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Evergreen à Paris : Bienvenue à Paris Hillary (3)

Les mémoires du Sénateur de New York, Hillary Rodham Clinton, font déjà couler beaucoup d'encre depuis la sortie de son livre aux Etats-Unis. Un vrai "best-seller": 200.000 exemplaires vendus en moins d'une semaine. Il est vrai que vie privée et politique ont été très étroitement mêlées à la Maison-Blanche du temps des deux présidences de Bill Clinton. Hillary R. Clinton, après un brillant passé universitaire et son élection au poste de Sénateur de l'Etat de New York fait aujourd'hui figure de présidentiable, même si elle n'est pas candidate déclarée. Lors de sa visite à Paris pour le lancement de son livre publié en français chez Fayard (1) "Mon histoire", madame Clinton a répondu très directement aux questions de Christian Malar, Rédacteur-en-Chef à France 3. L'entretien s'est déroulé à l'Hôtel Georges V à Paris. Le Sénateur-écrivain s'exprime notamment sur ce que devraient être des relations normales entre Alliés en général et américano-françaises en particulier. Une manière de regretter les bonnes relations franco-américaines du temps de Bill Clinton. Paris le 2 juillet 2003. Texte intégral traduit de l'américain et photographies de Joël-François Dumont. (American Original Text). Ó Courtoisie Christian Malar et France 3.

Christian Malar: Merci beaucoup madame le Sénateur pour cet entretien et bienvenue en France.

Hillary Rodahm Clinton: Merci.

Christian Malar: Avant de parler de votre livre, qui s'appelle "Mon Histoire", je voudrais avoir des nouvelles d'Evergreen, d'Eagle et d'Energy…

 Hillary Rodahm Clinton: (Eclat de rire) Quelle merveilleuse façon de poser la question! Et bien Evergreen, c'est à dire moi-même, est très heureuse d’être là en France, c’est un plaisir. "Aigle" va bien également. Il travaille sur son livre et "Energie" achève sa licence à Oxford.

Christian Malar: Vous parlez bien d’Aigle et d’Energy ?

Hillary Rodahm Clinton: Tout à fait ! Comme vous l’avez appris en lisant mon livre, c’était les noms de codes que le Secret Service nous avait attribués. J'étais Evergreen. Mon mari était "Eagle", l’aigle américain bien sûr, et ma fille était "Energy".

Christian Malar: Quelle impression cela vous fait d'être en France, à un moment malheureusement - et tristement-, où la relation entre nos deux pays est, disons-le, pas brillante ?

Hillary Rodahm Clinton: Vous savez, je garde espoir que notre relation se remettra sur le bon rail. Parce qu’après tout elle remonte au début de notre pays.

-- Nous n’avions alors pas d’allié et d'ami plus fort que la France lorsque nous nous battions pour notre indépendance. Mais nous avons traversé tant d’épreuves ensemble et je pense qu’il y aura toujours des domaines sur lesquels nous serons en désaccord.

  • Nous avons des histoires différentes, des cultures différentes.

Nous avons une vision du monde qui peut être différente, mais il nous faut continuer à faire en sorte que nous nous comprenions l'un l'autre, que nous nous soutenions, parce que nous avons beaucoup plus en commun que nous n’avons de choses qui nous séparent.

Christian Malar: Dans votre livre, madame le Sénateur, à propos de votre premier dîner officiel aux Etats-Unis avec Jacques et Bernadette Chirac, en février 1996, j'y étais, vous écrivez: "je n'ignorais rien de la relation à la fois ancienne et complexe entre la France et l'Amérique et vous écrivez plus loin: "la sympathie personnelle de Jacques Chirac pour les Etats-Unis ne suffit pas pour assurer le soutien français à notre politique". Ceci signifie t-il que vous êtes déçue par les attitudes françaises à l'égard des Etats-Unis après ce qui s'est produit avec la guerre en Irak ?

Hillary Rodahm Clinton: Je voudrais tout d’abord vous dire que j’ai éprouvé un grand plaisir à connaître les Chirac. Personnellement j’aime beaucoup le président Chirac. J’ai beaucoup de plaisir à parler avec lui, j’apprécie son expérience des Etats-Unis et j’admire Madame Chirac. Elle avait un mandat électif, ce que j’ai trouvé très intéressant. Je lui ai d'ailleurs rendu visite dans sa circonscription et cela m’a beaucoup intéressée.

Je crois que les relations personnelles sont extrêmement importantes entre ceux qui assument les plus grandes responsabilités avec leurs épouses également et d'autres encore. Mais je pense aussi qu'il est impératif pour les Etats-Unis et pour la France de reconnaître qu’il y a des questions sur lesquelles il puisse y avoir des divergences.

Je regrette que nous ayons eu cette divergence concernant l’Irak. Je pense que sur les questions importantes pour nous, qu'il s'agisse des armes de destruction massive, de la résolution 1441 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, les Américains et les Français étaient ensemble.

Je sais que la France nous a soutenu avec beaucoup de fermeté en Afghanistan, comme elle l'a fait naturellement quand mon mari en a eu besoin dans les Balkans.

Je pense qu'il est important de part et d’autre que nous reconnaissions que nous avons des points de vue communs et des similitudes, que notre relation est historique, que nous avons beaucoup de bons rapports personnels, que nous devons trouver un terrain d’entente.

Lorsque nous sommes en désaccord, il faut que ce soit dans un climat de respect, mais je voudrais espérer que les Etats-Unis et la France ayant tellement de valeurs en commun que nous puissions toujours travailler pour être le plus proche possible l'un de l'autre.

Christian Malar: Une majorité de Français, madame le Sénateur, vous a admirée pour ce que vous avez enduré pendant l’affaire Monica Lewinsky. Vous écrivez que c’est l’événement le plus douloureux et le plus dévastateur de votre vie. Appartient-il au passé ? Avez-vous pardonné à Bill, au Président, un grand homme, pour toujours ?

Hillary Rodahm Clinton: Oui, oui aux deux questions. Cela fait partie du passé. D’ailleurs mon livre traite ce chapitre de ma vie qui est aujourd'hui clos. J’ai depuis tourné la page. Et comme je l’écris dans mon livre, je me suis trouvée dans une situation tout à fait inhabituelle. Car ce qui aurait du rester dans le domaine personnel et privé est devenu public, a été jeté en pâture au public pour des raisons à la fois politiques et partisanes.

Ceci était regrettable car c’était à la fois injuste pour ma famille et ce n’était pas bien pour notre pays. Et bien sûr, j'ai du faire face en tant que femme, qu’épouse, que mère et que citoyenne. Et comme je l’écris dans mon livre, j’ai du sauver mon mariage d’abord me demander si je voulais survivre. Enfin j’ai du continuer à défendre mon mari contre ces attaques partisanes politiques qui visaient à mettre à mal sa présidence.

  • Ceux qui tiraient les ficelles se moquaient alors éperdument de moi ou de ma famille. Ils étaient après lui et le pouvoir qu'il représentait.

Christian Malar: Dites-moi tout. Si le Parti Démocrate venait à avoir besoin de vous, à la dernière minute, comme candidate, pour battre les Républicains à la prochaine présidentielle, accepteriez-vous d'être candidate à la dernière minute ?

Hillary Rodahm Clinton: (Rires)

Christian Malar: Ou attendriez-vous jusqu'en 2008, parce que vous avez bien réussi dans votre travail de Sénateur de l'Etat de New York ?

Hillary Rodahm Clinton: Vous savez, c’est un travail très important. C’est un grand honneur pour moi que de servir en tant que Sénateur de New York.

Nous avons de très bons candidats dans la course. Je sais que la couverture médiatique n’est peut-être pas aussi importante qu’elle devrait l’être pour que les gens, en France et ailleurs, comprennent bien vraiment la qualité de ces personnes qui sont candidates.

Je suis convaincue que nous aurons un candidat qui va émerger que le Parti Démocrate nommera, mais la lutte sera très serrée. Je sais que les sondages disent maintenant que le président ne peut pas être battu. Personnellement, je ne le crois pas. Il y a beaucoup de choix politiques de cette Administration qui ne sont pas bonnes pour le pays et pour les gens qui comment à le ressentir. Au moment des élections, ce sera encore plus évident.

Christian Malar: Avez-vous encouragé votre mari - il y a quelques rumeurs - qu'il pourrait être candidat pour la mairie de New York en 2005 ? Vous seriez alors Sénateur de l'Etat. Il serait le Maire de la ville, ce serait fantastique !

Hillary Rodahm Clinton: (Eclat de rire) Comme il l’a dit, il n’en a pas l’intention. Cela ne l’intéresse pas pour l’instant.

C’est très flatteur, je dois dire, que les gens pensent à nous comme cela.

Vous savez, mon mari est très heureux à l’heure actuelle: il travaille sur son livre, à sa fondation, en Afrique, en Asie, pour essayer de stopper l’épidémie du Sida, et de permettre le développement économique. Il est donc très occupé à l’heure actuelle.

Christian Malar: Vous menez un combat très dur dans les secteurs de l'éducation et la santé. Pourriez-vous nous expliquer maintenant comment les Etats-Unis, un grand pays, le plus grand au Monde, peut avoir quarante millions d'Américains sans sécurité sociale ?

Hillary Rodahm Clinton: Vous savez, j’aimerais bien pouvoir répondre à cette question. Pourquoi nous avons quarante millions d’Américains qui n’ont pas de couverture sociale, dans notre pays qui est tellement riche qui est doté d'un si beau système de santé par ailleurs.

Mais ce système s’est développé sans véritable stratégie, un peu au coup par coup; Et à l’heure actuelle, il y a beaucoup d’intérêts qui sont en jeu. Très franchement, il y a des gens qui ont beaucoup d’argent à gagner dans le système tel qu’il existe aujourd’hui.

Au sein du Parti Républicain et de l'actuel gouvernement actuel on sent une volonté de mettre un terme à tous ces programmes de protection sociale pour les personnes âgées, les plus démunies également, et les handicapés.

  • Il ne croient que dans le marché.

Vous savez, j’ai prononcé un discours il y a quelques années, qui a été reproduit ici en France.

Je disais que la société, c’est comme un trépied:

  • il faut une économie de marché forte parce que nous savons que c'est la meilleure façon de créer des emplois et de la richesse,
  • il faut également que le gouvernement soit fort et
  • il faut que la société civile soit forte aussi.

Si il y a un pied qui est en déséquilibre, le trépied tombera.

A l’heure actuelle, ma crainte est que la droite républicaine ne cherche à donner toute sa puissance au seul marché. Le marché ne laisse pas d’argent pour la santé des plus pauvres. Il n'y a aucun argent à gagner à s’occuper des plus pauvres. C’est pour cela que la sécurité sociale existe et que les programmes que j'ai soutenus sont faits. Je peux vous dire que nous avons en ce moment un grand débat sur ces sujets.

Christian Malar: Chacun espère à nouveau aujourd'hui que le processus de paix au Proche-orient est de retour. Le président Clinton, votre mari, vous le savez, a été à deux doigts de réussir: c'était en décembre 2000. Il semblerait - je pense que c'est vrai - que tout a échoué à cause de Yasser Arafat. Dans votre livre, vous parlez de Yasser Arafat et vous dîtes qu'il n'était "pas prêt de faire les choix nécessaires et difficiles pour la paix", même si il était "derrière le rideau", pour reprendre votre propos.

  • Pensez-vous que l'on puisse réussir cette fois-ci ?

Hillary Rodahm Clinton: Je crois qu’il y a une nouvelle chance qui s’offre à nous.

Parce que le peuple palestinien a décidé qu’il voulait que les choses changent et il s'est choisi un nouveau chef pour essayer véritablement de négocier avec les Israéliens. Je pense qu'il est important que les Etats-Unis et l’Europe accordent leur soutien aux efforts de Monsieur Abbas.

Yasser Arafat a apporté la démonstration, à moi comme à tous ceux qui l’ont suivi et qui ont travaillé avec lui qu'il n’est pas un leader pour l’avenir, mais qu'il est bien un leader du passé.

Je pense qu'il est important qu’il n’ait plus la possibilité de faire dérailler cette chance pour le peuple palestinien, je pense notamment aux enfants pou qu'ils connaissent un meilleur avenir..

Christian Malar: Madame le Sénateur, peut-être un bien de ces jours madame le Président, on ne dit "jamais" en politique, vous le savez. Je tiens à vous remercier pour le temps que vous avez bien voulu nous consacrer et vous souhaiter mes meilleurs vœux de réussite pour votre avenir.

Hillary Rodahm Clinton: Merci. J'ai apprécié cet entretien. Merci beaucoup.

© Michael Thompson

(1) "Mon Histoire", (Fayard, 673 p., 25 €) Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Odile Demange, Jean-Paul Mourlon et Marie-France de Paloméra.

"Living History", by Hillary Rodham Clinton: Simon & Schuster, June 2003 (576 pages, $28.00)


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