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Pour Michèle Alliot-Marie à Bratislava, les divisions sont derrière nous

Pour Michèle Alliot-Marie à Bratislava, les divisions sont derrière nous
 
Discours du ministre français de la défense, Madame Michèle Alliot-Marie, le 19 mars 2004 lors de la conférence internationale de Bratislava (Slovaquie) sur le thème de l'Europe élargie. Source: DICoD, Paris.

Monsieur le Président, Messieurs les ministres,

C'est pour moi un honneur de présenter ici, à Bratislava, au milieu de cette prestigieuse assemblée symbolisant, d'une certaine façon, notre avenir commun, la vision française de la nouvelle Europe, de l'Europe élargie.

2004 est une année très importante : celle d'un élargissement conséquent et de l'UE et de l'OTAN.

Cet élargissement n'est certes pas définitif. D'autres pays sont appelés à se joindre à nous ultérieurement. C'est cependant une étape décisive, un point de non-retour dans la réunification de la famille européenne.

Les divisions sont derrière nous.

Les nouveaux membres apportent à l'Union européenne et à l'OTAN une nouvelle dimension.

  • I. Quelle est l'Europe que nous voulons bâtir ensemble ?

Notre vision est celle d'une Europe respectueuse des diversités mais solidaire, y compris dans sa composante Défense.

Nous sommes en effet engagés dans un processus original de construction d'une Europe nouvelle.

Celle-ci n'est ni une simple zone de libre échange ni la création d'États-Unis d'Europe.

Notre continent aspire à la fois à la préservation de sa diversité et à l'unité. Il doit s'en donner les moyens.

  • Une Europe respectueuse des diversités

Nos identités sont réelles, anciennes. Elles s'appuient sur l'histoire, la culture et le souhait de nos populations. Il est légitime de les préserver.

La construction européenne n'a pas pour objectif de mettre un trait sur nos identités. Chacun de nos pays est fier de ses traditions, de ses spécificités. La France, pas plus que vos pays, n'a l'intention de voir sa personnalité diluée.

Les pays qui, comme les vôtres, ont reconquis récemment leur indépendance sont là pour rappeler le prix de nos identités nationales.

En même temps, dans le monde multipolaire qui est le nôtre, il est clair qu'il n'y a pas d'avenir solitaire.

Nous devons nous organiser pour mieux défendre collectivement nos intérêts communs.

C'est pourquoi nous avons besoin

  • D'une Europe solidaire

L'établissement d'un marché commun est nécessaire mais il n'est pas suffisant.

Nous devons bâtir ensemble un modèle européen qui s'appuie sur des objectifs partagés que je résumerais ainsi :

  • coopérer pour disposer d'entreprises multinationales suffisamment puissantes pour affronter la compétition du monde globalisé ;

  • préserver un modèle social protégeant les plus déshérités ;

  • défendre nos richesses culturelles qui sont un patrimoine de l'humanité et ne pas céder à la facilité de l'uniformisation ;

  • renforcer notre concertation politique entre tous les 25 pour promouvoir ensemble nos intérêts et nos valeurs.

La création à la fin de l'année d'un poste de ministre des Affaires étrangères de l'Europe nous donnera une voix plus forte dans le monde.

Mais notre voix commune ne sera entendue que si nous manifestons concrètement notre capacité de la faire respecter, par des moyens militaires quand cela est nécessaire.

Cela passe par le renforcement de l'Europe de la Défense.

  • L'Europe de la Défense

Nous devons nous mettre en mesure de défendre nos ressortissants, nos intérêts et nos valeurs à l'extérieur, le cas échéant par des moyens militaires.

C'est l'ambition de l'Europe de la Défense. Elle commence aujourd'hui à prendre forme.

Le drapeau européen a flotté l'an dernier en Macédoine; il le fera à la fin de l'année en Bosnie.

L'été passé nous avons pour la première fois conduit et réussi de façon autonome une opération difficile en Ituri.

Demain, nous serons sans doute amenés à intervenir aux confins de l'Europe, en Afrique ou ailleurs.

Nous ne répondrons à cette ambition qu'à une double condition :

  • renforcer nos capacités militaires. L'Agence européenne de défense nous y aidera en rationalisant nos efforts pour concevoir nos besoins, mutualiser nos moyens et préparer l'avenir.

  • améliorer nos capacités de planification et de commandement. La cellule européenne nous permettra de mieux prévoir et organiser nos opérations extérieures.

En 2003, l'Europe de la Défense a connu son vrai départ.

Nous devons poursuivre cet élan. Chacun doit y tenir toute sa place. Ensemble nous devons donner à l'Union européenne, première puissance économique du monde, les moyens d'être aussi une grande puissance politique et militaire.

Cela signifie-t-il que nous devons accorder moins d'importance à l'Alliance atlantique et au partenariat transatlantique ? Certainement pas.

  • II Quel partenariat euro-atlantique ?

L'Europe et l'Amérique constituent deux partenaires privilégiés au sein d'une Alliance que nous devons rénover, et dont nous devons renforcer les moyens.

  • Deux pôles partenaires privilégiés

L'Europe et l'Amérique du Nord sont liées par le sang, l'histoire et une interdépendance très forte dans tous les domaines. Elles font aussi face aux mêmes menaces liées au terrorisme, à la prolifération d'ADM et aux crises régionales, facteur d'instabilité internationale. Elles partagent enfin les mêmes valeurs fondées sur la démocratie et l'état de droit.

Dans le monde multipolaire qui est le nôtre, les pôles européen et nord-américain doivent donc coopérer de façon étroite.

  • Une alliance rénovée

L'Alliance atlantique symbolise cette relation dans le domaine de la sécurité. Elle est pour chacun de nos pays une garantie ultime face aux incertitudes de l'avenir. Elle est aussi un cadre commun d'action pour gérer des crises internationales susceptibles d'affecter notre sécurité. Pour qu'elle nous permette de répondre efficacement aux crises nous devons continuer à rénover ses structures.

La clé est la flexibilité. Elle seule permet à nos gouvernements de réagir de façon appropriée dans toutes les hypothèses.

En fonction des situations, nous devons pouvoir utiliser soit l'Alliance, soit l'UE avec les moyens de l'Alliance, soit l'UE de façon autonome, ou participer à une coalition de quelques pays.

Il n'y a donc pas de compétition entre l'UE et l'OTAN.

La multiplicité des crises prévisibles dans le monde appelle un appui réciproque et interdit toute idée de concurrence entre elles.

  • Renforcer les moyens de la Défense

Le problème sera plutôt celui du manque des moyens.

D'où l'importance de ne pas baisser la garde et de consacrer les moyens nécessaires à la Défense. La sécurité des citoyens est la première raison d'être de tout Etat. La France fait aujourd'hui un effort remarqué.

Sa LPM 2003-2008 a permis un accroissement de 14% des crédits d'équipement en 2003 et en 2004 ; et ses crédits de recherche représentent le 1/3 de l'ensemble des crédits de recherche dans le domaine de la Défense en Europe.

Elle attend de ses partenaires et de ses alliés qu'ils apportent leur pierre à l'édifice commun de la sécurité européenne.

Car ne l'oublions pas : le renforcement des capacités militaires de l'UE contribuera au renforcement du pilier européen de l'Alliance.

Il pérennisera aussi le lien transatlantique en montrant à nos alliés américains que les Européens sont capables de mieux assumer leurs responsabilités en matière de Défense.

Je salue à cet égard les efforts très réels accomplis par les pays qui rejoignent l'OTAN et l'Union européenne.

Je vous remercie.

  • Conclusion

En mai à Bruxelles et en juin à Istanbul l'Europe franchira une étape décisive de sa réunification.

C'était un devoir moral pour les Européens et les alliés. C'est aussi une contribution à la stabilité du continent. C'est surtout le début d'une nouvelle responsabilité pour tous : faire entendre la voix de l'Europe dans le monde multipolaire de demain.

Celui-ci est à la fois plein d'opportunités et lourd de menaces, comme les terribles attentats de Madrid l'ont récemment démontré.

Ensemble nous serons plus forts pour l'affronter. Le prochain Sommet de l'Union européenne devrait prendre un certain nombres de mesures importantes pour renforcer notre coopération, en particulier dans la lutte contre le terrorisme.

Notre union doit être ouverte vers l'extérieur. Elle doit à la fois :

  • préserver l'acquis de la relation transatlantique ;

  • coopérer avec nos grands voisins que sont la Russie, le monde arabe et le monde africain ;

  • être enfin un acteur majeur, de concert avec les puissances émergentes (Chine, Inde, Brésil) qui entendent faire leur place au soleil.

C'est un immense défi qui est à la mesure des grandes cultures que nous représentons. Nous devons le relever ensemble. Nos enfants attendent de nous que nous préparions correctement leur avenir d'Européens.

Je vous remercie.


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