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Le tandem franco-allemand malgré tout

Le tandem franco-allemand malgré tout

Texte de M. Rudolf von Thadden, Coordinateur pour la coopération franco-allemande, paru le 22 mars 2002 dans le journal "Frankfurter Rundschau". Source: CIDAL, Ambassade d'Allemagne à Paris.

L'ouverture de la Convention sur l'élaboration d'un dispositif constitutionnel européen est placée sous le signe d'une coopération franco-allemande peu brillante.

Certes, pas une occasion officielle ne se passe sans que soit souligné le "rôle privilégié" du "couple franco-allemand". Certes, les ministères des affaires étrangères se donnent tout le mal du monde pour dissiper l'impression de divergences entre les deux nations piliers du processus d'unité européen, il n'empêche que l'opinion publique de chaque côté du Rhin n'accorde plus grande importance au rôle précurseur des deux pays amis. Le Figaro parlait même d'une mort annoncée du moteur franco-allemand.

Cet état de fait ne disparaîtra pas avec de simples déclarations d'amitié. D'autant moins que l'évolution politique a fait apparaître, depuis le 11 septembre de l'année passée, des champs magnétiques bien différents se dérobant aux synergies franco-allemandes.

On a donc assisté partout à un renforcement de la conviction selon laquelle les Etats-Unis seraient la seule puissance à décider et les Etats européens n'auraient la possibilité d'agir que dans le cadre d'une alliance avec cette puissance mondiale.

Quoi qu'il en soit, Français et Allemands ont, par conséquent, besoin de la coopération avec les Anglais, qui constituent un pont entre l'Europe et l'Amérique. En outre, les Américains n'ont pas fait grand cas, au cours des derniers mois, de l'Union européenne, ce qui aura tout autant de conséquences pour l'avenir de la Convention.

Lorsqu'il s'est agi du soutien européen dans la lutte contre le terrorisme en Afghanistan, c'est avant tout aux trois principaux Etats nations que l'on a fait appel, et Bruxelles a joué un rôle tout à fait secondaire.

Enfin, l'économie n'est pas nécessairement un stimulant dans la construction européenne dotée du moteur franco-allemand. Dans les hautes sphères des entreprises, on pense en termes mondiaux et l'on ne mise sur les relations particulières unissant les deux grandes nations, piliers du processus d'unité européenne, que lorsque cela s'impose économiquement parlant, et que le succès y est assuré.

De plus, la langue des affaires est l'anglais. Dans ce contexte, ce n'est pas avec de simples constructions constitutionnelles que l'on parviendra à insuffler de la vie dans la Convention, et encore moins dans l'activité du moteur franco-allemand. La France est une nation trop politisée pour s'engager sur la voie d'une œuvre qui marquera son siècle, telle que l'Union européenne, au prix de renoncer à l'essentiel de son identité, bâtie au cours d'une longue histoire.

Cela s'exprime aussi dans le fait que notre voisin de l'autre côté du Rhin et de la Sarre prend les grandes décisions au moyen d'un référendum national et pas seulement d'un vote au Parlement. Quelles sont donc les questions à se poser lorsque ce partenariat franco-allemand, cette special relationship de l'Europe continentale, doit conserver son rang ?

Il me semble qu'il faut tout d'abord renoncer aux harmonisations qui ne tiennent pas compte de l'histoire. Il sera bien plus important de mieux prendre en considération les différences de culture politique qui existent entre la France et l'Allemagne et de refuser tout projet de Constitution qui va à l'encontre du vécu historique des citoyens dans leurs pays respectifs.

Les Allemands doivent apprendre que les Français sont peu sensibles au concept de "fédéralisme", si apprécié chez eux, car celui-ci a été, au cours d'une phase importante de l'histoire française, à l'époque de la Révolution, une force de désintégration qui menaçait les acquis de la République démocratique. Et, à leur tour, les Français doivent comprendre que le "Bund", ou fédération, est un concept à connotation positive dans l'histoire allemande, et pas uniquement depuis 1945. Il en est de même en ce qui concerne la réalité de l'Etat nation.

Lorsque les Allemands voient aujourd'hui en Europe, presque comme si cela allait de soi, le dépassement tant souhaité des traditions de l'Etat nation, ils ne pensent alors pas aux expériences positives que les autres nations - y compris les Français - ont faites avec leurs Etats nations. Pour ces derniers, l'Europe ne peut gagner de l'importance qu'en tant que complément à la nation, car leurs idées d'organisation nationale n'ont pas fait naufrage en 1945. A l'inverse, les Français courent le danger de méconnaître la réalité s'ils ne conservent pas en mémoire que l'ordre de l'Etat nation qui régnait en Europe en 1939 n'était pas en mesure de freiner la guerre d'agression menée par Hitler ni, après la guerre, de résister aux aspirations expansionnistes de Staline.

Une autre différence existe entre les Allemands et les Français dans leur compréhension des réalités constitutionnelles façonnées au cours de l'histoire, différence que l'on préfère ignorer dans le dialogue européen. On la trouve à l'interface entre l'Eglise et l'Etat. Alors que l'Allemagne est un Etat biconfessionnel dans lequel les Eglises sont des sujets de droit public et ont donc le droit de pratiquer un enseignement religieux dans les écoles, la France est un Etat laïque où les Eglises sont organisées selon le droit d'association et n'ont le droit de dispenser des cours d'instruction religieuse qu'à l'extérieur des écoles publiques. Enfin, cela entraîne également des comportements différents à l'égard des musulmans : en Allemagne, on mise majoritairement sur un dialogue interreligieux, où l'islam est introduit dans les cours d'instruction religieuse dans les écoles, alors qu'en France, on privilégie un dialogue interculturel qui tient à l'écart toutes les religions de l'enseignement scolaire.

Au vu de toutes ces différences et divergences, on se demande si les deux grands peuples voisins, vivant de part et d'autre du Rhin, devraient jouer un rôle privilégié dans la construction européenne, et si oui, pourquoi.

Ne serait-il pas préférable de placer la barre un peu moins haut et de s'intégrer dans la discussion européenne générale qui va désormais trouver son expression dans le travail de la convention ? Il me semble que ce serait une erreur. Je dirais même que je suis convaincu du contraire. Ce n'est pas uniquement par leur taille et leur poids politique, mais aussi précisément grâce à leurs grandes différences que l'Allemagne et la France sont qualifiées et qu'elles ont vocation à jouer un rôle de précurseur dans la Convention et pour amorcer un compromis en matière de Constitution qui convienne à tous. Si ces deux pays s'entendent, il y a de bonnes chances pour que d'autres Etats se rallient au résultat obtenu ; en revanche, s'ils n'y parviennent pas, tout développement positif qui suivra sera alors bloqué.

Cela concerne, enfin, l'élargissement à l'Est de l'Union européenne, prévu prochainement, qui serait voué à l'échec si la France et l'Allemagne n'harmonisent pas leurs idées à propos des projets de Constitution souvent divergents. Il ne fait aucun doute que des possibilités de rapprochement existent. Si les Allemands adoptent le concept d'une "fédération des Etats nations", qui fut proposé par MM. Delors et Jospin et accepté par M. Chirac, cela donnera naissance à un processus qui, à long terme, aboutira à une relativisation des structures de l'Etat nation et à un renforcement des régions et de l'Europe à la fois. Simultanément, ce processus encouragera des peuples las de leur histoire, tels que les Allemands, à prendre plus au sérieux leur appartenance nationale dans un esprit de responsabilité démocratique et de solidarité.

Et si, en Europe, chaque pays devenait un peu plus critique de ses propres traditions et un peu plus réceptif aux qualités des autres, cela pourrait être même carrément agréable de vivre sur ce continent.

 

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