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La France et la situation dramatique au Proche-Orient

La France et la situation dramatique au Proche-Orient

Source: Extrait des actualités diplomatiques du ministère français des Affaires étrangères du 2 avril 2002. Point de presse du porte-parole du Quai d'Orsay, Monsieur François Rivasseau.

1 - Proche-Orient

François Rivasseau: Tout d'abord, j'attire votre attention sur les six communiqués que nous avons rendus public durant le Week-end.

Communiqué du 30 mars 2002: La sécurité physique de M. Yasser Arafat, assiégé dans son bureau de Ramallah, reste menacée. Il est privé d'eau, de vivres et d'électricité. En tant que président de l'Autorité palestinienne, il doit pouvoir communiquer avec l'extérieur et avoir la capacité d'exercer ses responsabilités. Ce siège doit être levé. Le seul moyen d'éviter une explosion totale dans la région, c'est de mettre en œuvre immédiatement la résolution que vient d'adopter le Conseil de sécurité, à commencer par le retrait des troupes israéliennes de Ramallah et des villes palestiniennes.

  • Communiqué du 30 mars 2002:

1 - La France se réjouit vivement de l'adoption, ce matin, par le Conseil de sécurité d'une résolution qui exhorte à la cessation immédiate de tous les actes de violence en Israël et dans les territoires palestiniens.

2 - Cette résolution témoigne de la vive préoccupation des membres du Conseil de sécurité vis-à-vis des développements dramatiques de ces derniers jours et de leur volonté de s'impliquer pour y mettre un terme, sous peine d'une explosion totale dans la région, comme l'a souligné le roi du Maroc.

3 - La France adjure les parties à répondre à l'appel du Conseil de sécurité, en cessant les opérations militaires en cours, en jugulant tous les actes de violence et en reprenant l'indispensable dialogue.

  • Communiqué du 30 mars 2002:

M. Védrine s'est entretenu ce matin à Paris avec son homologue saoudien, le prince Saoud al Fayçal. M. Védrine a redit l'appréciation de la France pour le plan de paix proposé par l'Arabie saoudite et approuvé au sommet de Beyrouth. L'initiative saoudienne, a dit M. Védrine, est courageuse, juste et intelligente. Les deux ministres ont discuté des suites immédiates à donner à la résolution 1402 du Conseil de sécurité adoptée cette nuit, particulièrement en ce qui concerne la situation à Ramallah.

  • Communiqué du porte-parole du 30 mars 2002:

M. Védrine et M. Fischer se sont entretenus ce matin. Ils sont tombés d'accord sur:

1 - la nécessité absolue de respecter la sécurité personnelle de M. Arafat et de laisser l'autorité palestinienne fonctionner normalement.

2 - la nécessité de l'arrêt des opérations militaires israéliennes et le retrait de l'armée israélienne de Ramallah conformément à la résolution 1402.

3 - la nécessité pour les deux parties d'accepter de mettre en œuvre sans délai les mesures proposées par le général Zinni.

  • Communiqué du 31 mars 2002:

1 - La situation ne cesse de se dégrader au Proche-Orient. La répétition des attentats-suicide suscite l'écœurement et appelle la condamnation politique et morale la plus rigoureuse. La poursuite des opérations militaires à Ramallah et la recherche de la neutralisation politique et physique du président de l'autorité palestinienne éloignent de tout apaisement et font peser un risque supplémentaire sur la région.

2 - Près de 48 heures après son adoption, la résolution 1402 du Conseil de sécurité n'est pas encore appliquée. Tous, à commencer par les membres permanents du Conseil de sécurité, doivent conjuguer leurs efforts dans ce but.

3 - L'ambassadeur d'Israël a été reçu cet après-midi au Quai d'Orsay. La compassion des autorités françaises à l'égard des victimes des attentats des dernières heures lui a été exprimée. Il lui a été redit que tout devait être fait, de part et d'autre, pour mettre fin aux violences, en s'engageant immédiatement et résolument dans la mise en œuvre de la résolution 1402. Cela signifie d'abord, pour le gouvernement israélien, la levée sans délai du siège de Ramallah, et le rétablissement des capacités d'agir et de négocier du président Arafat, afin qu'il prenne les engagements et les mesures attendus de lui.

  • Communiqué du 1er avril 2002:

Les opérations militaires engagées par l'armée israélienne à Ramallah et, à présent, dans d'autres villes palestiniennes conduisent à une impasse politique. Elles infligent aussi de nouvelles épreuves à la population palestinienne, victime d'un véritable blocus, privée d'accès aux soins et, progressivement, d'eau et de vivres. La France appelle instamment les autorités israéliennes à cesser une action qui risque de déboucher sur une crise humanitaire de grande ampleur. Elle demande également aux autorités israéliennes de permettre aux représentants diplomatiques et consulaires français d'accéder à nos compatriotes en situation de péril afin de pouvoir leur porter secours.

Ce matin, M. Védrine s'est exprimé sur France-Inter, je tiens le transcript de ses propos à votre disposition.

Question: Où en sommes-nous sur place ?

François Rivasseau: La situation demeure dangereuse autour du Q.G. de M. Arafat, nous appelons toujours à la levée du siège, au retrait des troupes dans les termes de nos précédents communiqués. Je relève un nouvel élément inacceptable: le CICR n'a plus accès, y compris pour raisons humanitaires, aux occupants de la résidence du président Arafat.

Nous assistons aussi à l'extension des opérations militaires à d'autres localités palestiniennes. Là encore, c'est gravement préoccupant. Comme le Ministre l'a rappelé ce matin, la France plaide depuis longtemps en faveur d'observateurs. Ce serait, dans le contexte actuel, un élément important dans l'objectif d'un cessez-le-feu, d'un retrait des troupes israéliennes et de la nécessaire protection des populations civiles.

Question: Et les tirs contre les pacifistes ?

François Rivasseau: Nous protestons vivement contre les tirs délibérés dirigés contre des membres de groupes pacifistes et désarmés de diverses nationalités qui ont fait une dizaine de blessés. Ce genre de comportement est tout à fait inadmissible; nous réclamons, comme nous l'avons dit hier, une fois de plus, le libre accès à nos compatriotes blessés ou menacés dans les territoires palestiniens occupés, pour exercer envers eux notre protection consulaire. Nous l'avons demandé de manière répétée, les consuls généraux européens ne peuvent toujours pas, ce matin, accéder à eux. Nous avons donné instruction à notre ambassadeur à Tel Aviv d'élever une protestation solennelle à cet égard.

Question: Ceci concerne-t-il les journalistes ?

François Rivasseau: Nous avons vu effectivement une dépêche sur de mauvais traitements envers des journalistes, il va de soi que nous demandons que le droit à l'information soit également respecté.

Question: Le gouvernement israélien vient d'opposer une fin de non recevoir à la demande des émissaires européens pour se rendre à Ramallah. Avez-vous une réaction ?

François Rivasseau: Nous continuons de réclamer le libre accès et nous avons donné instruction à notre ambassadeur à Tel Aviv d'élever une protestation solennelle à cet égard.

Question: Avez-vous l'impression que l'on vous entend ? plusieurs communiqués et la situation sur le terrain se dégrade toujours. N'est-il pas temps de condamner l'incursion israélienne ?

François Rivasseau: Je crois que nul n'a de doute sur le fond de notre position quant à ces opérations. Nous avons pris position de manière extrêmement claire à ce sujet; aujourd'hui, ce qui nous intéresse, c'est d'obtenir le retrait des troupes israéliennes.

Question: M. Sharon a fait comprendre qu'il expulserait M. Arafat. L'armée israélienne a tiré sur des religieux, l'un d'entre eux est mort, d'autres sont blessés. Les Emirats arabes unis estiment que les membres du Conseil de sécurité sont complices de l'agression israélienne. Pour moins que cela, vous avez détruit la Yougoslavie, qu'attendez-vous pour réagir ?

Question: Le gouvernement israélien a indiqué la possibilité d'exiler M. Arafat ?

François Rivasseau: Il y a effectivement une dépêche qui dit cela. Pour nous, la place d'Arafat est évidemment en Palestine. Comme nous l'avons encore dit hier, au-delà de sa sécurité personnelle, c'est sa capacité à diriger l'autorité palestinienne qui doit être restaurée.

La seule solution à ce conflit passe par le dialogue. Pour le dialogue, il faut un interlocuteur. Du côté palestinien, c'est l'autorité palestinienne, c'est son chef Yasser Arafat. Et peut-on espérer qu'exilé, il fasse plus dans la lutte contre le terrorisme, comme le gouvernement israélien et d'autres affectent de le lui demander ?

Question: Est-ce que vous avez encore la possibilité, est-ce que vous croyez possible de traiter avec quelqu'un comme M. Sharon, comme Premier ministre de l'Etat d'Israël parce qu'il fait des choses contre la loi, même contre la loi en Israël et contre la loi internationale ? Est-ce que la France, comme Etat, reconnaît encore quelqu'un comme lui ? Pourquoi la France ne prend pas de sanctions contre lui, comme contre Milosevic et les autres et Saddam Hussein ?

François Rivasseau: M. Védrine a dit ce matin: ''Ariel Sharon s'est toujours opposé à Oslo et à tout accord de paix, y compris ceux avec l'Egypte. Il s'est opposé à tout accord qui donnait une légitimité politique quelconque à une autorité palestinienne."

Question: Comment se fait-il que les Américains ne soient pas du tout inquiets de la situation au Proche-Orient et que nous le sommes ? Ou est-ce que les Américains entreraient un profit quelconque ?

François Rivasseau: Je pense qu'il faut que vous posiez cette question aux Etats-Unis. Je ne peux pas parler pour eux.

Question: Ce qu'ils pensent, on le sait. C'est justement, qu'il n'y a pas de préoccupation américaine. Pourquoi les Français sont-ils préoccupés ?

François Rivasseau: Le ministre s'est exprimé à propos des Etats-Unis ce matin sur France Inter et je vous renvoie à ses propos. J'attire aussi votre attention sur les déclarations à l'instant, de M. Solana, au micro d'une radio espagnole qui a rappelé que: ''Arafat est l'autorité d'un pré-Etat. Il a des responsabilités sur les forces de sécurité, il n'en a pas sur des groupes comme le Hamas ou le Djihad islamique, qui au fond désirent en finir avec lui.''

Il a dit beaucoup de choses de bon sens, M. Solana, qui rejoignent des questions que les autorités françaises se sont posées durant ce triste week-end.

Question: Cela ne répond pas à ma question. Je crois que les Américains savent que M. Arafat n'a pas autorité sur le Hamas et le Djihad. Ils savent que M. Sharon recherche une solution militaire. Ils ne sont pas inquiets ? Quelle est la raison ?

François Rivasseau: Je ne suis pas chargé de lire dans les pensées ou les arrière-pensées des Américains.

Question: Il y a une résolution commune de la France et des Etats-Unis. On peut se demander: est-ce qu'on ne comprend pas les mêmes choses ou est-ce que ce que l'on vote est différent ? Est-ce que les mots n'ont pas le même sens, pour eux ?

François Rivasseau: Pas de commentaires.

Question: Sur le mode d'application de cette résolution 1402, apparemment, on n'a pas bien déterminé les critères d'application de cette résolution et en plus le porte-parole de la Maison Blanche en parlant du retrait de Ramallah, a dit qu'il n'était ''pas du tout question qu'il y ait un retrait avant un cessez-le-feu.'' C'est quand même se gausser du monde. Cela est la première question.

Ma deuxième question est qu'on vous a posé, il y a longtemps, une question sur le statut du Betar, en France. Quand allez-vous fixer définitivement le statut de ce groupuscule qui se permet d'agresser des journalistes et des militants pacifistes en public ?

François Rivasseau: Nous sommes évidemment attachés à la liberté de la presse mais le statut du Bétar en France relève du seul ministère de l'Intérieur vers lequel je dois vous renvoyer une fois de plus. J'ajouterai simplement un mot à propos des militants auxquels vous faites allusion, pour dire qu'à leur manière, ces militants pacifistes ont agi à Ramallah avec courage dans un objectif qui nous est commun, qui est d'obtenir la levée du siège d'Arafat et la protection des civils. Concernant la mise en application de la résolution 1402, nous sommes précisément actuellement en train de travailler sur ce sujet prioritaire.

François Rivasseau: Nous soutenons les efforts de M. Moratinos et des autres envoyés spéciaux qui s'efforcent, de progresser sur cet aspect des choses. Ce qui suppose évidemment qu'ils aient accès aux parties et notamment à M. Arafat. Mais nous travaillons également à New York sur ce sujet, où des débats sont prévus aujourd'hui au Conseil de sécurité.

Question: Comment se fait-il que l'on travaille après avoir voté une résolution ? On a été très rigoureux avec l'Iraq, très rigoureux avec la Yougoslavie et là maintenant, on travaille encore sur un texte qui a déjà été voté ?

François Rivasseau: Le ministre a répondu ce matin, très clairement. Il a dit: "l'histoire marche sur la tête, c'est un rappel cruel de la réalité, c'est une réalité dans laquelle nous devons quand même agir. Si vous vouliez une leçon cruelle de l'état du monde tel qu'il est, ce serait ce qui se passe ces temps-ci.

Si vous vouliez avoir une démonstration qu'il n'y a pas encore de communauté internationale, c'est tout cela. S'il y avait une communauté internationale, un vrai droit international, il y a longtemps qu'il y aurait un Etat palestinien, il y a longtemps que les colonies seraient évacuées, qu'un pouvoir palestinien fort aurait démantelé les réseaux terroristes et certainement coopérerait avec Israël, son voisin, pour lutter contre un terrorisme résiduel qui n'aurait cessé de perdre du terrain. Les Palestiniens seraient plutôt employés à construire leur pays et à augmenter leur niveau de vie, à faire des infrastructures et à commercer plutôt que laisser se développer cet océan de haine et de désespoir qui a saisi maintenant des centaines de milliers de Palestiniens.'' C'est limpide, et ce n'est pas de la langue de bois.

Question: Quelle action la France envisage-t-elle en tant que membre du P5 pour faire appliquer les deux résolutions du Conseil de sécurité ?

François Rivasseau: Nous persévérons pour essayer de définir quelles seraient les actions possibles conduisant à la mise en œuvre de la résolution 1402.

Question: Mais ce n'est pas du ressort de M. Moratinos, c'est aux membres du Conseil de sécurité qu'il appartient de faire quelque chose.

François Rivasseau: Ceux-ci siègent de manière quasiment permanente, depuis plusieurs jours.

Question: Mais y a-t-il une proposition que la France pourrait soumettre au Conseil de sécurité ?

François Rivasseau: Encore une fois, nous réfléchissons et nous persévérons.

Question: Le Conseil de sécurité n'appelle pas à un retrait immédiat des forces, on comprend combien ce mot est important dans cette situation dramatique. Pourquoi la France n'a-t-elle pas proposé d'ajouter ce mot à la résolution 1402 ?

François Rivasseau: Au Conseil de sécurité, toute résolution est le fruit d'un compromis.

Question: Pourquoi le gouvernement français n'a-t-il pas arrêté les criminels qui ont saccagé les mosquées ? Que fait la France ?

François Rivasseau: Je rappellerai simplement ce qu'a dit M. Védrine tout à l'heure; les autorités françaises combattront tous ces actes antisémites et racistes avec la dernière énergie et il n'y a aucune espèce de justification ou de prétexte à trouver pour ces actes. L'ensemble des autorités françaises, le président de la République ou le Premier ministre ont également énoncé des positions particulièrement vigoureuses sur ce point.

Question Considérez-vous que ces actes sont liés à l'aggravation de la situation au Proche-Orient ?

François Rivasseau: Il devrait y avoir une séparation radicale et il faut que la France rassemble toutes ses forces pour empêcher tout phénomène de contagion.

Question: Certains qualifient déjà les actions israéliennes comme des atrocités; comment qualifiez-vous ces actions au regard des conventions internationales comme la quatrième convention de Genève sur les civils sous la protection d'une puissance étrangère ?

François Rivasseau: Il faut toujours s'informer et vérifier ce qui s'est passé. Mais il va de soi que les actions actuelles comportent un très grand risque humanitaire, et que les conventions de Genève sont méconnues. Le fait de tirer sur les ambulances ou les bloquer, pour ne parler que d'éléments dont nous avons une connaissance certaine, suffit à montrer que nous sommes dans une situation où nous risquons une crise humanitaire de grande ampleur et nous avons déjà de nombreux exemples de violations.

Question: Ce matin Hubert Védrine a parlé d'un constat d'impuissance de la communauté internationale et il justifie cela par le fait que l'Europe est divisée. Or, en 1996, la France était le seul pays qui a œuvré, bougé pour obtenir un cessez-le-feu au Proche-Orient, et elle avait réussi à imposer le cessez-le-feu avec les arrangements d'avril. Est-ce une question de volonté politique, de calendrier politique ?

François Rivasseau: Je ne crois pas qu'il faille faire de parallèle au-delà de ce qu'il est légitime de faire. En 1996, la situation politique au Moyen-Orient n'était pas la même qu'aujourd'hui. Il ne s'agit pas d'un problème de volonté politique car nous examinons toutes les hypothèses qui pourraient être utiles, tous les types d'actions qui pourraient aider dans la situation actuelle.

Question: Les Emirats arabes unis ont annoncé ce matin que les membres permanents du Conseil de sécurité étaient les complices des agressions israéliennes puisqu'ils ne veulent pas voter une résolution sous le chapitre 7 qui contraindrait Israël à respecter les résolutions des Nations unies. Quelle est la réaction de la France ?

François Rivasseau: Que pour voter une résolution sous chapitre 7, il faut une majorité au conseil de sécurité et l'absence de veto de chacun des cinq membres permanents.

Question: On a l'impression quand même que la France était plus puissante à une certaine époque, lorsqu'elle agissait seule. Aujourd'hui, dans le cadre de l'Union européenne, on a l'impression qu'elle est très frustrée, le ministre l'a dit très clairement ce matin. Il se plaint même de la présidence espagnole à ce sujet. Qu'est-ce que cela veut dire pour la présidence espagnole ? Quelle est notre position par rapport à l'Europe ? N'a-t-on pas le sentiment quelquefois que l'Europe nous empêche d'être nous-mêmes et ne sommes-nous pas tentés de prendre des initiatives par nous-mêmes, y compris au Conseil de sécurité ou ailleurs ?

François Rivasseau: Ce n'est nullement exclu. la politique étrangère de sécurité commune est une politique commune, ce n'est pas une politique unique. Nous gardons la possibilité d'agir par nous-mêmes.

Question: Qu'allez-vous faire alors ?

François Rivasseau: Nous y réfléchissons.

Question: Dans le passé, vous avez réussi à faire bouger Israël ?

François Rivasseau: Je n'ai pas souvenance que, dans le passé, nous ayons jamais beaucoup réussi à faire bouger Israël, lorsqu'il s'agissait des territoires occupés.

Question: Ne craignez-vous pas, tout de même, une remise en cause de l'autorité du Conseil de sécurité, à court ou à long terme ?

François Rivasseau: Non, pas plus qu'avant. la vérité que vous connaissez bien, c'est que ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il y a des difficultés à faire appliquer les résolutions du Conseil de sécurité dans cette région, ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il y a des textes qui demeurent inappliqués, ce n'est pas d'aujourd'hui que la communauté internationale, pour des raisons qui relèvent de l'histoire ne parvient pas à faire évoluer la situation.

De ce point de vue, ni les Etats-Unis, lorsqu'ils ont essayé, ni les Européens, lorsqu'ils se sont retrouvés pour travailler ensemble sur ce sujet, n'ont pu régler complètement le problème. Nous avons avancé, nous avons dégagé un certain nombre d'éléments, nous avons obtenu un certain nombre d'avancées, mais une solution d'ensemble est restée hors de portée pour l'instant. De ce point de vue-là, je ne pense pas qu'il y ait lieu aujourd'hui d'être pessimiste ou défaitiste. Ce n'est pas parce que la situation est telle que nous allons arrêter de travailler, nous continuerons, nous ne nous résignerons pas.

Question: Mais le record des violations des règles dictées par le Conseil de sécurité a été atteint ?

François Rivasseau: Mais, à supposer que votre calcul soit juste, ce n'est pas d'hier qu'il serait atteint.

Question: Mais c'est l'actualité toujours plus brûlante qui le rend ainsi ? Est-ce aux Palestiniens de se soumettre ?

François Rivasseau: Je récuse formellement cette présentation des choses.

Question: La France était-elle plus efficace seule ou à Quinze ?

François Rivasseau: Cela dépend des cas. Si je me réfère à ce qu'a dit le ministre, les Quinze sont efficaces et aboutissent à de bons textes hors des périodes de crise. En revanche, il y a des difficultés particulières durant les crises. A contrario, cela peut donner une idée de la réponse à votre question.

Question: Nous serions donc plus efficaces seuls, c'est bien cela, puisque nous sommes dans une période de crise ?

François Rivasseau: A froid, l'Europe dit des choses raisonnables et sensées.

Question: Dans la guerre, les Européens sont divisés ?

François Rivasseau: Dans la crise, ils peuvent être un peu divisés.

Question: Qu'est-ce que cela veut dire concrètement ?

François Rivasseau: Cela ne veut pas dire que nous renonçons à travailler au niveau européen.

Question: S'il n'y avait pas d'Europe politique, il pourrait y avoir plus de latitude ?

François Rivasseau: Le ministre a été très clair: la question est de savoir, lorsque l'Europe est divisée et n'agit pas, quelle peut être l'action de certains Etats. C'est là notre réflexion.

Question: Pourquoi l'Europe est-elle divisée ? Pourquoi les Etats-Unis n'ont-ils pas la même position que la France ?

François Rivasseau: L'Europe est divisée sur le dossier du Proche-Orient parce qu'il y a certains Etats européens qui pensent qu'il ne faut rien faire qui puisse contrarier la politique menée par les Etats-Unis.

Question: Des journalistes ont été pris à partie à Roissy par le Bétar, quel est votre commentaire ?

François Rivasseau: Cela relève du ministère de la Justice et du ministère de l'Intérieur. Je ne suis pas chargé des questions de sécurité en France.

Question: Condamnez-vous les agressions ?

François Rivasseau: Je n'ai aucun titre pour m'exprimer sur ce qui se passe en France.

Question: Quel parallèle voyez-vous aujourd'hui entre le Kosovo et la Palestine ?

François Rivasseau: J'ai lu avec intérêt à ce sujet, une tribune libre de M. Sarid récemment dans le Herald Tribune.

Question: Alors précisément, la France qui fut très active en Yougoslavie, peut-elle faire quelque chose au Proche-Orient ?

François Rivasseau: Comme je l'ai dit la semaine dernière, la réflexion intellectuelle peut être stimulante mais le contexte politique est très différent.

Question: Et les solutions appliquées à Rambouillet par exemple, n'est-il pas question de faire Rambouillet-2 pour le Proche-Orient ?

François Rivasseau: Je laisse la question à votre réflexion.

Question: Il y a un nouveau projet de résolution au Conseil de sécurité qui contient le mot ''immédiat'' manquant dans la précédente résolution. Pourriez-vous nous faire le point sur les débats qui ont lieu actuellement et y a-t-il une position française à cet égard ?

François Rivasseau: Nous sommes en train d'élaborer cette position.

Question: Pouvez-vous faire le point sur les débats ?

François Rivasseau: Je n'ai pas d'éléments précis sur ce débat pour l'instant. Le Conseil de sécurité délibère. Il est possible qu'il parvienne à l'adoption d'un texte prochainement. Mais, dans l'immédiat, je n'ai pas de commentaire à faire.

Question: Avez-vous eu le projet de résolution ?

François Rivasseau: Non. Cette idée est envisagée, mais je ne sais rien de plus.

Question: Le ministère des Affaires étrangères israélien a convoqué l'ambassadeur de France en Israël pour protester contre les agressions et les biens de la communauté juive en France. Quelle a été la réaction de la France et surtout, comme il s'agit de citoyens Français, pour ce que je sais, Israël a-t-elle le droit de se mêler de ce qui se passe en France, concernant des personnes de nationalité française ?

François Rivasseau: Sur l'objet de la démarche du gouvernement israélien, sur le fond des choses, je vous rappelle les déclarations du président de la République, du Premier ministre et du ministre redisant notre volonté de combattre très vigoureusement le fléau de l'antisémitisme. Sur votre question, j'attire votre attention tout particulièrement sur ce qu'a dit M. Jospin ce matin dans ''Libération''; sa condamnation absolue des actes d'antisémitisme qu'il ne faut pas sous-estimer, et son commentaire sur quelques hommes politiques israéliens qui, au mépris de la réalité, ont eu la tentation de faire flamber ce thème, y compris pour disqualifier notre expression sur le Proche-Orient.

Question: Vous avez dressé un bilan du Conseil de sécurité disant que les difficultés ne datent pas d'aujourd'hui. N'est-ce pas parce que l'on n'a jamais pris de sanction contre l'Etat d'Israël ? La France souhaite-t-elle faire quelque chose à ce niveau pour mettre en pratique ces résolutions qui sont toujours restées lettres mortes ?

François Rivasseau: Vous savez que M. Védrine a répondu ce matin sur l'aspect ''sanction'', en disant que le plus souvent cela avait cet aspect contre-productif. Mais, encore une fois, notreréflexion est ouverte sur tous les moyens de conduire à la mise en œuvre de la résolution 1402.


Question: Toute la réserve diplomatique et politique est-elle déjà épuisée ?


François Rivasseau: Non, je ne pense pas.


Question: Un dogme s'installe en France concernant les observateurs. Pour les envoyer, il faut l'accord des deux parties. En effet, c'était une analyse intelligente à l'époque d'Ehud Barak. Maintenant, puisque les deux parties ne parviennent plus à s'entendre, pensez-vous que ce dogme devrait rester le même ou bien pensez-vous à nuancer votre réflexion ? Sommes-nous à un stade où il faut envoyer les observateurs, sans l'accord des Israéliens ?


La question ne se pose pas seulement en ces termes, elle se pose aussi par rapport à l'intervention ou non d'un cessez-le-feu., C'est l'une de ses dimensions principales.


Question: Considérez-vous que toutes les lignes rouges ont été franchies ? Et s'il en reste, quelle est-elle ?


François Rivasseau: Je préfère ne pas répondre à cette question.


Question: On a commencé à demander à certains pays arabes qu'ils fassent usage du pétrole comme moyen de pression sur les occidentaux pour respecter les Palestiniens et trouver une solution. Avez vous une réaction ? Concernant l'Irak aussi?


François Rivasseau: Non. Nous avons pris connaissance de ces déclarations, je n'ai pas de réaction.


Question: Pensez-vous que la situation générale dans les territoires palestiniens peut être qualifiée de guerre ou préférez-vous le terme d'incursion qui a été employé tout à l'heure. Est-ce une incursion, une guerre, ou une réoccupation ?


François Rivasseau: Ce sont des opérations militaires qui conduisent à une impasse politique et risquent de déboucher sur une crise humanitaire de grande ampleur.


Question: Quand qualifiera-t-on les atrocités ? Combien de milliers de personnes doivent mourir pour que l'on parle de crise humanitaire extraordinaire ? Des gens sont bloqués chez eux depuis quatre jours.


François Rivasseau: Chaque mort est un mort de trop.




  • 2 - Guantanamo


François Rivasseau: Notre mission s'est rendue à Guantanamo du 26 au 31 mars. Elle a pu formellement identifier quatre nouveaux ressortissants français qui viennent s'ajouter aux deux Français rencontrés lors de la première mission du 26 au 29 janvier. Nos six compatriotes ont déclaré être en santé correcte et correctement traités. Le ministère des Affaires étrangères va prendre - dès aujourd'hui, puisque notre mission rentre aujourd'hui - contact avec les familles pour les informer les premières, comme la dernière fois, sur les éléments que nous avons recueillis.


Question: Peut-on avoir plus de précisions sur les quatre derniers, de quelle région sont-ils ?


François Rivasseau: Je ne peux pas donner de renseignements individuels, car aujourd'hui, la priorité est aux familles.


Question: Mais sans donner de noms, pouvez vous nous dire s'ils sont de la région parisienne, lyonnaise, d'origine étrangère ?


François Rivasseau: On peut dire qu'ils ont à peu près le même profil que les deux premiers, y compris dans leur trajet individuel.


Question: Sait-on ce qui leur est reproché ?


François Rivasseau: Ce n'était pas l'objet de la mission.


Question: Sont-ils étudiants en religion ou appartiennent-ils à la base ?


François Rivasseau: Je n'ai pas de lumière sur cette question, il faut demander aux autorités américaines comment elles les considèrent. A ma connaissance, elles n'ont pas encore répondu à ce sujet.


Question: La mission française a-t-elle pu les rencontrer personnellement ?


François Rivasseau: Oui.


Question: Combien de temps est-elle restée avec eux ?


François Rivasseau: Au total, les membres de la mission sont restés trois jours à Guantanamo., ils ont donc passé du temps avec chacun d'entre eux.


Question: C'était en présence d'agents Américains ?


François Rivasseau: Je crois, oui.


Question: Qui composait cette mission ?


François Rivasseau: C'était la même composition que la dernière fois. La mission était conduite par un agent du ministère des Affaires étrangères et comprenait des agents des services et du ministère de l'Intérieur.


Question: Avez-vous proposé une aide juridique, et si oui, a-t-elle été acceptée ?


François Rivasseau: Ce point n'a pas été abordé, ce n'était pas l'objet de la visite.


Question: Les quatre ressortissants français ont-ils formulé une quelconque demande aux autorités françaises ?


François Rivasseau: Je n'en ai pas connaissance. Les autorités américaines nous ont indiqué qu'ils avaient le droit de communiquer par courrier avec leurs familles via la Croix Rouge.


Question: Ont-il déjà communiqué avec leur famille ?


François Rivasseau: Je ne sais pas et ce n'est pas à moi de répondre sur ce sujet, c'est à la famille.


Question: Souhaitent-ils être jugés en France ?


François Rivasseau: Nous n'avons pas d'éléments sur ce point, ce n'était pas l'objet de la visite.


Savez-vous de quoi ils sont accusés ?


François Rivasseau: Non.


Question: Les Américains ont-ils l'intention de les juger à Guantanamo ou aux Etats Unis ?


François Rivasseau: Je ne sais pas.


Question: En l'absence des reproches formulés, considérez-vous que leur détention est légale ou bien abusive ?


François Rivasseau: Notre position n'a pas changé, nous continuons à dire que, quel que soit leur statut et quels que soient les faits qui leurs sont reprochés, ils doivent être traités conformément à toutes les normes pertinentes du droit international et cette réponse couvre la question.


Question: Peut-on dire que la mission envoyée à Guantanamo est une mission du Quai d'Orsay ?


François Rivasseau: C'est une mission française conduite par le ministère des Affaires étrangères.






 

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