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Une marine océanique ouverte sur le monde et prête à agir

Une marine océanique ouverte sur le monde et prête à agir

Exposé de l’Amiral Jean-Louis Battet, Chef d'état-major de la marine. Source: Marine Nationale, Paris le 1er juillet 2001 (Photo Marine Nationale).

L'amiral Jean-Louis Battet, CEMA

  • Avant-propos: Le monde change.

Dans cette mutation, un nouveau paradigme semble émerger avec le troisième millénaire: la maritimisation de la planète. Elle s'étend à toutes les activités humaines et affecte la puissance globale des nations. La voie est ouverte à la reconfiguration de nos concepts de sécurité et de défense, et de nos stratégies navales.

Alors que les nations occidentales ont la maîtrise de la mer, la stratégie navale se tourne résolument vers la terre. Le poids des interactions entre les milieux maritime et terrestre dans la manœuvre stratégique globale, sur lesquelles repose le concept d'opérations combinées, revient au centre des débats et des préoccupations actuelles de la défense. "L'influence de la puissance de mer dans les grandes crises de ce monde est fonction de la force aéroterrestre qu'elle est capable de déployer, et l'influence de la puissance de terre se mesure, au même moment, à la force aéronavale qu'elle peut jeter dans la balance", disait l'amiral Castex: cette pensée trouve, de nos jours, une résonance particulière et un rayonnement nouveau.

Dans cette réflexion d'ensemble, la marine nationale doit affirmer sa vocation d'être "une marine océanique, ouverte sur le monde et prête à agir".

  • Quel sens convient-il de donner à cette ambition ?

La marine nationale doit, tout d'abord, posséder un périmètre, une endurance et une capacité d'intervention à grandes distances de la métropole et pour de longues durées, dans toutes les zones maritimes où les intérêts politiques de la France l'exigent. Elle doit ensuite être en mesure de conduire des opérations en étroite collaboration avec d'autres forces, qu'il s'agisse des forces armées françaises, des forces de l'Union européenne, de l'OTAN ou d'autres nations dans le cadre de coalitions de circonstances sous l'égide des Nations unies. Elle doit aussi être capable de développer des activités de coopération avec des partenaires nationaux et internationaux, civils et militaires. Elle doit enfin posséder les capacités pour agir sur mer, à partir de la mer et vers la terre, dès le temps de paix, avec des forces disponibles et cohérentes, pour l'ensemble des missions qui lui sont imparties.

Tels sont les enjeux des années à venir. Tels sont aussi les défis à relever.

Au moment où la marine vit d'importants changements, ce document vient à point nommé. Puisse-t-il éclairer d'un nouveau jour tous ceux qui s'intéressent à la marine et à la sratégie navale.

Amiral Jean-Louis Battet,

Chef d'état-major de la marine

  • Introduction

Cap de l'Europe, la France, prolongée par ses territoires répartis sur l'ensemble du globe, occupe une position géographique privilégiée, largement ouverte vers la mer.

Puissance européenne dont les intérêts se confondent de plus en plus avec ceux de ses principaux partenaires, notre pays tient une place originale héritée de l'Histoire. Fermement attaché à son indépendance nationale, il s'efforce de déployer un système de défense autonome et efficace, tout en accompagnant la construction de la défense européenne et en restant ouvert aux évolutions qui affectent le reste du monde.

Tout au long de la guerre froide, la marine nationale a concouru à la sécurité ultime de la France, dans le cadre d'une manœuvre dissuasive globale pour laquelle la liberté d'action en mer et la sécurité des voies de communication étaient essentielles. C'est toujours le cas aujourd'hui, avec la confirmation du rôle prééminent de la composante sous-marine des forces nucléaires stratégiques.

Pour autant, le centre de gravité des zones d'affrontement s'est aujourd'hui déplacé de la mer vers la terre. C'est dans cet espace, situé à moins de cinq cents kilomètres de la côte, que vivent soixante-dix pour cent de la population mondiale et que sont regroupés les centres industriels et économiques vitaux. Et les moyens navals sont, bien souvent, les premiers à intervenir lors des crises: les facilités d'accès aux théâtres d'opérations offertes par les espaces maritimes sont, en effet, grandes ; le statut juridique de ces immensités est favorable au déploiement de forces indépendamment des contraintes politiques et diplomatiques liées à la souveraineté des nations. Le succès des opérations navales n'est alors plus uniquement évalué sur mer ; il l'est aussi sur les effets obtenus dans la conduite des opérations à terre. L'importance croissante de cette dimension est aujourd'hui bien perçue: les opérations auxquelles les forces françaises ont participé le confirment.

La marine nationale inscrit également son action maritime à travers la mission de service public qui prend en compte des enjeux majeurs allant de la sauvegarde de la vie humaine et de l'environnement à la protection des approches maritimes, en passant par la préservation des ressources naturelles contenues dans nos vastes zones économiques maritimes.

Le nouvel ordre stratégique mondial semble conforter aujourd'hui la dimension maritime des enjeux planétaires. L'apparition de multiples crises, la mondialisation, l'éclatement géographique des intérêts nationaux et européens, les grands flux transcontinentaux économiques et culturels sont les prémices de cette maritimisation. Dans ces conditions, le rôle des marines se voit renforcé: leur valeur intrinsèque est aujourd'hui mise en avant dans le cadre de stratégies de prévention et d'action.

Pour suivre sa route vers l'avenir, la France a besoin d'une marine de guerre, capable de se déployer sur une grande partie des océans et d'agir en mer ou à partir de la mer, là où il le faut et lorsqu'il le faut et dans la durée, pour faire face aux menaces risquant d'affecter ses intérêts ou de s'opposer aux grands principes auxquels elle est attachée.

  • Agir

Autrefois bipolaire mais stable, le monde est maintenant incertain et marqué par une imbrication des actions militaires avec les autres modes d'action des Etats. Dans le contexte de crise qui prédomine aujourd'hui, les opérations militaires s'inscrivent dans un ensemble complexe et évolutif d'actions politiques, diplomatiques et humanitaires toujours médiatisé. Avec ses moyens variés et complémentaires, notamment avec ses moyens d'information, la marine est un facteur important dans la prévention, la gestion et la maîtrise des crises et constitue un outil efficace et autonome à la disposition de la Nation.

  • Les forces aéro-maritimes dans les crises

Pour la marine, les crises ont mis en avant la stratégie d'action ; celle-ci s'exerce désormais avec une nouvelle intensité, se développe le plus souvent dans les approches maritimes à moins de mille kilomètres des côtes, et dans une logique de moindre exposition des forces. Il n'y a plus aujourd'hui d'adversaire de même poids que durant la guerre froide, et le combat est devenu résiduel sauf pendant les transits. Les armes offensives doivent donc être dirigées essentiellement vers la terre. Dans les eaux littorales, le dispositif à mettre en place est beaucoup plus lourd et beaucoup plus complexe que lorsqu'on peut rester en haute mer. Il faut sécuriser, aménager, mécaniser et soutenir les zones situées à l'interface entre la terre et la mer. Le dispositif nécessaire est à l'évidence interarmées, même si les acteurs ont un rôle qui évolue dans le temps.

En ce sens, le rôle du groupe aéronaval dans les conflits est particulier: articulé autour du porte-avions et de son groupe aérien constitué d'avions de combat et d'avions de guet aérien, il est certainement un des acteurs qui intervient au premier acte, et souvent même en prologue, comme ce fut le cas au Kosovo. C'est un acteur qui intervient tôt et en général seul, et qui agit très vite lorsque débute le deuxième acte, celui de la coercition et de l'emploi des armes. Le porte-avions est rejoint par un dispositif interarmées et souvent interallié beaucoup plus lourd dans lequel il s'intègre remarquablement. On peut dire qu'au cours de cet acte, le porte-avions est une des éléments majeurs, capable de fournir une centaine de missions par jour au profit du commandement des opérations aériennes. Il conserve cependant, tout au long du conflit, des moyens et des capacités propres. Dans le dispositif mis en place, il y a donc à la fois convergence, complémentarité et alternance des moyens mis en œuvre par les différentes armées.

  • Les formes de risques dans l'environnement maritime

L'effacement de la menace " symétrique " d'unités navales et aéronavales majeures et nombreuses, opérant en haute mer selon des schémas classiques, s'accompagne de l'apparition d'autres menaces. L'adversaire des scénarios futurs pourra opposer aux marines coalisées un petit nombre de bâtiments hauturiers, et plus vraisemblablement des moyens de petite taille, mobiles et fortement armés, tirant parti des situations confuses qui s'établissent dans les zones littorales dès le temps de crise. Il pourra utiliser des mines posées sur le fond ou dérivantes. Le danger pourra également venir de terre, sous forme d'actions aériennes ou de tirs de missiles. A ces dangers bien identifiés, s'ajoutera celui d'acteurs non conventionnels cherchant moins à affecter le potentiel militaire de nos forces qu'à atteindre leur crédibilité par des opérations symboliques ou terroristes, relayées par les médias.

Les forces maritimes devront neutraliser l'adversaire en réduisant sa liberté de mouvement, en agissant sur sa logistique et ses moyens de communication, tout en se maintenant hors de portée de ses armes. Il s'agira donc d'éviter la confrontation armée par la délivrance de coups précis et bien ciblés, pour ôter aux opposants toute occasion d'engager nos forces.

  • Les forces aéronavales dans l'action

Le domaine maritime offre aux forces navales la possibilité de choisir à la fois le lieu et le moment de leur action vers la terre, de préparer celle-ci à distance de sécurité par des opérations ponctuelles de frappe et de renseignement, de différer leur engagement, ou de se désengager pour attendre ou créer des circonstances favorables. Les forces navales seront d'abord les acteurs d'un dispositif autorisant l'anticipation, la préparation et la conduite de l'action. Celui-ci s'appuie sur des capacités de réaction immédiate, sur l'activation de moyens pré-positionnés ainsi que sur des déploiements préventifs de forces aptes à évoluer dans les zones de crise, à détecter les points de tension, à suivre leur montée en puissance pour alerter et convaincre les instances de décision, et à intervenir si nécessaire. La présence en mer des bâtiments de la marine nationale optimise la rapidité des interventions. Cette présence peut être discrète ou ostensible, menaçante ou amicale, mais suffisamment forte pour dissuader mais ne pas provoquer.

Dans l'action, les forces maritimes s'appuieront sur les caractéristiques des plates-formes navales: grande capacité d'emport, mobilité, dissimulation aisée dans l'étendue des espaces marins, évolution dans un domaine international qui les affranchit des contraintes diplomatiques. Ces caractéristiques du milieu maritime et des unités navales donneront à la composante maritime la possibilité de contribuer activement à toutes les phases d'une opération, tantôt pour y agir, tantôt pour les soutenir.

  • Les paramètres opérationnels du milieu

Un milieu juridique favorable

Alors que les espaces terrestres et aériens sont cloisonnés et segmentés, la mer bénéficie d'un statut juridique formalisé par la Convention de Montego Bay, entrée en vigueur en 1994, qui garantit aux flottes militaires et de commerce une liberté de mouvement quasi sans entrave, y compris jusqu'au plus près des côtes. Cette liberté permet aux responsables politiques d'utiliser les moyens navals en toute autonomie pour adresser des signaux ou accompagner une action diplomatique: présence du pavillon dans un port, activités communes avec les alliés, action de surveillance de zones d'intérêt, déploiement de forces dans une zone de crise, action de coercition.

  • La capacité à durer en opérations détermine la capacité d'un bâtiment à rester en haute mer pendant plusieurs mois, pour peu qu'il soit ravitaillé par des unités spécialisées. Cette capacité offre de nombreux avantages. Le bâtiment de combat étant autonome et endurant, il peut être prépositionné dans les phases de crise latente, paré à intervenir par une mise en œuvre des moyens adaptés à l'intensité de la crise. Il peut également demeurer sur le théâtre d'opération pour contribuer aux opérations et accompagner le retour à la paix. La capacité à durer en haute mer en toute liberté et de façon non agressive confère aux éléments navals une souplesse d'emploi particulière.
  • La capacité à parcourir de très grandes distances sans escale. Une force navale ne se déplace pas à des vitesses élevées, mais son endurance lui permet de projeter des forces ou une puissance considérable à des distances très importantes. On parle de qualité de mobilité. La capacité à se déplacer sans entrave est également un paramètre opérationnel majeur du milieu.
  • La capacité à acheminer les matériels lourds et volumineux, ce que ne permet pas le transport aérien, et difficilement le transport routier ou ferroviaire.
  • La capacité de frappe de précision à grande distance à partir de la mer est un élément nouveau qui vient compléter de façon remarquable les autres qualités de l'outil naval de maîtrise des crises.
  • Les actions vers la terre des forces aéro-maritimes

Les forces navales seront d'abord les acteurs de la préparation d'une opération à terre, par leurs capacités de recueil du renseignement, de frappe dans la profondeur et de commandement embarqué. Elles seront ensuite acteurs de la manœuvre dynamique, en positionnant, dans le meilleur cadre espace/temps, les unités devant agir à terre, et en contribuant à la sécurité de leur projection. Ces forces navales pourront, en outre, assurer au profit de l'engagement terrestre les soutiens santé et logistique, et certains aspects du soutien technique.

  • Préparer l'action vers la terre

La préparation, en mer, de l'action ultérieure vers la terre, requiert la maîtrise de la zone d'opérations, la maîtrise de l'information et l'emploi de forces spéciales. La maîtrise de la zone d'opérations maritime associée au théâtre d'opérations à terre est nécessaire pour permettre aux forces de projection - groupe aéronaval et groupe amphibie - d'opérer en toute sécurité, et pour assurer le transit sans encombre des flux logistiques d'accompagnement. Cette maîtrise de la zone d'opérations doit débuter avant l'arrivée du gros des forces et s'inscrire dans la durée. Elle impose d'engager, suivant la nature de la menace, des moyens de défense antiaérienne ayant la capacité de défense de zone, des moyens de lutte anti-navire, d'action sous-marine et de guerre des mines. La maîtrise de l'information est également un préalable à l'action vers la terre. Les forces aéronavales seront le pivot de cette maîtrise, grâce à leurs capacités de veille et de recueil de renseignement, mais aussi par leur aptitude à accéder aux futurs réseaux de surveillance et d'échange d'informations. La mise en œuvre de forces spéciales, enfin, qui elle aussi précède les opérations d'ampleur, revient aux sous-marins comme aux bâtiments de surface, voire aux hélicoptères de la force navale.

  • Commander depuis la mer

Le nouveau contexte stratégique ne permet plus, comme par le passé, de s'appuyer sur des chaînes de commandement activées dès le temps de paix sur des théâtres géographiques prédéfinis. La création du concept CJTF (Combined Joint Task Force), mis en œuvre par l'Alliance atlantique, répond au besoin de projeter sur le théâtre une capacité de commandement adaptée à la nature de l'opération. Mais la projection de cette structure de commandement est soumise aux contraintes d'accueil d'un pays hôte et aux délais de mise en place correspondants ; à ces procédures longues doivent encore s'ajouter les temps de montée en puissance du poste de commandement lui-même. La possibilité d'assurer le commandement d'une opération à partir de la mer, au moins pendant sa phase initiale, apporte donc un élément de souplesse et de réactivité précieux.

Cette délocalisation du commandement et son exercice à partir d'une plate-forme navale nécessitent une architecture globale de recueil et de diffusion de l'information. Ce transfert aisé du domaine maritime vers le domaine terrestre, ou réciproquement, contribue aussi à réduire la discontinuité entre la mer et la terre. Cette réduction est d'abord le résultat des systèmes d'information, qui autorisent la mise en commun du renseignement acquis et des situations tactiques élaborées en mer et à terre. Ce partage de données issues des deux milieux permet l'action concertée des composantes navale et terrestre, et leur appui réciproque. Les capteurs propres à chaque domaine enrichissent une image unique: systèmes d'observation ou de guerre électronique embarqués ou équipant drones et aéronefs pilotés, radars de détection aérienne, de contrebatterie ou de surveillance du champ de bataille.

  • Frapper dans la profondeur

La frappe dans la profondeur du territoire adverse permet une action militaire sans engagement de forces au sol. Sa finalité, à l'appui d'une politique d'ensemble décidée au plus haut niveau, peut être de délivrer un signal fort, d'affaiblir la volonté de l'adversaire et de restreindre sa liberté d'action, de donner un coup d'arrêt au développement d'un conflit par une frappe démonstrative et de valeur militaire significative, ou de neutraliser, dégrader ou détruire dans la profondeur le potentiel et les moyens adverses.

Les moyens d'action dans la profondeur du théâtre terrestre - Rafale équipés du missile SCALP opérant depuis le porte-avions, missiles de croisière lancés par les frégates et les sous-marins nucléaires d'attaque -, accentueront la capacité des forces aéro-maritimes de frapper à distance. La contribution des unités navales s'exercera donc par de multiples moyens bien au-delà du littoral, en appui d'une action d'ensemble commencée en mer et poursuivie à terre, contribuant à réduire la plus sensible des discontinuités entre la mer et la terre.

Les actions dans la profondeur peuvent être réalisées à partir de la mer par les sous-marins nucléaires d'attaque, si l'on recherche la discrétion ou la soudaineté, par des frégates et des aéronefs embarqués si l'on privilégie un effet de nombre et de simultanéité. Cette aptitude est particulièrement intéressante en début d'opération de projection et lors d'une évolution sensible de la stratégie d'action.

  • Projeter ou évacuer les forces
  • La projection de forces à partir de la mer recouvre trois concepts: le transport maritime, le transport opérationnel et les opérations amphibies.
  • Le transport maritime correspond à l'acheminement de forces en dehors de tout cadre tactique. Il peut faire appel à des moyens militaires (transports de chalands de débarquement (TCD), pétroliers ravitailleurs et bâtiments de soutien) ou à des navires civils affrétés ou réquisitionnés.
  • Le transport opérationnel consiste à projeter des forces constituées sur un théâtre, en dehors du cadre tactique d'une opération amphibie, via un port ou une rade sécurisés, en préservant l'aptitude des unités à s'engager dans une mission opérationnelle dès leur débarquement, sans avoir à procéder à des remises en configuration génératrices de délais. Les TCD offrent cette capacité. La mise à terre d'unités sans autres moyens que ceux d'une force navale permet, quand le théâtre d'opérations dispose d'une façade maritime, de créer un point d'entrée sur le théâtre en s'affranchissant des infrastructures portuaires ou aéroportuaires.
  • La projection de forces sur une côte potentiellement hostile suppose une opération amphibie. Celle-ci requiert une force interarmées comprenant des moyens terrestres, aériens et maritimes, incluant les bâtiments d'opérations amphibies aptes au transport de personnel et de matériel, et disposant de capacités spécifiques de débarquement par moyens aériens et nautiques. La marine dispose, au sein de la Force d'action navale, d'un groupe amphibie articulé autour de quatre TCD et de la flottille amphibie.
  • L'évacuation de forces et son pendant, l'évacuation de ressortissants, nécessitent un engagement militaire et logistique d'ampleur, dont la mise en œuvre revient, par essence, aux unités aéro-maritimes.
  • Appuyer et soutenir les opérations à terre

L'appui direct des opérations à terre à partir de la mer est particulièrement intéressant lors de la saisie d'un point d'entrée sur le théâtre d'opérations et durant certaines phases tactiques des opérations à terre. Cet appui revêt deux formes: l'appui par moyens aériens, assuré par le groupe aéronaval et les hélicoptères portés par les bâtiments d'opérations amphibies, et l'appui par les moyens navals, procurés par les canons et les missiles des frégates.

La marine inscrit ses capacités d'appui feu naval dans un dispositif interarmées pour optimiser la complémentarité des moyens. Les forces aéroterrestres conduisent leur action en combinant la manœuvre avec l'appui direct et indirect des missiles et de l'artillerie, complétée par l'action des avions et des hélicoptères d'appui au sol.

L'importance de la logistique opérationnelle dans la conduite des opérations de projection et les capacités de soutien opérationnel déterminent, pour une grande part, le rythme des opérations à terre. La force navale peut assurer une part importante du soutien de ces opérations, en allant très au-delà d'un simple rôle de transporteur de moyens logistiques destinés à être débarqués. Disposer de plates-formes de soutien en mer permet de limiter l'empreinte logistique à terre, et de réduire, par là même, le volume des forces exposées en augmentant le " ratio tactique " des forces projetées. On assure ainsi, dans un environnement sécurisé, la mise à disposition d'équipements difficilement transportables, pour le soutien santé ou la maintenance.

  • Service public

Acteur essentiel de l'intervention de l'Etat en haute mer, la marine s'est vu confier des responsabilités dans le domaine du service public. Celui-ci représente une tâche importante et permanente, dès le temps de paix, et constitue, pour notre institution, environ 17% de son activité. Certaines missions de service public en mer relèvent directement de la responsabilité de la marine nationale. Il s'agit de l'hydrographie, de l'information nautique et de la lutte en mer contre les pollutions marines. Mais la marine effectue également des missions pour le compte des autres administrations, lorsqu'il devient nécessaire d'intervenir en haute mer ou par des conditions météorologiques difficiles.

  • Vigilance - Sauvetage des vies humaines - Protection de l'environnement

La vigilance en mer s'impose en tout temps, pour garantir la souveraineté nationale et protéger nos intérêts. L'évolution du droit de la mer, avec le partage des océans selon le double principe de la mer territoriale (douze milles nautiques) et de la zone économique exclusive (deux cents milles nautiques), conduit la France à exercer, à des degrés divers, une souveraineté sur un domaine maritime considérable. Ces zones économiques exclusives sont soumises à des menaces proportionnelles à leurs richesses: prélèvement à grande échelle des ressources halieutiques, insécurité des plates-formes de recherche, de forage ou d'exploitation, pollution des eaux et des rivages par fortune de mer ou non-respect des règles internationales de navigation. A la fonction de gardien de ces richesses, s'ajoute un rôle de police: la régulation et le contrôle du trafic maritime, notamment dans les zones les plus fréquentées (Méditerranée, Manche, Pas-de-Calais) par où transite la contrebande d'armes et de stupéfiants, et la surveillance de nos voies d'approvisionnement où la piraterie et le terrorisme constituent les principales menaces pour nos intérêts. Pour toutes ces raisons, la France doit posséder des moyens de surveillance, de présence et d'intimidation, bâtiments et aéronefs de la marine ou d'autres administrations, les douanes notamment.

L'évolution du droit de la mer a aussi confié aux Etats des devoirs accrus dans l'intervention pour la sauvegarde des vies humaines en mer ou lors des catastrophes naturelles. En outre, la sensibilité grandissante des populations à l'égard de la sécurité en mer et des risques de pollution, et le développement inéluctable du corpus de réglementations internationales conduiront à accorder, dans l'avenir, une attention de plus en plus grande à la protection de l'environnement. La marine doit être capable de répondre à ces attentes.

Les actions de service public sont complexes et exigeantes ; la marine y consacre des moyens adaptés, lourds, hauturiers et capables d'agir par tous les temps. Ces moyens comprennent des patrouilleurs de surveillance, des remorqueurs d'intervention, des bâtiments de soutien en haute mer, des hélicoptères lourds (Super Frelon) et légers (Dauphin), et des avions de type Falcon.

  • Coordination de l'action de l'Etat en mer

Pour assurer les missions de service public en mer, ponctuelles et accidentelles pouvant parfois exiger des moyens nombreux, spécifiques ou non, la France a fait le choix, depuis plus de trente ans, de fonder son organisation sur la coordination des moyens des différentes administrations qui côtoient la mer quotidiennement. A cet égard, les préfets maritimes ont, à l'échelon régional, une responsabilité opérationnelle permanente qu'ils exercent devant le Premier ministre par l'intermédiaire du Secrétariat général de la mer.

  • Conclusion

A travers ses missions, la marine nationale a donc un rôle essentiel à jouer dans le système de défense du XXIème siècle. Même si l'on ne peut exclure le cas où nos forces auraient à défendre des intérêts strictement nationaux, en raison, notamment, de nos accords de défense et de l'étendue de nos territoires d'outre-mer, pour autant, la norme dominante des années à venir sera l'intervention au sein d'une coalition ; l'imbrication des intérêts occidentaux écarte désormais l'hypothèse où un perturbateur assez puissant pour menacer une nation n'affecterait pas également les alliés de celle-ci. Le principe d'une coalition offre, par ailleurs, une mise en commun de capacités coûteuses, et affermit la légitimité et la reconnaissance internationale de l'action armée. Le cadre d'emploi de nos forces navales sera donc essentiellement international: au sein d'une structure éprouvée, européenne ou de l'OTAN, ou d'une coalition de circonstance pourvue d'un mandat de l'ONU.

Agissant sous le regard permanent des médias, et le plus fréquemment dans des situations de conflit non déclaré, où les conditions d'emploi de la violence seront principalement celles de la légitime défense, les forces engagées n'auront pas le libre choix de leurs actions. Face à un adversaire qui pourra être rompu à la manœuvre médiatique, usant de la provocation pour forcer la réaction de nos troupes et les contraindre à s'engager dans un processus de surenchère, les capacités d'action et de conduite à distance offertes par une force navale permettent de contenir les risques d'escalade, en limitant au strict nécessaire la présence de moyens sur le théâtre terrestre, et offrant à ceux-ci la souplesse de bases arrières mobiles.

Avec la disparition de la menace symétrique des forces navales du Pacte de Varsovie, la marine nationale et les marines alliées devraient disposer d'une supériorité naturelle dans le milieu maritime sur des adversaires éventuels, probablement pour plusieurs décennies. Il convient aujourd'hui de tirer le meilleur parti de cette dissymétrie favorable au bénéfice de l'ensemble des forces engagées sur un théâtre d'opérations.

En développant un outil puissant, compact mais complet, en optimisant l'interopérablité avec nos alliés, et notamment avec nos partenaires européens dans le cadre des objectifs fixés par le conseil européen d'Helsinki, pour des missions désormais à vocation interarmées, la marine nationale pourra contribuer à renforcer la stature de la composante Europe au sein des coalitions multinationales, et, au-deà, à mieux dissuader d'éventuels belligérants, grâce à la cohésion ainsi atteinte. En définitive, la marine de demain doit être capable d'être: " une marine océanique, ouverte sur le monde et prête à agir "


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