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Du couple franco-allemand au Triangle de Weimar

Quels place et rôle pour la Pologne dans l'Europe de demain ? Discours prononcé par Son Excellence Monsieur Fritjof von Nordenskj,ld, Ambassadeur de la République fédérale d'Allemagne à Paris, à l'occasion de la conférence de l'Association franco-allemande de Sciences-Po à Paris, le 13 mars 2002. Bordeaux. Source: CIDAL, Paris.

J'ai été très sensible à votre aimable invitation et vous remercie de me donner l'occasion de m'adresser à vous aujourd'hui.

Avant de parcourir avec vous les dix années d'existence du Triangle de Weimar du point de vue allemand, permettez-moi tout d'abord de faire un bref détour par le passé. A quoi ressemblait l'Europe lorsque le Triangle de Weimar fut porté sur les fonts baptismaux ?

Imaginez un peu la situation: le 17 juillet 1990, il n'y a même pas 12 ans, avait lieu ici à Paris la troisième rencontre Deux-plus-Quatre au niveau des ministres des affaires étrangères, à laquelle j'ai assisté à l'époque en tant que chef du service politique de l'Ambassade.

"Le temps des blocs est révolu", tel avait été le constat du ministre soviétique des affaires étrangères Schevarnadse. Moscou ne formulait plus de réserves contre la levée des droits des quatre puissances. A Paris, la question de la frontière occidentale de la Pologne fut définitivement traitée, en présence du ministre polonais des affaires étrangères, Krysztof Skubiszewski. Le Bundestag et la Volkskammer de la RDA avait certes déjà adopté, le 21 juin 1990, une déclaration en ce sens sur la frontière occidentale de la Pologne. Elle contenait le message sans ambiguïté de l'Allemagne à la Pologne selon lequel le tracé de la frontière de la Pologne avec l'Allemagne était définitif et que les Allemands ne le remettraient pas en question par de quelconques revendications territoriales. Le message ajoutait que la situation serait confirmée définitivement après l'unification de l'Allemagne par un traité international. Le ministre des affaires étrangères Skubiszewski reçut à l'époque à Paris l'assurance, de la part des six ministres des affaires étrangères, que ces résolutions seraient suivies des mesures juridiques nécessaires pour exclure toute nouvelle revendication territoriale ultérieure de l'Allemagne envers la Pologne.

Le traité signé le 14 novembre 1990 relatif à la confirmation définitive de la frontière germano-polonaise ainsi que le traité germano-polonais de bon voisinage et de coopération dans l'amitié conclu immédiatement après, posèrent finalement les conditions pour asseoir les rapports germano-polonais sur des bases nouvelles et solides.

Mesdames, Messieurs,

J'ai un souvenir extrêmement net de la situation en Europe à l'époque. Pour vous qui étiez sans doute encore des adolescents, s'imaginer les événements est certainement très difficile. Ils doivent vous paraître singuliers et très éloignés même s'ils se sont produits il y a dix ans seulement.

Mais ne vous y trompez pas: il s'agissait d'une époque particulière.

Le 29 août 1991, alors que les ministres des affaires étrangères allemand, français et polonais, à savoir Genscher, Dumas et Skubiszewski, se rencontraient pour la première fois à Weimar, la réunion Deux-plus-Quatre que je viens d'évoquer remontaient tout juste à 13 mois. L'Allemagne unifiée n'avait même pas encore soufflé sa première bougie.

L'Union soviétique existait encore, la tentative de putsch à Moscou s'était passée 10 jours plus tôt exactement.

Nous étions encore très loin de l'intégration de nouveaux membres dans l'OTAN. L'élargissement de l'Union européenne, à l'époque encore "Communauté européenne", n'était rien de plus qu'une idée politique.

Le lieu et la date de cette première rencontre de Weimar, les 28 et 29 août 1991, avait force de symbole, du moins pour nous Allemands. La date tombait le jour de la naissance de Johann Wolfgang von Goethe et la rencontre avait lieu à Weimar, la ville d'Allemagne le plus étroitement liée au grand poète.

Les ministres constatèrent lors de cette rencontre que l'Europe se trouvait à un tournant historique de son histoire. Ses peuples et ses Etats s'étaient engagés sur la voie de nouvelles formes de coexistence. Les ministres affirmèrent être conscients du fait que Polonais, Allemands et Français avaient une responsabilité déterminante dans la réussite de structures de voisinage en Europe et qui soient porteuses de meilleures perspectives d'avenir. Pour être à la hauteur de cette responsabilité, les ministres avaient aussi convenu qu'il s'agissait désormais de resserrer les mailles du réseau de la coopération, déclarant que nous avions besoin d'un large éventail de relations en Europe et entre ses régions.

Ce sont là les déclarations clés de notre coopération trilatérale dans le cadre du Triangle de Weimar.

Mesdames, Messieurs,

Quelles étaient les motivations des pays du Triangle de Weimar en 1991 ?

Le Triangle de Weimar offrait à cette époque une perspective à chacun des trois partenaires. D'abord, il permettait à la Pologne de se familiariser avec la coopération franco-allemande. Les responsables allemands et polonais de l'époque ont vite compris qu'il fallait suivre le grand exemple de la réconciliation, en suite de l'étroite coopération entre la France et l'Allemagne, qu'un modèle pour une transformation fondamentale réussie de la relation entre deux nations et peuples européens.

Dans la perspective trilatérale, il s'agissait de dépasser définitivement le jeu des alliances politiques qui avait dressé les uns contre les autres dans le passé.

Il était important de ne pas retomber dans ce vieux piège à un moment où l'Allemagne et la Pologne commencèrent à regagner leur souveraineté et leur liberté d'action. Il fallait, au contraire, agir de façon à ce que l'intégration européenne qui avait été le grand succès historique dans la partie occidentale du continent s'étende à l'ensemble du continent et que l'unification européenne devienne une réalité. C'est dans cet esprit que le Triangle de Weimar a apporté à la Pologne le soutien nécessaire pour son rapprochement avec l'Union européenne. A preuve les accords de partenariat conclus, peu après le tournant historique de 1989, entre la Pologne et ses deux partenaires européens les plus importants. Ces accords mentionnaient en effet déjà l'engagement de l'Allemagne et de la France en faveur de la perspective de l'adhésion de leur voisin polonais à l'Union européenne.

Mesdames, Messieurs,

Quel cours ont pris les choses depuis cette date dans la relation entre l'Allemagne, la France et la Pologne ? Qu'est-il advenu du Triangle de Weimar ? Les ambitions des pères fondateurs ont-elles été comblées ? Où se positionne notre relation trilatérale dans le contexte international ?

Autant de questions qui se justifient au regard des bouleversements historiques de la dernière décennie.

Une chose est sûre: L'Allemagne est le pays en Europe qui a été le plus touché par la nouvelle donne en matière de politique étrangère et de sécurité. Les Allemands ont, pour ainsi dire, quitté la salle d'attente de l'histoire. Depuis l'unification, l'Allemagne partage un plus grand nombre de traits avec ses voisins européens. Elle s'est émancipée et définit ses intérêts. Elle fait face en même temps à des attentes accrues de la part de ses partenaires et alliés. C'est devant cette toile de fond qu'il faut considérer le Triangle de Weimar.

Mesdames, Messieurs, permettez-moi donc de dresser un bref inventaire.

Nous savons que les ministres des Affaires étrangères de nos trois pays se sont rencontrés depuis 1991 pratiquement tous les ans. Outre ces réunions ministérielles annuelles, le Triangle de Weimar donne lieu aussi depuis 1998 à des sommets au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement. Ils se sont déroulés en premier à Poznan, puis à Nancy en 1999 et la dernière fois à Neustadt/Hambach le 27 février 2001. D'autres ministres sectoriels, comme ceux de la justice et des finances, se réunissent aussi régulièrement. Il y a un mois seulement, les ministres des finances français, allemand et polonais ont ainsi tenu des consultations à Paris. La concertation entre les trois ministres de la défense est particulièrement étroite. Ils se voient d'une à deux fois par an depuis mars 1994. Globalement, le coude à coude dans le domaine militaire, et de l'armement notamment, s'est bien développé.

Mais pour que notre coopération trilatérale soit durable, il faut approfondir et élargir constamment ses bases en impliquant les sociétés civiles. L'exemple franco-allemand démontre à quel point les rapports entre les sociétés civiles peuvent transformer une relation entre deux Etats qui étaient encore rivaux dans un passé récent. Des réseaux trilatéraux se sont formés au sein des sociétés civiles. La coopération des offices franco-allemands et germano-polonais pour la jeunesse a permis, par exemple, la création de programmes pour les jeunes. Au cours des dix dernières années, plus de vingt mille jeunes adultes originaires de nos pays ont ainsi participé à quelque six cent séminaires ou manifestations communs.

Vous m'objecterez peut-être que ces chiffres sont modestes en comparaison avec les programmes bilatéraux franco-allemands ou germano-polonais.

L'Office franco-allemand pour la jeunesse a donné en effet depuis 1963 à plus de six millions de jeunes la possibilité de se rencontrer, son pendant germano-polonais dénombre pour sa part, en seulement dix années d'activités, plus de huit cent mille participants, allemands ou polonais.

Pourtant, Mesdames et Messieurs, la comparaison est boiteuse ! En voici la preuve. D'après les informations de l'OFAJ, les programmes trilatéraux ont lieu non pas en anglais, qui est certainement devenue la langue véhiculaire de la jeune génération en Pologne, en France et en Allemagne, mais dans les trois langues respectives des partenaires. Les organisateurs sont en effet convaincus que la compréhension culturelle ne peut fonctionner que par la communication dans les langues maternelles respectives et non avec l'utilisation d'une langue intermédiaire. Il me semble que nous pouvons tirer, dans ces conditions, une légitime fierté des six cent programmes que j'ai mentionnés.

D'autres activités jalonnent la coopération entre nos sociétés civiles: par exemple, les journées franco-germano-polonaises des entrepreneurs et les premiers jumelages trilatéraux entre régions et entre villes qui ont vu le jour. Les régions du Nord-Pas-de-Calais, de la Silésie et de la Rhénanie du Nord/Westphalie ont établi par exemple une collaboration trilatérale, le duo entre l'Ille-et-Vilaine et la Wielkopolska (Grande Pologne) est devenu trio en s'élargissant au Land de Saxe.

En Allemagne, ce sont notamment les Laender de Saxe, de Brandebourg et de Rhénanie du Nord/Westphalie qui s'investissent activement dans la coopération trilatérale avec des projets très variés.

Autre initiative: l'année passée, les Ambassades d'Allemagne et de France en Pologne ont décerné pour la première fois le prix de Weimar comme signe visible de la coopération entre nos trois pays dans le Triangle de Weimar. Le récipiendaire était un éminent journaliste polonais.

Cet exemple pourrait faire école. Peut-être mon collègue polonais et moi-même pourrions nous un jour remettre à Paris un prix comparable à un journaliste français. Berlin compte en outre elle aussi des représentants de la presse non moins qualifiés...

Mes exemples montrent qu'en dix années d'existence, le Triangle de Weimar a formidablement investi le champ de la coopération entre les sociétés civiles et dans le domaine culturel. Les résultats atteints représentent, du point de vue allemand, un progrès remarquable si l'on se rappelle le cadre de la politique étrangère il y a dix ans.

Mesdames, Messieurs,

depuis des années déjà, la symbiose trilatérale du Triangle de Weimar influe sur l'ensemble de la structure institutionnelle en Europe centrale et orientale. C'est ainsi qu'est née, lors d'une rencontre des ministres des affaires étrangères en 1993, l'initiative de lier à l'UEO les Etats d'Europe centrale et orientale en tant que partenaires associés. La Pologne, la République tchèque et la Hongrie sont membres associés de l'UEO depuis leur adhésion à l'OTAN. On a déjà préparé ce faisant le terrain pour leur future participation à la politique européenne de sécurité et de défense.

Le bilan est impressionnant: d'une part, le Triangle de Weimar soutient depuis plus de dix ans la Pologne dans sa voie vers l'Union européenne et étend son rayon d'action à l'ensemble de la région de l'Europe centrale et orientale. D'autre part, et cet aspect me semble particulièrement important pour nous Allemands, il noue des liens de confiance, de compréhension, il suscite des initiatives en faveur de la coopération et de projets culturels au niveau régional, et, notamment, il symbolise la volonté de réconciliation de l'Allemagne avec la Pologne à l'exemple de la réconciliation franco-allemande.

Mesdames, Messieurs,

Alors que le Triangle de Weimar vient de franchir le seuil des dix années d'existence, une question se pose à nous: où en sommes nous aujourd'hui ? Quelle fonction peut exercer le Triangle de Weimar à l'avenir ?

Evoquons d'abord la question de l'élargissement de l'Union européenne. L'élargissement va parachever l'œuvre de réunification de l'Europe qui a débuté en 1989. Nous sommes entrés entre-temps dans la phase finale des négociations de l'élargissement. Avec le volet financier -pensez à l'agriculture, à la politique structurelle ou au budget- des questions délicates liées au processus d'adhésion figurent encore à l'ordre du jour. Vu la situation actuelle, les choses ne vont pas être faciles pour nous Allemands, je ne mentionnerai ici que le fameux "avertissement préventif" de la Commission.

Les Etats membres de l'Union européenne doivent maintenant réussir le numéro d'équilibre qui consiste à soumettre aux candidats une offre équitable sans faire peser de nouvelles charges sur la situation budgétaire tendue. La France, l'Allemagne et la Pologne, le pays candidat de loin le plus grand, devront jouer un rôle de pionniers et parvenir à une solution.

L'adhésion de la Pologne à l'Union européenne est en vue. Quelle fonction pourront assumer l'Allemagne, la France et la Pologne une fois l'Union élargie ?

Parallèlement à l'adhésion, l'une de nos tâches prioritaires est de nous pencher sur l'avenir de l'Union européenne. Je veux parler par exemple de la Convention,les pays candidats sont associés à ses travaux,ou de la politique agricole dont la réforme est un des grands problèmes que nous devrons résoudre ensemble.

Quelles que soient les divergences, n'oublions pas ceci: le sens historique profond de l'élargissement de l'Union européenne à l'Est est de surmonter la division contre nature de l'Europe. L'Allemagne et la France ont été le foyer de l'intégration à l'Ouest, tandis que la Pologne est le pays clé en ce qui concerne l'intégration des Etats d'Europe centrale et orientale. C'est une tâche historique qui nous attend ici.

Dans le contexte européen et avec l'adhésion de la Pologne à l'Union européenne, une question est sûrement posée par certains: Le Triangle de Weimar ne pourrait-il pas donner lieu à une sorte d'axe Paris-Berlin-Varsovie ?

Mesdames, Messieurs,

Les pères fondateurs du Triangle de Weimar ont fait preuve de clairvoyance en optant pour la figure géographique du Triangle. Cette image exclut en effet d'emblée celle de l'axe. Les Trois n'ont nullement l'intention d'utiliser le Triangle de Weimar, et j'insiste sur le terme de "Triangle", comme une forme de coopération stratégique. La tentative de forger un axe de ce type échouerait d'ailleurs, j'en suis absolument convaincu, en raison des autres Etats membres de l'Union européenne. Weimar marque le dépassement des vieilles alliances, et le triangle n'est pas un précédent pour de nouvelles figures géométriques de la politique extérieure. Sa structure de consultation informelle n'est dirigée contre personne et n'exclut personne non plus.

Il est certes exact que le poids politique du Triangle, fort de 85 voix en vertu de la répartition établie à Nice, se situe juste en dessous de la minorité de blocage.

De tels calculs me semblent vains car ils occultent la question de savoir quelles impulsions nos trois pays peuvent apporter en tant que futurs Etats membres importants, en taille et en influence, de l'Union européenne ?

Cependant, Mesdames, Messieurs, aucun de ces pays ne souhaite que le Triangle de Weimar se définisse comme une alliance de voix de l'Union européenne élargie. Notre forme de coopération, qui s'inscrit dans un contexte particulier, n'a pas été créée à cet effet et ne doit pas se poursuivre avec cet objectif.

Le potentiel qui s'offre à nous réside plutôt dans le fait que nos trois pays réunis comptent quelque 180 millions de personnes, soit plus d'un tiers de la population de l'Union européenne élargie. Cela signifie qu'une fonction importante du Triangle de Weimar existe précisément au niveau infragouvernemental. Je rappellerai encore une fois le but premier dans lequel le Triangle de Weimar a été mis sur pied: encourager la confiance mutuelle, comprendre, créer les impulsions en direction de la coopération régionale et des projets culturels et, notamment pour nous Allemands, comme symbole de la volonté de l'Allemagne de se réconcilier avec la Pologne à l'exemple de la réconciliation franco-allemande.

Pour l'avenir, cela signifie que nous devrons mettre l'accent sur ce facteur, c'est-à-dire sur l'interaction entre les sociétés civiles. Elargir le rayon d'action des relations politiques de ces trois pays à leurs sociétés civiles nous permet de consolider le consensus en matière de politique européenne. Depuis plus d'un demi-siècle, l'Allemagne et la France sont liées par de nombreuses expériences communes du quotidien; nous sommes entrés depuis longtemps, malgré notre histoire douloureuse, dans la phase de post-réconciliation, pour reprendre les mots du ministre Hubert Védrine. La relation germano-polonaise a déjà, elle aussi, accompli un bon pas dans cette direction.

A bien des égards, ces innombrables expériences communes, fruit d'un demi-siècle d'ouverture des frontières, font encore défaut aux relations entre les populations des pays membres actuels et à venir de l'Union européenne. C'est pourquoi il me semble particulièrement important que nos pays se donnent la possibilité, dans le cadre de la coopération trilatérale du Triangle de Weimar, d'apprendre à se connaître mutuellement et d'affermir l'interaction entre leurs sociétés civiles, avec l'Europe pour objectif.

Mesdames, Messieurs,

Sachons mettre en valeur nos talents. J'évoquais déjà le fait que les programmes trilatéraux franco-germano-polonais étaient menés dans les trois langues respectives. Néanmoins, ce critère a pour effet certain de dissuader parfois les intéressés de participer à des programmes de ce type, par peur de ne pas être à la hauteur, tant d'un point de vue linguistique que culturel.

Cela reviendrait pourtant à occulter complètement le fait qu'il existe, en France comme en Allemagne, un groupe important de personnes parlant polonais.

Saviez-vous que d'après une étude réalisée par l'institut polonais à Darmstadt et l'institut pour l'Europe du Nord à Szczecin, 1,5 millions de personnes parlent polonais en Allemagne ? La plupart d'entre eux sont des Polonais qui avaient émigré en Allemagne avant le tournant politique de 1989/90; ou bien il s'agissait d'anciens membres de la minorité allemande qui avaient grandi en Pologne et appartenu, des décennies durant, au cercle culturel polonais, et conservent souvent des parents en Pologne. De même, il existe en France un groupe de la population assez important dont les racines se trouvent en Pologne et qui se sentent proches de ce pays. La Pologne est de surcroît membre associé de la communauté francophone et nombre de ses ressortissants parlent l'allemand, langue qui occupe la deuxième place après l'anglais dans les écoles en Pologne.

Mesdames, Messieurs,

Il s'agit de mieux valoriser les ressources existantes pour les mettre au service des relations sociales, culturelles et économiques entre nos trois pays. Il me semble que la culture reste un ressort puissant pour la reconnaissance réciproque et la coopération entre les sociétés de nos trois pays.

Ce n'est pas par hasard que Hans-Dietrich Genscher et ses partenaires à l'époque ont choisi Weimar, lieu symbolique d'une culture européenne, comme lieu de départ de notre entreprise commune.

Au-delà des péripéties de l'histoire et de la politique au quotidien, nos sociétés sont marquées par une conscience commune de notre héritage et de nos atouts contemporains dans le domaine de la culture qui nous unissent dans la diversité.

Chopin et Penderecki, Flaubert, Grass et Szymborska, Louis Malle et Kieslowski ne sont que quelques noms qui marquent une réalité culturelle européenne très forte qui nous unit au-delà des frontières linguistique et politique, ces dernières étant d'ailleurs en voie de disparaître dans un avenir très proche.

Mesdames, Messieurs,

L'approfondissement de l'interaction entre nos sociétés civiles doit aller de paire avec la poursuite de l'approfondissement de la coopération au niveau gouvernemental.

Cela vaut en particulier pour la politique étrangère. Depuis toujours déjà, les thèmes d'actualité en matière de politique étrangère sont inscrits sur l'agenda des ministres lors de leur rencontre. L'important, à présent, c'est d'accroître la visibilité du Triangle de Weimar en dehors de ces trois pays. A titre d'exemple, les ministres des affaires étrangères du Triangle de Weimar ont publié une lettre ouverte conjointe dans le journal ukrainien "Djen" à l'occasion du dixième anniversaire de l'indépendance de l'Ukraine, le 22 août 2001. Dressant un bilan des résultats acquis, cette lettre lance à la fois un appel au maintien du cap des réformes et propose l'offre des partenaires occidentaux de poursuivre la coopération et leur soutien. Le gouvernement ukrainien et l'opinion publique ont salué cette initiative, dans laquelle ils ont vu un témoignage important de l'intérêt de l'Europe pour l'Ukraine. Avec cette déclaration, les trois ministres des affaires étrangères ont pu contribuer au renforcement de la démocratie dans ce pays. On peut tout à fait s'imaginer d'autres initiatives du Triangle de Weimar, notamment envers les voisins à l'est de la future Union européenne élargie.

Mesdames, Messieurs,

Je partage l'opinion du politologue Joseph S. Nye, selon lequel le Triangle de Weimar est de nature à consolider le "softpower" diplomatique en renforçant les sympathies, en approfondissant la compréhension envers la nécessaire pondération des intérêts, en encourageant la créativité ainsi qu'en aidant à diffuser une identité sociale et étatique. Gardons présent à l'esprit qu'il faut du temps, du doigté et la volonté de nouer des attaches affectives.

Mesdames, Messieurs,

J'aimerais conclure en me référant une nouvelle fois aux trois ministres des affaires étrangères, qui affirmaient en 1991 que le souhait naturel de tous les peuples de vivre dans la démocratie, le bien-être et la sécurité ne pouvait se réaliser durablement que par l'union des forces de l'Europe unifiée.

Vous conviendrez avec moi, j'en suis certain, que ces paroles ne décrivent pas encore un état, mais une tâche, même dix ans après.

Je vous remercie de votre attention.

 

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