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WorldSpace : la radio par satellite pour tous ?

WorldSpace : la radio par satellite pour tous ?

La radio numérique par satellite est arrivée. Ce système de radio portable est à la fois nouveau et unique au monde. Grâce à un appareil aussi gros qu’un double Cd-rom, il est désormais possible de capter des émissions radio dans le monde entier, directement par satellite, en qualité numérique. Le récepteur affiche le nom de la station sur son écran, et il est possible de sélectionner la réception par langue ou par type de programme. Il suffit que la petite antenne plate soit en vue du satellite pour recevoir de nombreux programmes de radios internationales. Citons en quelques unes: RFI, BBC, Bloomberg, Radio Nederland, CNN; des radios musicales également, comme Up Country ou encore Maestro et une trentaine d'autres programmes en direct d'Afrique, d'Europe et du Moyen-Orient comme Europe1, Radio Télé Sénégal, KBC, Kaya. Le responsable de WorldSpace pour la France qui a développé cette petite merveille de technologie, Pierre Casadebaig, n'est pas un inconnu dans le monde de la radio: c'est lui qui a participé à la naissance de Radio Nostalgie. Il entend bien aujourd'hui relever un autre défi, celui de la radio numérique par satellite. Nous avons pu tester cette petite merveille de technologie qui devrait intéresser un très large public, et bien sûr nos expatriés. M. Casadebaig a bien voulu répondre aux questions d'European-Security. Paris le 3 décembre 2003.

Joël-François Dumont: Certains avaient rêvé d'une machine comme la vôtre, vous, vous l'avez faite!

En quoi cette machine est-elle révolutionnaire ?

Pierre Casadebaig: Elle est révolutionnaire parce qu'elle permet de connecter les hommes ou qu'ils soient grâce à cette antenne. Cette toute petite antenne de quelques centimètres carrés, et ce, où que vous trouviez en Europe, en Afrique ou en Asie. Vous pouvez recevoir vos émissions de radio ou vos données sans aucun problème, simplement on vous demandera de voir le ciel. C'est donc, comme disait le directeur d'une grande radio française, "le moyen d'avoir la radio du ciel". La radio mais bien au-delà, ce système permet aussi d'envoyer des données, des "data" mais aussi de la vidéo. Il suffit que cette toute petite antenne soit pointée vers notre satellite géostationnaire. Un satellite qui est à 36 000 kilomètres de distance, et qui vous permet donc de recevoir soit des émissions, soit des programmes.

Document courtoisie WorlSpace

Joël-François Dumont: Alors parmi ces programmes, parmi ces émissions, qu'est ce qui est disponible aujourd'hui. J'ai vu que la Météo marine est disponible 24 heures sur 24 et ce 7 jours sur 7, ce qui offre un confort et une sécurité pour la plaisance exceptionnelle. Qu'en est-il des expatriés ? Prenons le cas d'un Français qui vit à l'étranger. Quelles chaînes audio peut-il recevoir ?

Pierre Casadebaig: Un Français qui vit à l'étranger peut recevoir Radio France Internationale, Europe 1 par exemple. Il peut recevoir le canal éducatif francophone, les principales radios sénégalaises, vous avez également d'autres radios africaines. Vous disposez actuellement d'une quarantaine de programmes différents, et de nombreux autres programmes musicaux complètent cette offre.

Document courtoisie WorlSpace

Autant de programmes disponibles que vous pouvez recevoir avec cet appareil partout dans le monde, dans les régions couvertes par nos satellites, sans aucun problème, je dis bien partout dans le monde. Que l'on soit en pleine brousse au Kenya ou en Afrique du Sud, au Sahara ou au Maghreb, même si vous êtes dans des régions un peu perdues. Où que l'on soit, on est bien content de garder ainsi un lien avec la France et d'être aussi au courant de ce qui se passe.

Joël-François Dumont: C'est valable pour des Français, mais est-ce valable également pour d'autres nationalités ?

Pierre Casadebaig: Essentiellement les pays anglophones. Il y a également les pays francophones d'Afrique, tout particulièrement les pays d'Afrique de l'Ouest.

Puisque nous sommes ici à Paris, sachez qu'il y a plus de 30 000 familles sénégalaises qui depuis Paris restent en contact avec leur pays grâce à cette radio et à sa petite antenne.

Document courtoisie WorlSpace

Nous avons également la possibilité de transmettre l'éducation à distance. Nous travaillons avec l'UNESCO. Comme nous diffusons des émissions numériques, ces "French data" nous pouvons les transformer en audio ou en vidéo ou en ce que l'on veut. Il faut savoir que l'on peut non seulement envoyer des émissions de radio, mais aussi des programmes éducatifs, des programmes de formation, on peut envoyer des journaux français à l'étranger. Quand vous êtes loin de la France, pour lire Le Monde, la Tribune ou l'Equipe, vous devez attendre trois ou quatre jours. Vous payez très cher, là non. Avec le satellite vous recevez ces émissions sans aucune connexion, simplement par satellite vous n'avez pas besoin de téléphone, vous n'avez besoin de rien.

Joël-François Dumont: Donc vous recevez n'importe où, sans courant électrique ?

Pierre Casadebaig: Enfin sans courant électrique, il vous faut des piles, ou il vous faut une solution alternative. Nous proposons une solution avec une pile, avec une batterie, un chargeur de batterie, solaire ou avec dynamo. Nous avons également une solution qui est unique au monde, qui a été développée en commun par une entreprise qui s'appelle Serras Technologies et l'institut français du pétrole: il s'agit d'une lampe à pétrole dont on prend la chaleur pour la transformer en énergie capable d'alimenter le récepteur.

Joël-François Dumont: Evidemment ceci va intéresser le quai d'Orsay qui a du équiper ses ambassades pour recevoir le journal "le Monde" et RFI en particulier ?

Pierre Casadebaig: Vous savez qu'il va y avoir le sommet mondial de la société de l’information à Genève à la fin de l'année. Le quai d'Orsay va, je pense, organiser un certain nombre de manifestations parce que ce sommet est retransmis par WorldSpace. Un certain nombre de ces points d’écoute permettront aux gens qui n'ont pas pu faire le déplacement à Genève de suivre ce sommet. Un certain nombre d'ambassadeurs et de personnels diplomatiques ont déjà leur récepteur et écoutent RFI grâce à notre système WorldSpace. Je vous signale qu'en situation de crise, seul le satellite permet de recevoir dans la continuité des émissions de radio française ou d'autres pays, anglaise ou américaine….

Joël-François Dumont: Sans qu'elles soient interdites ?

Pierre Casadebaig: Sans qu'elles soient interdites. On ne peut rien interdire. Vous savez il suffit de voir le ciel pour capter les émissions.

Joël-François Dumont: Il y a, je suppose, tout une série d'autres applications qui sont possibles ou envisageables à l'avenir avec ce genre d'appareil. Sans parler de l'outil fabuleux qu'il fournit en réponse au besoin exprimé par la France lorsqu'elle a regretté publiquement de ne pas être à même de mieux faire valoir son point de vue dans le monde. Je pense en particulier aux raisons avancées à l'ONU pour refuser de prendre part à la guerre préventive déclenchée par les Etats-Unis contre l'Irak. Le gouvernement, et même dans une certaine mesure, l'opinion publique, ont souffert, notamment, d'une "absence de CNN à la française". Un projet est en cours d'élaboration. C'est une affaire qui va prendre encore quelques années. Mais grâce à WorldSpace, on peut dire que ce "CNN à la française" existe déjà pour la radio?

Pierre Casadebaig: Oui, nous sommes le seul moyen de transmettre RFI par exemple à nos compatriotes qui vivent en Asie, en Inde ou en Chine. Mon inquiétude est au niveau des restrictions budgétaires dont souffre RFI, d'après son président et son directeur général. Ceci fait que je ne suis pas sûr que nos compatriotes d'Asie pourront continuer à recevoir des émissions grâce aux satellites WorldSpace qui s'appellent pour l'Asie "Asiastar" et pour l'Afrique "Afristar".

Imaginez quelqu'un à Ouaga, ou un auditeur quelque part dans la brousse africaine. Un de seuls moyens, pour ne pas dire l'unique, qui le relie en permanence à la France est WorldSpace. A l'heure actuelle, il n'existe pas d'autres moyens de recevoir, dans des conditions normales je dirais, sa radio à l'international. J'espère qu'on est pas en train de fabriquer des Français qui auraient le droit et d'autres qui n'auraient pas ce droit !

Joël-François Dumont: La radio a toujours joué un rôle considérable en temps de guerre. Il n'y a qu'à se souvenir de l'usage que le général de Gaulle avait fait depuis Londres du service en langue française de la BBC. On a même revu ce phénomène - à la télévision cette fois - cette année, lorsque, par millions, des Américains se sont branchés sur les télévisions canadienne (CBC) et britannique (BBC) pour s'informer. Sans doute parce qu'ils nourrissaient quelques doutes et ne faisaient pas une confiance absolue dans leurs télévisions dont les responsables avaient justifié des mesures d'exception dans le domaine de l'information. Ceci n'a pratiquement pas été relevé dans la presse, mais demeure un fait.

Est-ce qu'avec un appareil comme celui-ci on peut également se brancher sur la BBC ou sur d'autres radios internationales ?

Pierre Casadebaig: La BBC est l'une des radios qui est diffusée par WorldSpace. Où que vous vous trouviez dans le monde, vous pouvez recevoir le "BBC World Service", le service international de la BBC. Ce service est diffusé sur WorldSpace. Ce qui m'inquiète, c'est d'imaginer que CNN et la BBC soient diffusés dans le monde entier en radio, mais que RFI ne le serait plus, faute de crédits ! Il y aurait de quoi alors se poser des questions…

Joël-François Dumont: On imagine aisément que cette petite radio révolutionnaire a un prix très élevé et qu'on la trouve seulement dans les magasins très spécialisés ?

Pierre Casadebaig: Pas du tout. Pour l'acheter, il vous suffit de vous rendre sur Internet sur le site http://www.worldspace.fr pour les francophones, et http://www.worldspace.com pour les autres. Cet appareil s'appelle "World" comme le monde et "Space" comme l'espace, en un seul mot. Vous trouverez sur ces sites toutes les indications, toute information, comment les commander par Internet.

En ce qui concerne le prix, je vais être très clair. Le "prix généralement constaté", le "street price" comme on dit en anglais, est autour de 150 dollars US, donc moins de 140 €uros !

Joël-François Dumont: Alors comment expliquer que l'on ne trouve pas ce produit à la FNAC, dans les grands magasins ou encore dans les grandes surfaces ?

Pierre Casadebaig: Nous avons longuement été en discussion avec la FNAC. Je pense que, dés le début de l'année prochaine, il y aura des récepteurs partout. On les trouvera également dans les grands réseaux de distribution et à la FNAC. Il ne faut pas oublier quand on évoque ces questions qu'une part importante de notre marché se situe dans les pays en voie de développement. Il n'était donc pas question d'accepter que le prix de ces radios soit trop élevé, ceci explique que l'on ait différé la mise sur le marché de WorldSpace.

Joël-François Dumont: Autre avantage de ce système de "réception directe", on connaît la très grande qualité de la télévision par satellite à la fois pour l'image comme pour le son, pour la radio je suppose qu'il en va de même ?

Pierre Casadebaig: Tout à fait. Ce sont des programmes numériques. Vous n'êtes donc limité que par la qualité de vos petits haut-parleurs incorporés. Vous avez une sortie qui vous permet de vous raccorder à une chaîne Hi-Fi, et là, vous obtenez une qualité parfaite.

Pierre Casadebaig: Actuellement nous n'émettons pas aux Etats-Unis car la bande L est réservée à l'Armée américaine. Nous avons une société sœur aux Etats-Unis. De même, pour le moment, nous n'émettons pas encore sur l'Amérique latine, mais tout le reste du monde est couvert.

Joël-François Dumont: Ceci devrait intéresser les armées françaises. Je me suis laissé dire que les Américains avaient acheté 46 000 de ces radios pour leurs soldats outre-mer.

Pierre Casadebaig: Oui, d'abord pour le confort de leurs soldats. Croyez-moi, je regrette qu'il en soit pas de même pour l'armée française. Le confort des troupes, cela permet d'avoir CNN, NPR (National Public Radio et d'autres chaînes américaines en "live" avec ce système. Cela permet également de diffuser les messages de leurs familles, même s'ils sont en opération. Cela permet de recevoir des journaux ou des bulletins d'informations de leurs armées, même en opération ou dans les coins les plus reculés du monde. Je regrette sincèrement que ce ne soit pas le cas des militaires français. Je pense à tous ceux qui assurent des missions en Afrique bien sûr, mais aussi dans le reste du monde. Je pense aussi à tous ceux qui assurent des missions de maintien de la paix, en Afghanistan par exemple, ou encore dans l'ex-Yougoslavie. Je pense enfin ceux qui sont très éloignés à Djibouti par exemple. J'espère que cela viendra. Je suis confiant car c'est un moyen, sinon le meilleur, de garder le contact avec la métropole.

Joël-François Dumont: Monsieur Casadebaig, je vous remercie pour cet entretien.


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