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La mémoire de la France doit vivre au présent

La mémoire de la France doit vivre au présent

Discours du ministre français de la défense, Madame Michèle Alliot-Marie, le 4 avril 2004, lors de la cérémonie du 60 ème anniversaire des combats des Glières. Source: DICoD, Paris.

Monsieur le Ministre, Monsieur le préfet, Messieurs les parlementaires, Madame la vice-présidente du conseil régional, Monsieur le président du conseil général, Messieurs les maires, Messieurs les consuls, Messieurs les généraux, Messieurs les présidents d’association, Mesdames et Messieurs,

27 mars 1944 : le plateau des Glières subit sa dernière et sanglante attaque. Dans la nuit, un groupe de vingt-cinq maquisards progresse péniblement dans la montagne.

Pris dans une embuscade par une position allemande, ils tombent. Ils tombent, tous, ou presque, puisque sept d’entre eux survivront. Ils tombent, comme des centaines avant eux, qui ont sacrifié leur vie pour défendre le plateau.

L’occupant ordonne alors à la ville de Thônes d’enfouir leurs corps dans une fosse commune. La population passe outre cet ordre, et donne aux morts tombés aux Glières une sépulture digne de ses soldats et de leur sacrifice.

La nécropole de Morette est née sur ces vies trop vite fauchées. L’esprit des Glières y a pris corps.

Aujourd’hui, soixante ans plus tard, nous voici rassemblés pour saluer la mémoire des combattants qui y reposent.

Je suis fière et émue d’être parmi vous pour commémorer ce 60ème anniversaire des Glières.

Les valeurs exemplaires que représentent ces combattants, nous sommes réunis pour les faire vivre, pour les partager.

A l’Association des Glières, et plus particulièrement son président Jacques Golliet et son vice-président Alphonse Metral, je veux dire ma reconnaissance pour cette première des nombreuses cérémonies qui jalonneront l’année 2004.

En cette date anniversaire, je veux exprimer aux familles, aux amis de ceux qui sont tombés il y a soixante ans, la solidarité et l’admiration de la France.

Tombés pour rendre à leur pays la dignité et l’espoir, ces hommes nous donnent une formidable leçon de courage et de détermination. Une leçon qui traverse les frontières et le temps. Car les Glières, c’est bien plus qu’un fait d’armes. Les Glières c’est une histoire ; les Glières c’est l’Histoire.

L’Histoire de la Nation qui se soude et se dresse dans l’adversité. L’Histoire des Français qui refusent, au prix de leur sang, l’humiliation et l’effacement de la France. Les Glières, c’est l’incarnation des valeurs les plus nobles. C’est un chemin pour les générations présentes et à venir.

Les Glières, ce fut l’unité retrouvée dans une même volonté de renaissance.

  • Dans cette bataille, la résistance française retrouvait son unité.

Dans une nature peu clémente, retranchés à 1500m d’altitude, plus de 460 maquisards défièrent en mars 1944 les assauts des bataillons de la Wehrmacht.

Ils venaient d’horizons variés. Ils ne partageaient pas les mêmes idées. Mais ils résistaient, unis, animés de la même volonté de combattre pour la liberté.

Des détachements de l’Armée secrète, des sections des Francs Tireurs et Partisans, des maquisards espagnols, anciens soldats de l’armée républicaine : tous étaient venus se mettre sous les ordres du Lieutenant Tom Morel, puis plus tard du Capitaine Maurice Anjot.

Tous, conduits par une même raison. Tous, animés d’une même flamme.

  • Les Glières, ce fut aussi l’annonce de la renaissance de l’armée française sur le territoire national.

Le 11 avril 1944, à la BBC, Maurice Schumann demandait : «Héros des Glières, quelle est votre plus belle victoire ?».

Donnant lui-même la réponse, il terminait : «d’avoir – déjà – ramené Bir-Hakeim en France». Bir-Hakeim fut la première preuve de la résurrection de l’armée française à l’extérieur de la métropole.

Glières fut celle de sa renaissance sur le territoire français. Une renaissance accompagnée de la solidarité multinationale.

La contribution des Britanniques fut décisive. Pour fournir des armes aux maquis haut-savoyards, la Royal Air Force assura quarante-quatre largages sur le département. Les trois plus importants arrivèrent sur Glières.

L’issue des premiers combats du plateau fut tragique. Mais ils changèrent la face des événements. Chacun d’eux marqua un pas de plus vers la libération de la France.

Comme l’écrivait Romans-Petit : « Glières a été une défaite des armes, mais une victoire des âmes ».

  • Les Glières, c’est la victoire des valeurs les plus nobles. C’est un exemple pour aujourd’hui.

La devise adoptée à l’époque par les maquisards du plateau orne toujours le fanion du 27ème bataillon de chasseurs alpins, le "Bataillon des Glières". "Vivre libre ou mourir" : c’est, en quelques mots, tout l’esprit qui animait la Résistance française.

Dans les actes héroïques de ces lieux se lisent le patriotisme, la détermination, la fraternité, l’honneur.

Pour retrouver la dignité bafouée de la France, les résistants se sont engagés, pour reprendre les mots d’André Malraux, «sur la voie de l’effort, du sacrifice et du sang».

La grandeur de ces valeurs donne aux combats des Glières un retentissement plus que jamais vivace. Les Glières, c’est un enseignement qui perdure à travers les générations et les frontières.

La commémoration des combats des Glières ne peut se limiter à l’évocation émue d’un souvenir de notre histoire.

La mémoire de la France doit vivre au présent.

La résistance, jaillie de la douleur et de l’espérance, doit nous inspirer.

Nous devons y puiser la fierté et la confiance, pour aujourd’hui et demain.

Les résistants du plateau étaient unis dans un même idéal malgré leurs différences.

C’est un modèle d’harmonie. Ce doit être le visage de la France.

La réconciliation a succédé aux combats. L’Europe a tiré les leçons du passé. Elle est plus unie que jamais dans un élan commun.

Cette année, les cérémonies de la Libération associeront Français, Allemands, Britanniques, Américains et d’autres pays amis. Il est du devoir de l’Europe de transmettre ce message d’espoir aux nations qui se déchirent encore aujourd’hui.

La bataille des Glières est le premier combat d’envergure de la résistance intérieure. C’est aussi un événement d’une immense portée symbolique.

Le Général de Gaulle présageait dès le 5 novembre 1944 à Thônes, non loin d’ici, que les morts du Plateau des Glières resteraient comme «un témoignage splendide jeté à travers le monde de la résolution de la France dans la plus terrible guerre de son histoire». Vous, les rescapés des Glières, Vous, qui faites vivre la mémoire des hommes et des femmes qui ont versé leur sang pour notre liberté, vous avez déjà tant donné.

Votre rôle doit perdurer. Nous avons besoin de vous. La France a besoin de vous. La France a besoin de l’exemple que vous donnez. Celui du refus de tout déclin de la France et de ses valeurs. Celui de la volonté qui l’emporte sur le renoncement.

J’ai grand espoir que la jeunesse de notre pays puise dans son histoire, dans votre histoire, pour faire face aux défis du siècle naissant.

Au nom du Président de la République et en mon nom personnel, je vous redis toute la reconnaissance de la Nation.

 


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