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  Le terrorisme n’est pas un problème de sécurité intérieure

 

Le terrorisme n’est pas un problème de sécurité intérieure

Texte de l'intervention de monsieur Serge Vinçon, sénateur du Cher, vice-président du Sénat et président de l'Institut Diplomatie & Défense à l'ouverture du colloque sur "la guerre contre le terrorisme" organisé les 11 et 12 septembre 2002 au Sénat par l'IDD en liaison avec l'ambassade des Etats-Unis. Palais du Luxembourg, Salle Médicis, Paris le mercredi 11 septembre 2002. Source: ECL Communications.

Le président Vinçon à la tribune (Photo European-Security)

Je suis à la fois heureux et triste de vous accueillir aujourd’hui. Heureux que vous soyez aussi nombreux pour ce 6ème colloque de l’institut Diplomatie & Défense, organisé en liaison avec l’ambassade des Etats-Unis en France, triste car j’aurais bien évidemment préféré que nous nous réunissions pour une autre raison. Nous commémorons aujourd’hui l’un des évènements les plus graves depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les attentats du 11 septembre 2001, autour du thème "la guerre contre le terrorisme".

Durant ces deux journées nous allons, grâce à de hautes personnalités américaines et françaises qui ont des responsabilités tout à fait différentes au sein de nos sociétés, tenter de comprendre ce que recouvre "le concept de guerre contre le terrorisme", de jauger cette expression et définir la nature du conflit à mener.

Nos séances de travail seront extrêmement denses, elles ne nous empêcheront toutefois pas de garder présentes à l’esprit les victimes de ces attentats, celles là même qui nous hantent depuis un an, et d’avoir une pensée pour les victimes françaises de Karachi. La perte d’être chers ne s’efface pas, elle se dépasse parfois à seule fin que la vie continue, et les proches de tous les disparus ne quitteront pas notre cœur pendant ces deux jours.

Au début des années 1990, juste après la chute du mur de Berlin, nous nous sommes imaginés que le monde, libéré du communisme, allait vivre durablement en paix. Rapidement, la Bosnie, la Croatie puis le Kosovo et la Macédoine sont venus nous rappeler que le premier conflit mondial avait commencé à Sarajevo et que les Balkans constituaient toujours une ligne de fracture entre l’Europe en paix et l’Europe en devenir. Il y a également eu la guerre du Golfe, le génocide du Rwanda, il y a actuellement l’instabilité en Tchétchénie et en Géorgie, autant d’horreurs qui démontrent que tout est encore malheureusement possible.

Quant au terrorisme, il n’est en rien une nouveauté. En France, nous avons été confrontés à cette menace depuis une vingtaine d’année et avons dû nous défendre contre certaines de ses formes. Dès 1974 Carlos, aujourd’hui détenu à Paris, s’attaquait à des lieux publics dans la capitale. En 1982 le groupe d’Abou Nidal, décédé cet été à Bagdad, attaquait un restaurant de la rue des Rosiers et, en 1986, rue de Rennes, une bombe faisait 13 morts et plus de 300 blessés.

Plus récemment, les attentats perpétrés sur le sol national au cours de l’automne 1995 avaient mis en lumière l’existence de réseaux dormants d’activistes plus ou moins immergés dans la population. Bien évidemment, des actions de démantèlement avaient été conduites, des mesures avaient été prises pour les empêcher de nuire, ce qui avait contribué à l’adaptation de notre système de défense anti-terroriste.

Mais, depuis le 11 septembre 2001, le monde a basculé dans ce qui est probablement une nouvelle période de son histoire. Aux certitudes de la guerre froide, aux interrogations suscitées par un nouvel ordre mondial en perpétuel devenir, succède un état de guerre très particulier, à la fois proche et lointain contre un ennemi dispersé à travers le monde, multiforme ou masqué et, de ce fait, difficile à localiser et à saisir.

Ces menaces, dont le niveau de malfaisance semble devoir s’élever, imposent la mise en œuvre d’une stratégie de protection qui intègre de plus en plus étroitement les composantes de nos systèmes de sécurité et de défense.

Enfin, la qualité de cette stratégie serait bien mince si elle ne reposait sur une coopération internationale renforcée : avec nos partenaires européens dont nous partageons l’espace et la prospérité, avec notre allié les Etats-Unis et avec tous les gouvernements qui, de par le monde, en prenant parfois des risques élevés, ont sincèrement décidé de se joindre à cette lutte mondiale.

Ne l’oublions pas, ce colloque manifeste la solidarité unissant deux peuples et deux gouvernements dans leur lutte contre l’intolérance, le fanatisme, contre un même ennemi. C’est pourquoi je tiens à insister sur un point qui me tient réellement à cœur. Nul n’ignore ici que si, en tant que Français, nous pouvons être taxés d’arrogants à l’extérieur, il n’en demeure pas moins qu’à l’intérieur nous nous délectons à nous dénigrer, nous flageller en nombreuses circonstances, qu’elles soient quotidiennes ou exceptionnelles. Après la douloureuse attaque terroriste du 11 septembre 2001 contre tous les symboles de puissance des Etats-Unis, notre diplomatie, nos gouvernants, nos armées et, naturellement, notre porte-avions Charles de Gaulle, ont systématiquement été raillés, voire totalement ridiculisés.

Pourtant la participation de la France est loin d’être négligeable. En effet, son intervention dans la lutte anti-Al Qaïda et anti-talibans s’est située dans le domaine du renseignement, de l’opérationnel et du politique.

S’agissant du renseignement, outre le très puissant réseau diplomatique dont la France jouit, l’information, entre le 11 septembre et le déclenchement des opérations militaires américaines, a essentiellement été fournie grâce au repérage effectué par notre Armée de l’air et ses Mirages IV. La collecte de plus de vingt mille images a été de première importance pour la mise en œuvre de l’offre de disponibilité faite aux Etats-Unis par le Président de la République.

En ce qui concerne l’opérationnel, de la mi-novembre 2001 à la fin janvier 2002, 250 soldats de l’armée de terre ont sécurisé l’aérodrome de Mazar-e-Sharif au profit du génie US qui remettait la piste en état pour les organisations humanitaires. Actuellement 500 militaires français sont engagés dans le cadre de l’opération Enduring Freedom. Nos forces navales ont quant à elles été les plus importantes après les forces américaines avec une douzaine de bâtiments de combat autour du groupe aéronaval Charles de Gaulle.

Au total plus de 4000 soldats ont été engagés, ce qui place la France au deuxième rang des nations présentes là-bas.

Politiquement, la position française a été on ne peut plus claire. Le Président de la République a été le premier chef d’Etat à se rendre à New York pour assurer les Etats-Unis du soutien des Français dans leur lutte anti-terroriste et de l’engagement de nos forces armées si nécessaire. La France s’est par ailleurs associée au vote unanime des Etats membres de l’OTAN, tous d’accord pour faire valoir la validité de l’article 5. Le ministre des affaires étrangères a quant à lui jugé "toute riposte américaine légitime".

Les opérations de guerre contre le régime taliban ayant été menées avec succès par les Etats-Unis, il était ensuite indispensable de crédibiliser le nouveau régime, sécuriser le pays mais aussi reconstruire son économie. Parce que la paix reste fragile autant qu’incertaine, parce que la guerre contre Al Qaïda n’est pas terminée, la France est toujours présente aux côtés des Etats-Unis.

Beaucoup d’orateurs se succéderont au cours de ce colloque. Je les remercie par avance de nous éclairer sur les différents thèmes abordés, à savoir

  • ce que recouvre le concept de guerre contre le terrorisme,
  • le rôle des forces armées,
  • les modalités ainsi que
  • la déontologie de la protection.

Le terrorisme n’est pas un problème de sécurité intérieure ou extérieure mais de défense globale. Les structures actuelles sont en train de s’adapter. Les pays confrontés au terrorisme doivent rechercher à se doter de structures efficaces pour réagir rapidement et coordonner les moyens existants. S’agissant des forces armées elles sont disponibles et efficaces dans l’urgence à condition que le relais soit pris rapidement par les autres dispositifs spécialisés et, bien évidemment, que les frais d’engagement soient remboursés pour ne pas obérer le budget. En France, j’ai le sentiment que plus qu’une remise en cause des choix résultant de l’ordonnance du 7 janvier 1959, qui posait les base du concept de "défense globale", c’est l’articulation entre les différents champs d’application de la défense anti-terroriste et la coordination entre ses nombreux acteurs qui doivent être analysées et affinées.

Les données de la stratégie sont depuis le 11 septembre 2001 différentes dans la mesure où les systèmes techniques, aussi sophistiqués soient-ils, s’avèrent totalement impuissants face à des hommes changés en bombes humaines. Que vaut un matériel de guerre devant un kamikaze qui, naturellement, est persuadé à la fois que son crime est justifié et que son martyre est une fin en soi ? En conséquence, nous assistons à une crise de la puissance et, au-delà, des valeurs qui sont communes à nos deux démocraties, à savoir le respect de la liberté individuelle, et plus simplement le respect de la vie.

La plus grande puissance économique et militaire a été touchée il y a un an déjà, démontrant que certains individus peuvent frapper à tout moment, qu’ils éprouvent le plus grand dédain envers ceux qui ne partagent pas leurs opinions et le mépris le plus profond, voire total, de la personne humaine. Comme l’a dit le ministre des affaires étrangères le 27 août dernier à l’occasion de la Xème conférence des ambassadeurs " la véritable puissance, désormais, est ce qui crée de l’ordre et donne du sens. Elle est ce qui résiste à la désorganisation, aux dérèglements et aux troubles. Bref, elle doit être cette conscience qui, à travers une force de conviction, d’exemple et d’influence, est capable de porter remède aux difficultés du monde".

Il a ajouté "Il reste à imaginer un nouveau modèle qui réponde aux défis de notre temps ainsi qu’aux données actuelles de la puissance".

Américains et Français défendent les mêmes valeurs, leur combat est donc commun. Nous allons nous atteler pendant ces deux journées à confronter nos idées ainsi que nos expériences, à faire des propositions dans un esprit de coopération entre nos deux pays mais également avec nos partenaires européens. Il nous faudra avoir un point de la situation afin de savoir où nous en sommes, ce qui a été fait, ce qu’il reste à faire et de quelle façon pour renforcer notre dispositif anti-terroriste.

Nous l’avons constaté, ce combat contre Al Qaïda a un caractère mondial, les actions à mener par les pays concernés demandent une réflexion approfondie et c’est dans cet esprit que nous avons organisé ce colloque de travail, en nous situant dans une optique de long terme et non de court terme. Aussi me paraît-il indispensable d’insister sur ce point afin qu’il n’y ait aucune ambiguïté. Ces deux journées sont des séances de travail consacrées à l’avenir, nous n’aborderons en conséquence pas les opérations qui pourraient être, ou ne pas être, engagées en Irak.

Liens utiles (la participation française à la campagne d'Afghanistan)

Liens utiles (Loi de programmation militaire)

Autres textes du colloque sur la guerre contre le terrorisme:

 

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