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La Géorgie à l'école de la démocratie

La Géorgie à l'école de la démocratie

 

La première dame de Géorgie est une battante qui force l'admiration dans son pays d'adoption. Originaire des Pays-Bas, après de brillantes études à Bruxelles, à Strasbourg et aux Etats-Unis, Madame Sandra Roelofs-Saakachvili imaginait son avenir comme un combat en Somalie pour aider les pauvres et les déshérités. La rencontre à Strasbourg de celui qui deviendra son mari changera certes sa destination, mais pas sa façon d'être dans la vie. Quelques jours avant  la prestation de serment du nouveau président-élu le charismatique Mikhaïl Saakachvili, elle a bien voulu répondre en exclusivité aux questions de Joël-François Dumont pour France 3 et European-Security.org. Paris le 26 janvier 2004 (©).

Sandra Roelofs-Saakachvili © European-Security.org

Joël-François Dumont: Madame Saakachvili, votre mari a été élu président de la République de Géorgie. Le succès a été considérable à l’issue de quelques semaines difficiles qui resteront gravées dans la mémoire du peuple géorgien. Ce 25 janvier, il va prêter serment et devenir président. Tout le monde s’accorde à reconnaître que la tâche qui l’attend est considérable. Comment voyez-vous justement cette tâche qui l’attend ?

 

Sandra Roelofs-Saakachvili: La tâche qui l’attend est d’autant plus considérable qu’il a été élu par plus de 95% de la population. Ce qui signifie que même ceux qui n’étaient pas à ses côtés l’ont soutenu parce qu’en novembre dernier il a montré qu’il savait rassembler. Il a alors pris des risques pour renverser le gouvernement d’Edouard Chevardnadze. Donc tout le monde a mis en lui son espoir. La situation est évidemment très difficile. C’est une responsabilité énorme, mais je crois qu’il a une bonne équipe. Il a beaucoup d’énergie, beaucoup de talents, diplomatique, politique et de toutes sortes. Il parle six langues. Il a beaucoup de contacts internationaux. Je crois en effet qu’il était le mieux placé pour vraiment changer les choses en Géorgie. Ce sera donc à compter du 25 janvier en effet, lorsqu’il aura prêté serment devant son peuple.

 

Joël-François Dumont: Vous êtes son épouse. Vous êtes donc celle qui connaît le mieux Mikhaïl Saakachvili. L’homme est déjà reconnu comme un  homme d’Etat, après avoir été un homme politique – il a été ministre de la Justice. C’est un universitaire brillant qui a passé de nombreux diplômes prestigieux, comme celui du MIT aux Etats-Unis. Quand on l’entend s’exprimer à la télévision française, on constate qu’il s’exprime lui aussi très bien dans notre langue.

 

Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur cet homme que les Français connaissent peu.

 

Sandra Roelofs-Saakachvili: Il est juriste de profession. Il a fréquenté l’université de Kiev. Ensuite il a fait un mastère en droit international à l’université Columbia à New York, où nous avons vécu pendant deux ans. Avant cela, il avait passé également plusieurs certificats. En Norvège, en Italie et à Strasbourg où il était à l’Institut des droits de l’Homme. Il a donc suivi une formation de juriste international. Evidemment, il connaît ses langues. L’anglais, le français et le russe, cela va de soi.

 

En fait, il a vraiment un talent politique.  Il sait comment parler à son peuple, trouver les mots pour l’enthousiasmer afin de reconstruire la Géorgie. Un pays dans les faits devenu indépendant en 1991, mais qui a raté sa première décennie, disons, de développement démocratique. C’est raté ! C’est l’opinion générale.

 

Joël-François Dumont: On considère en effet que Chevardnadze a confisqué la démocratie dans votre pays depuis 1992. Pensez-vous que votre mari saura trouver les forces suffisantes, en rappelant peut-être des jeunes de l’étranger qui ont fait d’autres expériences, des personnes qui pourraient donner une nouvelle chance économique à leur pays ?

 

Sandra Roelofs-Saakachvili: Je le crois certainement. J’ai confiance en cela, comme une grande partie de la population. Je crois qu’il pourra instaurer la stabilité dans ce pays. Il y aura des mesures à prendre. Des mesures de sécurité, des mesures pour combattre la corruption. Ce ne sera pas facile, j’en conviens.

 

Sandra Roelofs-Saakachvili © France 3

Il aura la main sévère, disons-le, mais juste. Il va se battre pour son peuple. Il entend combattre la corruption, peut-être même en commençant par récupérer des fonds qui auraient été obtenus illégalement par des ministres, des vice-ministres, des chefs de département ou d’autres encore qui se sont enrichis sur le dos du peuple géorgien.

 

Joël-François Dumont: La tâche qui attend votre mari est évidemment considérable. Un des espoirs qu’il a fait naître, porté au pouvoir comme il l’a été, c’est de voir l’Europe s’intéresser à la Géorgie, l’Europe se souvenir que la Géorgie est un pays chrétien, peut-être même le plus vieux des pays chrétiens. Parmi ceux qui l’ont soutenu, il y a toute cette génération de jeunes formés dans les meilleures universités européennes ?

 

Sandra Roelofs-Saakachvili: Et américaines, oui. En effet, l’intégration européenne est une des principales priorités. La Géorgie est devenue membre du Conseil de l’Europe il y a quelques années. Evidement, la Géorgie a des ambitions très européennes. Elle veut entrer dans l’Union européenne. C’est un travail de longue haleine qui nous attend. Le fait de se sentir européen ne suffit pas. Il faut encore remplir toutes les conditions. C’est un grand travail, mais je crois qu’avec de nouvelles énergies - nous avons déjà un soutien international - avec une politique saine et conséquente, on peut faire des miracles, comme on l’a montré au mois de novembre. C’était inattendu quand même ?

 

Joël-François Dumont: On peut dire, madame Saakachvili, que vous avez fait campagne activement. Vous avez beaucoup aidé votre mari.

 

Sandra Roelofs-Saakachvili: Bien sûr…

 

Joël-François Dumont: Vous parlez un certain nombre de langues, y compris le géorgien et même des dialectes comme le mégrelien, langue dans laquelle vous avez fait campagne pour votre mari.

 

Sandra Roelofs-Saakachvili: En fait, en décembre, avec quelques députés, nous avons fait le tour des régions géorgiennes, aussi bien à l’ouest qu’à lest du pays. Nous avons beaucoup voyagé à l’intérieur du pays et multiplié les rencontres avec la population, pour, tout simplement, être à l’écoute de leurs problèmes, connaître leurs aspirations pour leur montrer qu’on était là pour les écouter. C’est très important.

 

Je dis toujours que je ne suis pas seulement le sourire de mon mari, mais aussi celle qui veut écouter et qui, donc, se veut les yeux et les oreilles du nouveau gouvernement. J’espère que je pourrai réaliser cela pas seulement, mais aussi des projets humanitaires, avec un soutien des Pays-Bas que j’ai eu maintenant depuis sept ans.

 

Peut-être pourra t-on élargir ce soutien vers l’Europe occidentale en général. Je suis prête. J’ai déjà créé une fondation humanitaire. Il  faudra encore beaucoup de temps, peut-être un an, deux ans, avant qu’on ne puisse voir l’économie redécoller. Et il y a encore beaucoup d’aide d’urgence qui est nécessaire pour ceux qui souffrent

 

Joël-François Dumont: En vous écoutant, madame, on voit que vous parlez parfaitement notre langue… Vous vouliez, je crois, être professeur de français. Vous avez également rencontré votre mari qui parle lui aussi très bien notre langue à Strasbourg ?

 

Sandra Roelofs-Saakachvili: C’est cela. Je l’ai rencontré en 1993. J’avais étudié le français et l’allemand à l’Institut d’Interprétariat de Bruxelles. Je voulais alors aller en Afrique, en Somalie précisément, pour me rendre utile dans la diffusion du droit humanitaire. Je me suis donc spécialisée dans le droit international, dans les droits de l’Homme à l’Institut René Cassin. Et c’est là, en effet, en 93 que j’ai rencontré ce Géorgien.

 

J’avais déjà effectué une visite en Géorgie un an plus tôt, tout simplement. Je m’étais rendue pendant une dizaine de jours dans la ville de Koutaissi. C’était très intéressant. Je fus très charmée par ce pays… Et quand j’ai découvert ce Géorgien, qui m’a charmée encore plus, je me suis décidée: ce ne sera pas la Somalie, ce sera la Géorgie !

 

Nous sommes allés aux Etats-Unis pour les études et pour le travail. Et puis en 95, quand notre fils est né, et quand mon mari a été élu au parlement, nous avons pris la décision de nous installer pour de bon en Géorgie à Tbilissi.

 

Joël-François Dumont: Vous avez cité tout à l’heure les Pays-Bas en faisant référence à l’Europe, en disant que d’autres pays pourraient jouer également un rôle pour permettre à la Géorgie de rejoindre plus vite le concert des nations européennes… Vous pensez à la France également ?

 

Sandra Roelofs-Saakachvili: Evidemment, à la France aussi. Pas seulement sur le plan humanitaire, avec des sociétés. Sur le plan commercial, sur les plans économique et culturel, évidemment.

 

La France joue déjà un rôle assez considérable sur le plan stratégique et dans la défense. Je pense que ces liens pourraient encore se développer.

 

Joël-François Dumont: Madame Saakachvili, je vous remercie.


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