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Un choc fondateur pour l'Europe

 

Un choc fondateur pour l'Europe

Attentats aux Etats-Unis: Entretien du ministre délégué, chargé des Affaires européennes, M. Pierre Moscovici avec France Culture. Paris, 19 septembre 2001. Source : Ministère français des Affaires étrangères.

Q - Les propositions de la Commission vont-elles, pour vous, dans le bon sens ? Peuvent-elles, à votre avis, constituer un socle commun pour les Quinze aujourd'hui ?

R - Il me semble que les événements du 11 septembre aux Etats-Unis ont provoqué une véritable prise de conscience au niveau européen. Je crois que les moyens qui existent de coopération judiciaire et policière face aux nouvelles formes de terrorisme ne sont, sinon plus adaptés, du moins insuffisants. Il faut, maintenant, que l'espace européen de liberté, de sécurité et de justice soit une réalité concrète, et pas seulement un objectif inscrit dans les traités européens. Nous avons des moyens juridiques, il y en a d'autres qui nous manquent. Il faut notamment un seul espace judiciaire européen, plutôt que 15 espaces judiciaires juxtaposés, régi par des règles classiques d'entraide judiciaire. Pour cela, par exemple, il faut une définition commune du terrorisme, qui n'existe pas encore, et un mandat d'arrêt européen qui remplacerait l'extradition, à condition que ce soit de façon efficace et bien coordonnée. Ce sont des choses qui iraient dans le bon sens. Et donc demain, Daniel Vaillant et Marylise Lebranchu, qui participeront au Conseil Justice-Affaires intérieures, feront sans doute des propositions qui iront dans ce sens.

Q - Il faudra en discuter, sans doute, à d'autres réunions, mais il y a peut être des gestes symboliques à faire pour montrer qu'il y a une meilleure unité ? Je n'en prendrai qu'un : la Grande-Bretagne, qui ne fait pas partie de l'espace Schengen, refuse d'extrader vers la France une personne, Rachid Ramda, soupçonnée d'avoir participé à des attentats en 1995. N'est-ce pas une bonne occasion de montrer une meilleure unité ?

R - Je n'ai pas envie de donner des leçons à un gouvernement ami, mais c'est vrai que c'est une situation qui ne devrait pas se produire dans une Union européenne qui aurait des règles communes.

Q - Donc, il y a peut être maintenant des symboles à faire ?

R - Des symboles, sans doute, mais il y a aussi des réalités à faire avancer. Pour l'Europe, ce qui vient de se passer est un choc, bien sûr, mais aussi un choc fondateur ; la prise de conscience que l'Europe a un message à donner dans le monde et doit se structurer comme une entité. Il y a des problèmes, comme le terrorisme, qui ne peuvent pas avoir que des réponses nationales. Pour ce qui est de la sécurité des Français, le gouvernement a fait tout ce qui était en son pouvoir. Mais on sait bien qu'à plus long terme la lutte contre le terrorisme doit être une lutte à plusieurs. Il n'y a pas que les terroristes, parce que derrière tout cela il y aussi des problèmes Nord-Sud, il y a la régulation de la mondialisation, ... Je crois que cela doit être l'occasion de montrer que l'on doit aller vers un monde multipolaire, dans laquelle l'Europe ait toute sa place.

Q - Pierre Moscovici, je voudrais que l'on essaie d'éclaircir avec vous l'autre aspect qui concerne directement les Européens, c'est à dire un engagement militaire éventuel. Il y a un adjectif qu'a utilisé Jacques Chirac hier, celui d'un engagement "concevable" de la France, et d'autres pays, aux côtés des Etats-Unis. Est-ce que l'on peut savoir ce que "concevable" veut dire ? Est-ce que c'est "concevable" dans les objectifs, dans les moyens à utiliser... ?

R - Vous savez, je crois que parmi tous les Européens, tout le monde dit la même chose mais chacun avec ses mots, chacun avec sa situation, chacun avec sa spécificité - parce que nous ne sommes pas dans les mêmes rapports avec les Etats-Unis que la Grande-Bretagne, l'Espagne ou l'Italie, par exemple. Et "la même chose" c'est la chose suivante, à savoir que nous sommes profondément solidaires du peuple américain. Nous le sommes au nom d'une Histoire commune, nous le sommes au nom de la démocratie, nous le sommes au nom des Droits de l'Homme, nous le sommes au nom de la condamnation absolue du terrorisme. Et cette solidarité là, elle ne se marchande pas, elle ne se mégote pas. Je vous signale d'ailleurs que le Conseil de sécurité des Nations unies a déjà reconnu le droit à la légitime défense des Etats-Unis et que l'article 5 de la charte de l'Atlantique Nord, qui invoque un principe de défense collective, en vertu duquel chaque nation alliée doit aujourd'hui alliance aux Etats Unis, cet article 5 a été reconnu par nous et par tous dans le cas présent. Voilà ce qui est déjà fait. Donc nous sommes solidaires, nous nous sentons engagés. Et en même temps, tout cela nous laisse une marge d'appréciation sur les modalités pratiques de cette assistance. Il faudra voir ce que l'on nous demande, il faudra voir comment nous sommes consultés, mais je crois que c'est aussi ce qu'a voulu exprimer le président de la République de son coté, le Premier ministre du sien, les deux ensemble, à savoir la solidarité pleine et entière de la France, sa disponibilité, et puis aussi sa liberté, sa souveraineté d'appréciation sur les moyens.

Q - Dans une de vos précédentes interventions vous avez dit que, au nom du passé, au nom du soutien des Américains lors des guerres de 1914-1918 ou de 1939-1945, les Européens avaient ce devoir de solidarité et qu'à l'époque les Américains avaient pu aider à corriger les erreurs qu'on avait pu faire. Vous avez dit aujourd'hui que c'était notre rôle de les aider à corriger leurs erreurs. Ce qui s'est passé donne-t-il aussi matière à réfléchir sur ce monde multipolaire, que vous évoquiez, et sur une nouvelle place des Etats-Unis ?

R - Je ne l'avais pas dit dans ce sens là. Ce que je voulais dire, c'est qu'à ceux qui répondaient "nous n'allons pas aller dans un conflit qui n'est pas le notre parce que les Etats-Unis ont fait des erreurs", je répondais "oui mais ils sont aussi venus à notre secours quand nous nous avons fait des erreurs". La solidarité doit marcher dans les deux sens ; d'eux vers nous et aussi de nous vers eux. Cela étant dit, indépendamment des erreurs, je crois qu'il y aura beaucoup de changements dans la politique internationale, beaucoup de changements dans la situation internationale. Il faudra repenser notre monde à l'avenir et dans cette planète qui est un peu déboussolée, qui a perdu du sens, des questions se posent. Pour moi, par exemple, les questions sur la mondialisation ne sont pas obsolètes. Avec ce qui s'est passé, au contraire, elles prennent une nouvelle actualité. Ce monde privé de sens a besoin d'avoir des Etats-Unis qui soient une puissance. Mais pas une puissance qui s'isole ; une puissance qui coopère, une puissance qui associe les autres, une puissance pacifique, une puissance démocratique, une puissance qui tienne compte de son environnement. Et puis il y a aussi besoin d'une Europe qui se construise pour participer à la régulation de la mondialisation. Une Europe-puissance, c'est comme ça que je l'appelle ; une puissance pacifique, démocratique, une puissance spécifique. Ce ne sera pas les Etats-Unis d'Europe. Cela doit être beaucoup plus que l'Union européenne d'aujourd'hui, par ce que nous avons, comme le disait Lionel Jospin, nous Européens, un modèle de civilisation à porter dans le monde. Un modèle qui se fonde sur les Droits de l'Homme, avec des différences par rapport Américains, mais en coopération avec eux. Et donc il faut maintenant organiser notre monde, c'est vrai, pour éviter que les déséquilibres fondamentaux de la planète ne conduisent à une trop grande instabilité et à des dangers./.

 

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