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La majorité soutient des inspections renforcées et s'oppose à l'usage de la force (1)

La majorité soutient des inspections renforcées et s'oppose à l'usage de la force (1)

Une soixantaine de pays expriment leurs positions sur la question du désarmement iraquien après la réunion du 14 février, réservée aux membres du Conseil de sécurité sur la question du désarmement iraquien, c'était le tour de tous les États Membres de l'ONU qui le souhaitaient d'exprimer leurs positions sur le sujet (1). Le Mouvement des pays non-alignés appelle le Conseil à rester maître du jeu et appuie la poursuite des inspections en Iraq. Conseil de sécurité CS/2450: 4709e séance – après-midi du 18 février 2003. Source: Centre des Nouvelles de l'ONU, New-York.

L’Union européenne estime que la fermeté de la communauté internationale conjuguée aux préparatifs militaires est essentielle à l’obtention d’une pleine coopération de l’Iraq

Le Mouvement des pays non alignés a apporté, cet après-midi, sa contribution au débat que les Ministres des affaires étrangères des pays membres du Conseil de sécurité ont tenu, le 14 février dernier, sur la suite à donner au dernier rapport de la Commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations Unies (CCVINU) et de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) concernant le désarmement chimique, biologique et nucléaire de l’Iraq prévu par la résolution 1441 du 8 novembre 2002. Si le débat du 14 février avait été marqué par une division profonde entre les partisans de la poursuite des inspections en désarmement de l’ONU et ceux du recours à la force contre l’Iraq, il n’en a pas été de même aujourd’hui.

Les délégations du Mouvement des pays non alignés se sont résolument rangées du côté des partisans de la poursuite des inspections en arguant des conséquences d’une guerre contre l’Iraq sur la crédibilité du Conseil de sécurité, les économies des pays en développement, le processus de paix au Moyen-Orient et la lutte contre le terrorisme. A ce propos, le représentant de la Ligue des Etats arabes a indiqué que son organisation, réunie en session extraordinaire au Caire le 16 février, a rejeté toute agression contre l’Iraq comme une menace à la paix et à la sécurité pour l’ensemble de la région. Une guerre contre l’Iraq, a résumé le représentant de l’Afrique du Sud, dont le pays préside le Mouvement des pays non alignés, ne serait que l’expression de l’échec du Conseil devant ses responsabilités de garant de la paix et de la sécurité internationales.

Le processus d’inspection fonctionne et l’Iraq montre des signes de coopération accrue avec les inspecteurs de l’ONU, s’est réjoui le représentant en citant notamment le fait que l’Iraq ait accepté de recevoir les experts sud-africains qui avaient été chargés du programme de destruction des armes de destruction massive de l’Afrique du Sud. Dans leur ensemble, les délégations ont appelé le Conseil à accorder toute l’attention requise aux propositions relatives à un régime d’inspection plus contraignant présentées par le Ministre des affaires étrangères de la France, le 5 février dernier. Enjoignant le Conseil à rester maître du jeu, ces délégations ont également invité le Conseil à demander à ses membres de mettre à la disposition des inspecteurs toutes les informations dont ils disposent, comme celles qui ont été présentées par le Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, le 5 février dernier.

Pour ces délégations, le Conseil n’a toujours pas pleinement exploité les mécanismes d’inspection prévus par la résolution 1441. A cette fin, ces délégations ont convenu de l’importance d’une coopération inconditionnelle de la part de l’Iraq. Comme l’a dit le représentant de la Grèce, au nom de l’Union européenne et des pays associés, pour qui "la guerre n’est pas inévitable", les inspections ne peuvent continuer indéfiniment sans la pleine coopération de l’Iraq. Bagdad, a-t-il dit, ne doit se faire aucune illusion: il doit désarmer et coopérer immédiatement et pleinement au risque de faire face aux conséquences de sa politique.

Le représentant de l’Union européenne a souligné que l’unité et la fermeté de la communauté internationale conjuguées aux préparatifs militaires ont été essentielles au retour des inspecteurs et demeureront essentiels pour obtenir de l’Iraq une pleine coopération. Prenant part au débat, le représentant iraquien a réitéré la détermination de son pays à continuer de coopérer avec les inspecteurs qui "cherchent à appliquer les résolutions du Conseil, de façon honnête et en échappant à l’influence américano-britannique".

L’absence de coopération de l’Iraq a été au centre des interventions des délégations du Koweït, du Pérou, du Japon, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande ou encore de l’Argentine. Ainsi le représentant du Koweït a estimé que l’Iraq encourage le recours à la force par sa coopération non satisfaisante avec la CCVINU et l’AIEA. C’est à l’Iraq, a-t-il dit, de tout mettre en œuvre pour éviter cette guerre. Le représentant australien a, par exemple, stigmatisé les "tromperies de Saddam" avant de prôner une nouvelle résolution qui traite de "façon décisive" des manquements de l’Iraq aux dispositions de la résolution 1441, appuyé en cela par le représentant du Japon.

Outre les orateurs cités, ont pris la parole les représentants des pays suivants: Maroc, Cuba, République islamique d’Iran, Algérie, Bahreïn, Jordanie, Gambie, Turquie, Brésil, Viet Nam, Oman, Soudan, Ukraine, Oman, Soudan, Yémen, Sainte-Lucie, Bélarus et Inde.

Le Conseil poursuivra ce débat demain, mercredi 19 février à 10 heures.

La situation entre l'Iraq et le Koweit

  • Déclarations

Dumisani S. Kumalo (Afrique du Sud), s’exprimant au nom des 115 membres du Mouvement des non alignés, a souligné que le Conseil de sécurité est actuellement engagé dans un débat crucial sur la question de l’Iraq qui risque d’avoir des répercussions sur l’ensemble de la communauté internationale. Le Mouvement des non alignés a toujours jugé que la résolution 1441 pouvait permettre à la communauté internationale d’éviter la guerre en procédant à l’élimination des programmes d’armement iraquiens interdits. Le Conseil de sécurité a mis en place un dispositif, par le biais de la résolution 1441, qui visait à donner à l’Iraq une dernière chance pour procéder au désarmement total. Il a réitéré le soutien du Mouvement des non alignés au renforcement du processus d’inspections en Iraq, tel que proposé par certains Etats membres du Conseil de sécurité. M. Kumalo a également rappelé que son pays met à disposition une équipe d’experts qui a contribué au démantèlement du dispositif nucléaire en Afrique du Sud et souligné que cette équipe se trouve en ce moment en Iraq.

Rappelant ensuite que MM. Blix et El Baradei avaient souligné le 14 février dernier que l’Iraq avait manifesté une coopération plus importante, M. Kumalo a encouragé l’Iraq à aller de l’avant dans cette voie. Le représentant a souligné ensuite que le message qui résulte du dernier rapport des inspecteurs devant le Conseil de sécurité le 14 février est que le processus d’inspections fonctionne et devrait être poursuivi et renforcé. Il a invité les Etats membres du Conseil à fournir les informations en leur possession pour permettre aux inspecteurs de poursuivre leur travail et les a invités à ne fixer aucune date butoir pour les inspections, conformément aux dispositions de la résolution 1441. Le Conseil de sécurité doit redoubler d’efforts pour permettre à la communauté internationale de parvenir à une solution pacifique de la crise iraquienne et a estimé que le recours à la guerre, sans avoir exploré toutes les options, serait un aveu d’échec pour la communauté internationale.

Mohammed A. Aldouri (Iraq) a dénoncé une dialectique qui ne sert qu’à assurer, par la force, l’hégémonie américaine sur la région du Moyen-Orient et ses ressources au détriment de la crédibilité des Nations Unies. L’Iraq a fait ses preuves dans le respect des résolutions du Conseil de sécurité et, ce, depuis 1991, a dit le représentant en citant les propos du Directeur exécutif de la CCVINU, M. Hans Blix. Il a rappelé les circonstances du départ, en 1998, des inspecteurs qui, a-t-il dit, a été organisé en prélude aux attaques américano-britanniques contre l’Iraq. Malgré cela, l’Iraq a accepté le retour des inspecteurs après l’adoption de la résolution 1441 en soulignant que la nécessité d’y inscrire comme but ultime la levée de l’embargo et celle de respecter la souveraineté et la sécurité de l’Iraq. Aujourd’hui, les Etats-Unis, a poursuivi le représentant, abusent de la situation actuelle et font de toute question technique une affaire politique.

L’Iraq coopère pleinement avec les inspecteurs de l’ONU comme en témoigne sa Déclaration qui a été présentée en un temps record, a dit le représentant en soulignant que les inspecteurs se sont vus accorder un accès immédiat et sans conditions à tous les sites qu’ils ont voulu inspecter. L’Iraq ne s’est pas contenté de leur ouvrir les portes mais a fourni aux inspecteurs toutes les informations et tous les documents demandés. A cette fin, l’Iraq a créé deux Commissions chargées des documents. En plus, l’Iraq a accepté le survol de son territoire et le principe des interviews de ses scientifiques. L’Iraq s’est en outre félicité des nouvelles méthodes de travail proposées par les inspecteurs pour dissiper tout doute et a mis à la dispos ition des inspecteurs des équipe s d’appui.

Concernant la controverse concernant la question du VX et de l’anthrax, l’Iraq, a encore souligné le représentant, a présenté des propositions concrètes en février 2003. La coopération de l’Iraq a permis de réfuter toutes les allégations avancées par les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Aujourd’hui, a dit le représentant, le bon sens et la sagesse nous impose nt de nous interroger sur la justification d’une guerre contre l’Iraq sous prétexte de détention d’armes de destruction massive au moment même où il fait l’objet des inspections de l’ONU. La bonne volonté de l’Iraq doit-elle être récompensée par une attaque américaine ,? s’est demandé le représentant en rappelant le lourd tribut qu’a payé son pays ?.

L’Iraq a perdu 2 millions de ses habitants et se voit menacé d’une autre guerre. Le représentant a donc demandé aux Etats membres du Conseil d’assumer leur responsabilité conformément à la Charte des Nations Unies qui prône le règlement pacifique des différends. Le Conseil doit entendre les millions de voix qui se sont élevées dans le monde entier contre une guerre. Le représentant a poursuivi en mettant la communauté internationale en garde contre les conséquences graves d’une guerre contre une région qui a déjà beaucoup souffert. L’intégrité de l’Iraq doit être respectée ainsi que le choix librement exprimé de son peuple. Le représentant a réitéré la détermination de son pays à continuer de coopérer avec les inspecteurs qui, a-t-il dit, ont cherché à appliquer les résolutions du Conseil, de façon honnête, en échappant à l’influence américano-britannique. Les fils de l’Iraq qui ont montré leur bravoure lors de leur lutte contre les Britanniques dans les années 20 sauront défendre leur pays, a conclu le représentant.

Mansour Ayyad Sh. A. Al-Otaibi (Koweït) a rappelé que depuis le débat public sur la situation entre l’Iraq et le Koweït, en octobre dernier, la résolution 1441 a été adoptée pour prouver notamment la volonté du Conseil de sécurité de donner une dernière chance à l’Iraq de procéder à un désarmement pacifique. Il a toutefois regretté la réticence de l’Iraq à se soumettre aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et a estimé que l’Iraq n’est pas conscient des conséquences négatives de ses politiques sur l’ensemble de la région. Il a jugé que malgré la résolution 1441, après l’adoption de laquelle on aurait pu attendre de l’Iraq qu’il fournisse une liste de ses armes de destruction massive et de ses installations, l’Iraq ne coopère pas pleinement avec la CCVINU et l’AIEA et sape un peu plus les perspectives de paix, encourageant ainsi le recours à la force. Le Koweït a manifesté à plusieurs reprises sa position qui consiste à encourager la mise en œuvre pleine et entière de toutes les résolutions du Conseil de sécurité afin d’éviter la guerre, a-t-il rappelé. Il a salué ensuite l’objectivité et l’impartialité des inspecteurs en désarmement et a souhaité que l’option militaire ne soit retenue qu’en dernier recours et dans le cadre multilatéral, soulignant toutefois que c’est à l’Iraq de tout mettre en œuvre pour éviter cette guerre.

Le représentant a regretté que les méthodes utilisées aujourd’hui par l’Iraq soient les mêmes qu’en 1991 concernant la question des prisonniers et des disparus de guerre koweïtiens. L’Iraq refuse de coordonner ses efforts avec le Représentant désigné par le Secrétaire général sur cette question, a déploré le représentant, notant que l’Iraq limite sa coopération à la procédure sans tenir compte de la nécessité de mettre en œuvre des mesures concrètes. S’agissant des biens confisqués koweïtiens, le représentant a regretté que l’Iraq ne les restitue pas au Koweït. Il a invité le Conseil de sécurité à prendre ses responsabilités, en adoptant une position unique, pour faire face à la défiance de l’Iraq et réaliser les buts et objectifs de la Charte des Nations Unies.

Mohammed Loulichki (Maroc) a fait référence aux rapports de la CCVINU et de l’AIEA pour se montrer encouragé par les progrès réalisés. Il a invité l’Iraq à faire preuve de plus de coopération avec les inspecteurs de l’ONU. Les efforts doivent se poursuivre, un climat propice doit être instauré et les moyens nécessaires fournis pour faciliter le travail des inspecteurs et leur permettre de s’acquitter de leur tâche dans la plus grande efficacité, a dit le représentant. La région du Moyen-Orient, a-t-il poursuivi, ne peut supporter les affres d’une nouvelle guerre. Elle mérite au contraire des efforts pour éteindre les foyers de tension et consolider une paix durable. Lae Maroc, qui a toujours prôné le principe du règlement pacifique des différends, espère que la réunion du Conseil permettra d’adopter une approche qui évitera la guerre au peuple iraquien et préservera l’intégrité territoriale de l’Iraq. Tout cela, a conclu le représentant, ne peut que renforcer la crédibilité du Conseil et aller dans le sens du noble objectif pour lequel l’ONU a été créée, à savoir le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Bruno Rodriguez Parilla (Cuba) a estimé que les rassemblements impressionnants du week-end dernier, les sondages d'opinion et le débat ministériel du 14 février devant le Conseil de sécurité avaient montré qu'il existe un puissant consensus, selon lequel la paix devait être préservée en tant qu'idéal et "raison d'être" des Nations Unies. Pour le représentant, l'Iraq a sans aucun doute coopéré avec les inspecteurs en désarmement de l'ONU, confirmé sa volonté d'appliquer toutes les résolutions pertinentes des Nations Unies et de lever tous les doutes concernant l'élimination des armes de destruction massive en sa possession. Les résolutions doivent être mises en œuvre de bonne foi par toutes les parties pour avancer vers un règlement intégral de la question de l'Iraq garantissant la paix et la stabilité dans la région, y compris la levée des sanctions, a-t-il poursuivi.

Réitérant la foi de son pays en un système de sécurité collective, fondé sur la coopération, le représentant a estimé que ce système ne pouvait être remplacé par "la loi de la jungle" au bénéfice des puissants. La nouvelle doctrine "d'attaque préventive" constitue, pour le représentant cubain, une violation flagrante de l'esprit et de la lettre de la Charte des Nations Unies. Evoquant un nouveau projet de résolution des Etats-Unis qui rendrait la guerre inévitable, M. Rodriguez Parrilla a considéré qu'un tel texte ne viserait qu'à renforcer l'interprétation des "faucons" selon lesquels la résolution 1441 autorise le recours à la force dans le cas où l'Iraq ne se plierait pas à ses obligations. Aussi, pour le représentant, la consolidation de l'opposition à la guerre à travers le monde s'accompagne-t-elle aujourd'hui du risque croissant d'une agression unilatérale.

Javad Zarif (République islamique d’Iran) a déclaré que son pays est conscient des agressions armées et de l’utilisation d’armes de destruction massive pour en avoir été victime dans les années 1980, et que son pays est par conséquent soucieux de ne pas voir déclenchée une guerre dans la région. Il a mis en garde contre les conséquences d’une aventure armée en Iraq, avec désignation d’un commandement militaire étranger dans ce pays, sur l’extrémisme islamiste. Il a toutefois invité l’Iraq à coopérer pleinement avec le reste de la communauté internationale pour désarmer et renforcer le régime des inspections afin d’écarter le recours à la guerre. A cet égard, M. Zarif a invité le Conseil de sécurité à faire suite à la proposition française sur le renforcement des inspections et a mis en garde contre la tentation de suivre la volonté d’un seul Etat Membre. Il a rappelé qu’une des puissances, membres du Conseil de sécurité, avait permis à Israël de fouler au pied depuis des décennies les résolutions du Conseil de sécurité et a rappelé que la fourniture de matériaux et équipements militaires à l’Iraq par ce même pays dans les années 1980 devait rester gravée dans les mémoires. Le représentant a souligné que le Conseil de sécurité devait assumer sa responsabilité première de maintien de la paix et de la sécurité internationales et, pour cela, ne pas agir de manière déséquilibrée.

Mourad Benmehidi (Algérie) a estimé que depuis l'acceptation par l'Iraq le 16 septembre dernier du retour sans condition sur son territoire des inspecteurs des Nations Unies, puis son acceptation de la résolution 1441, jamais les conditions d'un règlement politique et diplomatique de la crise iraquienne n'ont été autant réunies en plus d'une décennie. Jamais la perspective d'un désarmement pacifique de l'Iraq en matière d'armes de destruction massive n'a été autant à portée de mains. L'Iraq, en faisant preuve de réalisme, de sagesse et de responsabilité dans ses relations avec l'ONU, a su se mettre en symbiose avec les aspirations pacifiques de la communauté internationale, a-t-il ajouté.

Pour le représentant, la dynamique créée par les inspections contribue chaque jour davantage à réduire les zones d'ombre qui persistent sur l'existence d'armes de destruction massive en Iraq. Aussi, toute proposition visant à améliorer l'efficacité des inspections et à permettre aux inspecteurs de s'acquitter des missions qui leur sont dévolues doit faire l'objet d'attention du Conseil. Cependant, a rappelé le représentant algérien, la décision prise par la communauté internationale de faire du Moyen-Orient une zone exempte d'armes de destruction massive, contenue au paragraphe 14 de la résolution 687 du Conseil de sécurité, ne saurait être limitée à l'Iraq et concerne tout autant Israël, seule puissance nucléaire de la région au mépris de la légalité internationale.

Tawfeeq Ahmed Al-Mansour (Bahreïn) a salué les nombreux éléments positifs contenus dans les rapports de la CCVINU et de l’AIEA. Il a surtout relevé la position des Chefs des inspecteurs selon laquelle la poursuite des inspections pourrait atténuer les risques de guerre dans la région. Il a souligné l’importance pour l’Iraq d’appliquer les résolutions du Conseil de sécurité, en mettant l’accent sur son contentieux avec le Koweït. Le représentant a aussi souligné les conséquences humanitaires qu’une guerre pourrait avoir en Iraq. Ce sont les citoyens iraquiens qui vont souffrir une nouvelle fois et il revient à la communauté internationale de prévenir ces souffrances qui ont déjà été aggravées par l’embargo, a dit le représentant. Il est temps qu’Israël, puissance nucléaire, a-t-il poursuivi, soit contraint par le Conseil à faire face à ses responsabilités. La communauté internationale doit jouer le rôle confié par la Charte de l’ONU en traitant tous les Etats sur un pied d’égalité.

Aujourd’hui, a conclu le représentant, il apparaît clairement que la tâche accomplie par la CCVINU et l’AIEA a donné des résultats. Il faut accorder plus de temps aux inspecteurs et reconnaître que le cadre de référence prévu par la résolution 1441 n’a pas été pleinement utilisé. Le désarmement de l’Iraq par des moyens pacifiques doit être l’objectif, a conclu le représentant.

Zeid Ra’Ad Zeid Al-Hussein (Jordanie) a déclaré que l’Organisation des Nations Unies avait été créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour éviter tout recours à la violence et régler pacifiquement les conflits. C’est pourquoi, a-t-il souhaité, le Conseil de sécurité devrait utiliser tous les moyens en sa possession pour régler la question iraquienne en privilégiant le dialogue et la négociation. Tous les Etats doivent se soumettre aux résolutions du Conseil de sécurité, a rappelé le représentant de la Jordanie, et notamment Israël qui doit mettre en œuvre sans délai toutes les résolutions relatives à la situation au Moyen-Orient. Il a invité ensuite l’Iraq à respecter scrupuleusement les résolutions 687, 1286 et 1441 du Conseil de sécurité et a prôné le renforcement du processus d’inspections et de vérification. Il a appuyé la poursuite du processus d’inspections conduites par MM. Blix et El Baradei afin de mettre un terme aux programmes d’armes interdites développées par l’Iraq.

Il s’est félicité de la reprise récente des survols de l’espace aérien de l’Iraq dans le cadre des inspections, de même que du début des entretiens avec les chercheurs iraquiens, éléments qui éloignent les perspectives de la guerre. Il a ajouté que la question des prisonniers de guerre koweïtiens et non koweïtiens, ainsi que des personnes disparues devait être réglée rapidement. Les guerres qui ont eu lieu ces dernières décennies au Moyen-Orient restent à ce jour des causes de tension dans l’ensemble de la région, a-t-il mis en garde, exprimant son pessimisme face aux graves conséquences humanitaires de la guerre du Golfe et aux risques posés par un nouveau conflit. Il a invité le Conseil de sécurité à privilégier toutes les options pour éviter le recours à la guerre.

Crispin Grey-Johnson (Gambie) a déclaré que " quand des éléphants se battent, l’herbe est piétinée et en souffre". Les Africains ont souffert d’actes terroristes à Nairobi, Dar es-Salaam et Mombasa et en souffriront sans doute encore plus, si la question de l’Iraq est mal gérée. Le recours à la guerre va avoir un profond impact négatif sur les économies africaines déjà très affaiblies, et les efforts que déploient les gouvernements et les peuples du continent pour lutter contre la pauvreté et régler les conflits africains vont être réduits à néant. Les échanges verbaux et les actes agressifs que l’on observe depuis un certain temps sur la question de l’Iraq font penser à certains que l’on est déjà en plein choc des civilisations.

Les populations pensent, dans de nombreuses régions musulmanes, que la guerre que l’on prépare contre l’Iraq est une guerre contre l’Islam. L’Afrique est une des régions du monde à forte composante musulmane, et tous les Gouvernements africains sont anxieux de plaider contre la guerre. La déclaration du sommet de l’Union africaine, réunie à Addis-Abeba le 3 février dernier, s’inquiète des retombées négatives d’une guerre contre l’Iraq. L’Organe central de prévention des conflits de l’Union africaine appelle au respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Iraq, et demande que des moyens diplomatiques soient employés pour s’assurer de la mise en œuvre de la résolution 1441 du Conseil de sécurité. La Gambie appelle le Gouvernement de Bagdad à coopérer pleinement avec le Conseil de sécurité et à en respecter toutes les résolutions.

John Dauth (Australie) a assuré que plus de trois mois après l'adoption de la résolution 1441, l'Iraq n'avait rempli aucune des obligations que le texte contenait. Compte tenu de ce que nous savons des tromperies de Saddam, a-t-il estimé, je ne suis pas sûr qu'il faille lui accorder le bénéfice du doute. L'Iraq ayant agi en violation flagrante de ses obligations, la question est aujourd'hui de savoir ce que va faire le Conseil de sécurité, a-t-il poursuivi. Certes, le Conseil pourrait accorder davantage de temps à l'Iraq: nous pourrions attendre jusqu'en mars, ou attendre trois mois de plus. Mais pensons-nous vraiment que davantage de temps amènerait l'Iraq à coopérer? Pour le représentant, le Conseil de sécurité doit envisager rapidement une nouvelle résolution qui traite de façon décisive des manquements de l'Iraq aux dispositions de la résolution 1441.

Le Conseil de sécurité a la responsabilité fondamentale de faire valoir son autorité faute de quoi, il ne menace pas seulement le désarmement de l'Iraq mais aussi les bases fondamentales de notre système de sécurité collective. Les retards et les divisions du Conseil ne feront que le jeu de l'Iraq, a-t-il prévenu, en appelant le Conseil de sécurité à rester uni autour de l'essentiel et à agir pour s'assurer qu'après douze ans, l'Iraq se pliera enfin à ses obligations.

Umit Pamir (Turquie) a appuyé la déclaration des pays de la région demandant à l’Iraq de s’engager dans la voie du rétablissement de la paix. Pour lui, la résolution 1441 donne un signal non équivoque, à savoir un dernier avertissement à l’Iraq. Aujourd’hui, a dit le représentant, la Turquie souhaite toujours une solution pacifique qui rassurerait le monde sur la non-existence du danger évoqué dans la résolution 1441. La résolution de l’Union européenne doit être interprétée dans le même sens, a-t-il dit. Il a toutefois fait part de l’inquiétude de son pays devant la situation actuelle car la Turquie finit toujours par subir les répercussions de l’instabilité dans le Sud. La Turquie, a-t-il souligné, ne peut se montrer indifférente devant ce qui se passe dans cette partie du monde. En 1991, elle a dû accueillir quelque 500 000 réfugiés de l’Iraq et tout au long de cette décennie, elle a dû, pour la première fois en 1000 ans, arrêter de commercer avec son voisin, l’Iraq. Aujourd’hui, l’évocation de la guerre affaiblit l’économie déjà fragilisée de la Turquie. La population turque a donc le droit et des raisons de souhaiter la fin de la crise.

La Turquie n’a aucune arrière-pensée en ce qui concerne l’Iraq, a souligné le représentant en arguant qu’elle n’a d’autres ambitions que de garantir l’intégrité territoriale et l’unité politique de l’Iraq ainsi que de défendre les droits de tous ses peuples. Or, a prévenu le représentant, le temps commence à manquer et les efforts diplomatiques intensifs renforcés par une position de force crédible semblent être le moyen le plus plausible de réaliser des progrès. Le représentant s’est donc félicité de l’accord donné par l’Iraq s’agissant de la surveillance aérienne de son territoire, des interviews des scientifiques et de la fourniture de documents supplémentaires. Il a appelé à l’unité du Conseil. Le moment de vérité est arrivé pour l’Iraq qui, a-t-il conclu, doit agir de façon convaincante.

Luiz Tupy Caldas de Moura (Brésil) a réitéré la préoccupation de son pays face aux conséquences que pourrait avoir toute décision concernant la situation en Iraq sur le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Il a déclaré que tout conflit armé entraînerait des conséquences lourdes sur la population civile ainsi que sur les plans financier et politique. Il a indiqué ensuite que les rapports de MM. Blix et El Baradei fournissent des renseignements récents et objectifs sur la mise en œuvre de la résolution 1441.

Le Brésil insiste sur la nécessité pour l’Iraq de poursuivre ses efforts afin de procéder au démantèlement de ses arsenaux et de ses installations, a-t-il dit. Le représentant a prôné un examen approfondi des propositions faites par la France, l’Allemagne et la Fédération de Russie concernant le renforcement des inspections en Iraq.

Ngo Duc Thang (Viet Nam) a déclaré que tous les moyens pacifiques doivent être épuisés pour trouver une solution à la question iraquienne en conformité avec la Charte des Nations Unies et le droit international. Le Viet Nam est convaincu que la guerre n’est pas inévitable et que la possibilité de trouver une solution pacifique au conflit existe toujours sur la base du respect de l’indépendance, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Iraq. Les rapports fournis pas M. Hans Blix et M. El Baradei ont éclairci de nombreuses questions et nous partageons l’opinion d’un grand nombre de délégations selon laquelle les inspections ont fait des progrès considérables et doivent se poursuivre. Nous sommes particulièrement inquiets des conséquences humanitaires d’un possible conflit militaire pour la population civile iraquienne qui a déjà considérablement souffert des sanctions en cours. De même, nous estimons qu’un conflit pourrait avoir un impact négatif sur la situation fragile qui prévaut au Moyen-Orient. C’est pourquoi nous sommes convaincus qu’à présent un dialogue constructif entre les parties concernées ainsi qu’un travail ininterrompu des inspecteurs de l’ONU sont les moyens qui permettront de trouver une solution pacifique à la question iraquienne.

Oswaldo de Rivero (Pérou) a rappelé le principe juridique selon lequel l’Iraq doit respecter toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. Les règles internationales, a-t-il dit, imposent également à l’Iraq l’obligation de coopérer avec les inspecteurs des Nations Unies de manière immédiate, active et inconditionnelle. Malheureusement, le représentant a dit avoir constaté un manque de coopération manifeste de la part de l’Iraq. Le Gouvernement de Bagdad, a-t-il prévenu, doit comprendre une fois pour toutes que le désarmement est la seule manière pour lui de normaliser ses relations avec la communauté internationale. C’est seulement dans ces conditions que l’on pourrait éviter que sient sapées l’autorité et la légitimité de l’ONU. Le Pérou estime que les conflits et les menaces à la paix et à la sécurité internationales doivent se régler conformément aux principes de la Charte et dans le cadre des mécanismes des Nations Unies. Cela veut dire que le recours à la force doit être considéré comme la dernière voie envisageable.


Le représentant a néanmoins rappelé qu’il s’agit là d’un recours légitime pour garantir la paix et la sécurité internationales. Les évènements actuels mettent à l’épreuve le système de sécurité des Nations Unies. Mais ces évènements ont pour origine la violation par l’Iraq des principes essentiels de la Charte des Nations Unies lors de son agression contre le Koweït ou avec son refus d’éliminer ses armes de destruction massive. Une décennie s’est déjà écoulée et les problèmes se posent toujours, a souligné le représentant. Dans la situation actuelle, a-t-il estimé, les Nations Unies et le système international de sécurité collective se trouvent dans une situation "limite". Le Pérou est d’avis que la crise doit se régler dans le cadre de l’ONU et dans le contexte des décisions adoptées par le Conseil de sécurité. La priorité est de chercher toutes les possibilités de trouver une solution par la voie pacifique mais pour cela il faut un désarmement total et unilatéral de l’Iraq, a conclu le représentant.


Koichi Haraguchi (Japon) a estimé que la question des armes de destruction massive de l’Iraq va bien au-delà de la région et est source d’inquiétude pour l’ensemble de la communauté internationale. Nous sommes particulièrement soucieux du fait que l’Iraq a déjà fait usage d’armes chimiques dans le passé et qu’au cours des douze dernières années, ce pays a continué de défier l’autorité du Conseil de sécurité. Afin de régler par des moyens pacifiques cette crise iraquienne, a-t-il poursuivi, le Japon a entrepris ses propres efforts diplomatiques en invitant l’Iraq à dissiper tous les soupçons et à abandonner ses programmes d’armes de destruction massive. Le Japon espère que cette question sera réglée de façon pacifique, a-t-il souligné, mais cela dépend de l’attitude de l’Iraq. M. Haraguchi a déploré que l’Iraq ne coopère pas pleinement et de façon proactive avec les équipes de la CCVINU et l’AIEA, soulignant à cet égard les insuffisances de la déclaration iraquienne du 7 décembre dernier et les préoccupations exprimées le 14 février par M. Blix. Le représentant du Japon a invité le Conseil de sécurité à faire preuve d’unité pour convaincre l’Iraq de coopérer pleinement et il a plaidé pour l’adoption d’une nouvelle résolution permettant de contraindre l’Iraq à se soumettre aux attentes de la communauté internationale.


Don Mackay (Nouvelle-Zélande) a déclaré que les rapports présentés par les inspecteurs vendredi dernier démontrent que l’Iraq a répondu en partie à leurs demandes. Mais ils indiquent aussi qu’il lui reste à répondre à de sérieuses questions concernant des matériaux liés à la fabrication d’armes de destruction massive qui ont disparu depuis le départ des inspecteurs en 1998. La Nouvelle-Zélande demande à l’Iraq de fournir rapidement ces informations et de coopérer avec les inspecteurs en vue d’échapper à la menace d’une guerre. Elle reconnaît au Conseil de sécurité le droit d’autoriser l’usage de la force en dernier recours pour faire respecter ses résolutions. Mais notre pays ne pense pas que cette décision puisse être justifiée à l’heure actuelle, a dit M. Mackay. Les inspecteurs ayant estimé que le travail qu’ils accomplissent sur le terrain porte des fruits, la Nouvelle-Zélande pense qu’il devrait se poursuivre. Notre Gouvernement soutient l’idée de régler cette crise par la voie diplomatique, et nous pensons qu’il faut poursuivre le processus de désarmement et d’inspection. Notre pays ne soutient pas une action militaire contre l’Iraq qui se ferait sans mandat du Conseil de sécurité et qui, à l’heure actuelle, ne se justifierait cependant pas. Nous soutiendrons les décisions qui seront prises par le Conseil, mais nous l’exhortons pour le moment à s’assurer que tous les moyens et voies diplomatiques sont mis en œuvre pour désarmer l’Iraq.


Yahya Mahmassani, Observateur de la Ligue des Etats arabes, a rappelé les résolutions du Sommet de Beyrouth qui ont rejeté toute attaque contre l’Iraq qui serait une menace à la sécurité du monde arabe. Soulignant que les rapports de la CCVINU et de l’AIEA ont conclu à une coopération accrue de la part de l’Iraq, il a estimé que cela souligne la nécessité de poursuivre les inspections. Le représentant s’est en particulier attardé sur les conclusions des inspecteurs selon lesquelles aucune arme de destruction massive n’a été, à ce jour, découverte en Iraq. Pourquoi la guerre et quel est ce danger imminent qui la justifierait, a demandé M. Mahmassani? Mener une guerre contre l’Iraq, alors même que les inspecteurs travaillent au désarmement, fait naître des doutes sur les véritables objectifs d’une telle guerre, a-t-il ajouté. Les peuples du monde, dont les Britanniques et les Américains eux-mêmes, rejettent la guerre.


L’Observateur a poursuivi en indiquant que le danger imminent qui menacerait la paix et la sécurité de la nation arabe est la possession par Israël d’armes nucléaires, chimiques et biologiques et son occupation des terres arabes. Stigmatisant Israël pour son rejet des résolutions pertinentes du Conseil et de l’Assemblée générale, M. Mahmassani s’est interrogé sur la raison pour laquelle aucun inspecteur n’a jamais été envoyé en Israël. Pourquoi cette politique des "deux poids, deux mesures", a-t-il demandé avant de souligner que la Ligue des Etats arabes, réunie en session extraordinaire au Caire le 16 février dernier, a réitéré son rejet de toute agression contre un pays arabe. Le recours à la force illustrerait l’échec du Conseil et le mépris de la Charte des Nations Unies, a-t-il dit en appelant le Conseil à renoncer au recours à la force et à accepter la poursuite des inspections.


Valery Kuchinsky (Ukraine) a déclaré qu’il comprenait que l’on puisse avoir de sérieuses raisons de suspecter l’Iraq de dissimuler des armes de destruction massive. Il a exhorté l’Iraq à respecter les résolutions successives prises par le Conseil de sécurité à son égard, y compris la résolution 1441. Exprimant toute sa confiance à MM. Blix et El Baradei, il a défini la Commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations Unies (CCVINU), à laquelle participent des experts ukrainiens, comme le meilleur moyen de détecter, détruire et vérifier l’élimination des armes de destruction massive iraquiennes. Mais ceci, a-t-il ajouté, ne pourra se faire sans une coopération totale de l’Iraq. C’est pourquoi, il a appelé les dirigeants iraquiens à traduire en actes leurs engagements et leurs obligations au titre de la résolution 1441. Il a formé le vœu que le Conseil de sécurité évolue vers plus d’unité sur cette question et a affirmé que toutes les opportunités pour une solution politique et diplomatique n’avaient pas encore été épuisées. A cet égard, il a conclu que la guerre était la dernière et la pire des solutions.


Faud Mubarak Al Hinai (Oman) a jugé que les conclusions présentées vendredi dernier par MM. Blix et El Baradei présentent des avancées positives dans la mise en œuvre de la résolution 1441. Mentionnant les dernières mesures imposées à l’Iraq, notamment la surveillance aérienne du pays, les entretiens avec des chercheurs iraquiens sans témoin et enfin la mise en place d’une législation interdisant les armes de destruction massive, il a souligné que ces conditions ont été respectées par l’Iraq qui a coopéré de manière positive et continuera de le faire pour régler les questions en suspens. Tout en disant comprendre les préoccupations des Etats-Unis et du Royaume-Uni face aux risques de voir les armes de destruction massive utilisées, il a jugé que la communauté internationale devait également faire en sorte que la région du Moyen-Orient soit épargnée par la guerre. Des mesures doivent être prises pour parvenir à un désarmement nucléaire total de tous les Etats de la région, sous le contrôle des Nations Unies. Appelant le Conseil de sécurité à faciliter la poursuite des inspections qui ont prouvé leur efficacité, le représentant a souhaité que la crise iraquienne soit réglée par des moyens pacifiques afin d’éviter toute mesure qui pourrait déstabiliser davantage le Moyen-Orient. L’Iraq doit, pour sa part, faciliter la poursuite des inspections.


Abdullah M. Alsaidi (Yémen) a salué la diligence avec laquelle le Conseil de sécurité a envisagé d’ouvrir le débat sur la situation en Iraq aux non-membres. Il n’est pas nécessaire de rappeler que les yeux du monde entier sont rivés sur le Conseil de sécurité pour voir comment il entend répondre à la crise iraquienne, a-t-il poursuivi, indiquant que les décisions du Conseil auront des répercussions importantes pour toute la région. Le Yémen exprime son inquiétude face à l’éventuelle utilisation de la force contre l’Iraq et au déploiement de troupes dans la région et invite donc la communauté internationale à poursuivre ses efforts diplomatiques pour désarmer l’Iraq. Le représentant du Yémen a également appelé l’Iraq à poursuivre sa coopération et à respecter ses engagements concernant la question des prisonniers de guerre et des disparus koweïtiens. Il a rappelé qu’en vertu de la Charte des Nations Unie, les Etats doivent s’abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures d’un pays et a indiqué que le Yémen est opposé à toute action visant à imposer un changement de régime en Iraq. De même, il a invité le Conseil de sécurité à faire appliquer les normes de désarmement à tous les États, y compris Israël, sans faire preuve de partialité. Le représentant s’est opposé à toute action militaire unilatérale quelles qu’en soient les justifications et a rappelé que les équipes d’inspection avaient détruit entre 1991 et 1998 beaucoup plus d’armes de destruction massive que durant la guerre du Golfe.


Adamantios Th. Vassilakis (Grèce), au nom de l’Union européenne et des pays associés, s’est dit préoccupé par la situation en Iraq comme cela a été démontré lors de la réunion extraordinaire du Conseil des ministres européens. L’Union européenne est convaincue que la situation en Iraq aura une incidence énorme sur le monde dans la décennie à venir et est déterminée à agir efficacement face à la menace de la prolifération des armes de destruction massive. L’Union européenne, a poursuivi le représentant, reconnaît la responsabilité première du Conseil dans la question du désarmement de l’Iraq. L’Union européenne, a-t-il dit, entend parvenir à l’objectif de la résolution 1441 de façon pacifique. La guerre n’est pas inévitable. Le recours à la force doit toujours être le dernier ressort. Pour le représentant, il revient au régime iraquien de mettre fin à cette crise en répondant aux requêtes du Conseil. Tout en appuyant le travail des inspecteurs, le représentant a néanmoins souligné que les inspections ne peuvent pas continuer indéfiniment sans la pleine coopération de l’Iraq.


Bagdad, a-t-il dit, ne doit se faire aucune illusion. Il doit désarmer et coopérer immédiatement et pleinement. Le régime iraquien sera seul responsable des conséquences de sa politique s’il continue à flouer la volonté de la communauté internationale et ne profite pas de cette dernière chance. L’Union européenne reconnaît que l’unité et la fermeté de la communauté internationale tel qu’en témoigne la résolution 1441 conjuguées à la préparation militaire ont été essentielles au retour des inspecteurs. Et ces facteurs demeureront essentiels pour obtenir de l’Iraq une pleine coopération, a souligné le représentant en exprimant l’intention de l’Union européenne d’encourager les Etats arabes et la Ligue arabe à faire comprendre à Saddam Hussein le danger d’un mauvais calcul et la nécessité de respecter la résolution 1441.


Arnoldo M. Listre (Argentine) a indiqué que son pays partage l'idée selon laquelle l'Iraq doit être contraint de se plier à ses obligations de désarmement. Le régime iraquien doit comprendre une fois pour toutes que la communauté internationale ne pourra accepter d'autre issue et que le Conseil de sécurité est unanime sur ce point, quand bien même des divergences existent sur les méthodes et le calendrier pour y parvenir. Le Conseil de sécurité, a poursuivi le représentant, doit exercer une pression constante sur ce Gouvernement pour qu'il fasse ce que la communauté internationale attend de lui depuis douze ans. La question est de savoir comment y parvenir: pour l'Argentine, les inspections qui ont repris en novembre dernier ont permis d'avancer et doivent donc continuer.


Mais pour qu'elles portent pleinement leurs fruits, le Gouvernement iraquien doit se départir de toute réticence et faire preuve d'une coopération active et substantielle, telle qu'exigée par la résolution 1441. Il doit également se plier aux termes de la résolution 687 (1991). Aucune urgence, a prévenu M. Listre, ne peut nous faire renoncer à notre objectif de désarmer l'Iraq par des moyens pacifiques. Toutes les options pacifiques doivent être explorées. Si, en revanche, le régime iraquien conserve sa réticence et si les objectifs de la résolution 1441 -qui sont un désarmement total et vérifiable de l'Iraq- ne sont pas atteints, l’Iraq devra faire face aux ""graves conséquences"" envisagées par la même résolution, a rappelé le représentant.


Elfatih Mohamed Ahmed Erwa (Soudan) a salué la détermination de la communauté internationale à relever le défi auquel elle fait face aujourd’hui s’agissant de la crise iraquienne. Il a jugé que la Charte des Nations Unies est le seul instrument à suivre pour s’assurer que toutes les voies auront été épuisées avant le recours à la force. La poursuite des inspections et la réalisation des objectifs de la résolution 1441 sont très importants, a-t-il dit, invitant l’Iraq à continuer de coopérer avec les inspecteurs de la CCVINU et de l’AIEA et à régler la question des prisonniers de guerre koweïtiens et des disparus. Il a exhorté le Conseil de sécurité à donner le temps nécessaire aux inspecteurs et une chance à la paix et à ne pas adopter de nouvelle résolution.


Earl S. Huntley (Sainte-Lucie) a déclaré, au nom des 14 Etats membres de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), que ces Etats sont profondément inquiets, face à la tragédie humanitaire que déclencherait une guerre contre l’Iraq et face aux effets désastreux que ce conflit aurait sur l’économie mondiale. Nous soulignons qu’aucun Etat ne devrait disséminer la fabrication d’armes de destruction massive, qu’elles soient chimiques ou biologiques. La CARICOM appelle l’Iraq à coopérer avec les régimes d’inspections de la CCVINU et de l’AIEA, et à tenir ses engagements envers l’ONU et la communauté internationale. Nous réitérons le mandat que l’ONU a reçu, à travers le Conseil de sécurité, concernant le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Nous sommes par conséquent troublés par la perspective de l’usage de la force militaire contre l’Iraq sans l’assentiment du Conseil de sécurité, et avant même la conclusion des inspections de l’ONU qui, seules, peuvent conclure que l’Iraq est en état de violation flagrante des termes de la résolution 1441. Nous partageons l’avis du Secrétaire général quand il dit qu’il ne revient pas à un Etat de s’emparer du problème de l’Iraq, mais plutôt à la communauté internationale dans son ensemble.


Toute action unilatérale lancée en dehors du Conseil de sécurité minerait l’intégrité de l’ONU et affaiblirait le système multilatéral et ses mécanismes de préservation de la paix et de la sécurité. Les Etats de la CARICOM s’opposent fermement à tout usage de la force, tant que toutes les voies diplomatiques ne seront pas épuisées, et tant que les inspecteurs n’auront pas mené à bien leur travail. Nous exhortons le Gouvernement des Etats-Unis et ses alliés militaires sur cette question à faire preuve de retenue. Nous sommes inquiets du prix qu’auront à payer les Etats du Moyen-Orient et les pays en développement, notamment les petits Etats insulaires, face à une récession mondiale provoquée par la hausse du prix des hydrocarbures, la dislocation des flux touristiques et des services financiers, et la baisse des investissements.


Aleg Ivanou (Bélarus) a estimé que l’évolution de la situation en Iraq inquiète le Bélarus dans la mesure où la crise iraquienne ne peut être réglée par la force alors que tous les moyens pacifiques n’ont pas été épuisés. Le représentant a déclaré que son pays s’oppose aux discours prônant le recours unilatéral à la force. Toute décision doit, a-t-il souligné, passer par le Conseil de sécurité. Il s’est dit convaincu que l’Iraq peut améliorer sa coopération. Il a invité par ailleurs l’Iraq à régler la question des prisonniers de guerre koweïtiens et a jugé important de laisser les inspections se poursuivre.


V.K. Nambiar (Inde) a souligné l’évolution de la situation en Iraq depuis le débat du mois d’octobre qui a été suivi par l’adoption de la résolution 1441 et la reprise des inspections par la CCVINU et l’AIEA. Les rapports soumis par MM. Blix et El Baradei les 27 janvier et 14 février derniers doivent servir de base d’analyse au Conseil de sécurité et à la communauté internationale, a-t-il observé, invitant ensuite l’Iraq à continuer de se conformer aux dispositions de la résolution 1441. Il a encouragé le Conseil de sécurité à donner aux inspecteurs la possibilité d’accomplir leur tâche et a jugé que les récentes délibérations du Conseil de sécurité laissent apparaître des divergences de fond quant à la voie à suivre pour régler la question du désarmement de l’Iraq. M. Nambiar a jugé que le recours à la force ne peut être privilégié qu’en dernière option et par la voie multilatérale, et a invité le Conseil de sécurité à jouer pleinement son rôle et à faire preuve d’unité sur cette question. Il a mis en avant la détresse de la population iraquienne qui dépend déjà à 60% du programme "pétrole contre nourriture" et a mis en garde contre le fait que 10 millions d’Iraquiens pourraient être victimes de cette guerre au niveau humanitaire.


Le représentant a invité l’Iraq à restituer tous les biens confisqués au Koweït et a plaidé pour le règlement de la question des prisonniers de guerre et des personnes disparues. Nous sommes bien conscients du fait que le Conseil de sécurité doit se prononcer sur la question de la guerre ou de la paix, a-t-il dit, mais nous l’invitons à bien évaluer les conséquences immédiates d’une guerre sur une région déjà fragile, à tenir compte des conséquences d’un éclatement du pays et de la radicalisation des esprits dans la région. M. Nambiar a jugé que seul le Conseil de sécurité pouvait faire la part des choses et évaluer ces risques avant de prendre toute décision.






 

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