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La Sécurité, première des libertés

La Sécurité, première des libertés

Discours aux responsables territoriaux de la gendarmerie au carrousel du Louvre de Monsieur Nicolas Sarkozy, ministre français de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales. Paris, le Vendredi 5 juillet 2002. Source: Site du Ministère de l'intérieur.

Mesdames et Messieurs les officiers et sous-officiers de gendarmerie,

Vous êtes désormais réunis avec la police et sous mon autorité pour l'exercice de vos missions de sécurité intérieure. Il me revient, d'après le décret fixant mes attributions, en concertation avec le Ministre de la Défense auquel votre statut militaire vous rattache, et que le Gouvernement entend préserver, de "définir vos missions autres que judiciaires", et de "déterminer les conditions d'accomplissement de ces missions ainsi que les modalités d'organisation qui en résultent".

J'ai rencontré la semaine dernière les responsables de la police pour leur expliquer la conception de la politique de sécurité intérieure qui est celle du Gouvernement et ce que j'attends d'eux ; je veux faire de même aujourd'hui auprès de vous. J'ai déjà eu l'occasion de réunir vos commandants de régions et vos commandants de groupement. J'ai souhaité aussi vous rencontrer, vous, commandants de compagnies et de brigades car nous devons être parfaitement solidaires dans l'action et qu'il importe que vous ayez, directement, une parfaite connaissance des projets.

Les enjeux auxquels nous sommes confrontés, vous les connaissez aussi bien que moi. Vous savez, parce que vous le vivez, que la délinquance progresse partout sur le territoire. En 2001, dans les zones confiées à la gendarmerie, elle a augmenté de près de 12% et encore dans les mêmes proportions sur les cinq premiers mois de 2002. Si je le relève, comprenez-moi bien, ce n'est pas pour vous mettre en cause, c'est pour situer l'ampleur du problème et souligner la réalité des difficultés auxquelles vous êtes confrontés. L'an dernier, sur quatre millions de crimes et délits constatés en France, un million l'a été par vos services.

Et, plus grave encore, cette insécurité, comme dans les grandes villes, change de visage. Elle est de plus en plus le fait de bandes organisées, de plus en plus le fait de mineurs. Les habitants des zones périurbaines, des villes moyennes, des campagnes, la ressentent d'autant plus profondément qu'elle est une intrusion brutale dans un monde longtemps préservé. Et les gendarmes, frappés de plein fouet, la ressentent de la même façon. Ce phénomène est grave, aussi grave que celui des violences urbaines.

Nous pouvons constater hélas que plus personne, nulle part, dans notre pays n'est préservé de la délinquance. C'est la confiance, c'est l'insouciance, qui ont fui toutes nos régions, même celles où il faisait tellement bon vivre. Plus une ville, plus un village, où les portes ne soient closes, où les verrous ne soient tirés, où les systèmes d'alarme ne fleurissent. Comment en serait-il autrement puis que l'on assiste à des raids nocturnes, à des cambriolages qui se multiplient la même nuit dans le même village ? Puisque là où les touristes viennent en visite, ce sont des bandes qui affrontent les commerçants pour les racketter ? Puisque lorsque l'on arrête sa voiture pour partir en randonnée, on la retrouve vandalisée ? Puisque l'on a peur de stationner le soir tombé sur les aires d'autoroute ? Puisque des délinquants notoirement connus continuent d'avoir pignon sur rue?

C'est le cœur même de la France qui est touché, celui que vous connaissez si bien, celui que nous aimons tous, et cela n'est pas supportable. La carte géographique des votes extrêmes lors des dernières consultations électorales est à cet égard révélatrice. La France doit dire non à la violence et au laisser faire.

Il nous appartient de faire face à ce défi. Nous ne laisserons pas la France devenir le terrain vague des valeurs disparues. Nous savons que même si partout les repères habituels disparaissent, il nous appartient d'empêcher qu'ils laissent place à un monde sans loi. Nous ne comptons pas nous en remettre à la prétendue violence de la société, qui ne devient violente que si l'autorité disparaît. Nous devons mettre un terme à cette dérive, car ne nous y trompons pas, si nous ne le faisons pas, la situation s'aggravera encore fortement. Et la réaction des Français alors ne pourra plus être raisonnée.

Dans ce combat qui est un combat pour nos valeurs républicaines, vos traditions, votre image, votre compétence, la confiance que vous font les Français, vont être nos premières armes.

Votre ennemi, le nôtre, celui de la police nationale, c'est la délinquance. Vous êtes placés sous mon autorité, pour lutter contre elle. Je veux insister avant toute chose sur la nécessité absolue que se crée un esprit d'équipe avec la police nationale. Je sais que vos cultures et vos métiers sont différents. Je connais votre spécificité, je l'apprécie et j'entends la respecter. Je l'ai déjà dit, votre statut militaire demeure et demeurera. Mais, et c'est le sens de la création d'un ministère en charge de la sécurité intérieure, la lutte contre l'insécurité doit être menée en parfaite coordination et cohérence entre la gendarmerie et la police. Ces deux forces sont confortées dans leurs attributions respectives. Mais de surcroît, elles ont des objectifs communs, une direction commune pour les missions de sécurité intérieure et elles doivent travailler ensemble.

Chacun reste soi-même et nous travaillons tous ensemble. Voilà la signification de la réforme actuelle.

Je veux vous dire d'emblée que je sais que vous attendez une réponse judiciaire au travail que vous menez. Je considère que votre attente est légitime. Car pour obtenir des résultats, il faudra bien sûr que la politique pénale change. Je veux vous affirmer que le Gouvernement est convaincu de cette nécessité, et que le Garde des Sceaux prépare des mesures qui permettront à la réponse judiciaire de se développer, d'intervenir plus rapidement, d'être mieux adaptée aux besoins de sécurité de nos concitoyens. Il ne faut pas que le travail des gendarmes puisse rester sans suite. Rien n'est plus frustrant, rien n'est plus décourageant.

Avant de vous expliquer ce que j'attends de vous, je souhaite insister sur les grands objectifs de notre politique de sécurité intérieure.

Cette nouvelle politique est bâtie sur trois piliers:

  • construire une architecture nouvelle des structures de mise en place de cette politique
  • assurer les moyens indispensables à la sécurité intérieure
  • permettre une meilleure organisation territoriale des forces

Pour faire le lien entre la politique de sécurité et vos préoccupations quotidiennes, il me faut décrire les nouvelles institutions qui servent de cadre à cette politique. Elle va du sommet de l'Etat jusqu'au terrain, ce qui est à l'évidence un gage d'efficacité. Au sommet de l'édifice, se tient le Conseil de sécurité intérieure. Il est présidé par le Président de la République qui a reçu des Français un véritable mandat, celui de faire reculer l'insécurité. Ce Conseil, dont les travaux sont préparés par un secrétaire général, donne les grandes orientations, fixe les objectifs, fait les évaluations. Pour faire une comparaison militaire, c'est lui qui définit la stratégie.

Le deuxième niveau est celui du ministère de l'Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales. Il m'appartient de mettre en œuvre les orientations définies au sein du Conseil de sécurité intérieure en m'appuyant, à parité, sur la police et la gendarmerie nationale.

Le troisième niveau, c'est le département, où le préfet et le procureur président ensemble la conférence départementale de sécurité, entourés des responsables de la police et de la gendarmerie, et des services de la douane et des impôts. Elle définit des priorités adaptées aux caractéristiques locales de la délinquance.

Enfin, le niveau opérationnel, c'est le vôtre, celui du terrain, où l'action est menée sous votre commandement. Je connais votre tradition de rigueur en la matière, je l'apprécie et veux pouvoir m'appuyer sur elle dans l'action que nous allons mener ensemble. Je veux que vos unités soient soudées derrière vous dans ce même objectif: redonner aux Français cette liberté élémentaire qu'est la sécurité.

S'agissant de l'action de terrain, je veux évoquer les groupes d'intervention régionaux, les GIR. Vous avez compris que nous souhaitons nous attaquer de façon organisée à une criminalité qui s'est elle même organisée en véritables réseaux débouchant sur une économie souterraine. Vous savez que la création de ces structures a constitué l'une des premières mesures prises par le gouvernement. J'ai bien conscience d'avoir été exigeant en demandant que cette montée en puissance des GIR s'opère très rapidement. Avant même que les nouveaux effectifs soient mis en place, il a fallu affecter des officiers et des sous-officiers dans ces nouvelles unités. Le premier objectif, qui consistait à rendre les GIR opérationnels le plus rapidement possible a été atteint. Je dois dire que leurs premiers résultats sont éloquents. Ils sont la démonstration - s'il en était besoin - que l'on ne peut s'attaquer à l'économie souterraine que si tous les services de l'Etat coopèrent. La réactivité de la gendarmerie, je le souligne au passage, a été remarquable.

Je tiens à insister sur deux points à propos des GIR.

Premièrement, il ne s'agit pas d'unités concurrentes des unités de recherches traditionnelles. Leur action est complémentaire car elle intègre a priori l'approche interdisciplinaire qui manque, sur certaines affaires, aux sections de recherche comme aux services régionaux de la police judiciaire. Deuxième point qui me tient à cœur: les GIR sont des équipes et ne seront vraiment efficaces que si leurs membres travaillent en équipe. Le temps n'est plus aux querelles de boutons, d'où qu'elles viennent. Policiers, gendarmes, douaniers, agents du fisc, vous devez tous vous engager complètement, ensemble et sans arrière pensée corporatiste dans la lutte contre l'insécurité. Le principe des GIR offre des potentialités nouvelles pour effectuer un travail de fond et démembrer des réseaux qui jouissent aujourd'hui d'une impunité intolérable. Je compte sur l'adhésion de tous pour atteindre nos objectifs, car je sais que ce besoin de cohérence, vous le ressentez tous dans l'exercice de vos fonctions. Les relations inter-services existent déjà et je sais que les militaires de la gendarmerie y prennent une part très active. Mais il faut aujourd'hui organiser cette coopération qui est essentiellement empirique et repose encore trop souvent sur des relations personnelles.

Je veux enfin vous parler du rôle des maires, je sais que vous connaissez bien les élus parce que vous travaillez au quotidien avec eux. Même s'ils sont concernés au premier chef par les questions d'insécurité, tout simplement parce que leurs administrés les interpellent, il n'est pas question de donner aux maires des pouvoirs de commandement des forces. Leur rôle est différent: ils doivent être au cœur de l'information. A la fois parce qu'il n'est pas normal qu'ils soient les derniers à connaître ce qui se passe dans leur commune, après le journaliste local. Et puis aussi parce qu'ils sont les mieux placés pour faire part des attentes de leur population. Ils ont la légitimité pour le faire, puisqu'ils sont ses représentants. Et ce n'est pas intervenir dans le domaine de la compétence des services de l'Etat que les maires leur disent ce que sont, de l'avis de la population et de leur propre avis, les préoccupations prioritaires.

Leur autre rôle, c'est celui de la prévention, une action qu'ils sont là aussi les mieux placés pour mener car ils connaissent le terrain. C'est pour cela que vont être mis en place les conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance, qui sont une simplification, car ils mettront un terme à la superposition des comités locaux de prévention et des comités de pilotage des contrats locaux de sécurité. Ces conseils seront présidés par les maires, vous en serez membres, et votre rôle y sera très important, autant pour l'information que pour la prévention.

Pour réussir dans cette entreprise commune, des moyens sont nécessaires. La priorité donnée par le chef de l'Etat et par le Gouvernement à la sécurité se traduira, comme cela a déjà été annoncé, par un effort budgétaire important qui sera dévoilé le 10 juillet, date à laquelle je soumettrai le projet au Conseil des ministres. La loi d'orientation et de programmation sur la sécurité intérieure, sera examinée par le Parlement dès juillet. Elle nous permettra d'avoir une vision sur cinq ans des objectifs et des moyens supplémentaires donnés à la police et la gendarmerie. Les moyens de la Justice seront planifiés de la même façon. Encore une fois, la sécurité intérieure est un tout et les politiques doivent être cohérentes. Elles le seront.

En premier lieu du reste, avant même que soient envisagés des moyens supplémentaires, la gendarmerie doit bénéficier de mesures urgentes pour rétablir son budget au niveau des besoins. C'est une base de départ: les unités doivent pouvoir fonctionner et j'ai pu constater que les crédits destinés au fonctionnement des unités pour 2002 étaient inférieurs de 199 millions d'euros aux besoins réels. Le rebasage nécessaire du budget sera fait.

Au-delà, dans le cadre de la loi de programmation, la première dimension de l'effort à fournir concerne bien entendu les effectifs. Le "trou à l'emploi" que connaît actuellement la gendarmerie n'est pas acceptable et dans les dernières années, l'évolution globale des effectifs n'a pas suivi la hausse des charges.

Nous devons donc renforcer les unités existantes, à commencer par les brigades territoriales qui assurent pour une large part, la sécurité de proximité à laquelle aspirent les Français. Nous devons, dans le même temps, améliorer les capacités d'investigation en renforçant les brigades et les sections de recherches existantes et en en créant de nouvelles. Chaque commandant de compagnie doit disposer d'une brigade de recherches et les commandants de groupement doivent disposer d'une véritable plate-forme de police judiciaire leur permettant d'animer et de renforcer l'action des enquêteurs dans le département. Les moyens humains dédiés à la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, ou encore à la lutte contre l'insécurité routière seront également renforcés. Le Premier ministre a annoncé avant-hier devant la représentation nationale que 13 500 emplois nouveaux seraient crées dans le cadre de la loi. La gendarmerie nationale en aura sa juste part.

Au chapitre des équipements, la protection physique des gendarmes, comme pour les policiers, est une priorité absolue. Tous les personnels seront équipés d'un gilet pare balles à port discret avant la fin de l'année. Une nouvelle tenue, plus adaptée aux conditions d'intervention, tiendra compte des besoins exprimés dans les unités et sera mise en place dès l'année prochaine.

Les télécommunications et le traitement des données constituent un pôle d'excellence de la gendarmerie. L'effort à venir portera sur la mise en cohérence des systèmes, avec notamment l'établissement de passerelles entre Rubis et Acropol, en attendant la réalisation de réseaux compatibles à plus long terme. Par ailleurs, le fonctionnement en commun de plusieurs brigades ne pourra être opérationnel que grâce à des possibilités de communication en temps réel, ce qui suppose une mise en réseau des systèmes informatiques qui va être accélérée.

La rénovation du parc automobile est aussi une urgence absolue, à la fois pour des considérations de sécurité et d'efficacité. L'entretien sera fait en faisant appel si cela est nécessaire à des services extérieurs. Il n'est pas acceptable de voir des véhicules effectuer de longs trajets pour leur réparation, ni de les maintenir en service au-delà du raisonnable.

Il est également indispensable de réhabiliter le parc immobilier de la gendarmerie. Le logement concédé n'est pas un avantage mais une modalité essentielle du principe de disponibilité qui est l'une de vos qualités majeures. La contrepartie naturelle est que les gendarmes et leurs familles - j'insiste sur les familles qui d'une certaine façon participent au service en partageant la vie - disposent de conditions de vie et de travail conformes aux normes actuelles. Le retard pris justifie qu'un véritable plan de réhabilitation des casernements soit lancé. Il devra se traduire par un doublement du rythme actuel des logements réhabilités et construits. En même temps sera lancé un programme d'adaptation du parc immobilier des écoles et des centres de formation de la gendarmerie, pour leur permettre d'accueillir des effectifs supplémentaires.

Comme vous le voyez, nous sommes déterminés à ce que la gendarmerie puisse effectuer, comme la police, un véritable bond en avant.

Ce saut qualitatif devra s'accompagner d'une vraie réorganisation visant à optimiser l'offre de sécurité sur l'ensemble du territoire en tenant compte des réalités locales. Cette réorganisation s'articulera autour de trois chantiers majeurs:

En premier lieu, une répartition plus rationnelle sera recherchée entre les zones de compétence de la police nationale et de la gendarmerie nationale. Il conviendra ainsi de corriger, par le biais d'échanges compensés, les situations qui présentent au plan local un manque de logique opérationnelle. Chaque force devra s'organiser pour prendre effectivement en charge les missions de sécurité publique dans l'ensemble de la zone de responsabilité qui lui est confiée. La raison et la volonté l'emporteront. Cela se fera dans la concertation, dans le souci de conserver le lien de proximité que nos concitoyens souhaitent mais cela devra se faire. Au sein même de la zone attribuée à la gendarmerie la répartition des effectifs devra tenir compte de la réalité des besoins de sécurité. Mais le principe de base du maillage territorial, je le précise, sera confirmé.

En second lieu, il sera procédé à un aménagement des modes de fonctionnement des unités. Ces modes de fonctionnement devront en effet être davantage adaptés au milieu dans lequel évolue chaque unité. Parlons clair: les grandes lignes du maillage datent de 1850 ! Le moins que l'on puisse dire est que depuis 150 ans la France a beaucoup changé. Aujourd'hui, l'objectif est de répondre au mieux aux attentes des usagers, de tous les usagers, attentes qui diffèrent selon que l'on se trouve en zone périurbaine ou en zone rurale. Partout où cela est envisageable et nécessaire, l'optimisation du dispositif sera obtenue par la mise en commun des capacités de brigades voisines. Il s'agit de travailler en réseau, en conjuguant les moyens des brigades dans une organisation nouvelle: la communauté de brigades. Les brigades organiseront en commun leur service et agiront dans un cadre d'action élargi.

Lorsque la situation ne permettra pas localement de mettre en place ce travail en réseau, et que les besoins seront avérés, la solution consistera alors à accorder des effectifs supplémentaires. La gendarmerie devra ainsi en la matière faire la preuve d'une capacité d'adaptation identique à celle qui est déjà la sienne pour gérer, notamment pendant les périodes de vacances, d'importants flux de populations sur le littoral, en montagne, sur le réseau routier. C'est cela l'esprit de la communauté de brigade: conserver pour l'essentiel le déploiement en adaptant le mode de fonctionnement aux réalités nouvelles, et en assurant une présence sans rupture sur tout le territoire.

Je sais qu'en évoquant les deux questions de la réactualisation des zones de compétences, et de la mise en commun des moyens de brigades voisines, je fais naître des interrogations, voire des inquiétudes. Des interrogations légitimes, parmi les gendarmes qui souhaitent connaître avec davantage de précisions leurs futures modalités de travail, des inquiétudes compréhensibles des élus, qui craignent l'affaiblissement du service public de la sécurité et l'accélération de phénomènes de désertification dans certains cas.

A ces préoccupations je voudrais répondre de façon claire:

  • sur le plan des principes tout d'abord:

l'évolution est indispensable. Elle se fera dans le cadre d'une démarche de renforcement des effectifs, ce qui en soi est déjà une garantie importante de bonne fin. Mais en toute hypothèse elle doit se faire. On ne peut pas garantir une bonne politique globale de sécurité si tout est figé. Il faut bouger parce qu'aussi bien dans la périphérie des villes qu'en zone rurale, nos concitoyens, usagers du service que nous leur devons, attendent une amélioration de leur situation.

  • sur le plan de la méthode:

la concertation, la transparence et le pragmatisme seront nos règles. Avec un peu de bonne volonté, avec un peu d'imagination, en acceptant de parler concrètement, localement, sans imposer de schémas préétablis qui se développent de façon uniforme sur l'ensemble du territoire, on peut entre toutes les parties prenantes faire évoluer les choses dans le respect des préoccupations de chacun.

  • en ce qui concerne les objectifs enfin:

il n'est pas question de rompre avec le principe de proximité qui caractérise les implantations et les modes de fonctionnement de la gendarmerie. Bien au contraire il faut donner à ce principe une nouvelle réalité, une vraie consistance. Il est des lieux où la brigade territoriale classique convient parfaitement. Il en est d'autres où elle ne peut plus répondre aux besoins. Il faut que quelques brigades voisines soient placées sous un commandement unique pour regrouper les forces et apporter plus de services, par exemple faire en sorte qu'il y ait davantage de patrouilles nocturnes là où voudriez qu'il y en ait plus. Et cela je le souligne est parfaitement compatible avec le maintien des brigades territoriales. Mais franchement, quelle est la capacité opérationnelle d'une brigade à six gendarmes ?

Cette brigade à six doit être maintenue pour assurer une proximité , un accueil. Mais elle doit en même temps faire partie d'un ensemble plus large qui lui permettra de se valoriser elle même, d'apporter plus de prestations. Les collectivités locales se regroupent en communautés de communes. Ces formes de coopération ne font pas disparaître les communes. C'est la même démarche qui doit être entreprise pour la gendarmerie. Le pari est de concilier le maintien de la présence et le progrès dans l'efficacité. Il est gagnable. Et c'est à le gagner que j'invite tous les élus à vos côtés.

Le troisième chantier est celui de la doctrine d'emploi des forces mobiles. Celles-ci représentent, police et gendarmerie confondues, 30 000 hommes dont l'emploi peut être largement rationalisé.

Actuellement, les forces mobiles, et tout particulièrement les escadrons de gendarmerie mobile, connaissent une situation paradoxale: elles souffrent en effet d'un suremploi alors qu'il y a peu de maintien de l'ordre à proprement parler. Leur contribution aux missions de sécurité publique est à la fois insuffisante et peu rationnelle puisqu'elle s'effectue généralement loin de la résidence.

La nouvelle doctrine d'emploi vise à mettre davantage les unités mobiles au service de la sécurité quotidienne en territorialisant leur emploi. Cette réorientation doit se faire en préservant la capacité opérationnelle des unités au maintien de l'ordre ce qui suppose, pour les escadrons de gendarmerie mobile, de retrouver un niveau d'entraînement conforme aux nécessités.

La participation des forces mobiles aux missions de sécurité devra par ailleurs s'accompagner de mesures visant à valoriser leur emploi et simplifier les conditions de leur engagement. C'est ainsi que les militaires des escadrons retrouveront automatiquement leurs attributions d'agents de police judiciaire dès lors qu'ils ne sont pas employés au maintien de l'ordre. Il est également important que l'emploi de ces forces soit régionalisé, à la fois pour limiter les déplacements et pour favoriser la connaissance des lieux d'intervention. Enfin, et contrairement à ce qui s'est pratiqué jusqu'à présent, les forces mobiles seront prioritairement employées dans les zones de compétence respectives des deux forces et donc en zone de gendarmerie pour ce qui concerne la gendarmerie mobile. Dès la fin des renforts estivaux, vos chefs disposeront ainsi, sous le contrôle des préfets d'une véritable marge de manœuvre. Pensons au renfort de capacité opérationnelle que peut apporter un escadron en appui d'un groupement de gendarmerie départemental.

Ce changement n'est possible que si l'on fait notablement baisser les missions de longue durée des forces mobiles et en particulier les gardes statiques. Nous procéderons très rapidement à un inventaire critique puis ,nous aurons recours à toutes les solutions de substitution possibles pour alléger voire supprimer ces services et notamment à la vidéo- surveillance.

Dans le cadre de cette nouvelle organisation, la capacité d'action judiciaire des gendarmes, comme celle des policiers, devra être étendue. La compétence territoriale des OPJ sera étendue au département, voire à la zone de défense pour certains enquêteurs, quand leur affectation le justifie. Les modes de réquisition aux opérateurs de téléphonie et aux fournisseurs d'accès Internet seront simplifiées pour permettre une saisie rapide des données nécessaires aux enquêtes. Les délais pratiqués aujourd'hui ne sont pas acceptables. Le cadre juridique sera également modifié pour permettre aux enquêteurs d'utiliser certains biens saisis dans le cadre de leurs investigations.

Vous voyez que la politique qui se met en place constitue un tout: des effectifs supplémentaires, des moyens supplémentaires - y compris des moyens juridiques - une nouvelle organisation, et une volonté commune à tous les services de l'Etat de faire reculer l'insécurité. Cette impulsion nouvelle, cette reconnaissance qui est apportée à votre difficile mission doivent constituer un encouragement.

J'attends donc de vous que vous fassiez passer ce message auprès de vos unités. Nous faisons face, ensemble, vous et moi, à un défi. Nous y mettons tous nos moyens et toute notre détermination. Il ne s'agit pas de ralentir l'augmentation de la délinquance, d'obtenir des résultats ponctuels, mais d'inverser la tendance actuelle et de faire réellement reculer l'insécurité. Nous devons être jugés sur des résultats. C'est le sens des décisions que j'ai prises récemment sur les statistiques mensuelles. Nous devons entrer dans la culture du résultat avec tout ce que cela suppose de risque et d'inconfort. Mais le risque serait beaucoup plus grand de ne pas le faire.

La disponibilité et l'implication personnelle dont font preuve les gendarmes est reconnue. Je vous demande de les cultiver et de les développer. Il faut que les personnes qui viennent déclarer un vol ou une agression à la gendarmerie soient véritablement accueillies, qu'elles se sentent comprises et qu'elles aient le sentiment que leur problème est bien pris en compte. L'accueil et les relations avec les victimes sont sans doute perfectibles même si vous avez déjà fait énormément dans ce domaine. J'y attache la plus grande importance et je vous demande d'y veiller, comme j'ai demandé à la police de le faire.

J'attache également la plus grande importance au respect de la déontologie. Dans ce domaine, le patrimoine de la gendarmerie est particulièrement riche puisque votre déontologie opère la synthèse des règles policières et militaires. Soyez intransigeants sur ce point comme je le serai moi même. Autant mon soutien vous est totalement acquis, autant je ne tolérerai aucun écart. Si les gendarmes bénéficient d'une image très positive dans l'opinion, c'est notamment parce que la fermeté dont ils font preuve est empreinte d'humanité et de légalisme. C'est grâce à cette confiance que vous font les Français que notre réussite pourra être durable.

Je serai à vos côtés, à la fois solidaire et exigeant. Solidaire, car je vous le dis comme je l'ai dit aux responsables de la police, je ne considère pas que votre métier doive être exposé, et le mien protégé. Je serai à vos côtés, très souvent sur le terrain. Je vous soutiendrai. Je vous défendrai quand vous serez injustement attaqués ou mis en cause. Et aussi je ferai connaître votre engagement auprès des Français. Je veux qu'ils vous en soient justement reconnaissants.

Mais je serai aussi exigeant car je suis déterminé à obtenir des résultats concrets et rapides. J'attends de vous un engagement total, dans le respect des valeurs traditionnelles de l'Arme.

Notre tâche est lourde, nous en avons tous conscience. Mais c'est aussi une page nouvelle que nous écrivons ensemble. J'ai une grande confiance pour relever ce défi avec vous. Nous le devons, à notre pays, aux Français, qui souhaitent que les choses changent, qui aspirent à retrouver la tranquillité, la qualité de vie qu'une société démocratique doit apporter. Nous le devons aussi à la gendarmerie et aux gendarmes qui veulent retrouver toute leur fierté.

 

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