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Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise

Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise

Point de presse conjoint des ministres britannique, M. Jack Straw et français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin. Source: Quai d'Orsay, Paris, le 9 avril 2003.

Je suis particulièrement heureux de rencontrer aujourd'hui mon homologue britannique, M. Jack Straw.

Je suis d'autant plus heureux de cette rencontre qu'elle intervient après quelques semaines difficiles entre nos deux pays, même si le dialogue n'a jamais cessé entre nous et, je puis le dire, même si l'amitié n'a jamais cessé entre nous.

Avant de vous présenter les différents éléments de nos entretiens, je voudrais souligner à nouveau l'importance que nous attachons à nos relations avec nos amis britanniques. Nos deux pays sont soudés par l'histoire, par des valeurs communes et comme le président de la République l'a récemment écrit à sa Majesté, la reine Elizabeth, à l'occasion des actes indignes de vandalisme au cimetière britannique d'Etaples, c'est une relation évidemment centrale pour la France.

Au-delà des points de désaccords ponctuels que nous pouvons avoir, ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise et le Premier ministre, Tony Blair, l'avait relevé à juste titre lors du récent Sommet du Touquet.

Nos échanges de vues ont été approfondis sur les questions internationales, et bien sûr sur l'Irak. Nous avons marqué notre souhait que la guerre puisse s'achever le plus rapidement possible et souligné la nécessité de mettre nos efforts en commun pour donner un rôle marquant aux Nations unies. Bien évidemment l'urgence pour le moment, vous le savez tous, c'est l'urgence humanitaire. Nous sommes mobilisés, nous avons travaillé ensemble dans le cadre de l'ONU pour la résolution 1472 afin de mobiliser la communauté internationale devant ce risque humanitaire.

Nous avons évoqué aussi la question du Proche-Orient, la nécessité de reprendre l'initiative le plus rapidement possible dans cette région du monde, à la fois pour répondre à l'insécurité que ressent le peuple israélien et en même temps au sentiment profond d'injustice ressenti par le peuple palestinien.

Nous avons évoqué les relations entre l'Inde et le Pakistan. Nous devons, ensemble, tout faire pour favoriser une reprise du dialogue entre ces deux pays. Nous avons évoqué la situation en Afrique, en Côte d'Ivoire, où nous nous sommes félicités des avancées dans la lignée des accords de Marcoussis.

Nous avons évoqué la situation dans les Grands Lacs, la situation de la République démocratique du Congo. Nous partageons les mêmes inquiétudes sur les derniers développements dans l'est du pays. Il faut maintenant aller de l'avant et mettre en place le gouvernement de transition.

Enfin nous avons évoqué bien sûr les questions européennes, la question du prochain sommet, le 29 avril, des quatre pays sur la Défense. Vous savez, je l'ai souvent dit, que nous pensons qu'il s'agit d'un processus continu qui doit être ambitieux certes mais qui doit être aussi ouvert, transparent. J'ai marqué à Jack Straw notre volonté de construire, avec le Royaume Uni, l'Europe de la Défense, car c'est bien nos deux pays qui doivent être au cœur d'un tel processus. Le Royaume Uni est un partenaire naturel dans cette entreprise, depuis Saint-Malo. Nous devons continuer dans la voie tracée le 4 février dernier au Sommet bilatéral du Touquet.

Nous avons évoqué les travaux de la Convention, redit notre attachement à son succès, notre attachement à l'élaboration d'une architecture institutionnelle qui donne à la fois la force et la stabilité à l'Europe.

Nous avons évoqué bien sûr les relations bilatérales. J'ai redit l'attachement de la France concernant l'extradition de Rachid Ramda et nous nous félicitons, dans ce contexte, de la décision de la décision de la Cour de justice britannique du 7 avril.

Avant de passer la parole à Jack Straw, je veux dire une fois de plus tout le plaisir que j'ai de le recevoir ce matin. La Grande-Bretagne est pour la France un partenaire majeur. La France, comme l'Europe, a besoin de la Grande-Bretagne.

Question: Est-ce que le fait d'avoir un administrateur américain en Irak durant l'après-guerre serait en contradiction avec le rôle central que revendique la France pour l'ONU ?

Dominique de Villepin: Je crois qu'il faut partir de la situation telle que nous la connaissons. Il y a une guerre avec ses conséquences tragiques que chacun peut voir et nous souhaitons évidemment que cette guerre puisse se terminer le plus rapidement possible. Nous entrerons alors dans une phase dite de sécurité où il faudra s'assurer que l'unité, l'intégrité de l'Irak soient maintenues, que sur l'ensemble du territoire, la sécurité puisse être retrouvée. C'est une période difficile, délicate. Evidemment, nous l'avons dit, les forces présentes sur le terrain ont la responsabilité première dans cette phase. Vient alors la phase proprement dite de reconstruction, et nous sommes convaincus, comme vous l'avez indiqué, que dans cette phase là, il est important que la légitimité de la communauté internationale soit soutenue et qu'il faut, pour ce faire, que les Nations aient une place centrale.

Vous posiez tout à l'heure la question : quelle différence y a-t-il entre le rôle vital ou le rôle central ? Je suis d'accord avec Jack Straw. Nous sommes d'accord pour que les Nations unies occupent toute leur place dans ce processus. Et, entre vital et central, il y a l'épaisseur de la réalité, l'épaisseur de la légitimité, l'épaisseur de la communauté internationale. Nous pensons que, plus cette communauté internationale sera unie, plus le processus aura de chance de réussir. Et c'est bien parce que nous voulons avoir une approche à la fois pragmatique, ouverte, constructive, que nous souhaitons évidemment que chacun puisse apporter ses efforts à la réussite de ce défi difficile. Je l'ai souvent dit, l'Irak a été une épreuve au cours des dernières années pour la communauté internationale. Il y a de fortes chances pour que l'Irak reste une épreuve et il y aura besoin, je pense, de la solidarité, de la mobilisation de toute la communauté internationale pour réussir. Les Nations unies, outil de la légitimité internationale sont une garantie supplémentaire de succès.

Question: Le ministère des Affaires étrangères a-t-il été informé des obsèques de Brahim Zaccheri, numéro deux du mouvement des Moudjahidins du peuple, qui se sont tenues au cimetière du Père Lachaise à Paris, le vendredi 4 avril, devant plusieurs centaines de militants du MKO ? Et si le ministère a été informé, comment expliquez-vous qu'un tel rassemblement ait pu avoir lieu en France alors que le MKO figure sur la liste des organisations terroristes répertoriées par les Nations unies, les Etats-Unis et l'Europe ?

Dominique de Villepin: Comme vous le savez, c'est une affaire qui relève du ministère de l'Intérieur.

Question: Avez-vous parlé de la dette irakienne ? Sera-t-elle effacée ? Quelles seront les modalités de compensation des entreprises privées et des gouvernements ?

Dominique de Villepin: Vous voyez bien que cette question est tout à fait prématurée dans le contexte actuel.

Question: Avez-vous évoqué la situation grave des journalistes qui sont détenus en Irak ?

Dominique de Villepin: Nous avons bien sûr évoqué la situation humanitaire des populations civiles, des journalistes, pour marquer l'extraordinaire nécessité de vigilance. C'est un souci, une préoccupation qui est celle des forces sur place, celle de toute la communauté internationale et je crois qu'il faut unir nos efforts pour essayer de répondre à la fois à ces difficultés, à cette douleur et à cette inquiétude que vous exprimez concernant les journalistes.

Question: Après des semaines difficiles pour la relation franco-britannique, la rencontre de ce matin est-elle le signe que tout est oublié et pardonné entre les deux pays ?

Dominique de Villepin: Vous savez, il n'est jamais bon d'oublier le passé. Il faut s'enrichir des expériences, s'enrichir des situations. Ce qui est certain, ce que nous avons affirmé tout au long de ces semaines et ce que nous réaffirmons aujourd'hui, c'est le caractère indispensable de la concertation très étroite, du travail en commun qui est le nôtre. Jack Straw l'a dit et c'est évidemment important. Nous avons beaucoup travaillé ensemble pour obtenir la résolution humanitaire dans le cadre des Nations unies. Nous allons continuer à le faire au cours des prochaines semaines et des prochains mois car la tâche, vous le voyez bien, est lourde. La nécessité d'un engagement très fort dans le processus de paix israélo-palestinien, la nécessité d'engager très fortement cette reconstruction politique, administrative, économique, de l'Irak, sont autant de défis dans cette région. Et nous avons évoqué d'autres défis : la situation entre le Pakistan et l'Inde, les situations de crise en Afrique, les perspectives européennes. Vous savez que nous avons tous à cœur de relancer cette Europe, de lui redonner la confiance, de lui redonner un horizon et, par définition la tâche qui est la nôtre dans le cadre de la convention est évidemment essentielle. Nous avons donc un agenda extrêmement chargé. Je crois qu'il y a une volonté partagée de l'aborder ensemble. Il y a la conviction que le rôle que nous pouvons jouer, l'un et l'autre, est tout à fait décisif et je crois que c'est dans cet esprit que nous allons travailler au cours des prochains mois.

Dès lors qu'il y a entre nos deux pays la fidélité d'une longue histoire commune, d'une expérience commune, dès lors qu'il y a l'exigence, le respect, la franchise, dès lors qu'il y a l'amitié, je crois qu'il y a tous les ingrédients pour nous assurer que la France et la Grande-Bretagne, ensemble, chercheront à apporter le meilleur de chacun de nos deux pays, à la fois à l'Europe, et à la recherche d'un ordre mondial, plus juste et plus stable./.

 

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