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La refondation des relations germano-française

La refondation des relations germano-françaises (1)

79èmes Consultations franco-allemandes à Schwerin (1): Conférence de presse conjointe du président Chirac et du Chancelier Schröder: propos tenus par M. Jacques Chirac à Schwerin, le 30 juillet 2002. Source: Ministère des Affaires étrangères, Paris.

(…)

Mesdames, Messieurs, je voudrais tout d'abord, en mon nom et au nom de toute la délégation française, du Premier ministre français, exprimer au Chancelier tous nos remerciements et notre gratitude pour l'accueil qui nous a été réservé ici aujourd'hui. Et je voudrais exprimer aux autorités du Land et de la ville de Schwerin, mais aussi à tous les habitants de la région et notamment de la ville que nous avons un peu perturbés sur le plan de l'ordre public, je voudrais leur dire toute la joie que nous avons eue à connaître et à passer cette journée dans leur belle région et dans leur superbe ville. C'était pour ma part la première fois que j'avais l'occasion de venir dans ce que nous appelons en France la Florence du Nord et je dois dire que j'en ai été particulièrement heureux. Et puis on peut aussi parler de la chaleur de l'accueil, si j'ose dire.

Le Chancelier a pratiquement tout dit. C'est vrai qu'alors que l'Europe va connaître deux modifications importantes, l'élargissement et la réforme des institutions, plus que jamais, il est évident que l'accord entre l'Allemagne et la France est une condition sine qua non du fonctionnement de l'Europe. C'est un problème, je dirais, presque mécanique. Il n'y a pas de construction possible de l'Europe s'il n'y a pas un accord germano-français, c'est clair. Ceci s'est imprimé dans notre esprit depuis longtemps et a permis d'effacer beaucoup de divergences de vues qui pouvaient exister sur tel ou tel point. Mais nous avons encore des efforts à faire, et il faut les faire vite.

Nous avons un prochain sommet à Bruxelles, mais nous avons surtout le sommet de Copenhague. Et nous avons l'échéance, qu'évoquait à l'instant le Chancelier, du quarantième anniversaire, qui est tout de même quelque chose d'important et de significatif, du Traité franco-allemand. Alors, dans ce contexte, nous avons décidé d'agir, dans l'esprit antérieur naturellement, mais d'agir avec la plus grande fermeté sur deux fronts.

D'abord, la recherche d'un consensus, qui ne sera pas difficile à obtenir à partir du moment où la volonté politique s'impose, sur les questions européennes. Cela veut dire essentiellement trois grands sujets. Le problème de l'élargissement, c'est-à-dire la négociation d'adhésion et donc les problèmes de l'agriculture, du financement, des contributions de chaque pays. Il est essentiel qu'avant Copenhague, nous ayons arrêté une position commune germano-française dans ce domaine.

Deuxièmement, l'avenir de l'Europe. Cela veut dire notre position au regard des travaux et des propositions de la Convention. Et là, nous avons décidé que nos deux représentants, leurs adjoints, et bien entendu les ministres compétents allaient faire un très grand effort pour travailler à une position commune qui devra s'exprimer, si j'ose dire, d'une seule voix au nom de l'Allemagne et de la France, dans le cadre des travaux de la Convention.

Et enfin, dernier point qui est également essentiel, c'est celui de la politique étrangère et de sécurité commune, et la défense. Nous savons très bien que plus on va dans le monde d'aujourd'hui, compte tenu des évolutions politiques des grandes parties du monde et aussi compte tenu des dangers que recèle le monde moderne, plus il est essentiel que l'Europe s'affirme notamment sur le plan de la politique étrangère et de la politique de défense.

Voilà les trois domaines sur lesquels il faut que, très rapidement, nous puissions avoir une position commune, c'est-à-dire avant la fin de l'année. Et nous l'aurons, ceci ne fait aucun doute.

Le deuxième front, c'est la refondation des relations germano-françaises. Quand je dis refondation, je ne veux pas dire qu'elles n'étaient pas bonnes, je dis simplement qu'il faut en permanence adapter nos relations au monde moderne, aux générations qui arrivent, aux problèmes d'actualité. Alors, dans ce contexte, nous ne souhaitons pas réviser le Traité franco-allemand mais nous souhaitons faire une déclaration commune qui donne vraiment notre vision commune, celle de l'Allemagne et de la France, de l'Europe de demain, qui permette de renforcer nos mécanismes de consultations et d'échanges au niveau des gouvernements, ils sont déjà excellents, ils peuvent toujours être améliorés et modernisés, au niveau également de nos parlements, où les échanges doivent être fortement amplifiés, ce qui est d'ailleurs souhaité par les parlementaires des deux pays, au niveau des armées, où déjà l'entente est grande mais où les échanges doivent être encore plus nombreux et approfondis, au niveau, plus généralement, de tout ce qui fait la société civile.

Alors, nous avons là aussi décidé, d'octobre à décembre, de faire les travaux nécessaires pour que tous ces objectifs puissent être atteints. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé, d'une part, de créer les groupes de travail indispensables sur les trois thèmes principaux de l'élargissement, de la Convention et de la politique étrangère et de sécurité pour avoir vraiment une position commune à Copenhague et dans les travaux de la Convention. D'autre part, nous avons décidé de confier à nos deux ministres des Affaires étrangères, Joschka Fischer et Dominique de Villepin, une mission de préparation de la déclaration commune du 22 janvier 2003 qui donnera notre vision, moderne, d'aujourd'hui, des rapports entre nos deux pays, de leurs liens de plus en plus serrés. Je dis, intuitu personnae, ces deux personnalités parce qu'il ne s'agit pas là d'un travail de diplomatie, de bureau, quelle que soit l'éminente qualité des travaux des bureaux et de la diplomatie, naturellement, qu'il ne s'agit pas de mettre en cause. Mais là, c'est quelque chose d'un peu différent, c'est une vision pour demain et c'est donc à deux personnalités plus qu'à deux ministres que nous avons confié cette tâche.

Et, enfin, nous avons effectivement décidé, en commençant dès la fin août ou les premiers jours de septembre, de nous rencontrer tous les mois dans le cadre du processus de Blaesheim parce que, compte tenu des échéances que je viens d'évoquer, il sera indispensable qu'il puisse y avoir tous les mois une impulsion donnée à l'ensemble de ces travaux. Voilà ce que sera la prochaine réunion puisque c'est en Allemagne qu'elle doit se tenir. Elle va se tenir, si j'ai bien compris, à Hanovre, à l'invitation du Chancelier, ce dont je me réjouis.

Par ailleurs, nous avons, et là je serai beaucoup plus bref, évoqué les questions internationales, le Proche-Orient, l'Iraq, l'Afghanistan. Nous n'avons pas de divergences de vues sur ces différents problèmes, nous sommes tout à fait unis dans la même réflexion et dans la même volonté d'action. Nous avons évoqué longuement le sommet de Johannesburg où nous nous rencontrerons, où nous nous retrouverons, le Chancelier et moi, et qui à nos yeux est une étape importante de la réflexion de l'humanité sur son devenir et qui doit être un succès, ce qui sera, c'est vrai, difficile. Mais nous sommes déterminés, le Chancelier et moi, les gouvernements allemand et français, à apporter une contribution forte et dynamique pour la réussite de Johannesburg.

Enfin, nous avons adopté, après l'excellent forum qui a eu lieu hier sur les médias à Schwerin, une déclaration dans ce domaine. Et je voudrais remercier celles et ceux qui s'y sont consacrés hier et aujourd'hui et qui ont fait un très bon travail, notamment en ce qui concerne l'avenir d'Arte, d'Euronews, de la spécificité culturelle de nos pays, etc…

Je vous remercie.

(…)

Question: Ma question est adressée à Monsieur le Président et Monsieur le Chancelier. Est-ce que vous croyez qu'une attaque militaire contre l'Iraq soit toujours encore évitable et est-ce qu'il y a encore une chance de réunir une conférence de paix israélo-palestinienne avant qu'une telle attaque contre l'Iraq soit intervenue ?

Jacques Chirac: Cher Monsieur, je ne veux pas imaginer une attaque contre l'Iraq, attaque qui ne pourrait, le cas échéant, être justifiée que si elle était décidée par le Conseil de sécurité. C'est la position de l'Allemagne, c'est la position de la France. Et je ne veux pas non plus imaginer que les autorités iraquiennes ne comprennent pas que leur intérêt, c'est d'accepter les propositions du Secrétaire général de l'ONU, qui comportent à la fois une levée d'embargo pour tout ce qui concerne les biens civils dont l'Iraq a besoin et également le retour des inspecteurs, qui n'auraient jamais dû partir, ce qui nous a créé le problème que nous connaissons aujourd'hui. Et je crois que l'Iraq serait bien inspiré de comprendre la nécessité de trouver un accord très, très vite avec le Secrétaire général de l'ONU.

Quant au problème du Proche-Orient, il est hélas complexe, naturellement, et nous avons, comme pour l'Iraq, entre l'Allemagne et la France, une position commune. C'est-à-dire que nous souhaitons, que nous sommes convaincus qu'il n'y a pas d'issue dans la violence, que seul un accord politique pourra permettre d'arrêter la violence et d'ouvrir les voies d'un accord, que ceci suppose d'aller sans aucun doute dans la direction qui a été marquée par le Quartet tout récemment, mais que cela implique également un cadrage politique qui suppose une conférence internationale se réunissant le plus rapidement possible au moins au niveau des ministres des Affaires étrangères. C'est notre proposition commune. Je vous signale qu'hier, le vice-président du gouvernement israélien, Shimon Pérès, était à Paris et qu'il a approuvé sans réserve cette proposition.

(…)

Question: Une question un peu plus personnelle pour tous les deux. Quel jugement portez-vous l'un sur l'autre, sur la personnalité de l'autre, et sur vos relations personnelles depuis quatre ans ?

(…)

Jacques Chirac: Je n'ai pas l'intention, naturellement, de porter un jugement, cela va de soi, sur nos relations qui sont excellentes, qui l'ont été, je dois le dire, dès le départ et qui n'ont fait que se confirmer dans cette situation au fil des ans. Nous n'avons jamais eu la moindre difficulté d'ordre personnel ou relationnel. Et c'est vrai que j'aime beaucoup, aussi, l'épouse du chancelier et c'est toujours avec plaisir que je la vois, mais trop rarement. Je profite de cette occasion pour lui transmettre mon sentiment très respectueux et affectueux.

(…)

Question: Il a été question des médias. Je voudrais savoir comment vous considérez le projet d'une chaîne de télévision française de devenir opérateur, éventuellement, de chaînes de télévision allemandes, en l'occurrence TF1, qui s'intéresse au rachat de Kirch Média.

Jacques Chirac: En ce qui concerne cette question, après le dépôt de bilan de Kirch Média, il y a une procédure d'appel d'offres, en quelque sorte, et, dans cette procédure, peuvent poser leur candidature les entreprises qui s'y intéressent. Et il n'y a aucune réserve de la part du gouvernement allemand à l'égard d'une candidature française. C'est un processus qui est déterminé par le marché, puisque nous avons affaire à une entreprise privée, et nous n'avons pas l'intention, d'ailleurs nous n'en avons même pas la possibilité, de nous immiscer dans cet appel d'offres. Donc, si un candidat français devait l'emporter, eh bien, à la bonne heure.

Question: Dans la déclaration commune du Conseil de défense et de sécurité, vous demandez que l'on renforce la politique des Quinze dans la PESD, en allant au-delà du cadre présent. Que pensez-vous des propositions de M. Verhofstadt, dans une lettre qui a été adressée à M. Chirac et à M. Blair ? D'autre part, dans cette déclaration commune, il est dit que la France et l'Allemagne vont prochainement charger la brigade franco-allemande d'une opération de maintien de la paix. De quoi s'agit-il, de quelle opération s'agit-il ?

Jacques Chirac: La lettre de M. Verhofstadt est une lettre intéressante, responsable, et qui n'a pas été adressée uniquement à M. Blair et à M. Chirac, mais à l'ensemble des chefs d'Etat et de gouvernement des quinze pays. Et, d'ailleurs, la première chose que nous avons faite, s'agissant de répondre à cette lettre, d'ailleurs de façon très positive, a été de nous concerter avec nos partenaires allemands de façon à ce que la réponse soit tout à fait homogène avec la réponse que fera le chancelier. Donc, voilà pour ce qui concerne cette impulsion que M. Verhofstadt veut donner à la politique de défense. Et nous y sommes très favorables.

Question: L'emploi de la brigade franco-allemande ?

Jacques Chirac: Nous sommes tout à fait favorables à l'emploi de la brigade franco-allemande le jour et à l'endroit où cela sera utile. Nous avons un projet très important et très sérieux, c'est la reprise par l'Union européenne de l'opération Renard Roux en Macédoine. Et, vous savez, nous avons un problème compte tenu d'une sorte de veto indirect qu'exercent nos amis turcs au sein de l'OTAN à l'égard de ce transfert de l'OTAN à l'Europe de l'opération de Macédoine. Nous espérons pouvoir surmonter cette difficulté. Et l'Europe, à ce moment-là, prendra bien, je le souhaite et je le pense, la responsabilité de l'opération en Macédoine./.

 

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