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Les chaînes satellitaires arabes entre l’enclume et le marteau

Les chaînes satellitaires arabes entre l’enclume et le marteau

Le 22 septembre 2004 au Centre d'Accueil de la Presse Étrangère (CAP) de la Maison de Radio France à Paris, une "Conférence de presse à plusieurs voix" était organisée à l'initiative de l'Association de la Presse étrangère. Le thème choisi était : "les chaînes satellitaires arabes entre l’enclume des médias occidentaux et le marteau des régimes du Moyen-Orient en guerre". Vaste sujet ne concernant pas toutes les chaînes de télévision arabophones - dont certaines pourraient servir de modèle en Occident -, mais, comme le précise l'invitation adressée à la presse à la fois tous les « empêcheurs de guerroyer et de gouverner en rond », autrement dit: « les nouveaux venus dans la cour des grands, les initiateurs des chaînes satellitaires arabes [qui] sont pris entre l'enclume des medias occidentaux et le marteau de certains régimes totalitaires et répressifs du Moyen-Orient. Les trois chaînes Al-Jazira, Al-Arabiya, Al-Manar et d'autres chaînes de télévision arabophones sont accusées par les medias occidentaux de servir de tribunes aux extrémistes, de recourir au sensationnel et de céder à la provocation. Pour certains régimes du Moyen-Orient qui font valoir et prévaloir l'état de guerre, les télévisions satellitaires et leur audience grandissante dans le monde représente un ennemi à abattre, à défaut de pouvoir le censurer comme au bon vieux temps.»

Avec les représentants de ces trois chaînes et plusieurs journalistes et experts du Moyen-Orient de qualité, le débat s'est engagé entre professionnels de la presse internationale accréditée à Paris et autres spécialistes des medias. La présence de Robert Ménard, Secrétaire général de Reporters sans frontières, très vigilant et courageux à la fois dés qu'il s'agit de la liberté de la presse est à noter. Nous remercions ici notre consœur Joëlle Hazard, spécialiste du Proche-Orient et éditorialiste à France 3, de nous avoir fourni ici le texte de son intervention qui a servi d'introduction au débat. Paris le 23 septembre 2004.

Ce n’est un secret pour personne qu’il y a huit ans les stratèges de Washington ont vu d’un bon œil et même assisté Al Jezira dans sa métamorphose en chaîne internationale. La chaîne qatarie, propriété d’un Etat arabe allié, était sensée encourager la libéralisation du Moyen-Orient. C’était en 96, après la Guerre du Golfe, à l’époque des Accords de Taba, une période que les Américains estimaient propice à une ouverture démocratique dans la région. Une CNN arabe pouvait constituer un moyen d’imprégnation du monde arabe. Al Jezira est vite devenue un acteur régional à part entière.

Elle aurait du accompagner la paix. Mais les évènements du11 septembre 2001 et les guerres qui s’ensuivront, en Afghanistan puis en Irak, ont radicalement transformé sa mission.

Avec ses 80 correspondants, Al Jezira est en prise directe avec le terrain, en famille avec des peuples frères. Cette proximité, de culture, de langage, aux instants cruciaux des combats, dans la violence, le sang et le deuil, font que la chaîne est devenue militante. Ses prises de position ouvertement pro-palestiniennes sont dans le droit fil des positions officielles, mais les sentiments anti-américains dans la guerre d’Irak ont valu à Al Jezira les foudres de l’administration américaine, Colin Powell en tête : étonnant renversement de tendance dans un pays qui a accueilli deux bases militaires américaines !

Les pressions américaines, le limogeage des responsables de l’information, le "tour de vis" éditorial : rien n’a pu maîtriser la fougue de la CNN arabe, prise dans l’étau de la guerre. Les équipes d’Al Jezira sont partout, en direct, et elles imposent une vérité sans fard. Certains commentaires sont redondants, excessifs, mais l’image ne peut tricher. Là où les télévisions occidentales ont décroché, là où elles ne peuvent plus couvrir l’actualité pour raison de sécurité, comme en Irak, les chaînes satellitaires arabes sont les seuls relais, et prennent des risques considérables. On a vu mourir en direct à Bagdad le jeune correspondant d’Al Arabiya…

Ces chaînes arabes ont des moyens, une mise en page très professionnelle, de bons présentateurs ; leurs reportages sont réalisés selon les mêmes standards de fabrication que les grandes chaînes occidentales. Mais à la différence de ces dernières, il n’existe aucune restriction à la diffusion des images de violence : tout peut être montré, même le « comble de l’horreur ». Ce qui a fait dire au Président Moubarak qu’ « Al Jezira est la boîte d’allumettes qui a fait flamber le monde arabe ».

Ces chaînes satellitaires agitent, mobilisent, voire rassemblent les opinions publiques arabes. Elles ont libéré la parole jusque dans ses excès partout dans le monde arabe. Le temps des tabous et de la "langue de bois" est révolu pour les dirigeants confrontés aux questions dérangeantes d’Al Jezira ou d’Al Arabiya.

Les pressions de la tutelle, des Américains ou des pays frères ont amené de grandes chaînes arabes à infléchir quelque peu leur ligne éditoriale : Al Arabiya fait des efforts diplomatiques, Al Jezira fait le grand écart : entre deux talk-shows, l’un branché et iconoclaste ("A contre-courant"), l’autre faisant la part belle à un prêcheur islamiste ("la charia et la vie"). La CNN arabe ménage tous les publics, ce qui lui vaut une image d’ambiguïté…

Passage obligé pour les "maîtres" du monde, Al Jezira comme Al Arabiya servent tour à tour, de boîte aux lettres de Ben Laden, de relais des preneurs d’otages, de tribune (les négociateurs français, le frère du malheureux otage britannique). Elles sont accusées de "faire le jeu du terrorisme". Pourtant Al Jezira s’est mobilisée comme jamais en faveur des otages français, alors qu’elle avait ouvertement critiqué la position française sur la question du voile et de la laïcité. Ces contradictions reflètent celles de toute une région. C’est dire aussi que la chaîne qatarie n’est pas "aux ordres", à la différence d’autres chaînes satellitaires, aux interviews convenus, aux lignes éditoriales très politiques, ou inféodées à un parti.


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