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L'OTAN et l'UE ne sont pas des institutions parallèles qui seraient concurrentes

L'OTAN et l'UE ne sont pas des institutions parallèles qui seraient concurrentes

Conférence de presse à Bruxelles le 12 juin 2003 de madame Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, à l'issue de la réunion des ministres de la défense de l'OTAN. Source: DICoD, Ministère de la défense, Paris.

Michèle Alliot-Marie: Ce que l'on peut dire de nos réunions depuis ce matin, c'est qu'elles ont été délibérément tournées et vers l'avenir et vers le pragmatisme.

Vers l'avenir, pour répondre par avance à la question que vous ne m'auriez pas posée, sur les suites éventuelles des quelques agitations qu'il y avait eues au cours des derniers mois. Ceci n'a nullement été évoqué.

Ce dont nous avons parlé, c'est de l'adaptation de l'Alliance aux nouveaux défis stratégiques et notamment dans la suite de ce que les chefs d'Etat et de gouvernement avaient décidé à Prague. Nous avons donc approuvé le concept de la NRF dont les premiers éléments devraient être opérationnels à l'automne.

J'ai confirmé la participation de la France à la NRF, comme cela avait été dit dans les termes qui avaient été ceux du Président de la République française à Prague, en soulignant en particulier la nécessaire compatibilité avec la force d'intervention rapide de l'Union européenne.

En ce qui concerne les capacités, également évoquées à Prague, c'est là où l'idée du pragmatisme a été soulignée, avec une considération que je souhaite être partagée par tous: l'on ne doit pas s'arrêter aux mots; il faut également des traductions concrètes. Au-delà des déclarations, il faut essayer d'avancer.

De ce point de vue, il y a eu deux signatures importantes: l'une sur le transport aérien dans l'attente de l'A400M. Quinze pays se sont engagés à se coordonner pour louer des appareils gros porteurs au meilleur coût et notamment des Antonov. C'était un des points sur lesquels nous avions eu l'occasion de discuter à plusieurs reprises. Je suis heureuse de voir qu'aujourd'hui, cette lettre d'intention a pu être signée. C'est également le cas dans le domaine du transport maritime stratégique.

Le déjeuner a essentiellement été consacré aux différents théâtres d'opérations extérieures sur lesquels nous sommes amenés à intervenir, qu'il s'agisse des Balkans, de l'Afghanistan. J'ai également été amenée à parler de l'opération en Ituri avec Javier Solana.

Sur la Macédoine, nous nous sommes tous réjouis de la façon dont l'Union européenne a pris la relève dans le cadre des Accords Berlin plus. Ceci d'un double point de vue:

-- la réaction des autorités et de la population de Macédoine, d'une part: il y a eu un très bon accueil de la part de la population ; après peut-être un certain scepticisme au début, cela a été la démonstration de la pertinence de cette opération, et d'autre part, par ce que c'était en quelque sorte une première, susceptible de servir de modèle pour la Bosnie.

Là aussi, je pense que cela établit un modèle de transparence et de bonne coopération. Cet après-midi, j'ai d'ailleurs souhaité qu'il puisse y avoir dès maintenant une réflexion sur les modalités de cette transmission, sur le modèle de ce qui a été fait en Macédoine.

En ce qui concerne la Bosnie et le Kosovo, nous avons parlé de la poursuite de l'adaptation du dispositif actuel, notamment avec les réductions d'effectifs et les éventuelles restructurations. J'ai rappelé la nécessité de la restructuration au Kosovo, avec la suppression des zones.

En ce qui concerne l'Afghanistan, nous avons eu des échanges. Mon collègue allemand Peter Struck a rappelé les conditions dans lesquelles la relève s'est effectuée.

En ce qui concerne le soutien à l'ISAF, la France, qui sera le troisième contributeur de cette opération, a assuré du maintien de sa présence dans le cadre de l'ISAF et également de la formation de l'armée afghane. Elle a rappelé son soutien pour que l'OTAN puisse être utilisée par les pays qui en assurent la relève afin de soutenir leurs opérations et leurs capacités. C'est là un des aspects de l'action de l'OTAN comme " boite à outils " en quelque sorte, à la disposition des participants aux différentes actions.

Sur la relation OTAN/UE, j'ai été amenée à remarquer fortement que cette relation doit reposer sur la transparence organisée et sur la confiance. Si les uns ou les autres font en permanence preuve d'esprit de suspicion, ce n'est pas comme cela que nous serons efficaces dans notre intérêt et dans notre travail communs pour la paix et la sécurité.

  • Questions - Réponses

Question: Sur la Bosnie, sentez-vous des réticences de certains partenaires sur cette idée de relève ? Y a-t-il eu des explications en ce sens ?

Non, je n'ai pas eu d'explications ni même de manifestations particulières. Lorsque j'ai tenu les propos sur le modèle macédonien pour la Bosnie, lorsque cette relève apparaîtrait opportune, il n'y a eu aucune remarque négative.

Question: Quelle est votre analyse de la réforme de structure de commandement ? Sur les opérations, les Américains ne se sont pas réjouis de l'intervention en Ituri. Par ailleurs, ils freinent sur la relève en Bosnie. Comment analysez-vous l'évolution de l'Alliance ?

Michèle Alliot-Marie: Je crois que l'OTAN a besoin de s'adapter. De ce point de vue, dès le départ, la France a dit qu'elle était totalement favorable à cette adaptation. La donne stratégique a changé à tous points de vue. Nous n'en sommes plus aujourd'hui à protéger une partie du continent européen sur ses frontières. En même temps, nous pouvons être amenés à intervenir dans des conditions extrêmement difficiles. D'où, la nécessité d'une force d'intervention rapide, dans certaines conditions qui ont été acceptées à Prague, et qui est certainement un élément tout à fait indispensable.

Il faut par ailleurs prendre en compte l'existence, qu'on le veuille ou non, d'une défense européenne. Embryonnaire peut-être, à perfectionner certainement, mais elle existe. La Macédoine, l'Ituri, demain la Bosnie. De toute façon, les décisions sur la force d'intervention européenne, les programmes communs du type de l'A400M, du Météor, du Tigre, du NH90, des frégates multimissions, tout ceci, lié avec l'agence européenne de développement et d'acquisition des capacités, ce sont des éléments concrets de l'Europe de la défense. Le problème aujourd'hui, c'est que l'OTAN tienne compte de cela. L'OTAN et l'UE, ce ne sont pas des institutions parallèles qui seraient concurrentes. Ce sont deux éléments complémentaires d'une même volonté de protection de l'Europe et éventuellement d'intervention dans un certain nombre de crises.

Sur la Macédoine, l'opération s'est bien passée. Il n'y a pas eu de blocage. Sur l'Ituri, je n'ai entendu que des remerciements et des remerciements dirigés vers la France. D'ores et déjà, il y a quinze pays qui participent à cette opération.

Question: Sur la Bosnie, j'ai entendu dire qu'il y avait des réticences américaines au passage de relais. Je n'ai rien de concret. Il faut aussi savoir à quel niveau cela se passe. Il faudra l'éclaircir. De toute façon, nous avons un an devant nous. Il n'a pas fallu un an pour mettre en place l'opération macédonienne. L'installation d'un commandement de la transformation à Norfolk est-il de nature à renforcer le pilier européen ?

Michèle Alliot-Marie: Le problème n'est pas de renforcer le pilier européen de l'Alliance, mais que soit pris en compte, sans arrières pensées, ni suspicion quelque chose qui existe. Sur le commandement de transformation, je tiens à réaffirmer que nous sommes tout à fait prêts à participer à tout ce qui pourrait faciliter sa mise en œuvre.

Question: Avez-vous des précisions sur l'opération en Ituri ?

Michèle Alliot-Marie: L'opération a été montée à la demande du Secrétaire général des Nations unies, qui avait demandé le soutien de la France et qui s'est ensuite transformé en soutien de l'Union européenne. C'est donc une opération mise en œuvre à partir d'une résolution de l'ONU qui fixe sa durée et son ampleur géographique. Il y a eu accord des trois pays de la région concernés. C'est un point auquel nous tenons beaucoup. C'est une opération qui va concerner 1 700 hommes, dont un millier de Français. Une quinzaine de pays vont participer, sous des formes diverses, allant du transport stratégique, des éléments de commandement, jusqu'à des éléments de soutien sur place.

J'ai toujours dit que c'était une opération militairement difficile, parce que dans une zone relativement éloignée de tout, avec des vrais risques militaires. Il y a un bon nombre d'adolescents complètement incontrôlables, sous l'emprise de la drogue, sur-armés en armes légères mais également avec des missiles sol-air. Il faut donc que les troupes disposent du matériel adapté. Or comme nous sommes en pleine saison des pluies, il est impossible de faire arriver des blindés par les pistes. Nous sommes donc obligés de faire un pont aérien sur Bunia. La piste de l'aéroport est dans un état très insatisfaisant. Il sera nécessaire de la refaire tous les trois ou quatre posés. Nous allons donc mettre plusieurs semaines pour avoir un déploiement total.

D'après le mandat de l'ONU, notre rôle c'est de soutenir la MONUC pour arriver à un système de sécurisation de zone et lui permettre d'agir. Cela concerne Bunia et l'aéroport et aucune autre zone à l'extérieur. Toute cette région est effectivement en proie à l'instabilité et à un certain nombre de massacres, mais nous ne pourrons rien faire en dehors de la zone, ce qui pose évidemment un problème et psychologique et de communication. La durée est jusqu'au premier septembre en attendant la relève par le Bangladesh.

Question: Y a-t-il des éléments chiffrés sur votre contribution à la NRF ?

Michèle Alliot-Marie: Il n'y a pas d'éléments chiffrés aujourd'hui. Vous connaissez le système, il n'y a pas d'éléments dédiés à priori. On a des chiffres en général. J'ai annoncé que nous participerons à la conférence de génération de forces en octobre.

Question: Sur Bunia, ne risque t-on pas d'avoir une situation comparable à Kaboul, avec des environnements non sécurisés ?

Michèle Alliot-Marie: Le risque est bien celui-là. Les Nations unies ont identifié un besoin essentiel. Il est évident que si l'on désirait couvrir l'ensemble du territoire de l'Ituri, qui est un très grand territoire, ce ne serait pas avec 1 700 hommes qu'on pourrait le faire. Même avec dix fois plus d'hommes, ce qui serait probablement les effectifs nécessaires, cela n'empêcherait pas des troubles quelques kilomètres encore au-delà de ce périmètre. Dans ce domaine, je crois qu'il faut être pragmatique et partir d'un besoin ressenti et défini comme tel par les Nations unies, qui porte sur Bunia même et sur l'aéroport. Il y a une urgence à laquelle nous répondons. Nous ne pouvons pas, avec les effectifs dédiés actuellement à cette opération, aller plus loin, car les risques d'inefficacité seraient alors encore plus grands.

 

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