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Piteuses fins de croisades pour Washington !

Piteuses fins de croisades pour Washington !

Tony Blair et George Bush avaient pourtant laissé entendre que leurs soldats seraient acclamés par un peuple irakien en liesse, une fois le tyran chassé de Bagdad. Trois mois plus tard, les armes de destruction massive se font toujours attendre… Saddam Hussein n'est pas mort... Et de révélation en confirmation officielle, les opinions publiques anglaises et américaines doutent chaque jour davantage du sérieux des "preuves" avancées par George W. Bush et Tony Blair en personne pour lancer cette guerre ! L'ouverture d'enquêtes officielles dans les deux pays devrait jeter une lumière sur les ombres douteuses qui ont entouré le rôle de certaines officines qui n'ont rien à voir avec des services de Renseignement, britannique ou américain. Pendant ce temps sur le terrain, comme l'avait constaté William Pfaff (1) dans le Herald Tribune, "de qui se moque t-on" écrivait-il ? Un mois plus tard, Bruno Delamotte (2) spécialiste de géostratégie qui connaît bien toute cette région dresse un constat encore plus accablant en faisant un parallèle avec la situation actuelle en Afghanistan où il s'est rendu et où la situation est devenue parfaitement ingérable. Paris, le 17 juin 2003. Ó Bruno Delamotte & European Security.

Rien ne va plus au Pentagone. A Washington, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz sont accusés d'avoir exagéré le potentiel irakien en matière d'armes de destruction massive afin de favoriser la décision de renverser le régime. Sur le terrain, tant en Irak qu'en Afghanistan, la fin des opérations militaires, annoncée par le Président Bush, n'a pas été transcrite dans les faits. Les Américains semblent incapables de rétablir l'ordre. Incapacité qui pourrait être liée à une absence de volonté réelle marquée par le pragmatisme (le coût de la stabilisation est trop élevé pour que sa "rentabilité" en soit assurée) ou le cynisme (le désordre permet de justifier le maintien de forces armées sécurisant des poches économiquement intéressantes).

En Irak, en dépit du lancement de l'opération "scorpion du désert" (suite au sabotage d'un pipeline permettant d'évacuer le pétrole irakien vers la Turquie et aux pertes américaines lors d'une embuscade), les Américains se replient progressivement dans des zones hermétiquement closes où ils sont en sécurité mais coupés du pays. Ils sont repliés derrière des kilomètres de barbelés et ne sortent qu'en groupe pour éviter les attaques. Le traitement des conséquences (violence endémique, montée du religieux) par la force est destiné à dissimuler un refus de prendre en compte les causes du mécontentement et donc de la violence. En revanche, le sous-Sécrétaire à la Défense, Douglas Feith, a souhaité que soient constituées des unités américaines spécialisées dans la protection des champs de pétrole…

Washington semble indifférent à la multiplication des mouvements de résistance armée (on en dénombre au moins 14) qui provoquent 3 à 4 attentats par jour dans Bagdad. De même concernant les avertissements répétés de personnalités modérées telles qu'Adnan Pachachi, qui estiment que, si rien n'est fait, sous trois semaines ce sera le chaos. Pourtant, la montée du sentiment anti-américain est palpable. Et, moins de 1% des armes en circulation ont été récupérées. La situation est nettement meilleure dans le sud du Pays, où l'approche des forces anglaises a été radicalement différente.

Les équipes américaines mises à la disposition de l'autorité provisoire de la Coalition (CPA dirigée par Paul Bremer) par Washington ont de l'expérience : la plupart d'entre elles étaient précédemment en Afghanistan où elles s'étaient vu confier la même mission pacificatrice !

En Afghanistan, dix-huit mois après le départ des Talibans, l'Occident, au travers de l'ISAF (une mission ONU et non américaine), assure une sécurité précaire dans les rues de Kaboul et jusqu'à quelques kilomètres autour de la capitale. Les forces américaines, elles, tiennent des fortins comme l'aéroport de Bagram ou un camp à proximité de Kandahar – qui font régulièrement l'objet de tirs de roquettes - mais le pays est plus que jamais entre les mains des Warlords. Hamid Karzaï, premier ministre d'un Etat qui se limite à peu de choses près à sa capitale et dont l'autorité n'est fonction que de sa capacité à capter l'aide internationale, menace désormais de démissionner et de laisser ses protecteurs américains face à leurs contradictions.

La recrudescence du "terrorisme", y compris en zone urbaine, et de la production de pavot sont là pour montrer que Washington ne maîtrise qu'une infime partie du territoire. Pire encore, le programme de reconstruction – PRT, Provincial Reconstruction Team - a du être discrètement interrompu, l'armée américaine s'avouant dans l'incapacité d'assurer la sécurité des personnels civils ! Le sud et l'est du pays (Kandahar, Jalalabad) échappent totalement au contrôle des Marines.

Plus grave encore, début juin, des responsables de l'ISI pakistanais auraient organisé une rencontre secrète, sur la base aérienne de Samungli (banlieue de Quetta, Pakistan), entre des dignitaires Talibans et des responsables du FBI.

Les pré-requis à une éventuelle réconciliation auraient été longuement évoqués à cette occasion. Ils sont limités à quatre points:

- le mollah Omar doit être déchu de son statut de leader suprême,

- les combattants non-Afghans engagés dans les opérations doivent être expulsés,

- les soldats US détenus relâchés et, enfin,

- les Afghans de l'extérieur (aux USA et en Grande-Bretagne), y compris ceux ne parlant pas le Dari ou le Pastho, devront pouvoir se présenter aux prochaines élections générales.

Seul le premier point, le statut d'Omar, constituerait un véritable casus belli, les autres étant "discutables". Ces contacts auraient été établis par des défecteurs talibans protégés par les services spéciaux pakistanais.

Une telle rencontre, à quelques semaines de la Loya Jirga prévue en Octobre, si elle venait à être confirmée, serait à n'en pas douter une dramatique reculade de la part des autorités américaines, la preuve que la politique appliquée depuis dix-huit mois n'a pas produit plus d'effets que celles des Soviétiques. Des chefs de guerre aussi influents que Gulbuddin Hekmatyar (leader du Hizb-i-islami) ou le maréchal Fahim (héritier de Massoud, désormais pro-russe et pro-iranien) ne prennent plus la peine de dissimuler leur animosité à l'égard de la politique de Washington. Sans parler des Hazaras, eux aussi pro-iraniens, ou de Tadjiks persephones dirigés par Ismail Khan, qui regardent avec détachement ce qui se passe actuellement à Kaboul. Si ces chefs de guerre n'ont que bien peu de choses entre eux et en commun avec les Pashtoun de Hafiz Rahim qui, depuis son réduit proche de Kandahar, multiplie les attaques contre les forces américaines basées dans cette région, ils s'accordent sur un point : il faut chasser les étrangers et, ensuite, recommencer à s'étriper pour le contrôle de Kaboul. C'est dans ce bourbier que Paris entend envoyer des forces spéciales "soutenir" l'action des unités US.

Près de deux ans après les attentats du 11 septembre, Washington semble plus enclin à sauver les apparences, quitte à s'allier avec le diable, qu'à employer les moyens nécessaires pour remporter une "guerre contre la terreur" qui se révèle à la fois plus coûteuse et plus compliquée que prévue. Vaincre les terroristes implique de rentrer dans leurs schémas, de les convaincre, les abattre ne fait que renforcer la détermination des survivants et donner des martyrs à la cause. Le contre-terrorisme ne doit pas passer par des démonstrations de force ou de capacité technologique, mais par l'utilisation des failles de l'adversaire pour mieux le contrer. Mais cela demande un travail de fond et dans la durée, pas un simple saupoudrage ou le recours aux tapis de bombes en période de crise.

Des choix vont devoir être faits : reconnaître que l'on ne peut mettre un terme au terrorisme à coups de B-52 et autres opérations militaires "conventionnelles" ou accepter de discrets compromis, pour ne pas dire des renoncements au moins partiels, en se fondant sur la seule recherche d'une efficacité qui ne serait qu'apparente mais aurait l'avantage de permettre à Washington de sauver la face. Le terrorisme n'est pas uniquement un défi gratuit lancé à l'encontre des démocraties. Les attentats sont autant de questions qui ne doivent pas rester sans réponse.

(2) Avec Bernard Brigouleix, Bruno Delamotte est le coauteur d'un livre à succès "le grand bazar" publié aux Editions Michalon. Dans cet ouvrage puisé aux meilleures sources, ils démontent les mécanismes qui permettent de mieux comprendre les enjeux planétaires qui se font et se défont sous nos yeux et nous livrent quelques révélations inédites sur les combats qui se livrent dans l'ombre contre les grandes entreprises européennes. Bruno Delamotte, dont la profession est de conseiller de grands groupes français, était le 15 mai 2003 l'invité d'Elise Lucet sur le plateau du magazine de France 3 "Pièce à Conviction" consacré à l'Irak, "Questions sur une guerre éclair". NDLR

Lire également:

  • Qui a dit Boycott ? dans le Figaro des 19-20 avril 2003.
  • L’Irak n’est pas l’Afghanistan, c’est un pays solvable! dans le Figaro du 9 avril 2003.

 

 

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