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"Il est temps de cesser de nous auto-flageller" selon Serge Vinçon

"Il est temps de cesser de nous auto-flageller" selon Serge Vinçon

L'Institut Diplomatie & Défense dont Serge Vinçon (1) est le président a réuni un impressionnant panel de spécialistes officiels et d'experts indépendants pendant deux jours au Sénat sur le thème de "la guerre contre le terrorisme", que certains voient déjà comme une guerre sans fin ? Deux journées placées sous le signe de l'amitié entre la France et les Etats-Unis d'Amérique, alliées dans cette guerre contre le terrorisme. L'objectif poursuivi étant, au delà du symbole, "de définir la nature du conflit, d'en mesurer la dimension et d'en évaluer les implications" comme l'a rappelé François Géré, directeur de l'Institut en introduction. Saluons une première au cours de ce colloque, le fait qu'un officier général, le général Jean-Patrick Gaviard ait expliqué publiquement le rôle et les moyens déployés par la France en Afghanistan. Une façon de rompre un silence pesant pour tous ceux qui ont mal supporté le fait que le président Bush et la presse d'Outre-Atlantique ait rendu un hommage mérité aux militaires français alors qu'en France peu de voix se soient fait entendre depuis près d'un an, à l'exception peut-être de celle du président Chirac et du nouveau ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie. Monsieur Serge Vinçon, sénateur du Cher et vice-président du Sénat a bien voulu répondre à nos questions. Paris, Palais du Luxembourg, Salle Médicis, les 11 et 12 septembre 2002.

François Géré, Michèle Alliot-Marie et Serge Vinçon à la tribune

Joël-François Dumont: Monsieur le président, le colloque que vous organisez au Sénat en ce jour anniversaire du 11 septembre est d'actualité. Dans cette guerre au terrorisme, telle que les Américains la font, on a l'impression que l'on est en guerre pour de très longues années. Une sorte de tunnel dont on ne verrait pas la fin, compte tenu de l'ampleur de la tâche, telle que l'a définie le président George W. Bush. Quel est votre sentiment ?

Serge Vinçon: La difficulté effectivement, c'est de savoir effectivement si il y aura une fin à cette guerre. Ce que nous craignons tous, c'est d'avoir en face de nous une nouvelle forme de guerre, qui est plus masquée, qui avance de façon plus sournoise, et qui, surtout, recouvre mille phénomènes. Phénomènes juridiques, phénomènes financiers, phénomènes militaires, phénomènes civils: nous avons à faire face à cette multitude de menaces. Il faut donc que nous prenions conscience de ce que notre défense, dite "globale" jusqu'à maintenant, comprend des domaines qu'elle ne recouvrait pas forcément dans le concept initial de défense globale.

Joël-François Dumont: Des experts de haut niveau tant français qu'américains, italiens ou canadiens entre autres, des officiels aussi, de la Maison-Blanche, de la DST ou encore de l'état-major des Armées ont apporté un éclairage nouveau sur cette guerre comparable à nulle autre. La stratégie américaine reste encore un peu floue aux yeux des Européens et des Français particulièrement, qui soupçonnent des arrière-pensées américaines à long terme…

Photo European-Security

Serge Vinçon: Je pense que le mérite de ces journées, c'est d'abord d'avoir montré que nos services, nos agents, nos experts ont une vision à la fois très objective et très complète du phénomène terroriste. Les experts américains qui sont ici présents ont expliqué comment ils ont vécu, comment ils ont analysé, comment ils conçoivent la lutte contre le terrorisme.

Je crois que nous sommes un pays qui a des capacités propres, qui a une expérience malheureusement depuis une bonne vingtaine d'années du terrorisme, dont on a dit que nous avions été la cible sous toutes ses formes:

  • détournement d'avion,
  • prises d'otages,
  • explosions à la voiture piégée,
  • sans parler des attentats à Paris même il n'y a pas si longtemps.

Nous avons une culture, nous avons une expérience, mais il faut sans cesse imaginer que la vraie lutte contre le terrorisme ne peut se faire que par la concertation, la coordination et la complémentarité de nos moyens sur le plan international.

Joël-François Dumont: Les journalistes n'ont pas pour habitude de faire des compliments aux hommes politiques, néanmoins, je dois vous dire que pour la première fois aujourd'hui, j'ai entendu le sous-chef Opérations de l'E.M.A., le général Gaviard, détailler publiquement la mission et les moyens engagés en Afghanistan par nos forces depuis près d'un an. Ecouté également un des sous-directeurs de la DST expliquer, sans trahir de secret, l'action de nos services dans cette guerre de l'ombre avec un ennemi insaisissable. Tous deux ne pratiquant pas la langue de bois. Entendu enfin madame Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, vous emboîter le pas en rendant un hommage remarqué à tous nos militaires qui livrent cette guerre. Ceci est de nature à rassurer ceux qui en étaient réduits à lire la presse américaine pour entendre parler de l'excellent travail accompli par nos unités sur le terrain ou encore vanter l'excellence du Renseignement français. Ou le le président George W. Bush leur rendre un hommage appuyé… A ma connaissance, la nouvelle Loi de programmation ne prévoit rien dans le domaine de la communication, c'est un peu dommage… Qu'en pensez-vous ?

Serge Vinçon interviewé par France 3 (Photo Victor Ariche)

Serge Vinçon: Vous faites bien de citer les deux interventions, celle de M. Caprioli pour la DST et celle du général Gaviard pour l'E.M.A. Je crois sincèrement qu'il est temps de cesser de nous auto-flageller, de nous auto-critiquer et de montrer ce que nous sommes capables de faire. A la fois sur le plan technologique mais aussi sur le plan humain. Je pense pouvoir dire que l'action de la France depuis le 11 septembre 2001 se situe au meilleur niveau, juste à côté ou juste derrière les Américains et ce n'est pas excessif. Nos interventions sont d'un excellent niveau.

Je crois que la France doit se regarder telle qu'elle est, c'est à dire qu'elle est encore une grande nation et qu'elle a encore de grandes capacités. Aujourd'hui, le mérite de ce colloque, l'un des intérêts de cette rencontre, est de nous avoir permis d'entendre ces personnalités, qui n'ont pas pour habitude, il est vrai, de s'exprimer en public…

Joël-François Dumont: En Allemagne, monsieur le président, le Bundesverfassungschutz, l'Office fédéral de protection de la constitution - qui est l'équivalent en France de notre DST et des RG - publie chaque année des rapports détaillés pour expliquer la nature de la menace, pour décrire les actes d'espionnage, de terrorisme ou les actions de mouvements violents recensés à l'extrême-gauche ou à l'extrême-droite. Ces documents sont mis en ligne sur Internet. Chacun peut en demander un exemplaire: les journalistes peuvent rencontrer des responsables pour compléter leur information.. En France, nous avons une manie du secret qui confine à la bêtise. Pourquoi en France une telle chape de plomb ? Qu'en pense le responsable politique que vous êtes ?

Serge Vinçon: Il est très difficile, même pour nous parlementaires, d'avoir des conversations constantes, des discussions constantes, des informations constantes. Je ne parle pas de conversations confidentielles ou secrètes, mais de conversations avec ces organismes qui sont quand même au service des pouvoirs publics et dont la raison d'être est de protéger la Nation française.

Je pense que l'on a des progrès à faire. On a toujours mal considéré ces questions de renseignement, de défense, la surveillance du territoire ou la DGSE. Je crois qu'on a tort, parce que les événements prouvent que les Français ont envie d'être sécurisés sur le plan de leur sécurité individuelle, sur le plan de leur sécurité collective comme sur le plan de leur sécurité sanitaire ou alimentaire. On l'a vu avec certains événements. Donc, il faut que nous prenions l'habitude de discuter ensemble et il y a des sujets qui doivent cesser d'être tabous.

Joël-François Dumont: Une question qui touche à l'armement que je pose au sénateur spécialiste des questions de défense. Nous avons dans le domaine du Renseignement une palette à peu près complète. Depuis le satellite de renseignement militaire, les avions de reconnaissance pilotés (nos vieux Mirage IV ont encore fait merveille en Afghanistan), au renseignement humain recherché chez l'ennemi ou l'adversaire potentiel, il faut bien constater qu'il nous manque, dans cette panoplie, les drones, capables de recueillir le renseignement en temps réel. Les conflits du Golfe et de l'ex-Yougoslavie avaient mis en relief ce déficit. La France se voulait alors une nation phare dans ce domaine en décidant d'en équiper ses armées… Pensez-vous que la prochaine Loi de programmation militaire 2003-2008 remédiera enfin à cette situation ?

Serge Vinçon: C'est une nécessité. Vous savez qu'on a la capacité de fabriquer des drones depuis longtemps. On a la capacité de faire des drones de combat et des drones d'observation. C'est aujourd'hui peut-être une révélation depuis les affaires d'Afghanistan que nous ayons besoin de ce type de matériels. Et j'espère que la Loi de programmation militaire nous hissera aussi à un niveau convenable pour utiliser ces moyens modernes de renseignement, d'observation et aussi d'action en profondeur

Joël-François Dumont: Une question indiscrète: le vice-président du Sénat que vous êtes a t'il déjà vu une photo prise par le satellite de renseignement Hélios ?

Serge Vinçon: Non.

Joël-François Dumont: Je vous rassure, vous n'êtes pas le seul. J'ai entendu dire qu'un préfet de la République s'était vu refuser lui aussi de voir une image satellite - elles sont toutes classifiées "secret-défense" - pour juger de la gravité des dégâts commis par des inondations sur la région placée sous son autorité administrative. N'y a t'il pas là quelque chose qui n'est pas normal ?

Serge Vinçon: Je le pense. Vous savez, quand nous, parlementaires, nous parlons de nous intéresser à tous les organismes de renseignement, par exemple, on nous taxe de vouloir "faire du contrôle". Je crois qu'il y a des parlementaires tout à fait habilités à comprendre à la fois la difficulté de ce métier. Ils devraient par conséquent être destinataires d'un minimum d'informations. On ne demande pas des scoops, on ne demande pas de révélations, mais je crois qu'il est normal que la représentation nationale s'intéresse à ces questions là et qu'elle puisse avoir des réponses, et si ce n'est tous les parlementaires, du moins une partie d'entre eux.

Joël-François Dumont: Une question d'actualité, souvent évoquée au cours de ce colloque concernant l'Irak. Que pensez-vous de la position défendue par la France qui consiste à dire: avant toute action militaire, demandons une dernière fois à l'Irak de se soumettre au contrôle des inspecteurs des Nations-Unies et, en cas de refus, que le conseil de sécurité prenne une résolution prônant une action militaire.

Serge Vinçon: La position défendue par le président de la république me paraît être la bonne décision. Je pense personnellement qu'il ne faut pas nous lancer dans une opération qui puisse être hasardeuse Je crois qu'il faut prendre à la fois toutes les garanties, d'un côté ou de l'autre, et sans doute aussi prendre le temps de savoir la réalité de ce que l'on reproche au régime irakien. L'ONU me semble être le cadre approprié pour prendre cette décision d'intervenir ou non.

Joël-François Dumont: Ce qui n'empêche pas la France, comme cela a été réaffirmé ce matin de demeurer un bon allié des Etats-Unis ?

Dépôt de gerbe dans les jardins du Palais du Luxembourg (Photo European-Security)

Serge Vinçon: Absolument. Je crois qu'il ne faut pas se tromper sur la défense des valeurs, sur la défense d'une certaine conception de nos civilisations, de la liberté individuelle. Mais je crois en même temps que nous ne devons pas être inféodés à toutes les décisions et quand le président de la république exprime l'idée selon laquelle un Etat ne peut s'arroger seul le droit d'intervenir contre un autre Etat militairement, il a raison. Cela doit se faire dans le cadre d'une concertation internationale et le cadre de l'ONU me paraît un cadre très approprié, très adapté à la situation actuelle.

Joël-François Dumont: Monsieur le président, je vous remercie pour cet entretien.

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