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Allocution de madame Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, devant les auditeurs de l'IHEDN

La France doit faire preuve d’anticipation

Allocution de madame Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, devant les anciens auditeurs de l'IHEDN. Paris, Ecole militaire, le 16 octobre 2003. Source: DICoD, Paris.

Messieurs les officiers généraux,

Mesdames et messieurs les auditeurs,

Mesdames et messieurs,

Chers amis,

Le rendez-vous avec les anciens auditeurs de l’IHEDN constitue toujours une rencontre stimulante pour un ministre de la Défense. Stimulante parce que, en connaisseurs des choses de la Défense, vous êtes exigeants, ce qui est normal, vous êtes parfois critiques, ce qui l’est aussi, et vous êtes surtout porteurs du dynamisme de l’esprit de défense dans la nation.

Vos réflexions ont nourri les différentes sessions de l’IHEDN, votre engagement associatif, les fonctions professionnelles que vous occupez vous confèrent une responsabilité toute particulière.

Plus que des spectateurs, plus que des témoins, vous êtes des acteurs. Mais dès lors se pose une question, les acteurs de quelle défense et avec quel rôle ?

Ce sont les questions que je voudrais aborder avec vous, ce soir, en vous présentant, parce que je me suis aperçue que cela n’était peut-être pas suffisamment précis dans l’esprit de nos concitoyens, le sens de la défense tel que je le conçois, la politique de défense tel que le gouvernement la conçoit pour la France, avant d’évoquer devant vous le défi que nous avons à relever pour faire en sorte que l’esprit de défense soit aussi celui de nos concitoyens. Car je suis persuadée que nous avons à créer ensemble un nouvel esprit de défense.

La défense a d’abord pour rôle d’assurer la sécurité des Français et la protection de nos intérêts et de nos valeurs. C’est peut-être une évidence, c’est surtout une exigence.

C’est une évidence parce que nous vivons dans un monde dangereux, qui vient succéder à l’utopie d’une période de paix que nous aurions acquise avec la chute du mur de Berlin et la disparition du communisme.

En fait, nous le voyons aujourd’hui, au-delà des risques classiques liés aux guerres ou aux crises, auxquels nous-mêmes ou nos concitoyens pouvons être exposés lorsque nous vivons ou lorsque nous voyageons à l’étranger, existe un risque terroriste qui, lui, concerne chacun d’entre nous.
Et la France, comme toutes les démocraties occidentales, peut-être plus que d’autres démocraties occidentales parce qu’elle s’est élevée dès le départ contre le terrorisme, y est exposée.

La tragédie du 11 septembre a créé dans l’esprit de l’ensemble des populations du monde une nouvelle ère du terrorisme. En fait, nous le savons bien parce que, malheureusement, nous l’avions expérimenté sur notre territoire dès 1986, cette ère du terrorisme de masse est plus ancienne. Elle est susceptible de toucher n’importe quel pays, n’importe quelle cité et n’importe lequel d’entre nous. Il revient donc bien à nos sociétés de relever le défi d’une menace globale qui ignore les frontières et qui utilise ou qui est susceptible d’utiliser des armes jusque-là inédites. Des hommes sans uniforme, soldats du fanatisme, peuvent ainsi frapper n’importe où et n’importe qui dans le monde.

Il convient de s’interroger sur l’origine de cette menace. Il est évident qu’elle se nourrit de la montée de réflexes identitaires que nous voyons partout dans le monde, mélange de nationalisme, d’intolérance, de fondamentalisme. Elle se nourrit aussi du ressentiment lié aux inégalités qui se sont accrues entre pays riches et pays pauvres, qui sont aujourd’hui mieux ressenties, du fait de la diffusion des informations et des images qui transcendent les frontières. Ce ressentiment, que décrivait déjà Dostoïevski dans ses Carnets du sous-sol ou qui a été analysé par André Glucksmann, fait émerger de nouvelles lignes d’opposition et il engendre de nouvelles zones de tension.

Je ne crois pas, pour ma part, au choc des civilisations. En tous les cas il nous revient de faire en sorte que jamais ne puisse se réaliser ce choc des civilisations. Mais il est vrai que la globalisation du monde s’accompagne aussi d’une globalisation des risques.

Alors pour y faire face, la France doit faire preuve d’anticipation, de réactivité lorsque les choses ou les risques interviennent. Elle doit s’appuyer sur une mobilisation internationale qui devient nécessaire pour s’attaquer aux différentes composantes de la menace terroriste.

  • La France prend part de façon active à la lutte contre toutes ces menaces.

Elle le fait par sa diplomatie, elle le fait par ses actions à l’égard notamment de ce qu’on appelait autrefois le tiers-monde, elle le fait en incitant tous les pays à prendre conscience de ce besoin de combler le fossé entre pays riches et pauvres. Elle le fait par ses actions de renseignement qui jouent un rôle essentiel. Et puis, elle le fait avec ses moyens militaires lorsqu’il s’agit d’empêcher les crises, d’y apporter des solutions le plus rapidement possible ou d’aider à la stabilisation d’un certain nombre de zones. Et c’est ainsi que nous prenons une part active à cette politique, que ce soit dans les Balkans, que ce soit en Afghanistan ou que ce soit dans les pays d’Afrique qui ont connu, au cours de ces derniers mois de nombreuses crises, et dont pour ma part, je crains qu’elles ne soient malheureusement annonciatrices d’autres crises encore.

Voilà les actions que nous essayons de mener contre le terrorisme au plan international, mais ce sont les mêmes principes qui guident aussi notre action sur le territoire national.

Nos armées, aux côtés des forces de police, participent de façon permanente aux plans de prévention contre le terrorisme. Chacun d’entre nous connaît VIGIPIRATE, on connaît peut-être un peu moins l’action que nous menons en mer, Amiral, avec le plan VIGIMER qui nous permet de protéger nos côtes, ou le plan VIGIRAIR qui nous permet de prévenir, dans toute la mesure du possible, les risques qui viendraient d’avions, d’aéronefs de toute nature. Nous participons également de façon constante au plan BIOTOX pour prévenir, et anticiper les risques d’une attaque biologique.

Mais si agir est une évidence, cela implique aussi d’avoir les moyens d’agir, et cela c’est une exigence.

L’exigence de moyens d’abord, matériels et financiers. Ils sont d’abord des moyens nationaux, ils vont devoir être de plus en plus des moyens européens.

Sur le plan national, le Président de la République a décidé de restaurer et de moderniser nos capacités de défense. C’était déjà le sens de la professionnalisation de nos armées. C’est la signification de la loi de programmation militaire pour la période 2003-2008. Elle traduit clairement cette volonté.

L’exécution de cette loi, budget après budget, est la condition de la sécurité des Français, ainsi d’ailleurs que la manifestation de la capacité de notre pays à remplir son rôle international. C’est donc un élément essentiel de notre crédibilité.

Je ne reviendrai pas sur le contenu de la loi de programmation, chacun de vous le connaît. Ce que je peux simplement dire, c’est que cette volonté de le mettre en œuvre année après année se traduira bien par la loi de finances 2004.

Et quand j’entends certaines critiques à l’égard de ce budget, je rappelle simplement, et ce n’est pas à vous que j’ai besoin de le dire, que le budget de la défense n’est pas un luxe. C’est une nécessité face aux risques actuels que je viens de rappeler. C’est également une continuité, parce que cela implique effectivement, année après année, de renforcer nos capacités. On ne peut pas faire de la sécurité une année, parce que la conjoncture économique est bonne, et dire l’année suivante, nous abandonnons les Français où qu’ils soient face à ces risques, parce que l’année est moins bonne.

Mais notre effort de défense à lui seul ne suffit pas et c’est la raison pour laquelle il ne se fait pas isolément. Il s’inscrit délibérément, par une volonté politique, dans l’édification de la défense européenne. Après des années de scepticisme, aujourd’hui l’Europe de la défense est une réalité, que cela plaise ou non. Je suis heureuse de constater que, grâce à des opérations qui sont la face émergée de l’iceberg par rapport à tout le travail qui a été fait depuis des mois et des années par les responsables de la défense, les opérations que nous avons menées cette année depuis le mois de mai dernier en Macédoine, puis en Ituri, ont bien montré que l’Europe de la défense existait.

En Macédoine, l’Europe, l’Union européenne, a été capable de prendre la relève de l’OTAN. En Ituri, pour la première fois, l’Union européenne est intervenue d’une façon autonome et a réussi remarquablement cette opération dans des conditions extrêmement difficiles, sur le plan logistique, sur le plan politique, sur le plan militaire comme sur le plan psychologique. Tout le monde l’a saluée.

A côté de ces deux opérations emblématiques de l’existence de l’Europe de la défense, la création de la force de réaction rapide européenne est également une marque significative de cette existence. La création de l’Agence européenne de l’armement marque aussi cette avancée de l’Union européenne.

Oui, Mesdames et messieurs, la dynamique est en route.

Ceci dit, elle devra être accompagnée d’un effort commun pour renforcer les capacités. Et c’est ce que je demande régulièrement à nos partenaires, parce que, si aujourd’hui trois pays, la France, la Grande-Bretagne et la Grèce font un effort de défense avoisinant au supérieur les 2% de leur PIB, pratiquement tous les autres sont à peine à 1%. Quel est le résultat ? C’est que ces trois pays, et tout particulièrement bien entendu la France et la Grande-Bretagne, assurent la sécurité de tous. Et si je demande régulièrement à ce que les crédits de défense soient sortis du pacte de stabilité, c’est aussi pour une simple question d’évidence et de justice. Qui, lorsqu’il y a des crises va sortir les ressortissants des pays européens qui sont pris au milieu de ces crises, que ce soit en Côte d’Ivoire, que ce soit au Libéria, ou que ce soit en République centrafricaine ? Ce sont des militaires français. Alors je trouve que certains sont quand même un peu gonflés - allez disons le mot, après tout on a bien le droit d’utiliser certains mots - que de venir nous reprocher des dépenses que nous faisons et qui servent à protéger leurs propres ressortissants, alors qu’eux-mêmes ne font pas les efforts nécessaires. Cela il faut aussi peut-être le rappeler.

Et puis il faut rappeler que si nous voulons être crédibles sur le plan européen, dans cette construction de l’Europe de la défense, il faut que nous arrivions à l’horizon 2010 à une pleine interopérabilité et à une pleine capacité de déploiement de nos moyens. Il faut en outre que nous nous dotions d’une capacité de planification européenne au profit de l’autonomie stratégie de l’Union européenne, en parfaite complémentarité et transparence avec l’alliance Atlantique.
Ceci se fera au bénéfice de tous.

Notre défense, vous l’aurez compris, s’adapte aux nouveaux enjeux de notre sécurité collective, dans un cadre résolument européen, et avec la volonté de donner à la France la capacité de jouer son rôle et tout son rôle sur le plan international.

Pour autant, les efforts matériels et financiers que je viens d’évoquer sont insuffisants s’ils ne sont pas accompagnés d’une mobilisation humaine. Cette mobilisation, c’est surtout ce dont je voudrais vous parler aujourd’hui, elle est celle, bien sûr d’abord, des personnels civils et militaires de la défense.

Le budget s’applique à garantir l’attractivité et la fidélisation des compétences les plus pointues au bénéfice de ceux qui servent la défense française.

Mais pour faire face à ces nouveaux enjeux, il nous faut aller plus loin. Il nous faut aussi gagner l’adhésion de nos concitoyens.

Historiquement, vous le savez bien, les civilisations qui ont rayonné sont celles qui ont su assumer leur défense. L’essor, puis le déclin de Rome, de Sparte ou d’Athènes pour ne citer que des exemples européens, en sont des illustrations éloquentes.

L’appropriation des questions de défense par nos concitoyens est nécessaire. Et pour cela, il faut que la défense soit un enjeu du débat public. Nos différents instituts de recherches, comme les structures qui dépendent de l’IHEDN, et dont je salue le travail remarquable, nourrissent bien entendu le débat d’idées sur la défense. Il faut cependant que ce débat d’idées s’élargisse à l’ensemble des forces vives de notre pays. Et je tiens à vous dire que vous, que chacune et chacun d’entre vous a, de ce point de vue, un rôle essentiel à jouer.

Parmi les forces vives, il y en a deux qui me tiennent particulièrement à cœur. La première, ce sont les jeunes. Il nous faut créer de nouvelles relations avec la jeunesse.

Je pense qu’il y a un enrichissement mutuel qui ne peut que conforter notre capacité de défense, de défense directe mais également de défense morale de notre pays.

Beaucoup de jeunes, vous le savez, traversent aujourd’hui une véritable crise morale faite de doutes, faite de peurs, encouragée par certains qui se plaisent dans l’auto-dénigrement et dans des philosophies du déclin.

Je dis que, si c’est ça l’idéal et la perspective que nous avons à donner à notre jeunesse, alors ne nous étonnons pas d’avoir des problèmes.

Les jeunes ont besoin d’espoir ; ils ont besoin de croire dans l’avenir, ils ont besoin qu’on leur fixe des objectifs, en même temps que des exigences. C’est cela dont ils ont besoin. Et moi, je considère, aujourd’hui, que nous avons à la fois un devoir vis-à-vis des jeunes, et que nous avons une fantastique capacité de leur donner des perspectives et de leur redonner un idéal. Alors certes, nous avons aujourd’hui des rassemblements, des espaces de rencontres avec les jeunes, mais je me méfie toujours du risque de tomber dans la routine. Nous devons sans cesse, nous qui avons tous des responsabilités envers les jeunes, nous adapter pour aller au devant des attentes notamment des jeunes, d’où qu’elles viennent.

En ce qui concerne la défense, nous avons commencé à nous y atteler, et nous avons un certain nombre de choses à modifier.

D’abord la JAPD, cette journée qui soi-disant devait remplacer le service national, tous les jeunes y passent, ils y passent parce qu’ils y sont obligés. Franchement, je crois qu’il y a mieux à faire, et c’est ce que nous essayons de faire. Il faut renouveler le déroulement de la JAPD, il faut lui donner un sens, lui donner un sens en termes de connaissance de l’esprit de défense, lui donner un sens en terme de connaissance de nos armées, lui donner un sens en terme de conscience de la responsabilité que chacun, que chaque citoyen a dans la société. Et c’est bien la raison pour laquelle j’ai demandé que l’on mette dans cette JAPD un minimum de modules de secourisme. C’est tout bête, mais être capable et savoir que l’on est capable, quoi qu’il se passe dans sa vie, que ce soit en traversant ou que ce soit parce qu’il y a un acte terroriste, de secourir son prochain, c’est d’abord comme cela que l’on apprend que l’on appartient à une communauté et que l’on a des responsabilités vis-à-vis des autres. La JAPD doit être ce moment particulier où des jeunes, qui trop souvent ont l’impression de n’avoir que des droits, vont enfin apprendre que dans notre société ils ont des devoirs. Que leur honneur et que la grandeur d’être citoyen, c’est aussi de se dire que l’on a des devoirs et qu’on vous a donné les moyens de remplir ces devoirs.

C’est cela aussi le rôle de la JIAPD. Je pense aussi que, au-delà de cette JAPD, le monde de la défense a un rôle à jouer dans notre société, qui est pour certains trop une société de renoncement ou de passivité. Ce rôle, c’est celui de l’intégration et de la promotion sociale.

Les armées représentent pour les jeunes volontaires un formidable moyen d’intégration et de promotion sociale, parce qu’elles proposent, y compris à ceux qui ont eu le plus de difficultés scolaires et qui ont le plus de difficultés à s’intégrer de la société, de véritables qualifications professionnelles, et une expérience sociale, et une expérience humaine gratifiante. Le Maréchal Lyautey disait que les armées sont un merveilleux agent d’action sociale. Je crois que ses propos sont encore plus vrais aujourd’hui. Quand j’entends un chef d’état major d’une armée disant au moment où il quitte le service actif tout ce qu’il doit dans sa vie personnelle à l’institution militaire, je me dis que chacun des jeunes devrait pouvoir se dire la même chose aujourd’hui, ou avoir cette perspective. La marine nationale, pour ne citer qu’un exemple, recrute depuis des années des jeunes en réinsertion dans les métiers de la sécurité, de la maintenance ou de la restauration. L’armée de l’air fait exactement la même chose, et l’armée de terre encore plus, compte tenu de son volume.

Cette capacité d’intégration, oui, est partagée par toutes les armées. Elle n’est pas assez connue et elle n’est pas assez valorisée, et c’est à nous tous de le faire. Ce qui est important, et j’en parlais avec des jeunes issus de l’immigration, c’est que les différences y sont transcendées par la culture de l’engagement au service de la nation. Et cette transcendance, c’est ce que les jeunes, qui sont en situation difficile, recherchent. L’épanouissement social et personnel des jeunes est porté par des valeurs, des valeurs qu’ils découvrent souvent à travers l’armée, qui sont les valeurs de la solidarité, les valeurs de la discipline, les valeurs du courage.

Oui, les armées montrent le courage de l’engagement et elles prouvent que ceux qui ont des talents peuvent réussir d’où qu’ils viennent et quels que soient, au départ, les handicaps dont ils souffrent.

Je crois qu’il y a là une matière à réflexion pour l’ensemble de la société, pour inventer ou pour réinventer une relation avec notre jeunesse.

Au-delà de la jeunesse, et peut-être d’ailleurs en s’appuyant sur eux, il nous faut d’autre part réinventer de nouvelles relations avec la société civile, en privilégiant un acteur social avec lequel la défense doit approfondir ses relations, je veux citer les entreprises.

Les entreprises, apparemment, cela paraît loin des armées. En fait, les entreprises sont tout près des armées, elles le sont par les réservistes. Les entreprises sont également proches des armées par l’implication des armées dans la vie économique.

Nous sommes à quelques jours de la journée nationale du réserviste, vous comprendrez que j’en parle. En ce qui concerne les réserves, je voudrais rappeler à quel point elles jouent un rôle essentiel dans notre armée professionnelle. Il n’y a pas d’armée professionnelle sans des réservistes qui apportent leurs compétences, leur expérience, leur engagement également.

Ce sont eux qui permettent souvent d’agir dans des domaines de spécialisation extrêmement pointus.

Ce sont eux également qui entretiennent ce lien fort entre les armées en activité et la nation tout entière. J’entends associer plus largement les civils volontaires à toutes les activités des armées, et quand je dis à toutes, ce n’est pas simplement pour remplacer des manquants, mais je souhaite que les réservistes soient également associés aux activités opérationnelles.

Ceux que j’ai vu sur les théâtres d’opérations extérieures, il y en avait quelques-uns, très peu nombreux, m’ont toujours paru enthousiasmés par ce qu’ils faisaient. Et quand j’ai rencontré des réservistes, parfois un peu frustrés sur le territoire national, je dirais que l’origine de leur frustration, c’était pour eux essentiellement de ne pas pouvoir participer davantage à ce qui leur paraît comme le cœur de l’activité de l’armée, c’est-à-dire les opérations extérieures. Oui, la réserve opérationnelle a fait ses preuves et continue de faire ses preuves sur le territoire comme en opération extérieure.

J’entends donner aux réservistes les moyens d’exprimer leur talent. Et c’est pour cela, il ne faut pas oublier aussi les contingences matérielles, que dans le budget 2004, j’ai prévu 37 millions d’euros supplémentaires pour accompagner la montée en puissance de la réserve.

La réserve citoyenne, à côté de la réserve opérationnelle, est aussi un élément précieux pour entretenir l’esprit de défense et pour raffermir les liens entre la société et les forces armées.

Et je me réjouis de ce point de vue de tout ce qui peut se créer sur l’ensemble du territoire national, et notamment grâce à vous, pour attirer vers nous, pour montrer à la fois la simplicité et l’engagement de ce lien.

Je me réjouis également de voir que les réservistes citoyens sont désormais épaulés dans leurs démarches par les réservistes locaux à la jeunesse. C’est là où l’on fait le lien avec ce dont je vous parlais tout à l’heure. Les réservistes locaux à la jeunesse et à la citoyenneté sont aujourd’hui de véritables relais de terrain, dont la fonction se précise jour après jour, notamment dans l’action qu’ils mènent auprès des jeunes et en particulier les jeunes des cités. Car c’est à eux, qui sont souvent dans les situations psychologiquement les plus fragiles ou les plus dramatiques, qu’ils peuvent offrir l’information et la perspective d’autre chose, de cette intégration, de cette promotion sociale dont je vous parlais tout à l’heure.

Au-delà de ces actions, il y a - et c’est le deuxième point dont je voulais vous parler sur ces relations humaines à créer - une nouvelle relation à inventer avec la société civile au travers du monde l’entreprise.

Je voudrais rappeler, au moment où parfois on critique le budget de la Défense, un certain nombre de vérités sur la place et le rôle que joue la défense dans la vie économique de notre pays.

Car l’argent qui vient à la Défense n’est pas, comme le disait le Premier ministre ce matin, simplement de la dépense, c’est d’abord et avant tout de l’investissement.

Parce que la moitié du budget accordé au ministère de la Défense repart vers l’investissement, vers les matériels.

Nous sommes aujourd’hui le premier investisseur public, le premier passeur de commandes, si je puis dire, public de ce pays, avant même le ministère de l’Equipement et du Logement.

La défense participe aussi à la formation de milliers de militaires qui, chaque année après cette formation, vont retourner à la vie civile et être insérés dans les entreprises à l’issue de leur contrat. La défense intéresse les entreprises parce qu’elle véhicule des valeurs qui lui sont indispensables. Je citerais simplement le sens de la mission ou l’esprit d’équipe. Les réservistes qui sont ici savent que ce sont des points sur lesquels je mets l’accent lorsque je parle aux chefs d’entreprise, en leur vantant la valeur ajoutée, si je puis dire, des réservistes au sein de l’entreprise.

La réflexion sur l’entreprise au sein de la nation nourrit des débats depuis bientôt vingt ans. Des philosophes comme Alain Etchegoyen, des sociologues comme Michel Crozier ont contribué à faire avancer l’idée d’une responsabilité des entreprises au-delà du seul champ économique. Nous connaissons l’émergence des préoccupations de développement durable au sein de nombreuses entreprises, émergence naturelle ou émergence un peu forcée par un certain nombre de réglementations restrictives. Nous connaissons les préoccupations des entreprises sur la bonne gouvernance qui font partie aussi de ces manifestations les plus frappantes de la prise de conscience des entreprises de leurs responsabilités envers la nation. De plus en plus, nous allons avoir à développer en commun des réflexions sur les questions d’indépendance stratégique. Et les menaces qui ont flotté, via certains médias, il y a quelques mois, de rétorsions économiques doivent nous faire également penser à ce type de problèmes.

L’indépendance stratégique devient un point commun des réflexions entre les entreprises et la défense nationale.

Les chefs d’entreprises, oui Mesdames et Messieurs, ont un véritable rôle citoyen à jouer. Et je souhaite que nous les associons le plus largement possible à cette démarche.

Voilà Mesdames et Messieurs, ce que je souhaitais vous dire. En conclusion je veux vous redire que, à mes yeux, notre défense doit obtenir l’adhésion de tous les Français. C’est à nous de les convaincre. C’est aussi à vous de faire ce travail de conviction.

Je crois profondément si nous voulons que notre défense soit à la hauteur de notre responsabilité historique, si nous voulons être à même de défendre sur la scène internationale nos principes, les enjeux de défense doivent être partagés par tous les Français.

Je crois aujourd’hui sincèrement que le cap de la restauration et de la modernisation de nos armées est solidement fixé.

Il nous faut maintenant mobiliser les volontés, et pour cela il nous faut inventer de nouvelles formes d’échanges, créer de nouveaux liens avec chaque Française et avec chaque Français.

Alors je vous le dis ce soir, je le dis à chacune et à chacun d’entre vous, vous avez une responsabilité personnelle, particulière, spécifique dans ce domaine.

C’est votre rôle, c’est votre mission.

Je vous fais totalement confiance pour cet engagement au profit de notre défense, au profit de la France.

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