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Premiers enseignements du Kosovo

Premiers enseignements du Kosovo

Intervention de M. Alain Richard, Ministre français de la Défense. Paris, le 21 juin 1999.

Mesdames, Messieurs,

Notre action au Kosovo est maintenant entrée dans une nouvelle phase de son déroulement. La phase des opérations militaires les plus intenses est derrière nous et le temps est venu de tirer un premier bilan de l'action entreprise par nos forces au cours de ces opérations. Le monde de la défense doit démontrer sa réactivité en tirant les enseignements d'une intense période d'opérations lorsque le présent éclaire le long terme de manière singulière.

A plus longue échéance, il nous faudra, avec le recul, poursuivre et enrichir notre analyse, et traduire ces enseignements dans nos décisions pour l'avenir. Pour ma part, c'est un travail que je m'engage à mener au fil du temps.

Je remercie le général Kelche pour ses propos introductifs, sur lesquels je ne reviendrai pas. Je rappelle que les leçons tirées de notre action des derniers mois ne peuvent être que parcellaires, du fait du laps de temps très réduit durant lequel nous avons conduit notre réflexion.

En outre, la crise au Kosovo n'est pas terminée. L'arrêt des frappes aériennes met un terme à une première phase des opérations. Une autre vient de s'ouvrir, marquée par l'engagement terrestre qui nous apportera assurément de nouvelles bases de réflexion.

Je voudrais souligner la dimension spécifique de la crise dans laquelle nos forces sont engagées et les leçons que j'en tire ; ces enseignements spécifiques pourront éclairer nos choix, mais doivent également être replacés dans le cadre plus global de notre politique de défense.

Mon propos s'attachera à tirer le bilan sommaire de notre action dans ses deux volets, technico-opérationnel d'abord, puis politico-militaire.

Avant d'aborder les orientations que je tire de notre engagement pour notre politique de défense, il est nécessaire de rappeler brièvement les motivations particulières qui nous ont amenés à agir.

Nos motivations

Notre intervention militaire au Kosovo était devenue une nécessité fondamentale. Face à un régime serbe qui ne voulait rien entendre, devant l'absence de résultat des efforts diplomatiques déployés par la communauté internationale, nous ne pouvions nous résigner à l'impuissance.

Notre action a reposé sur un triple refus : refus de la barbarie, refus du retour de l'instabilité en Europe, refus de voir menacée notre propre sécurité alors que la crise pouvait encore être circonscrite. Pour une nation adulte et maîtresse de son destin, ces principes doivent demeurer immuables.

Nous défendons l'idée d'une Europe bâtie sur la paix et les principes du respect de la personne humaine ; l'Europe ne pouvait accepter sur son sol des violations systématiques et répétées des droits de l'homme. Son histoire et ses valeurs lui confèrent une responsabilité particulière dans la lutte contre la barbarie. La France, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, entend assumer pleinement les responsabilités particulières qui sont les siennes dans ce domaine. Nous défendons le respect des droits des minorités à vivre en paix. Nous ne pouvions ignorer, avec nos alliés européens, notre mission particulière pour la promotion de la stabilité de notre continent. Accepter l'épuration ethnique, c'était renier nos valeurs, mais aussi risquer la déstabilisation de l'Europe tout entière.

Nous sommes attachés à la sécurité de l'espace européen et notre intérêt national exige notre participation active aux efforts entrepris pour assurer le retour à la paix dans les Balkans. Nous avons pris nos responsabilités lors de la crise bosniaque ; nous devions à nouveau répondre à l'urgence au Kosovo. L'instabilité des Balkans intéresse la France au premier chef, à court comme à long terme.

Notre triple refus de la situation nous a amenés comme nos alliés, en dernière instance, à faire usage de la force.

Cet usage de la force n'a jamais constitué un but en soi. Le Président de la République et le Gouvernement se sont attachés à promouvoir tout au long de la crise une solution diplomatique dans le cadre de l'ONU et avec l'aide de la Russie. Leur action a témoigné de la détermination de la France à faire prévaloir ses objectifs politiques alors qu'elle était pleinement engagée aux côtés de ses alliés dans les opérations militaires.

Les modalités de l'intervention

Au cours des opérations aériennes, nous avons su faire un usage maîtrisé de la force militaire, en accord avec nos objectifs politiques.

La stratégie aérienne présentait les meilleures garanties pour le succès de notre entreprise. Par sa souplesse de mise en œuvre, son haut degré de réactivité, elle permet de s'adapter aux conditions d'évolution de la crise. Peu vulnérable, engagée à distance du territoire, la force aérienne permet d'adosser la manœuvre militaire à l'action diplomatique. Dans ce contexte, l'usage de la force aérienne a appuyé sa capacité cœrcitive sur la possibilité d'un engagement terrestre ultérieur. Nous avons choisi d'engager des opérations aériennes dans le but de réduire la capacité de répression serbe au Kosovo et avec le souci de limiter les risques encourus par nos hommes.

Notre engagement a été maîtrisé et a constamment visé à minimiser les dommages civils. L'action militaire n'a jamais été extrême et nous ne nous sommes pas laissés entraîner dans l'escalade conduisant à la guerre totale. Les erreurs regrettables intervenues étaient malheureusement inévitables dans ce type d'intervention compte tenu des conditions d'emploi délicates dans lesquelles étaient opérées les frappes.

Les frappes aériennes ont permis d'occasionner des dégâts directs très importants aux forces serbes stationnées au Kosovo. Ceci a pris du temps, mais la conclusion positive de la crise était à ce prix. Nous avons su ne pas céder à la tentation du résultat immédiat au prix de dégâts irréversibles qui auraient compromis la sortie de crise.

Ainsi, nous avons pu maintenir la cohésion des alliés durant la phase aérienne des opérations militaires en refusant l'emballement et l'escalade. Nous sommes restés fidèles à nos choix stratégiques initiaux, qui se sont avérés payants, sans avoir recours, durant cette première phase, à un engagement terrestre offensif de nos forces.

A mon sens, je le répète, une opération terrestre aurait comporté de très grands risques d'escalade dans la crise. Des risques militaires en raison des pertes prévisibles. Des risques humanitaires avec les conséquences prévisibles sur les populations civiles d'une telle intervention. Des risques politiques, enfin, en raison de l'absence de résolution unanime des alliés et de la communauté internationale à soutenir une telle action et de l'hostilité déclarée de la Russie.

L'usage de la force aérienne nous a permis d'obtenir du régime serbe un retrait de ses forces du Kosovo, et c'est pour nous un succès qui clôt la première phase des opérations, et par là même certaines interrogations qui ont pu voir le jour ici ou là. Il nous faut maintenant assurer le retour des réfugiés en sécurité et permettre l'avènement, sinon d'une paix immédiate, du moins de la sécurité de la région ; c'est bien l'objectif de la deuxième phase de l'engagement allié.

Mais j'en viens maintenant aux premières réflexions que m'inspire la fin de la première phase de notre engagement.

Les leçons tirées de la crise: Un premier message : le bilan satisfaisant de notre participation

Je tiens à affirmer que le bilan de notre engagement est globalement très satisfaisant.

Je veux rendre ici hommage à nos hommes, à nos aviateurs et marins placés au cœur de l'action militaire, et à tous celles et ceux qui, par leur engagement, ont permis le succès de notre entreprise. Je tiens, en outre, à saluer l'action menée à terre par nos soldats, leur courage et leur détermination.

Le comportement de nos hommes a été exemplaire et leur compétence mérite d'être saluée. Cette crise a d'abord illustré la capacité du personnel à tenir sa place à tous les niveaux de la chaîne opérationnelle qui est le fruit d'un entraînement et d'une préparation au combat adaptés. La participation à de très nombreux exercices multinationaux, certes coûteux, est devenue incontournable. Dans le contexte de la professionnalisation en cours, nos armées ont démontré leurs capacité d'adaptation et de mobilisation.

Les opérations militaires au Kosovo ont représenté, pour nos forces armées, un engagement puissant. Les leçons de la guerre du Golfe, conflit certes de nature différente, ont été tirées et nos forces sont capables de contribuer à la plus grande majorité des missions opérationnelles avec d'excellents résultats.

Les opérations au Kosovo ont démontré l'excellence qualitative de nos forces, aériennes en particulier, ce qui signifie bien que les efforts entrepris depuis 1991 portent leurs fruits. D'un point de vue plus général, cela signifie aussi que les efforts nécessaires à l'avenir pour les Européens devront d'abord porter sur le quantitatif si l'on veut une Europe adulte, maîtresse de son destin, apte à jouer tout son rôle aux côtés des Etats-Unis.

Deuxième contributeur de la coalition après les Etats-Unis, la France a effectué plus de 12 % des missions offensives et 20 % des missions de reconnaissance aéroportée, ce qui ne constitue pas, d'ailleurs, la limite supérieure de la contribution dont elle est capable. Il convient de comparer ces données aux 2 % réalisés lors de la guerre du Golfe.

Les domaines dans lesquels les forces françaises ont apporté un soutien significatif à l'effort allié sont nombreux, vous les connaissez.

Mais il convient de tirer plus avant les enseignements de notre engagement d'un double point de vue technico-opérationnel et politico-militaire.

Leçons au plan technico-opérationnel : Le renseignement et la détermination des cibles

Du point de vue technique et opérationnel, notre engagement dans la crise a démontré toute l'importance de la maîtrise de l'information, et vous en avez mesuré les enjeux à l'occasion de la table ronde qui vient d'avoir lieu.

Certaines capacités de renseignement nous faisaient gravement défaut lors de la guerre du Golfe, réduisant d'autant notre autonomie stratégique. De réels progrès ont été accomplis et la France est aujourd'hui le seul pays européen à disposer de moyens couvrant toute la gamme des moyens stratégiques et tactiques. Néanmoins, la conduite des opérations a bien fait apparaître la nécessité de disposer de l'information quasiment en temps réel pour assurer la réactivité de l'action offensive. Cette capacité suppose de pouvoir s'affranchir des conditions météorologiques, de disposer de transmissions adaptées et protégées ainsi que de la quantité de vecteurs nécessaire pour assurer la permanence. La guerre moderne suppose de maîtriser l'information et donc d'évoluer vers le temps réel. Nos programmes futurs répondent en grande partie à ce besoin. Nous devons accentuer nos efforts dans ce sens.

Toujours du point de vue technico-opérationnel, les opérations aériennes ont fait apparaître la nécessité de disposer de capacités pour l'analyse des cibles, leur détermination et dans un deuxième temps de choisir les moyens les plus efficaces pour les traiter. Il s'agit d'un point majeur et, je le sais, le général Kelche a commencé à réfléchir à la création d'un Centre de détermination des cibles et de choix des armements placé auprès du Centre opérationnel interarmées. Il faudra rechercher les synergies européennes dans ce domaine sans sous-estimer l'aspect éminemment politique que revêt le choix des objectifs des frappes. Dans ce domaine, nous sommes de façon évidente à la frontière du politique et du militaire.

Au delà de la maîtrise de l'information, certaines insuffisances techniques ont été néanmoins décelées: j'évoquerai, par exemple, la faiblesse de capacités européennes en matière de ravitaillement en vol. Des réponses devront là aussi être apportées en coordination avec les alliés européens, car l'effort doit porter dans la plupart de ces domaines au plan quantitatif. Ces insuffisances ne suffisent pourtant pas à disqualifier la qualité de nos matériels.

Je souhaiterais, enfin, évoquer la capacité d'adaptation technologique de nos industriels. Sollicités par les états-majors et la DGA, ces derniers ont su réaliser dans l'urgence certaines modifications d'équipement prévues à plus long terme pour permettre à nos forces d'œuvrer dans certains domaines d'action non encore ouverts. Cette capacité est fondamentale, car la réactivité constitue un atout dans la gestion de la crise.

Leçons au plan politico-militaire

Je l'ai dit, la France met en œuvre une large gamme de moyens opérationnels dont la qualité nous a permis de peser au sein de la coalition.

Au-delà de cette contribution opérationnelle, subsiste notre position originale au sein de l'Alliance.

C'est un choix politique sur lequel je ne reviendrai pas. Notre volonté de peser sur le processus opérationnel en cohérence avec notre engagement sur le terrain, suppose de notre part une réactivité et une crédibilité très élevées au sein de l'Alliance. Pour cela, il est nécessaire sur un plan technique que notre interopérabilité avec les forces de l'Alliance soit assurée. Les opérations viennent de démontrer que cet objectif est globalement atteint.

La France a été en mesure, tout au long des opérations, d'exprimer clairement ses choix politiques tout en restant pleinement solidaire de ses alliés. De ce point de vue, la stratégie aérienne se prête à l'évidence plus aisément, dans ses modalités d'action, à une gestion politique partagée de la crise.

Dans le domaine terrestre, je ne peux que me réjouir de l'étape qu'a représentée pour nous la mise sur pied, au début de la crise, de la Force d'Extraction. Pour la première fois, la France s'est vue confier la direction d'une force ad hoc de l'OTAN, et donc la planification de sa génération de force et l'organisation de son QG. Nous avons ainsi montré qu'il était possible d'assumer les plus hautes responsabilités au cœur de l'Alliance avec une bonne visibilité européenne dans une mission de sécurité supposant une confiance totale de nos alliés, sans être toutefois membre de la structure militaire intégrée.

La guerre du Golfe était l'affaire d'une coalition entraînée par les Américains. Au Kosovo, l'Europe est loin d'être absente et a fait preuve de son unité ; au plan technique, c'est le besoin de nous rapprocher qui se fait de plus en plus sentir.

Ce dernier point me permet d'évoquer les inflexions qu'il me paraît souhaitable d'apporter à notre politique de défense sur le plus long terme.

Les axes d'action pour l'avenir. Premier axe d'action : l'Europe de la défense.

La construction progressive d'une véritable Europe de la défense dotée d'institutions et de moyens opérationnels crédibles est aujourd'hui au cœur de l'agenda européen. Les sommets de Saint-Malo, Toulouse et Cologne ont, chacun, constitué des étapes importantes. La crise du Kosovo est venue, malheureusement pourrait-on dire, dynamiser notre projet en permettant une prise de conscience des opinions et en apportant des éclairages opérationnels nouveaux. Elle illustre le nécessaire développement de capacités européennes autonomes et projetables. Elle démontre aussi la nécessité d'un rapprochement politique dans le domaine de la défense, domaine où l'improvisation n'existe pas et où la sanction des erreurs peut être sévère et irréversible.

La prise de conscience de ces nouveaux enjeux date du début des années 1990. Lors de la crise bosniaque, les Européens ont ainsi ressenti le besoin d'assumer leur communauté de destin en étant engagés seuls au sol sans présence de troupes américaines. Ils démontrent aujourd'hui au Kosovo leur capacité à déployer au sol des moyens terrestres significatifs.

Second axe d'action: la prise en compte, dans notre future programmation militaire, des conclusions de la réflexion en cours

La guerre du Golfe avait, en son temps, été à l'origine d'inflexions majeures dans notre politique en matière d'équipement. La validité de ces inflexions débattues dans le Livre Blanc est globalement confirmée, même si la longueur des cycles en matière d'armement et les nécessités budgétaires ont fait que toutes les capacités qui se sont révélées utiles ne sont pas encore à disposition de nos forces. En tout état de cause, il nous faudra réexaminer les priorités actuellement prévues. En ce qui concerne les munitions, l'actuelle programmation permettra d'ici 2004 d'améliorer sensiblement la qualité de nos équipements ; la crise a confirmé l'importance de pouvoir disposer de stocks d'un niveau suffisant dans certaines catégories d'armement de précision, et de coordonner avec nos partenaires européens les efforts qui seront indispensables dans ce secteur capital, afin de créer une industrie compétitive.

Le choix opéré en faveur des missiles de croisières trouve aujourd'hui sa pleine justification : les opérations ont montré l'importance de l'usage de ce type d'armement très moderne pour un traitement optimal de certaines cibles.

Il nous faudra poursuivre nos efforts dans le sens d'une maîtrise accrue de nos capacités de renseignement grâce aux progrès à venir dans la communication, la transmission de données en temps réel ou l'observation avec le lancement du deuxième satellite HELIOS avant la fin de l'année.

Une réflexion particulière sur les drones devra être menée. Le Kosovo est la première crise majeure au cours de laquelle ces équipements ont été employés.

Dans le domaine spatial, l'intérêt d'un système radar devra faire l'objet d'une expertise en coopération avec d'autres Etats européens qui se sont trouvés, dans cette crise, encore plus démunis que nous.

Enfin, les opérations viennent confirmer le besoin de capacités de projection de forces, dans le cadre d'une armée professionnalisée.

Les opérations conduites ont mobilisé des techniques de projection de puissance à partir de la mer ou de plates-formes aéronautiques européennes qui sont l'apanage d'unités déjà totalement professionnalisées de la marine et de l'armée de l'air. L'armée de terre, quant à elle, dispose d'ores et déjà, à mi-parcours de son processus de professionnalisation, d'une capacité opérationnelle de déploiement double de ce qu'elle détenait au moment de la guerre du Golfe. Cette capacité s'accroîtra encore de 50 % d'ici 2002. Cette réforme fondamentale de notre défense trouve là une nouvelle illustration de sa nécessité, si besoin était.

Les enseignements de notre engagement au Kosovo apportent ainsi des enseignements précieux pour la réflexion que je propose de continuer à mener avec les états-majors, la DGA et le SGA, de façon à bien répondre dans la future loi de programmation militaire aux besoins constatés.

Coopérer dans la programmation

Les deux axes d'action que je viens d'évoquer doivent, à terme, converger. Il convient donc d'inscrire de manière croissante et raisonnée notre propre programmation dans un cadre européen.

L'écart avec les Américains, s'il est parfois le résultat d'un retard technologique qu'on ne peut nier dans quelques secteurs, comme par exemple en matière de furtivité des aéronefs, est plus souvent le résultat des choix opérés par certains pays européens en matière d'évolution de leurs budgets de défense. Cette évolution cumulée est, à l'échelle européenne, sans comparaison avec celle du budget des Etats-Unis, qui permet d'allouer à la défense américaine deux fois plus de crédits d'équipement que l'ensemble des Européens. Mais les objectifs stratégiques poursuivis ne sont pas les mêmes. L'effort de défense américain permet aux Etats-Unis de se doter d'une panoplie complète de moyens. Même si ceux-ci ne font pas systématiquement preuve dans tous les domaines d'une efficacité opérationnelle supérieure à celle des moyens français ou européens, l'écart quantitatif est là. En outre, je tiens à insister sur ce point, le déséquilibre quantitatif observé au Kosovo dans l'engagement aérien des alliés entre Américains et Européens s'explique en partie par le choix de certains de nos alliés de n'engager, pour des raisons politiques propres, qu'une part réduite de leurs capacités aériennes.

De manière réaliste, il ne faut pas compter sur une évolution sensible des moyens budgétaires consacrés à la défense en Europe, même si certains de nos partenaires devront, un jour où l'autre, accroître leur effort pour jouer un rôle significatif dans l'Europe de la défense ; une contraction supplémentaire me paraît difficilement envisageable.

Il faut bien plus chercher à optimiser nos efforts respectifs par la coopération en matière d'armement et la mise en commun de nos capacités par juxtaposition ou mutualisation. La présence d'une frégate britannique, en accompagnement du porte-avions Foch en Adriatique, s'inscrit dans cette logique.

D'autres avancées ont déjà eu lieu : la création de l'Euroforce et de l'Euromarfor, le groupe aérien franco-britannique, qui fait aujourd'hui œuvre de pionnier ; enfin, plus récemment, la décision de transformer l'état-major du Corps européen en état-major d'un Corps de réaction rapide européen, décidée à Cologne, doit permettre de doter l'Union européenne de moyens opérationnels sur le modèle de l'ARRC au sein de l'OTAN. Ce travail entre militaires, en charge des questions opérationnelles dans chacun de nos pays, doit être partout encouragé. Notre intervention au Kosovo a permis d'illustrer ce que signifie une " juxtaposition de moyens " européens. Il s'agit d'une première étape vers ce qui serait une véritable mutualisation de nos efforts, dont le premier exemple partiel pourrait venir de la mise en service de l'avion de transport européen du futur.

Néanmoins, c'est une étape supplémentaire qu'il s'agit aujourd'hui de franchir avec l'harmonisation de nos programmations militaires.

Nos choix stratégiques en matière d'armement soulèvent des questions économiques, industrielles et politiques très délicates. C'est donc la voie de la concertation entre Européens qu'il s'agit aujourd'hui de tracer. Je n'ignore pas qu'il faudra du temps pour mettre en œuvre un partage des rôles efficace et une réelle mutualisation de nos programmes. Cet effort de rapprochement des programmations nationales devra probablement concerner en priorité les Etats qui disposent des capacités militaires les plus importantes, c'est-à-dire la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne.

L'Europe de la défense doit donc, à mon sens, progresser à tous les niveaux : au niveau politique, avec les négociations en vue de l'adaptation des institutions européennes, et en particulier l'absorption de l'UEO par l'UE, au niveau opérationnel avec la création de grands états-majors européens et par le dialogue et la coopération entre responsables militaires sans lesquels les avancées politiques resteraient vaines; au niveau de la programmation enfin, pour inscrire les avancées déjà constatées dans une perspective de moyen terme. Seule une volonté politique forte sera en mesure de permettre cette programmation concertée qui s'impose de plus en plus aux Européens. Elle devra, là aussi, s'appuyer sur des avancées concrètes réalisées pas à pas. Faudra-t-il des critères de convergence pour la défense, comme pour la monnaie européenne ? C'est une vraie question. En tous les cas, il a fallu quinze ans pour faire naître l'euro. L'échéance sera du même ordre pour le rapprochement dans le domaine de la défense.

J'ai demandé aux principaux responsables militaires de notre pays de nourrir la réflexion en ce sens et d'élaborer avant la fin de l'année des propositions concrètes et rationnelles. Je m'engage ici à prendre en compte ce besoin dans la future loi de programmation militaire qui sera élaborée dans le courant de l'année 2000.

Oui, il faut plus d'Europe dans notre politique de défense. Seule la coopération européenne permettra à notre continent d'atteindre sa pleine maturité stratégique.

Je suis persuadé que l'élan européen sera conforté au fil des années par les réalisations concrètes que nous nous attachons à mettre en œuvre. Pour ma part, je serai particulièrement vigilant pour que la loi de programmation à venir apporte sa contribution à cet effort de long terme.

Une phase de la crise s'achève, une autre vient de débuter.

Ce rendez-vous m'a permis aujourd'hui de présenter quelques orientations pour l'avenir. Cette journée de réflexion ne doit, bien entendu, marquer que le début du processus beaucoup plus profond de réflexion qu'il nous faudra tous ensemble mener à son terme.

Du débat d'idées que j'appelle de mes vœux, sortira, j'en suis sûr, une défense encore plus efficace, solidement confortée dans ses principes fondamentaux.

 

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