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La Géorgie: un désir d'Europe (2)

 

La Géorgie : un désir d'Europe (2)

 

Pour bien comprendre pourquoi la Géorgie a toujours ressenti ce profond désir d'Europe, nous avons fait appel à un spécialiste. Georges Mamoulia, docteur en histoire, ancien conseiller en relations internationales à l'Administration présidentielle de la République de Géorgie après avoir été diplomate en poste pendant cinq ans à Moscou, Georges Mamoulia est aujourd'hui redevenu universitaire. Il a participé à de nombreux séminaires internationaux sur le Caucase en Europe. Auteur de nombreuses publications sur la région, il a publié deux livres de référence: l'Église géorgienne aux IV-Ve siècles (en géorgien) et tout récemment (en russe) La Légion géorgienne pendant la deuxième guerre mondiale. Spécialiste des questions religieuses et militaires, Georges Mamoulia travaille en ce moment sur les archives de l’émigration géorgienne à Paris et sur la Géorgie pendant la Deuxième Guerre Mondiale (©).

 

La Géorgie est située au centre du Caucase méridional. Les Géorgiens sont un peuple autochtone du Caucase. L’histoire de la Géorgie remonte loin dans les siècles : des auteurs de l’Antiquité comme Hérodote et Strabon évoquent la Colchide et l’Ibérie, aujourd’hui la Géorgie occidentale et orientale. La Géorgie se convertit au christianisme au début du IVe siècle. Bien que Byzance fût sa voisine la plus proche, la Géorgie accorda dès cette période une priorité au développement des relations avec la chrétienté occidentale. En témoigne par exemple un des documents épistolaires les plus anciens concernant l’Église géorgienne, une lettre du pape Grégoire le Grand datée de la fin du VIe siècle qui traite de questions de dogme à la demande du catholicos de l’Église géorgienne.

 

Durant toute son histoire le peuple géorgien s’est instinctivement senti attiré par l’Europe et a voulu se joindre à elle, en politique comme en religion. Ce désir d’Europe s’explique par la situation géopolitique de la Géorgie, coincée durant des siècles entre l’empire byzantin et les empires musulmans du Proche-Orient, qui tous ambitionnaient de la dominer. Le peuple géorgien cherchait son salut auprès des Européens de l’Ouest ; en même temps, il se considérait comme un bastion avancé de la chrétienté et de la civilisation occidentale en Orient.

 

Cette orientation est manifeste dans les annales du XIe siècle, lorsque est consommé le schisme entre Rome et Byzance. L’Église de Géorgie prend résolument position pour Rome, rompant avec le dogme byzantin. Quelques décennies plus tard, des guerriers géorgiens combattent sous l’étendard du roi David le Bâtisseur aux côtés des croisés européens contre les Turcs seldjoukides. A l’apogée de sa gloire, aux XII-XIIIe siècle, la Géorgie unifiée était l’alliée des puissances européennes. Cette période fut l’âge d’or non seulement de la Géorgie, mais de tout le Caucase. Elle s’est gravée dans la mémoire géorgienne. De manière symbolique, c’est l’étendard de David le Bâtisseur qui est devenu l’emblème national géorgien en 2004. Les cinq croix rouges sur fond blanc soulignent le lien spirituel de la Géorgie avec l’Europe. La même croix rouge sur fond blanc était l’emblème des Templiers, et la tradition veut que David le Bâtisseur ait été un chevalier du Saint Graal.

 

 

A partir du XIIIe siècle, après les invasions de Gengis Khan et de Tamerlan, la Géorgie entre dans une période de déclin. Après la prise de Constantinople par les Turcs en 1453, elle est complètement coupée de l’Europe. Pourtant jusqu’à l’incorporation forcée de la Géorgie dans l’empire russe au début du XIXe siècle, les élites géorgiennes ont toujours tenté de maintenir un lien avec l’Occident. On remarque par exemple que jusqu’au XVIIe siècle, les textes ecclésiastiques géorgiens portant la signature du catholicos et des rois placent Rome au nombre des patriarcats fidèles à la foi de l’Église universelle, au même titre que les quatre patriarcats de Byzance. C’est seulement à la fin du XVIIe siècle, avec le renforcement de la Russie dans le Caucase du Nord, que disparaît la référence au Saint-Siège.

 

La dernière tentative de la Géorgie d’obtenir un soutien en Europe et de préserver une unité spirituelle avec le Vatican eut lieu quelques années avant son incorporation dans l’empire russe.

 

De 1801 à 1917 la Géorgie devint une partie de l’empire russe ; privée de son indépendance, l’Église de Géorgie devint un exarchat dont l’exarque était nommé par Saint-Pétersbourg. Elle fut soumise à une russification systématique. Les Russes pratiquaient l’assimilation forcée et ils s’efforçaient d’isoler la Géorgie de toute influence politique et culturelle de l’Europe. L’instrument principal de cette politique d’assimilation fut l’orthodoxie russe. En 1918-1921 la Géorgie profita de la révolution russe pour restaurer enfin son indépendance. Celle-ci fut de courte durée. En 1921 les bolcheviks, au mépris du traité qu’ils venaient de signer avec Tiflis, occupèrent le pays. De 1921 à 1991 la Géorgie, devenue république soviétique, continua à subir la politique d’isolement pratiquée par Moscou, même si elle bénéficiait d’un simulacre d’autonomie culturelle.

 

En 1992 son indépendance fut reconnue par la communauté internationale. Dès les premiers jours de sa liberté, la Géorgie fit le choix de l’intégration en Europe. Mais la décennie qui suivit l’effondrement du communisme fut l’une des plus difficiles qu’ait connu la Géorgie au cours de son histoire. Les intrigues russes attisèrent les conflits en Abkhazie et dans la région de Tskhinvali ; le conflit en Abkhazie en 1992-1993 aboutit à une véritable purification ethnique de la province : les Géorgiens furent exterminés ou forcés de fuir. 300 000 réfugiés affluèrent à Tbilissi, aggravant encore les épreuves du post-communisme traversées par le pays.

 

La Russie s’est fixé pour but d’empêcher la Géorgie de sortir de l’orbite géopolitique du Kremlin. C’est pourquoi elle s’efforce de torpiller les projets prévoyant la construction à travers le territoire géorgien d’oléoducs et gazoducs, ainsi que "la route de la soie" qui permettraient l’intégration de la Géorgie dans l’espace européen.

 

Cependant les Géorgiens ont profondément évolué pendant cette décennie tragique. Alors qu’au début ils s’imaginaient que l’Europe viendrait à eux d’elle-même, ils ont pris conscience que s’ils voulaient rejoindre la civilisation européenne, ils devaient entreprendre un long effort pour surmonter les mauvaises habitudes du communisme et du post-communisme : corruption, népotisme et tendance au parasitisme. Cet état d’esprit nouveau explique le succès de Mikhael Saakachvili qui a su l’exprimer.

 

Georges Mamoulia


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