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L'usage de la force en dernier ressort pour la majorité, d'autres pressent d'agir (2)

L'usage de la force en dernier ressort pour la majorité, d'autres pressent d'agir (2)

Une soixantaine de pays expriment leurs positions sur la question du désarmement iraquien après la réunion du 14 février, réservée aux membres du Conseil de sécurité sur la question du désarmement iraquien, c'était le tour de tous les États Membres de l'ONU qui le souhaitaient d'exprimer leurs positions sur le sujet (2). Le Conseil de Sécurité achève son échange de vues avec les Etats non-membres sur les suites à donner aux rapports de la CCVINU et de l'AIEA. Source: Conseil de sécurité CS/2451. Centre des Nouvelles de l'ONU, New-York, 4709e séance (reprise) – matin du 19 février 2003.

Si nous insistons pour un règlement pacifique de la crise iraquienne, c’est avant tout pour préserver les 26 millions d’Iraquiens des graves conséquences que leur infligerait une guerre, a fait valoir ce matin le représentant de Costa Rica, au second et dernier jour du débat du Conseil de sécurité ouvert aux non membres sur la situation entre l’Iraq et le Koweit. En effet, les délégations ont précisé dans leur ensemble qu’il ne s’agissait en aucun cas de donner une chance supplémentaire au régime de Saddam Hussein, dont la nature dictatoriale et tyrannique a été reconnue, de se maintenir au pouvoir mais plutôt d’épuiser toutes les voies prévues dans la résolution 1441. Actuellement, 60% de la population iraquienne dépend du programme "pétrole contre nourriture", ont rappelé les intervenants, s’inquiétant des conséquences humanitaires d’une nouvelle intervention armée en Iraq qui, selon eux, pourrait affecter 10 millions de civils. C’est ainsi que, tout en exhortant l’Iraq à assumer pleinement ses obligations en vertu de la résolution 1441, les délégations du Canada et de la Suisse ont invité le Conseil de sécurité à faire preuve de prudence dans les options qu’il retiendra.

Unique alternative à la guerre, la pleine coopération de Bagdad aux inspections et le renforcement des équipes de la Commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations Unies (CCVINU) et de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont été encouragées par la majorité des délégations. Faisant référence à la proposition présentée en ce sens par la France, l’Allemagne et la Fédération de Russie vendredi dernier devant le Conseil de sécurité, le représentant de la Malaisie a appuyé l’idée de tenir une nouvelle réunion du Conseil de sécurité au niveau ministériel, le 14 mars prochain, pour évaluer les progrès accomplis dans l’application de la résolution 1441. Evoquant les rapports de la CCVINU et de l’AIEA presentés le 14 février dernier par MM. Blix et El Baradei au Conseil de sécurité, des pays comme le Qatar ou l’Egypte, relayant une position largement partagée par le Groupe arabe, ont souligné l’évolution positive de la collaboration entre les Nations Unies et l’Iraq qui a autorisé récemment la surveillance aérienne par les appareils U2 américains et les Mirage français ainsi que les entretiens en privé avec des chercheurs iraquiens. Ces délégations ont en outre exhorté le Conseil de sécurité à ne pas renforcer le sentiment des "deux poids, deux mesures" déjà perceptible au Moyen-Orient où Israël refuse de se joindre au Traité de non prolifération et de soumettre ses installations nucléaires aux inspections de l’AIEA.

Invité par les uns à resserrer sa cohésion et son unité autour des objectifs de prévention d’une guerre en Iraq grâce à la poursuite des inspections, le Conseil a été invité par d’autres délégations comme la Lettonie à réagir immédiatement à la défiance de l’Iraq qui entend tirer parti de la discorde au sein de la communauté internationale. Apportant leur plein soutien à une position claire des Etats-Unis qui, de leur avis, est seule à garantir le désarmement de l’Iraq, les resprésentants de l’ex-République yougoslave de Macédoine et de l’Ouzbekistan ont jugé que les preuves apportées devant le Conseil de sécurité le 5 février dernier par le Secrétaire d’État américain, Colin Powell, suffisent à elles seules à démontrer que l’Iraq n’entend pas désarmer. La solution n’est pas pour le Conseil de sécurité d’augmenter le nombre d’inspecteurs en désarmement mais de contraindre l’Iraq à coopérer pleinement et de manière décisive en apportant les preuves de son désarmement, ont jugé les tenants de cette ligne dure. L’autorité du Conseil de sécurité et la patience de la communauté internationale ne peuvent être mises à l’épreuve indéfiniment ont déclaré les représentants de la Serbie et Monténegro et de l’Albanie.

Outre les délégations déjà citées, les représentants des pays suivants se sont exprimés au cours du débat: République de Corée, Indonésie, Arabie saoudite, Uruguay, Nigéria, Jamahiriya arabe libyenne, Equateur, Thaïlande, Liechtenstein, Singapour, Fidji, Nicaragua, Îles Marshall, Sri Lanka, Emirats arabes unis, Honduras, Maurice, Norvège, Paraguay, Islande, Georgie, Liban et Zimbabwe. L’Observateur du Saint-Siège est également intervenu. Le représentant de l’Iraq a repris la parole en fin de séance.

La situation entre l'Iraq et le Koweit

  • Déclarations

Nassir Abdulaziz Al-Nasser (Qatar) a salué l’opportunité de cette réunion du Conseil de sécurité qui devrait permettre aux Nations Unies de réaffirmer la volonté de la communauté internationale de trouver une formule acceptable pour éviter à l’Iraq de souffrir les ravages d’une nouvelle guerre. Toute nouvelle guerre en Iraq impliquerait des conséquences graves pour les pays voisins et l’ensemble du Moyen-Orient, a-t-il dit, ajoutant que la volonté du Qatar est de contribuer à la recherche d’une solution pacifique. L’Organisation de la Conférence islamique que préside actuellement le Qatar fera tout ce qui est en son pouvoir pour atténuer les souffrances humanitaires du peuple iraquien et éviter le recours à la force contre l’Iraq. Le représentant a souhaité que davantage de temps soit donné aux inspecteurs en désarmement et aux efforts diplomatiques, en faisant valoir que les rapports présentés le 27 janvier et le 14 février par MM. Blix et El Baradei sont encourageants. Invitant ensuite l’Iraq à collaborer activement avec les Nations Unies et les équipes de la CCVINU et de l’AIEA, le représentant a demandé à l’Iraq de procéder à la restitution des biens confisqués lors de la guerre contre le Koweït et de résoudre la question des prisonniers de guerre et des disparus. Il a en outre invité le Conseil de sécurité à faire preuve d’équilibre dans son approche des questions internationales et a regretté que les installations nucléaires d’Israël ne soient pas soumises aux mêmes inspections.

Ahmed Aboul Gheit (Egypte) a rappelé que le 8 novembre, le Conseil de sécurité adoptait à l’unanimité la résolution 1441 qui fait la preuve de la légalité internationale. Le 14 février, les rapports de MM. Blix et El Baradei ont indiqué que cette résolution était correctement appliquée et que les inspections apportaient déjà des résultats, affirmant leur détermination à poursuivre leur tâche. Il doit être clair que le respect par l’Iraq de ses engagements et la coopération avec les inspecteurs devraient permettre d’achever les inspections et de nous sortir d’un tunnel qui dure depuis plus de dix ans, a estimé le représentant. Le danger que représentent les armes de destruction massive ne se limite toutefois pas à l’Iraq. Les membres du Conseil de sécurité ne doivent pas négliger d’autres cas similaires, a-t-il poursuivi, soulignant que l’élimination de toutes les armes de destruction massive de la région renforcerait la crédibilité du Conseil.

Enumérant plusieurs éléments fondamentaux pour l’Egypte, M. Aboul Gheit a souligné que l’objectif est un règlement pacifique de la crise et que les inspections doivent continuer sans échéancier rigide tant qu’il y a des résultats tangibles. En outre, le Conseil de sécurité, grâce à ses résolutions, est la seule entité chargée par la communauté internationale de traiter de la situation. Enfin, une pleine coopération, non interrompue, de la part de l’Iraq, est indispensable. Les répercussions sur le Moyen Orient et sur le monde rendent impératif le respect du droit international par toutes les parties concernées et le Conseil doit se donner la chance de régler tous les problèmes de la région, la question palestinienne et le terrorisme international. La paix exige beaucoup de maîtrise de soi et des efforts concertés et c’est pourquoi, il ne faut pas poursuivre la recherche de la guerre mais celle de la paix, a-t-il conclu.

Bruno Stagno (Costa Rica) a rappelé que son pays a renoncé depuis plus d’un demi-siècle à l’usage de la force et a placé sa sécurité sous la responsabilité des Nations Unies. Il s’est inquiété de la persistance des violations des résolutions du Conseil de sécurité depuis plus de dix ans par l’Iraq et a réaffirmé que le désarmement de l’Iraq serait bénéfique pour l’ensemble du peuple iraquien et de la région. Il a souhaité toutefois que ce désarmement se fasse par la voie pacifique dans le cadre de la résolution 1441 et a invité l’Iraq à fournir des preuves concrètes et fiables de la destruction de ses armes de destruction massive. Les inspections ont à ce jour donné des résultats positifs, a poursuivi M. Stagno, donnant l’exemple du désarmement entrepris par l’UNSCOM, entre 1991 et 1998, qui a permis de détruire davantage d’armes que la guerre du Golfe. S’agissant du travail accompli depuis le 27 novembre 2002 par les équipes de la CCVINU et de l’AIEA, M. Stagno a exprimé sa satisfaction et a souhaité que le régime d’inspection et de vérification soit renforcé. Certes le régime iraquien ne mérite pas une nouvelle chance, a-t-il dit, mais les 26 millions d’Iraquiens ne méritent pas d’être en plus victimes de la guerre.

Pierre Helg (Suisse) a estimé que le Gouvernement iraquien n’est pas parvenu à dissiper le soupçon qu’il détient encore des armes de destruction massive et, par son refus de coopérer avec les Nations Unies, il a infligé à sa population de lourds sacrifices. Nous nous étions attendus, a-t-il ajouté, à ce que le Gouvernement iraquien réponde par un signe clair de bonne volonté. A cet égard, il a regretté que l’attitude ambivalente de l’Irak n’ait pas permis de rétablir la confiance. Néanmoins, il a expliqué que même s’il ne sous-estimait pas le danger que de telles armes tombent, un jour, entre les mains de réseaux terroristes internationaux, il a émis la crainte qu’une opération militaire hâtive génère une violente onde de choc dans une région qui n’a pas encore trouvé un équilibre durable dans la paix et la confiance mutuelle et que les conséquences qu’elle peut avoir pour les populations civiles.

M. Helg a également indiqué que la Suisse vient de tenir à Genève une rencontre humanitaire rassemblant plus de trente pays dont les voisins de l’Iraq, en présence d’une vingtaine d’organisations humanitaires parmi lesquelles les principaux acteurs humanitaires du système des Nations Unies, en vue notamment d’examiner les mesures à envisager au niveau humanitaire pour faire face aux conséquences d’un conflit. Il a précisé que le recours à la force ne saurait intervenir qu’après épuisement de tous les moyens pacifiques pour trouver une solution à la crise. Il a estimé qu’il demeure une chance de réaliser sans violence les objectifs de la résolution 1441 et de contenir le danger que représentent les armes interdites en Iraq et a exhorté le Conseil de sécurité à demeurer déterminé et persévérant. L’Iraq, a-t-il conclu, détient la clé de la solution de cette crise, et la Suisse en appelle au Gouvernement iraquien pour qu’il agisse dans le véritable intérêt du pays.

Sun Joun-Yung (République de Corée) a estimé qu’à la lumière des rapports présentés par MM. Blix et El Baradei vendredi dernier, il apparaît clairement que l’Iraq n’est pas en conformité avec les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, y compris la résolution 1441. Etant donné l’échec de l’Iraq à se conformer aux 17 résolutions du Conseil de sécurité au cours des 12 dernières années, il est impératif pour ce pays de respecter les deux éléments clés de la résolution 1441, à savoir la fourniture d’une déclaration à jour, exacte et complète ainsi qu’une pleine coopération, active et sans condition, avec la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection des Nations Unies et l’Agence internationale de l’énergie atomique. L’Iraq devra assumer ses responsabilités en cas d’échec. Nous exhortons par conséquent ce pays à coopérer pleinement avec la CCVINU et l’AIEA afin d’éviter au peuple iraquien les souffrances qui pourraient résulter de la non-application des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. Enfin, la République de Corée réitère son attachement à la non-prolifération des armes de destruction massive.

Darmansjah Djumala (Indonésie) a estimé qu'en l'état actuel, la situation n'était pas désespérée et que les objectifs de la résolution 1441 pouvaient encore être atteints. Les rapports de M. Blix indiquent que l'Iraq s'est montré jusqu'à présent coopératif. Rien dans les rapports de la CCVINU ou dans ceux de l'AIEA ne permet de conclure que l'Iraq viole ou ne viole pas la résolution 1441, alors que les inspections se poursuivent avec la coopération de ce pays, a-t-il souligné. La résolution 1441 fournit le scénario d'un désarmement de l'Iraq et prévient clairement des conséquences auxquelles il s'expose en cas de violation ou de manquements. Aussi, pour le représentant, les inspections autorisées par le Conseil de sécurité ont-elles un rôle clef à jouer; elles seules devront être prises en compte pour décider de la suite. Renforcer le régime des inspections doit être une priorité, a-t-il souligné, notamment en accélérant leur rythme, ce qui nécessitera de leur allouer davantage de temps, de personnels et d'équipements. Pour le représentant, la diplomatie n'a pas été épuisée et la guerre n'est pas imminente. Il a conclu en appelant à l'unité du Conseil de sécurité: le moment est venu de serrer les rangs, et non pas de se diviser, a-t-il indiqué.

Zainuddin Yahya (Malaisie) a souligné que les réunions du Conseil de sécurité des 27 janvier et 14 février derniers avaient reconnu que les inspections avaient déjà porté leurs fruits et préconisé la poursuite des inspections. Sa délégation soutient la poursuite des inspections, ainsi que la proposition de la France de leur accorder davantage de moyens techniques et de personnels. Le représentant a également apporté son appui à l’offre de convoquer une nouvelle réunion au niveau ministériel le 14 mars pour évaluer la situation et les progrès enregistrés dans la mise en œuvre de la résolution 1441. Dans le même temps, a-t-il poursuivi, les efforts de désarmement doivent s’accompagner d’un plan de levée des sanctions afin de mettre fin à la grave crise humanitaire qui frappe l’Iraq.

De son côté, l’Iraq doit continuer de coopérer avec les inspecteurs et s’abstenir de fournir des prétextes aux partisans de la guerre. Il doit aussi se conformer à toutes les exigences des résolutions pertinentes des Nations Unies, notamment sur le retour des prisonniers et la restitution des archives du Koweït. Le représentant s’est dit convaincu que la crise iraquienne pouvait être réglée par des moyens pacifiques et que le recours à la force allait plus sûrement miner la paix et la sécurité internationales que les maintenir, déclenchant un cycle de violence et aggravant les risques de terrorisme international. Il a mis en garde contre les conséquences catastrophiques d’une guerre sur la population iraquienne. Enfin, il a relevé qu’il n’existait aucun précédent en droit international concernant le recours à la force à des fins préventives, sans réelle menace d’attaque imminente.

Fawzi Bin Abdul Majeed Shobokshi (Arabie saoudite) a déclaré que les menaces, les mises en garde et les bruits de botte sont devenus assourdissants et que le spectre d’une déflagration se profile à l’horizon. Et, ce, malgré les mesures prises par des Etats et des citoyens qui militent pour un règlement pacifique de la crise iraquienne, a-t-il ajouté. Le représentant a ensuite mis en garde contre les conséquences incalculables qu’une guerre aurait sur le peuple iraquien et la région tout entière et a insisté sur la nécessité de donner du temps aux équipes d’inspections de la CCVINU et de l’AIEA. Il a invité l’Iraq à coopérer pleinement avec ces équipes d’inspections et a exhorté la communauté internationale à convaincre l’Iraq de coopérer pleinement. Le représentant a demandé aux Iraquiens de restituer les biens confisqués au Koweït et de libérer tous les prisonniers de guerre et de régler la question des disparus. Le Conseil de sécurité est confronté à une épreuve, a poursuivi le représentant, car il ne peut privilégier l’option de la guerre tant que toutes les voies pacifiques n’ont pas été écoulées.

L’Arabie saoudite entend épargner une guerre à toute la région et pour cela, nous insistons sur la nécessité d’appliquer scrupuleusement les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, notamment la résolution 1441, et de respecter l’intégrité territoriale de l’Iraq. Il a mis en garde contre l’étendue des actions militaires qui seraient envisagées une fois que les options pacifiques seront épuisées. N’oublions pas que ce sont les populations civiles qui souffriront de cette guerre, a-t-il dit. Le représentant a rappelé qu’Israël est le dernier et seul pays de la région qui refuse d’adhérer au TNP et de soumettre ses installations au contrôle de l’AIEA, et a dénoncé l’usage de la force par Israël contre les populations palestinienne et arabe. Il a prôné la recherche d’une solution juste et équitable au conflit israélo-palestinien pour mettre un terme à l’instabilité d’une région marquée par la politique des "deux poids, deux mesures" et qui est le berceau de toutes les injustices infligées sous les yeux de la communauté internationale.

Felipe H. Paolillo (Uruguay) a appelé à emprunter toutes les voies possibles pour parvenir au désarmement de l’Iraq: les inspections, a-t-il estimé, ont déjà produit des résultats positifs et il faut poursuivre dans cette voie en accordant davantage de temps aux inspecteurs pour qu’ils mènent une tâche que l’on savait, depuis le début, complexe et qui réclame d’autres actions. Il faut épuiser tous les recours disponibles avant d’exposer le monde à davantage de terreur, a-t-il poursuivi. Les inspections doivent être renforcées de manière concluante afin de sortir l’Iraq de cette situation de non-respect des résolutions dans laquelle il s’est enfoncé. Cependant, la prolongation des inspections ne doit pas être comprise comme un renoncement à recourir définitivement à l’usage de la force ni comme un fléchissement de la position du Conseil de sécurité. L’Iraq doit clairement et sans équivoque recevoir ce message, a insisté le représentant. Enfin, a-t-il conclu, si le recours à la force doit être l’ultime recours, il doit aussi se faire en conformité avec le droit international et avec les principes de la Charte.

Ndekhedehe Effiong Ndekhedehe (Nigéria) a estimé que les inspecteurs de l’ONU doivent disposer de davantage de temps pour maximiser leurs efforts. La patience doit être de vigueur et nous devons nous souvenir que l’Organisation des Nations Unies a été créée, entre autres choses, pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Il est donc impératif de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter l’usage de la force. Cependant, là où l’usage de la force est inévitable afin d’assurer la crédibilité du Conseil de sécurité, il devrait être mis en œuvre en vertu de l’article 42 de la Charte des Nations Unies. Afin d’éviter cette issue, le Nigéria appelle l’Iraq à se conformer à ses obligations et à coopérer avec les inspecteurs de l’ONU. De même, nous exhortons toutes les personnes concernées à déployer des efforts continus pour éviter l’usage de la force tout en s’assurant de l’application efficace de la résolution 1441.

Ahmed A. Own (Jamahiriya arabe libyenne) a exposé les graves conséquences qu’aurait une guerre contre l’Iraq sans justification ni raison dans la mesure où ce pays coopère avec les équipes de MM. Blix et El Baradei et applique la résolution 1441. Il a mis en garde contre les incidences d’un conflit armé sur la souveraineté de l’Iraq et la stabilité de la région et a ensuite considéré que les rapports présentés par la CCVINU et l’AIEA le 27 janvier et le 14 février ont clairement démontré que la voie pacifique pouvait être poursuivie. Renoncer à donner toutes leurs chances aux inspections relèverait de l’imprudence, a poursuivi le représentant, dénonçant par ailleurs une attitude partiale vis-à-vis de l’Iraq. Le Conseil de sécurité ne traite pas de la même manière Israël alors que ce pays ne soumet toujours pas ses installations aux inspections de l’AIEA et utilise des armes sophistiquées pour anéantir la résistance du peuple palestinien et son aspiration à disposer d’un État. L’injustice, l’approche de deux poids deux mesures, auront des conséquences graves pour le Moyen-Orient et pour le reste du monde, un monde rétréci grâce au virtuel, a indiqué le représentant libyen. Il a invité le Conseil de sécurité à ne pas privilégier la force, à donner le temps nécessaire aux inspections et à être à la hauteur des enjeux qui lui sont posés. Il a plaidé de nouveau pour que le Moyen-Orient devienne une zone exempte d’armes nucléaires et a renouvelé son appel pour que soient explorées toutes les voies pacifiques dans le règlement de la crise iraquienne.

Fernando Yépez Lasso (Equateur) a défendu le principe d’une solution pacifique à la crise iraquienne, en rappelant que toutes les résolutions du Conseil de sécurité devaient être appliquées par toutes les parties concernées. Aussi, a-t-il appelé l’Iraq à coopérer pleinement pour la mise en œuvre complète de la résolution 1441. Dans ce contexte, les inspecteurs des Nations Unies doivent poursuivre leurs travaux jusqu’à ce qu’ils parviennent à un désarmement pacifique, transparent et vérifiable de l’Iraq et en faire ensuite rapport au Conseil. La situation de l’Iraq doit être traitée en conformité avec les normes du droit international, notamment celles énoncées par le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies. Ce n’est qu’alors que le Conseil de sécurité pourra décider, si les circonstances l’exigent, de recourir ou non à la force par le biais d’une résolution explicite, définissant éventuellement les conditions dans lesquelles la force pourra être utilisée. L’Equateur, a conclu son représentant, plaide en faveur d’un renforcement de la concertation multilatérale pour construire un monde plus sûr, plus juste et plus solidaire.

Chuchai Kasemsarn (Thaïlande) a salué l’évolution positive des inspections illustrée dans les rapports de MM. Blix et El Baradei. Toutefois, il a demandé une coopération proactive et sans condition de l’Iraq afin de consolider le régime d’inspection et de vérification et de résoudre de manière pacifique la menace qui pèse sur la paix et la sécurité internationales. Il a demandé à l’Iraq de démontrer au monde qu’il se conforme scrupuleusement aux dispositions de la résolution 1441, afin d’éviter une guerre. M. Kasemsarn a mis en garde contre les terribles conséquences humanitaires qu’aurait un conflit en Iraq et a invité la communauté internationale à tout mettre en œuvre pour atténuer les souffrances du peuple iraquien. Il a enfin jugé que la décision que prendra le Conseil de sécurité aura un impact décisif sur le rôle des Nations Unies et a rappelé que les membres de l’Organisation privilégient globalement la voie pacifique pour neutraliser les menaces à la paix et à la sécurité.

Christian Wenaweser (Liechtenstein) a relevé, dans ce débat sur l’opportunité du recours à la force, le consensus qui prévaut sur le fait que c’est le rôle du Conseil dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales qui est en jeu. Le représentant a donc défendu le point de vue selon lequel l’ONU a été créée pour trouver des solutions pacifiques à des situations qui, en son absence, auraient conduit à un conflit armé. C’est l’essence même des Nations Unies et la base de crédibilité et de sa pertinence, a souligné le représentant. Les Nations Unies ont ceci d’unique, a-t-il dit, en ce sens qu’elles donnent une légitimité en vertu du droit international. C’est le principe qui doit prévaloir et la raison pour laquelle toute décision doit être soigneusement réfléchie. Le représentant a poursuivi en rappelant que la Charte des Nations Unies impose au Conseil l’obligation d’épuiser tous les moyens pacifiques avant d’autoriser l’usage de la force.

Le Conseil doit respecter cette obligation aujourd’hui, a estimé le représentant avant de souligner que toutes les résolutions du Conseil sont juridiquement contraignantes et que leur non application compromet toujours le rôle de l’ONU, en particulier quand les manquements sont dus à une absence de volonté et de pression politiques. Le représentant a aussi souligné la nécessité pour le Conseil de prendre ses décisions à l’unanimité en estimant que le débat du 14 février a montré qu’une telle unanimité n’existe pas à l’heure actuelle. Il a néanmoins imputé les désaccords existants à un processus démocratique normal en les qualifiant d’étape ordinaire d’un processus de prise de décisions qui est toujours difficile. Le représentant a donc appuyé le point de vue selon lequel l’usage de la force doit être autorisé par le Conseil dans une résolution distincte et que les rapports de la CCVINU et de l’AIEA ne donnent pas l’impression qu’une telle résolution est nécessaire aujourd’hui.

Si le pouvoir de décision revient au Conseil, ces décisions doivent être fondées sur les conclusions du régime des inspections qu’il a créé unanimement, a voulu le représentant. A ce propos, il a jugé important que le débat ne se limite pas à la question de savoir si la coopération de l’Iraq se hissera au niveau nécessaire de la pleine application de la résolution 1441. Une question d’une telle importance ne doit pas se limiter à une polémique sur les certitudes. Il faut plutôt se demander si le monde peut se permettre de ne pas insister sur une coopération pleine et active par une pression politique et la menace de conséquences graves. Le Conseil, a poursuivi le représentant, ne doit pas se limiter à la seule question des violations substantielles de la résolution 1441. Il a aussi l’obligation d’examiner l’impact humanitaire ainsi que le rôle d’ONU dans un scénario post-conflit.

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