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Le SCTIP ou la dimension internationale de la sécurité

Le SCTIP ou la dimension internationale de la sécurité

Intervention au 12ème Colloque du SCTIP de Monsieur Nicolas Sarkozy, ministre français de l'Intérieur,de la Sécurité Intérieure et des Libertés Locales. Source: Site du Ministère de l'intérieur. - Lundi 2 septembre 2002.

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de vous rencontrer aujourd'hui pour ce douzième colloque annuel du service de coopération technique internationale de la police, le SCTIP.

C'est un plaisir à double titre. D'abord parce que j'attache une importance toute particulière à rencontrer et écouter tous ceux qui ont une part de responsabilité dans la lutte contre la délinquance. Ensuite, car je suis fier de votre action. L'expatriation n'est jamais facile et votre choix de carrière témoigne d'une réelle conviction dans votre métier et dans l'exemplarité des services de sécurité intérieure de la France.

Notre rencontre n'est pas un simple événement protocolaire. C'est une vraie réunion de travail. J'ai, en effet, été frappé dès mon arrivée par l'importance que revêt le volet International de la sécurité intérieure. Et, je dois dire qu'un ministre de l'intérieur et de la sécurité intérieure voyage beaucoup…

Mais avant de poursuivre, je voudrais remercier les responsables du ministère des Affaires étrangères présents aujourd'hui, avec bien entendu une pensée particulière pour Hervé Bolot qui connaît bien notre maison.

Votre présence témoigne de l'importance du SCTIP et plus généralement de l'intérêt que porte le gouvernement à la dimension internationale de la sécurité.

Notre rencontre est l'occasion de vous présenter d'une part l'activité du ministère en matière de sécurité - présents à l'étranger, il faut néanmoins que vous en soyez complètement informés - et d'autre part ce que j'attends de vous dans vos missions respectives.

Vous le savez et je ne reviendrai pas sur le sujet, les Français ont clairement dit que la sécurité est leur première préoccupation. Nous avons le devoir non pas de stabiliser l'évolution de la délinquance mais de la faire reculer durablement.

J'ai déjà expliqué aux responsables territoriaux de la police et de la gendarmerie la conception de la politique de sécurité intérieure qui est celle du Gouvernement. L'occasion m'est donnée aujourd'hui de vous la présenter personnellement.

Le gouvernement s'est engagé à mener une politique de sécurité intérieure sur cinq ans dont les principes sont posés dans la loi d'orientation et de programmation qui a été adoptée par le parlement en juillet et vient d'être publiée. Il est essentiel que vous en maîtrisiez parfaitement tous les éléments, non seulement parce que vous en êtes les acteurs à l'étranger mais aussi les porte-parole.

A l'origine de cette politique, le constat est sans équivoque: la délinquance progresse partout sur le territoire, elle est de plus en plus violente et organisée. Nous ne nous résignerons pas à ce que la France devienne le terrain de jeu des réseaux. Nous n'accepterons pas les analyses trop faciles qui présentent la violence comme un phénomène inéluctable. Nous devons tous être conscients des enjeux: notre échec serait celui de notre pays et conduirait certainement les Français à des réactions peu raisonnées.

C'est pourquoi, nous ne pouvons nous contenter de reproduire les mesures passées. Le gouvernement s'est engagé sur une politique sans précédents qui repose sur trois piliers que je vous décrirai rapidement:

  • une organisation cohérente,
  • des moyens adaptés,
  • un meilleur emploi des forces.

La nouvelle organisation repose d'abord sur la réunion de la police et de la gendarmerie nationales sous mon autorité. Naturellement, il n'est pas question de porter atteinte à la spécificité des deux corps, ni de modifier le statut militaire de la gendarmerie. Mais, il est évident que ces deux forces ont un objectif commun, la sécurité intérieure, et qu'il ne pourra être atteint sans une parfaite coordination. Telle est la signification de la création du ministère de la sécurité intérieure: une direction commune pour un objectif commun.

Je sais que vous êtes déjà convaincus de ces évidences puisque le SCTIP a expérimenté les avantages de ce rapprochement.

Ce même souci de cohérence détermine l'ensemble du dispositif de la sécurité intérieure.

  • Tout d'abord, au sommet de l'Etat

se tient le Conseil de sécurité intérieure présidé par le Président de la République. Son niveau est celui de la stratégie. Il est chargé de déterminer les grandes orientations, les objectifs et d'évaluer les résultats.

  • Le second niveau est celui du ministère de l'Intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

chargé de mettre en œuvre cette politique en s'appuyant sur la formidable équipe constituée des policiers et des gendarmes, 240 000 hommes et femmes.

  • Le troisième niveau est celui du département où la conférence départementale de sécurité,

présidée par le préfet et le procureur, définit les priorités locales. Evidemment, les responsables territoriaux de la police et de la gendarmerie font partie de ces conférences dont ils sont des acteurs majeurs. Mais, j'ai également souhaité que soient associés les autres services de l'Etat impliqués dans la sécurité intérieure tels que les douanes ou les services fiscaux.

Enfin, je ne peux évoquer cette nouvelle organisation sans vous parler de l'un de ses aspects les plus immédiatement opérationnels:

  • les groupes d'intervention régionaux:

Leur création part d'un simple constat: les réseaux de criminalité sont organisés, structurés. Nous ne pourrons les éradiquer sans être au moins aussi performants.

Aussi, les GIR rassemblent tous les services compétents: police, gendarmerie, douanes, administration fiscale ou encore service du travail et de l'emploi. Leur but n'est pas de concurrencer les services existants, mais au contraire de leur apporter une expertise pluridisciplinaire pour effectuer un véritable travail en profondeur. Nous ne pouvons être efficaces contre les réseaux de l'économie souterraine que si nous utilisons la totalité des armes dont collectivement nous disposons, et qui employées isolément sont trop souvent impuissantes.

Au terme de ce premier développement sur la nouvelle organisation de la sécurité intérieure, qui ne présente que le volet répressif, je ne voudrais pas que vous vous mépreniez sur mes intentions: j'accorde toute son importance à la prévention et à ses premiers responsables, les élus locaux.

La création des conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance, présidés par les maires, consacre pleinement leur action en matière de prévention. Les maires sont également placés au cœur de l'information car je suis particulièrement attaché à ce qu'ils connaissent en temps réel la délinquance sur leur commune.

Ceci signifie clairement qu'il importe de donner aux élus locaux toute leur place dans l'action de sécurité intérieure. Et qu'à l'inverse, il est exclu de leur donner une quelconque responsabilité opérationnelle sur la police ou la gendarmerie.

Cette nouvelle organisation est maintenant fixée par le décret du 17 juillet 2002.

Ceci dit, il serait illusoire bien entendu d'identifier des responsables sans leur donner les moyens d'atteindre les objectifs qui leurs seront fixés.

Vous le savez, la loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure prévoit des ressources financières supplémentaires substantielles: 5,6 milliards d'euros pour les années 2003 à 2007. C'est un effort considérable consenti par la Nation. Il nous permettra d'abord de rétablir la sincérité du budget de la gendarmerie nationale, mais également de reconstituer les capacités opérationnelles de la police en compensant les effets de la loi sur l'aménagement et la réduction du temps de travail. La création de 13500 emplois dans la police et la gendarmerie nationales est programmée.

Je suis également très attaché à ce que les forces de sécurité intérieure travaillent dans de bonnes conditions. Le programme d'équipement de l'ordre de 2,2 milliards d'euros permettra, par exemple, d'améliorer l'état du parc immobilier, d'achever la mise en place du réseau de transmission ACROPOL, de remettre à niveau le parc automobile ou encore d'améliorer l'équipement individuel des personnels.

Mais, la LOPSI ne se résume pas seulement à des moyens humains et financiers. Elle doit nous donner les moyens juridiques de rétablir la sécurité.

Sans revenir sur le principe de la police de proximité, je veux mettre un terme à la détérioration des capacités d'intervention judiciaire. Dans un pays démocratique, la finalité de l'action policière est d'interpeller les auteurs de crimes et délits, et de les déférer à la Justice. C'est pourquoi, il est prévu de renforcer les services d'investigation, d'augmenter le nombre d'officiers de police judiciaire et d'étendre leurs compétences territoriales.

Il nous faut également donner des moyens juridiques nouveaux adaptés à la réalité de l'insécurité. Le temps des tabous est fini. La délinquance a pris de nouvelles formes qu'on ne peut ignorer. Délinquance des mineurs, proxénétisme, mendicité agressive ou immigration clandestine doivent être traités avec réalisme en donnant à la police et à la gendarmerie la possibilité d'agir. La délinquance a pris également de nouvelles cibles. On ne peut tolérer qu'un policier, un gendarme ou un sapeur pompier puisse voir son autorité bafouée en toute impunité ou, pire encore, soit personnellement menacé. Les violences, menaces ou outrages à leur encontre seront plus sévèrement sanctionnés.

Dès cette automne, toutes ces mesures prévues par la LOPSI feront l'objet de textes d'application et notamment d'un nouveau projet de loi qui ne sera plus d'orientation mais normatif.

Vous le constatez, des moyens très substantiels sont donc prévus au service de la sécurité intérieure. Nous devons respecter cette confiance accordée par la Nation en les employant efficacement selon deux principes: rationalisation et évaluation.

D'abord, il est évident que nous ne pouvons demander des moyens supplémentaires sans nous engager à mieux utiliser les moyens existants.

L'offre de sécurité sera réorganisée afin de tenir compte des réalités locales. Il s'agit là d'un enjeu majeur qui concerne principalement trois chantiers:

- en premier lieu, la redéfinition des zones de compétence de la police et de la gendarmerie.

- en second lieu, l'aménagement des modes de fonctionnement des petites brigades territoriales de gendarmerie afin qu'elles puissent organiser en commun leurs services.

- enfin, la définition d'une nouvelle doctrine d'emploi des forces mobiles qui prenne en compte la baisse des besoins strictement liés au maintien de l'ordre. La territorialisation de leur emploi permettra de les mettre davantage au service de la sécurité quotidienne.

Je veux vous réaffirmer ma totale détermination à mener à bien ces réformes. Ceci exigera réalisme, pragmatisme et concertation, j'en suis conscient.

Je veux également que nous entrions dans la culture du résultat. La politique de sécurité intérieure forme un tout: des objectifs, des moyens, une méthode. Rendre des comptes n'est pas une menace mais une nécessité. C'est une exigence vis à vis de chaque citoyen français. Qui pourrait leur expliquer qu'ils ne retrouveront plus la quiétude d'antan et que cela leur coûtera plus cher ? C'est aussi une exigence vis à vis de chacun de vous. Je vous demande de faire plus et mieux. Il ne serait pas normal que vos efforts soient ignorés.

Cette nouvelle culture du résultat s'impose à tous, y compris à vous, car vous faites partie de cette même équipe dont l'objectif est de faire reculer durablement l'insécurité en France, quelle qu'en soit l'origine. Lorsque nous aidons un pays à construire sa sécurité intérieure, nous réduisons les risques pour notre propre pays.

Ceci m'amène à vous dire plus particulièrement ce que j'attends de vous et mes orientations pour le SCTIP.

En premier lieu, vous aurez constaté que la loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure consacre pleinement la dimension internationale de la sécurité intérieure. L'ambition est de donner à la France dans ce domaine un rôle moteur dans la coopération européenne et internationale. De fait, elle légitime et conforte, si besoin en était, votre place. Ceci d'autant plus que la coordination des actions de coopération a été explicitement confiée au ministère en charge de la sécurité intérieure. Bien entendu, cette responsabilité s'exerce dans le respect des attributions des autres ministères et notamment du ministère des Affaires étrangères.

Je suis très attaché à ce que notre coopération, qui a déjà été renforcée, le soit encore plus à l'avenir.

C'est une nécessité qui part d'un simple constat: la délinquance se joue des frontières. Que ce soit la criminalité organisée, le terrorisme, le blanchiment d'argent ou bien sûr l'immigration clandestine, on ne peut lutter efficacement contre ces fléaux qui gangrènent la vie quotidienne des Français en fermant les yeux sur leur dimension internationale.

Il est évident que l'action internationale des services de police et de gendarmerie a des implications concrètes sur la sécurité en France. Il est tout aussi évident que les politiques de sécurité de nos partenaires, les choix de systèmes juridiques et techniques qu'ils peuvent faire ont sur la sécurité de nos concitoyens des incidences directes.

Le gouvernement s'est engagé à faire reculer la délinquance. Vous avez un rôle important à jouer dans l'accomplissement de cette ambition. Le SCTIP est un maillon essentiel de l'œuvre collective et vos missions de ce fait sont vouées à s'adapter en permanence.

A l'origine, en 1961, le SCTIP a été conçu pour développer des actions de coopération technique, c'est à dire essentiellement pour promouvoir l'état de droit. Dorénavant, il est évident que votre mission doit également viser la protection des intérêts de notre pays et de ses citoyens. Vous devez développer toutes les actions de coopération "opérationnelle" qui ont des retombées directes et immédiates sur notre sécurité intérieure. C'est une évolution à laquelle nous sommes fortement attachés, le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin et moi-même.

Naturellement, nous n'avons pas l'intention de mettre un terme à la coopération technique. La France doit conserver son rôle pilote dans la promotion de l'état de droit à travers le monde.

Il s'agit bien d'une action d'envergure mondiale puisque le SCTIP est présent non seulement dans 55 pays en développement de la zone de solidarité prioritaire, mais également en Europe centrale et orientale, et dans les pays émergents d'Asie ou d'Amérique latine.

Lorsque le SCTIP apporte son expertise à un pays afin de créer une police bien formée, démocratique et respectueuse des droits de l'homme, il valorise l'image même de la France. Il contribue aussi à améliorer l'efficacité globale du combat contre le crime.

Sur ce point, je souhaiterais aborder plus spécifiquement nos liens avec l'Afrique. C'est une relation ancienne de confiance et de solidarité qui nous unit à ces pays. Mais, il nous faut aller encore plus loin pour développer un véritable partenariat. Le Président de la République l'a rappelé récemment: la France doit faire un effort supplémentaire en faveur de l'aide au développement. Vous êtes des acteurs de ce processus.

J'ai déjà pu constater que vous avez déjà anticipé cette demande puisque l'ensemble des actions de coopération technique a augmenté de plus de 18 % en 2001 pour atteindre 1247 missions. Je vous demande de faire encore plus.

Bien entendu, vous pouvez compter sur le soutien sans faille des différents services sous mon autorité, notamment les directions de la police nationale, de la défense et de la sécurité civile, mais également la Direction générale de la gendarmerie nationale.

Vous avez confirmé depuis fort longtemps vos qualités en matière de coopération technique. J'attends que vous atteigniez le même degré d'expertise dans le domaine de la coopération opérationnelle. Et je salue le travail exceptionnel que les hasards - en souvent les hasards dramatiques - de l'actualité conduisent certains d'entre vous à mener.

Je sais que depuis plusieurs années déjà vous vous êtes engagés avec conviction dans ce volet opérationnel de votre mission. C'est un développement qu'il faut poursuivre. Votre position "d'éclaireur" des services de police et de gendarmerie nationales, les liens naturels que vous nouez avec vos collègues dans les différents pays, font de vous des informateurs extrêmement précieux, ainsi que des garants de la qualité de la coopération qu'ils vous apportent. Vous avez, de ce fait, une position privilégiée dans ces pays qui vous place à la pointe de l'action du ministère dans la lutte contre la criminalité transnationale.

Il est évident que l'Europe est le tout premier cercle dans lequel s'exerce la coopération opérationnelle. La France doit jouer un rôle moteur dans la création d'un espace européen de sécurité, de liberté et de justice.

J'ai, d'ailleurs, rappelé au dernier conseil "Justice et affaires intérieures" de l'Union européenne combien nous étions attachés à l'aboutissement de trois grands dossiers:

  • la création d'une police européenne aux frontières, et dès à présent l'amélioration des contrôles aux frontières extérieures de l'Union européenne,
  • la lutte contre les filières illégales d'immigration,
  • l'harmonisation des politiques en matière d'immigration, d'asile et du statut des réfugiés.

Vous savez également que nous nous sommes portés candidats pour accueillir le centre spécialisé de lutte contre les filières criminelles et le centre chargé des opérations communes d'éloignement.

C'est une politique européenne très active que j'entends mener sur tous ces dossiers, qu'il s'agisse du développement des structures existantes telles qu'EUROPOL ou le Collège Européen de Police (CEPOL), qu'il s'agisse de la gestion civile des crises ou encore, et de la création de centres de coopération policière et douanière.

Je me suis engagé à participer à tous les conseils "Justice et affaires intérieures" qui se tiendront. Je me rendrai d'ailleurs au prochain conseil informel de Copenhague afin de présenter nos propositions pour l'amélioration du fonctionnement de l'espace Schengen. Dans cette perspective, je vous invite à me faire part de toutes les informations dont vous disposez sur ce sujet.

Nous avons une obligation de mouvement. Personne ne doit ménager ses efforts. Et, nos engagements doivent être ambitieux. Notre rencontre me permet à ce propos de vous présenter les initiatives en cours.

Dès à présent, en matière d'immigration et d'asile, un projet de loi est en préparation. Ce texte doit permettre de raccourcir les délais de procédure et de mieux maîtriser les flux.

L'immigration ne doit pas être subie par notre pays. Les étrangers que nous accueillons doivent avoir toute leur place au sein de la communauté nationale. Ceux qui sont en situation irrégulière doivent être reconduits chez eux. Et, il faut mettre un terme aux situations ingérables qui tiennent à ce que certains sont à la fois sans papiers et sans perspective de retour.

Dans ce contexte, plusieurs accords bilatéraux sont en cours sur des dossiers très sensibles.

  • D'abord avec la Roumanie.

Vous le savez, c'est un sujet polémique en France. J'étais voici deux jours en Roumanie pour finaliser un projet d'accord dont l'objectif est simple: organiser une filière d'immigration positive pour favoriser la réinsertion chez eux des immigrés roumains qui sont trop souvent des victimes de filières mafieuses. Nous y parviendrons non seulement par le renforcement des contrôles à la frontière roumaine, mais aussi par des mesures de rapatriement, par une information objective qui dissuadera certainement les candidats au départ, et aussi, bien entendu, par la modernisation de la police du pays que vous devez aider.

  • Avec le Royaume Uni.

La question du centre de Sangatte a été largement débattue et nous devons trouver une solution rapide, mais également durable. L'accord de partenariat finalisé au cours du mois de juillet dernier prévoit notamment de mettre en place des opérations judiciaires coordonnées pour démanteler les filières d'immigration communes aux deux pays. Dans le même esprit, nous voulons mettre en place des bureaux de contrôle franco-britanniques à Calais et à Douvres.

  • Avec la Belgique,

nous avons anticipé au 1er septembre, c'est à dire hier, l'ouverture du centre de coopération policière et douanière de Tournai (CCPD). Dès à présent, des patrouilles communes sont opérationnelles dans la zone frontalière.

Afin d'améliorer la lutte contre l'immigration clandestine, j'envisage également que des policiers français soient directement implantés dans les ports en Angleterre et en Belgique. J'ai déjà programmé une rencontre avec mes homologues, Messieurs Blunkett et Duquesne, ce mois-ci.

  • avec l'Italie,

nous avons signé le 1er juillet une déclaration commune prévoyant notamment l'activation des CCPD de Modane et Vintimille, mais également la mise en place de patrouilles mixtes ou d'opérations d'éloignements groupés.

  • Au-delà de l'Italie et de la Belgique,

plusieurs ouvertures de CCPD sont en cours, notamment aux frontières luxembourgeoises, allemandes et suisses, mais également en Espagne en octobre.

L'évolution des CCPD est essentielle car elle préfigure le concept de police européenne aux frontières. C'est pourquoi un projet de règlement interministériel est en cours de réalisation afin d'élaborer une doctrine claire et efficace de gestion de ces centres.

L'enjeu est bien d'améliorer notre sécurité intérieure en faisant assumer par chaque pays ses responsabilités, en rationalisant l'utilisation des moyens et en améliorant l'échange d'information. Tous les canaux de coopération opérationnelle dont nous disposons, je pense à INTERPOL, aux mécanismes de la convention de Schengen, à EUROPOL ou encore aux CCPD, doivent être mieux coordonnés et réellement mis au profit des services de sécurité intérieure.

J'attache une importance toute particulière aux dossiers de la lutte contre l'immigration clandestine, de la criminalité organisée et du terrorisme. Leur traitement est une condition essentielle à la réussite de la politique de sécurité intérieure dont j'ai, avec vous, la responsabilité. Nous avons déjà relancé la coopération avec l'Angleterre, la Belgique, l'Italie et l'Espagne. J'ai également prévu de me rendre prochainement dans plusieurs autres pays: Arabie Saoudite, Qatar, Colombie, Etats-Unis, Bosnie, Russie, mais également des pays d'Afrique et d'Asie.

Vous le voyez, je considère comme fondamentale la dimension internationale de la sécurité intérieure. C'est dire que j'attends beaucoup de vous.

D'abord et avant tout, un engagement sans faille. Vous portez tous une part de fierté lorsque la délinquance recule ou qu'un réseau a été démantelé.

Je vous demande également de l'initiative et de l'imagination. Le temps des tabous et des sentiers battus est révolu. Notre critère, c'est le résultat. C'est à vous qui représentez l'ensemble des services de police et de gendarmerie à l'étranger qu'il revient de développer les synergies. J'ai confiance dans vos capacités et vous pouvez être assurés de mon soutien. Mais ce soutien n'est pas sans conditions. Vous devez rester l'image exemplaire des services de sécurité français à l'étranger et vous affirmer comme des acteurs à part entière de sa sécurité intérieure.

Ceci m'amène à vous présenter mes orientations pour le SCTIP.

A ce jour, le réseau des attachés de sécurité intérieure est présent dans 84 pays. Il est à l'image du rapprochement entre la police et la gendarmerie au sein du ministère de la sécurité intérieure puisque déjà 8 gendarmes ont rejoint ce réseau. Vous avez été, en quelque sorte, des précurseurs.

Naturellement, travailler ensemble ne signifie pas l'uniformité. La police et la gendarmerie sont des corps prestigieux que nous ne remettrons pas en question. Mais, à l'inverse, je n'accepterai pas les querelles partisanes ou corporatistes. Le SCTIP est un réseau efficace que je veux développer et où les gendarmes ont leur place.

Nous devons aller au-delà dans le rapprochement de la police et de la gendarmerie. Deux études récentes, rédigées à ma demande par l'IGA, l'IGPN et la Gendarmerie nationale, préconisent une unification des structures de police et de gendarmerie chargées de la coopération internationale. J'ai demandé aux directeurs généraux de la police et de la gendarmerie nationale de me faire des propositions dans ce sens.

Au-delà de l'organisation, nous devons définir une doctrine plus claire. Je souhaite, en effet, que le caractère particulier de la coopération policière par rapport aux formes plus classiques de la coopération technique soit pleinement reconnu. Il est évident qu'elle requiert plus de souplesse et de rapidité d'exécution pour être opérationnelle et efficace.

C'est pourquoi je souhaite revoir avec le ministère des Affaires étrangères l'organisation et les procédures.

Nouvelle organisation, nouvelle doctrine et enfin des moyens accrus. Je me suis engagé dans la LOPSI à développer le réseau des Attachés de Sécurité Intérieure.

Sur ce point, je souhaite plus spécifiquement aborder trois questions:

- d'une part, les moyens financiers. J'ai conscience des problèmes concrets qui sont liés à la distinction entre police et gendarmerie nationale. Nous étudierons avec réalisme les moyens financiers qui sont mis à votre disposition. Je demanderai notamment au Ministre des Affaires étrangères que les ressources nécessaires soient dégagées pour favoriser les actions de coopération technique et rétablir un certain équilibre entre les crédits de la police et de la gendarmerie.

- d'autre part, la reconnaissance des Attachés de sécurité intérieure. Je veillerai à ce que le SCTIP ne soit constitué que des meilleurs éléments et que ces fonctions soient pleinement reconnues dans votre carrière.

- enfin, je voudrais insister sur la nécessaire collaboration des autres services. Vous ne réussirez qu'avec leur soutien. Je pense, par exemple, à la Police aux frontières pour la lutte contre l'immigration ou encore aux grands offices de police judiciaire ou à l'Unité de coordination de la lutte anti-terroriste (UCLAT). Des consignes claires seront données pour que chaque service étudie les possibilités d'améliorer leur coopération avec les Attachés de Sécurité Intérieure.

Vous savez également que la société CIVIPOL peut vous aider à organiser des actions de coopération. Mais, je laisse le soin à son président, Monsieur Maréchaux, de vous présenter demain sa société.

Je terminerai ce propos en vous confirmant que j'attache beaucoup d'importance au SCTIP. Le gouvernement et ses représentants dans chaque pays, les ambassadeurs, comptent sur vous.

C'est un grand défi que je vous lance: celui de devenir l'avant-garde de notre politique de sécurité intérieure. Je vous invite non seulement à en être les porte-parole, à montrer que la France a une organisation performante, mais au-delà à devenir des acteurs incontournables de cette politique.

Soyez convaincus que je ne vous considère pas comme de simples témoins expatriés. Votre expérience est une véritable richesse pour le ministère. Chacune de vos informations, de vos actions de coopération, de vos initiatives contribue à faire reculer la délinquance de notre propre pays.

Mais, je vous invite aussi à devenir les concepteurs de notre politique. N'hésitez pas à nous faire part de toutes les bonnes mesures que vous observez à l'étranger. La seule mauvaise idée que vous pourriez avoir serait la passivité.

Je vous remercie.

 

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