence dans le domaine des drones tactiques, on peut mentionner celle de l’artillerie française qui a défini un concept d’emploi original, n’est-ce pas votre avis ? Par ailleurs, comment expliquez-vous le fait que ce soit des aviateurs qui soient chargés de la mise en œuvre du Sperwer en Suède et aux Pays-Bas ? Dites-moi si je me trompe…

R. : Ce n’est pas tout à fait vrai. Nos systèmes sont mis en œuvre et utilisés par les armées de Terre. Ils ont d’ailleurs été spécialement conçus pour cette utilisation. C’est la raison du mode de décollage par catapulte et de la récupération par parachute, qui confèrent à nos systèmes une véritable capacité tout terrain. Il n’était bien évidemment pas question de demander aux forces terrestres, qui doivent conserver une extrême mobilité en opération, de construire des pistes de décollage pour mettre en œuvre leurs drones. Mais vous avez raison de mentionner que l’armée de Terre française a été pionnier en la matière, puisque dés 1993, elle a commandé les systèmes Crécerelle que nous avons livrés en 95.

L’armée de Terre française, avec une artillerie qui est considérée comme la meilleure au monde, utilise la notion de tir d’emblée, pour lequel il est nécessaire de trouver la position des cibles à traiter avec une grande précision, afin de pouvoir les détruire lors des premiers tirs d’artillerie. Ce concept qui peut paraître évident au néophyte, nécessite une maîtrise aiguë de l’ensemble des matériels et des conditions d’environnement.

Q. : Si l’on étend cette gamme au niveau des drones stratégiques, on a bien sûr le Global Hawk qui est ici au Bourget, qui tout en étant encore expérimental a déjà battu un record du monde et qui avant même d’être en service a déjà été commandé au delà de l’USAF par l’Australie... Mais l’on trouve surtout le Predator, qui effectue aujourd’hui une moyenne de sept cents heures de vol par mois. Un véritable succès à l’américaine…Quelle complémentarité voyez-vous entre un système tactique comme le Sperwer et un système, disons stratégique, tel que le Predator ?

R. : Il y a effectivement une complémentarité entre ces deux éléments opérationnels, et l’intérêt d’assurer ce que l’on appelle leur interopérabilité ne fait plus de doute aujourd’hui. Mais, au delà des intentions louables, il faut donner en pratique aux industriels du secteur la capacité de développer les éléments et équipements permettant d’atteindre cette interopérabilité.

Le Predator, que vous mentionnez, est aujourd’hui et pour encore de nombreuses années, le seul système MALE opérationnel. Il a fait la preuve de sa maturité, au cours de 9 déploiements opérationnels. Toutefois, le besoin est manifeste de disposer également de drones tactiques de plus grande endurance, notamment sur des théâtres d’opérations dits lacunaires. Il s’agit donc d’accroître le temps de vol des drones tout en conservant une mise en œuvre tactique, c’est à dire ne nécessitant pas de piste d’envol: c’est sur ces bases que nous avons développé le Sperwer Longue Endurance.

Q. : Sur le stand des drones SAGEM au Bourget, il y a beaucoup de visiteurs, et notamment des militaires de l’US Army. Quant on connaît la série de déconvenues que l’armée de Terre des Etats-Unis a rencontré depuis plus de vingt ans avec ses drones tactiques depuis l’Aquila, en passant par le Hunter et même avec le Shadow 2000 on ne peut que s’interroger… En tout cas le contraste aux Etats-Unis est frappant : d’un côté, une armée de Terre sans drone opérationnel, de l’autre l’USAF qui a montré la voie avec le Predator pour le MALE et demain le Global-Hawk pour le HALE. En France, la situation est exactement l’ inverse…

R. : Les déconvenues successives de l’armée de Terre américaine dans le domaine des drones tactiques sont intéressantes à analyser. Il ne me revient pas de les commenter. Pour que le succès soit au rendez-vous, il est toutefois indispensable d’avoir un bon concept opérationnel, c’est à dire correspondant parfaitement aux besoins des forces terrestres, et bien sûr, un industriel capable de concevoir et réaliser le produit suivant les spécifications du contrat, tout en gardant une grande capacité d’adaptation, afin de permettre au produit d’évoluer pour coller aux évolutions du besoin opérationnel. C’est cette coopération étroite entre SAGEM et ses clients qui est certainement un élément du succès de nos systèmes de drones.

Q. : Le nom de SAGEM est encore mal connu du grand public. Pourtant votre société est reconnue comme une des sociétés françaises les plus performantes dans bien des secteurs de pointe, dans le domaine de l’armement notamment, où vous venez de vendre un système unique au monde, le AASM…

R. : SAGEM est une société de haute technologie. Nous fondons notre performance sur la maîtrise des technologies comme la navigation inertielle ou l’optronique, et appliquons ces technologies à des domaines très variés pour lesquels nous développons des équipements et des systèmes. Les systèmes de drones, ou encore l’AASM sont exemplaires de cette démarche. Ils font appel à de très nombreux domaines technologiques. C’est cette capacité d’association et de fabrication de ces nombreuses technologies qui constitue la particularité de SAGEM.

 

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