Éditoriaux Défense Sécurité Terrorisme Zones de conflits Logistique Livres de référence Liens
Terre Air Mer Gendarmerie Renseignement Infoguerre Cyber Recherche

Tout faire pour préserver l'unité, l'intégrité, la souveraineté de l'Irak

Tout faire pour préserver l'unité, l'intégrité, la souveraineté de l'Irak

Point de presse conjoint du ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Madame Lydie Polfer et du ministre français des Affaires étrangères, M. Dominique de Villepin. Propos de M. de Villepin. Paris, 8 avril 2003. Source: Quai d'Orsay, Paris.

Je me réjouis de la présence à Paris de ma collègue et amie Lydie Polfer. J'en suis heureux à plusieurs titres, d'abord parce qu'il s'agit de notre première rencontre de travail en France et je souhaite qu'elle soit suivie de beaucoup d'autres. Nous nous sommes souvent côtoyés et entretenus à plusieurs reprises dans les enceintes européennes mais ici, c'est la première fois. Cette visite s'inscrit dans un contexte d'échanges bilatéraux et européens très dense avec le Luxembourg, membre fondateur, je le rappelle, de la communauté européenne et à la veille d'échéances européennes très importantes, en particulier la Conférence d'Athènes la semaine prochaine.

Le Luxembourg, vous le savez, est un pays voisin, ami de très longue date et un partenaire important pour la France. Notre Histoire, notre voisinage géographique, l'ancienneté de nos liens politiques et le partage d'une langue sont le fondement de relations bilatérales très denses. La coopération transfrontalière concerne de très nombreux domaines et s'adresse à une grande diversité d'acteurs.

Le Luxembourg est un partenaire commercial de premier ordre. En 2001, je le rappelle, la France était le second client et le troisième fournisseur du Grand-Duché. Elle y était également le troisième investisseur.

Mais le Luxembourg a surtout, du fait de son positionnement géographique et de ses réalités politiques, culturelles et linguistiques, un rôle fondamental de "passeur" entre la France et l'Allemagne d'une part, entre les grands Etats de l'Union européenne et les moins grands d'autre part.

Je tiens aussi à saluer ici, la place du Grand-Duché au sein de la Francophonie ainsi que la nouvelle forme de coopération culturelle tripartite, franco-germano-luxembourgeoise qui se met en place à Luxembourg, à l'Institut Pierre Werner, l'un des pères de l'euro.

Au cours de notre déjeuner de travail, nous avons procédé à un échange de vues approfondi sur la question de la crise irakienne mais aussi sur l'avenir de l'Europe.

Sur l'Irak, notre analyse est très proche. La situation militaire actuelle a bien sûr été évoquée ainsi que l'impact régional de ce conflit. Nous avons d'abord mis l'accent sur la nécessaire aide humanitaire aux populations civiles de l'Irak, c'est toute la communauté internationale qui doit répondre à l'appel d'urgence lancé par les Nations unies. Mme Polfer et moi-même, nous nous sommes communiqué les projets respectifs en matière d'aide humanitaire. Nous souhaitons que les Nations unies puissent jouer un rôle central dans la recherche du règlement de cette crise, dans l'après-conflit.

Nous sommes néanmoins d'accord sur le fait qu'il est encore prématuré d'engager un débat sur la question de la reconstruction de l'Irak et notamment sur l'idée de la participation de l'Union européenne à cette reconstruction qui ne pourrait s'inscrire que dans le cadre d'un mandat qui serait fixé par le Conseil de sécurité des Nations unies.

S'agissant des travaux de la Convention sur l'avenir de l'Union européenne, nous avons eu un échange de vues ouvert sur l'ensemble des sujets relatifs à l'avenir institutionnel de l'Union. Nous avons bien sûr évoqué la réunion de sept Etats qui a rassemblé le Bénélux, le Portugal, la Finlande, l'Autriche et l'Irlande à Luxembourg le 1er avril. La France et ces pays ont des positions que vous connaissez concernant la présidence du Conseil européen, le rôle des Parlements nationaux. Nous sommes convenus d'approfondir notre dialogue sur l'ensemble de ces questions en vu d'essayer de rapprocher nos positions.

Nos vues convergent sur la répartition des compétences, sur la charte des droits fondamentaux et sur la Politique extérieure et de sécurité commune.

Enfin, nous avons évoqué l'initiative de la Belgique sur la Politique étrangère de sécurité et de défense à laquelle nous portons le plus grand intérêt. Nos deux pays ont accueilli favorablement la tenue d'un sommet en Belgique le 29 avril et nous souhaitons bien évidemment que ce sommet se situe dans le cadre d'un processus à la fois ouvert, ambitieux et transparent.

En ce qui concerne les relations bilatérales, cela va sans dire, nos relations sont à la fois variées et denses, elles sont excellentes. Nous avons souligné leur qualité, évoqué plus particulièrement l'aménagement de la deuxième phase du TGV-Est. La France et le Luxembourg ne voient que des avantages à la réalisation d'une liaison Bruxelles-Luxembourg-Strasbourg.

Nous avons également évoqué la question des sièges des institutions européennes pour redire notre attachement commun au maintien de Luxembourg et de Strasbourg comme capitales européennes aux côtés de Bruxelles.

Question: Vous parlez d'un rôle central que la France souhaite voir tenu par les Nations unies, à partir de quelle phase ce rôle devra-t-il se mettre en place ? Je comprends que pour l'humanitaire il faille aller très vite mais pour les deux autres questions, la reconstruction et l'avenir politique de l'Irak, quand ce rôle devra-t-il se mettre en place ?

On a entendu les responsables américains proférer des menaces à l'égard de la Syrie. Vous avez évoqué la stabilité au Proche et Moyen-Orient, ne craignez-vous pas que ce genre de menaces contribuent à déstabiliser la région d'autant plus qu'il y a eu les mêmes menaces vis-à-vis de l'Iran ?

Dominique de Villepin: Concernant votre première question qui est de savoir comment et selon quel rythme les différentes phases peuvent s'organiser, d'abord, nous constatons que nous sommes toujours dans une phase de guerre, avec son cortège de drames humains, d'inquiétudes pour les populations civiles, de risques de catastrophes humanitaires. Bien évidemment pour la communauté internationale, et nous l'avons longuement évoqué avec Mme Lydie Polfer, c'est une préoccupation. Nous sommes mobilisés à titre bilatéral, nous sommes mobilisés dans le cadre des Nations unies pour essayer de trouver les meilleures voies permettant d'apporter un soulagement à ces populations. Je crois donc que cette urgence humanitaire, c'est aujourd'hui, le souci principal des Nations unies.

Reste que, si nous cherchons à avancer - et nous l'avons dit à plusieurs reprises, nous souhaitons que cette guerre soit la plus brève et la moins meurtrière possible -, nous pensons donc qu'au terme de cette guerre, il y aura bien évidemment une période de sécurisation obligatoire. Il faudra tout faire pour préserver l'unité, l'intégrité, la souveraineté de l'Irak, où les forces qui seront présentes sur le terrain auront une responsabilité particulière.

Cette phase de sécurité, il faut, et c'est difficile encore à dire, voir combien de temps elle pourra durer. Nous souhaitons que l'Irak puisse recouvrer très vite sa pleine souveraineté, que les Irakiens puissent se gérer eux-mêmes et prendre en main leur destin.

Bien évidemment, encore faut-il que cette sécurité soit satisfaite sur le terrain.

Alors s'ouvrira une autre période qui est celle de la reconstruction politique, économique, administrative de l'Irak. Ma conviction, et c'est la conviction que nous partageons aujourd'hui avec Lydie Polfer, c'est que dans ce cadre, dans cette perspective, les Nations unies auront un rôle central, d'abord parce que les Nations unies, c'est la légitimité de la communauté internationale, ensuite, parce qu'il faudra mobiliser des moyens très importants qui sont ceux de la communauté internationale. Nous sommes évidemment prêts, à titre national, dans le cadre de l'Union européenne à apporter notre concours mais il faut que les conditions soient réunies pour ce faire. Notre conviction, c'est que cette grande entreprise de reconstruction ne peut pas être assurée par un ou quelques Etats. Je crois que c'est une conviction largement partagée. Nous en avons souvent parlé avec nos amis britanniques, par exemple, la communauté internationale devra être au rendez-vous. Je crois qu'au sein de l'Union européenne, cette position est celle qui rallie l'ensemble des points de vues : conviction que les Nations unies sont véritablement l'instrument, l'outil le plus susceptible de rallier les énergies. Je le redis, l'Irak a été depuis de longues années, une épreuve pour la communauté internationale et ma conviction c'est qu'il le restera encore longtemps. Et si nous voulons pouvoir ouvrir l'Irak à d'autres perspectives de liberté, de démocratie, de développement, il faudra que l'unité de la communauté internationale soit plus forte que tout.

S'agissant de la stabilité régionale, vous avez évoqué le cas de l'Iran, de la Syrie. Il est évident, et nous en sommes tous conscients, que derrière la question de l'Irak, il y a cet enjeu de la stabilité régionale. Nous avons évoqué la mobilisation qui doit être la nôtre. Pour régler cette crise si douloureuse que constitue la crise entre Israël et les Palestiniens, nous avons aujourd'hui un devoir en tant que communauté internationale qui est de tout faire pour apporter une solution à la fois au sentiment d'insécurité que ressentent les Israéliens et en même temps, au sentiment très profond d'injustice que ressentent les Palestiniens.

C'est un devoir pour la communauté internationale que de s'atteler à la recherche d'un règlement juste de cette crise. Il y a par ailleurs toute la question de la stabilité de la région. Nous le savons tous, la force n'est pas une panacée, la force ne saurait être l'instrument qui permet de régler les relations internationales. Nous l'avons dit et redit et nous gardons cette position : la force ne saurait être en matière internationale qu'un dernier recours. Nous sommes donc convaincus, avec la Syrie, avec l'Iran, que c'est par le dialogue que nous sommes désireux d'entretenir, par le travail, par la concertation, que nous réussirons. Je me rendrai prochainement dans cette région avec cet esprit de dialogue, avec cet esprit de travailler ensemble à un ordre qui soit un ordre stable car nous sommes convaincus que la communauté internationale ne doit pas rester passive vis-à-vis de problèmes comme le terrorisme, la prolifération. Cette concertation est donc extrêmement nécessaire et nous devons, jour après jour, maintenir cette capacité de dialogue, maintenir cette main tendue pour essayer de trouver ensemble des solutions.

Question: Demain, vous accueillerez à Sainte-Maxime vos homologues des pays du Maghreb. Quel message souhaitez-vous leur transmettre à cette occasion et quelle est l'utilité de cette rencontre ?

Dominique de Villepin: Le message, c'est bien sûr, à un moment difficile pour la communauté internationale, celui de la solidarité entre les pays méditerranéens que nous sommes, du sud de l'Europe et l'ensemble des pays du Maghreb. C'est une solidarité de destin : nous appartenons à la même famille méditerranéenne, nous participons de la même exigence, des mêmes soucis de faire avancer la paix, de faire avancer le développement et de travailler ensemble. Je crois que le grand intérêt de ces réunions 5+5, c'est justement, régulièrement et de façon informelle, de nous permettre de nous retrouver pour tenter de régler les problèmes des uns et des autres. Vous savez à quel point nous sommes sensibles à la nécessité de voir émerger des coopérations régionales. Entre les 5 pays du sud de l'Europe et les 5 pays du nord de l'Afrique, il y a là une vocation exemplaire. Faisons en sorte que les instruments qui sont à notre disposition pour toutes les grandes questions, la sécurité, le développement, pour permettre d'établir un lien et un pôle supplémentaire en direction de l'Europe par exemple voire en direction de l'Afrique et du Moyen-Orient, soient utilisés. Nous avons vocation à être des passeurs entre plusieurs mondes, les uns et les autres, nous sommes représentatifs de valeurs et de principes partagés. Il est important que nous soyons capables de travailler ensemble. A un moment où le Moyen-Orient connaît des difficultés, à un moment où nous devrons relever des défis - et je pense en particulier au conflit du Proche-Orient -, à un moment où l'unité du Maghreb arabe est un élément essentiel pour la stabilité de l'ensemble de cette région, à un moment où les populations de cette région aspirent à plus de sécurité mais aussi plus de développement, plus de perspectives, l'Europe doit être capable d'apporter cette réponse. Je sais qu'il y a, dans nombre de ces pays, une inquiétude devant ce qui pourrait être la dérive vers l'est de l'intérêt de l'Europe. Nous voulons leur dire que l'Europe regarde vers le sud, que l'Europe est fidèle à ses origines et que des pays comme les nôtres sont soucieux d'apporter des réponses, de travailler ensemble et d'élaborer des contributions communes. Notre conviction est que cette capacité à agir ensemble peut changer bien des choses.

Question: Vous avez évoqué le sommet de la défense, y a-t-il déjà des propositions concrètes de la part de la France ou du Luxembourg pour ce sommet de Bruxelles ?

J'aimerais savoir si ce sommet peut représenter la reconstitution de l'Union européenne ?

Dominique de Villepin: Je partage évidemment ce point de vue. Nous tirons tous les leçons des difficultés du monde et nous partageons tous la même conviction que les questions de sécurité doivent être l'objet d'un traitement particulier. Nous souhaitons donc marquer notre détermination, détermination qui se situe dans un processus pragmatique, à la fois ouvert, ambitieux et transparent. Il est ouvert à tous, je l'ai dit, à tous ceux qui souhaiteront, dans le cadre de l'Union européenne avancer. Il s'agit donc de marquer un chemin, de marquer une direction et de souligner la nécessité pour l'Union européenne dans ce domaine, de prendre les choses à bras le corps. C'est pour nous tous une nécessité dans un monde qui, à nouveau, redécouvre cette insécurité, redécouvre les dangers. Il est important qu'ensemble, nous cherchions à étudier les solutions et les voies qui nous permettent, justement, d'affirmer notre identité commune./.

 

Derniers articles

Verdun 2016 : La légende de la « tranchée des baïonnettes »
Eyes in the Dark: Navy Dive Helmet Display Emerges as Game-Changer
OIR Official: Captured Info Describes ISIL Operations in Manbij
Cyber, Space, Middle East Join Nuclear Triad Topics at Deterrence Meeting
Carter Opens Second DoD Innovation Hub in Boston
Triomphe de St-Cyr : le Vietnam sur les rangs
Dwight D. Eisenhower Conducts First OIR Missions from Arabian Gulf
L’amiral Prazuck prend la manœuvre de la Marine
Airmen Practice Rescuing Downed Pilots in Pacific Thunder 16-2
On ne lutte pas contre les moustiques avec une Kalachnikov...
Enemy Mine: Underwater Drones Hunt Buried Targets, Save Lives
Daesh Publications Are Translated Into Eleven Languages
Opération Chammal : 10 000 heures de vol en opération pour les Mirage 2000 basés en Jordanie
Le Drian : Daech : une réponse à plusieurs niveaux
Carter: Defense Ministers Agree on Next Steps in Counter-ISIL Fight
Carter Convenes Counter-ISIL Coalition Meeting at Andrews
Carter Welcomes France’s Increased Counter-ISIL Support
100-Plus Aircraft Fly in for Exercise Red Flag 16-3
Growlers Soar With B-1s Around Ellsworth AFB
A-10s Deploy to Slovakia for Cross-Border Training
We Don’t Fight Against Mosquitoes With a Kalashnikov
Bug-Hunting Computers to Compete in DARPA Cyber Grand Challenge
Chiefs of US and Chinese Navies Agree on Need for Cooperation
DoD Cyber Strategy Defines How Officials Discern Cyber Incidents from Armed Attacks
Vice Adm. Tighe Takes Charge of Information Warfare, Naval Intelligence
Truman Strike Group Completes Eight-Month Deployment
KC-46 Completes Milestone by Refueling Fighter Jet, Cargo Plane
Air Dominance and the Critical Role of Fifth Generation Fighters
Une nation est une âme
The Challenges of Ungoverned Spaces
Carter Salutes Iraqi Forces, Announces 560 U.S. Troops to Deploy to Iraq
Obama: U.S. Commitment to European Security is Unwavering in Pivotal Time for NATO
International Court to Decide Sovereignty Issue in South China Sea
La SPA 75 est centenaire !
U.S. to Deploy THAAD Missile Battery to South Korea
Maintien en condition des matériels : reprendre l’initiative
La veste « léopard », premier uniforme militaire de camouflage
Océan Indien 2016 : Opérations & Coopération
Truman Transits Strait of Gibraltar
Navy Unveils National Museum of the American Sailor
New Navy, Old Tar
Marcel Dassault parrain de la nouvelle promotion d’officiers de l’École de l’Air
RIMPAC 2016 : Ravitaillement à la mer pour le Prairial avant l’arrivée à Hawaii
Bataille de la Somme, l’oubliée
U.S., Iceland Sign Security Cooperation Agreement
Cléopatra : la frégate Jean Bart entre dans l’histoire du BPC Gamal Abdel Nasser
Surveiller l’espace maritime français aussi par satellite
America's Navy-Marine Corps Team Fuse for RIMPAC 2016
Stratégie France : Plaidoyer pour une véritable coopération franco-allemande
La lumière du Droit rayonne au bout du chemin





Directeur de la publication : Joël-François Dumont
Comité de rédaction : Jacques de Lestapis, Hugues Dumont, François de Vries (Bruxelles), Hans-Ulrich Helfer (Suisse), Michael Hellerforth (Allemagne).
Comité militaire : VAE Guy Labouérie (†), GAA François Mermet (2S), CF Patrice Théry (Asie).

Contact