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L'Allemagne et la reconstruction de l'Afghanistan

L'Allemagne et la reconstruction de l'Afghanistan

Source: CIDAL, Paris, le 8 octobre 2004.

Après l'adoption d'une Constitution en janvier 2004, l'organisation des premières élections libres constitue un nouveau pas dans le processus démocratique en Afghanistan. L'Allemagne, premier fournisseur de troupes de la mission de l'OTAN sur place et un important soutien financier à la reconstruction, s'engage activement en ce sens depuis 2001.

Le 9 octobre, 10,5 millions d'électeurs afghans se rendront aux urnes. Pour la première fois dans l'histoire du pays, ils éliront leur chef d'Etat au suffrage universel, tout juste trois ans après la chute des Talibans. Dix-huit candidats briguent la présidence, parmi lesquels le président sortant Hamid Karzai, mais aussi une femme, Massouda Jalal, dont la candidature symbolise la volonté de tourner le dos au passé récent de l'Afghanistan. Dans un pays encore largement en proie à la pauvreté, à l'instabilité et à l'insécurité, les premières élections libres marquent une nouvelle étape dans le processus démocratique, engagé lors d'une conférence internationale près de Bonn, en décembre 2001.

Très impliquée dans la reconstruction de l'Afghanistan, l'Allemagne a débloqué 5,1 millions d'euros cette année (la 3ème contribution la plus importante après celles des États-Unis et de la Commission européenne) pour soutenir l'organisation des élections. Ils s'ajoutent à quelque 3 millions d'euros déjà versés pour l'enregistrement et l'information des électeurs. Les soldats de la Bundeswehr présents à Kaboul et dans les provinces du nord du pays doivent assurer la sécurité et contribuer au bon déroulement du scrutin. Deux jours après les élections, le chancelier Gerhard Schröder se rendra à Kaboul.

Dans la lignée d'une tradition ancienne de bonnes relations entre les deux pays, l'engagement allemand en Afghanistan, civil et militaire, est très important. L'Allemagne entretient dans le pays le plus gros contingent de la mission de l'OTAN. Elle constitue l'un des premiers contributeurs financiers à la reconstruction. Depuis la première conférence de Bonn jusqu'à la conférence de Berlin au printemps dernier, elle appuie fermement le processus de stabilisation du pays.

  • 230 millions d'euros supplémentaires débloqués en 2004

L'Afghanistan a besoin du soutien international sur la durée, ont plaidé le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, et le président afghan, Hamid Karzai, devant 56 pays donateurs réunis à Berlin au printemps dernier. La communauté internationale y a accordé 8,2 milliards de dollars supplémentaires pour la reconstruction du pays d'ici à 2006. Le gouvernement allemand a ajouté 230 millions d'euros supplémentaires aux 560 millions déjà promis pour la période 2002-2008 lors de la conférence des donateurs à Tokyo, en janvier 2002.

  • Le premier contingent de l'ISAF

Quelque 2000 soldats de la Bundeswehr, l'armée allemande, sont stationnés en Afghanistan dans le cadre de l'ISAF. De février à août 2003, ils ont assuré conjointement avec les Pays-Bas le commandement de cette Force Internationale d'Assistance et de Sécurité, mandatée par l'OTAN depuis 2001 dans le cadre de l'opération "Liberté immuable". Ses quelque 7000 hommes ont pour mission d'assurer la sécurité à Kaboul et dans ses environs, et d'établir l'autorité du gouvernement provisoire afghan et le processus de reconstruction.

Depuis le début de l'année 2004, le rôle des soldats de la Bundeswehr s'est aussi progressivement étendu dans les provinces afghanes. Début septembre, une centaine d'entre eux ont rejoint Faizabad au nord de l'Afghanistan, pour y installer une deuxième "équipe de reconstruction provinciale" (PRT). A 200 kilomètres de là, 250 de leurs collègues remplissent déjà une mission similaire à Kunduz depuis le début de l'année. Ces équipes sont constituées d'éléments civils et militaires, placés sous mandat de l'ISAF. La présence des soldats vise à assurer la sécurité des organisations humanitaires.

 Vingt-trois ans de guerre civile ont laissé un pays exsangue. A la chute du régime taliban, la population afghane vivait dans un profond dénuement, aggravé par une situation sanitaire catastrophique (sur 1000 enfants afghans, 250 n'atteignent pas l'âge de cinq ans). La majeure partie des infrastructures a été détruite. Pour que puisse voir le jour une société civile démocratique, des structures économiques, et des emplois, il faut relever le niveau général de formation, en particulier celui des femmes, laissées pour compte par le régime taliban. Le legs des années de guerre civile fait, en outre, de l'Afghanistan l'un des pays les plus touchés par les mines et les munitions non explosées. Et surtout, ni les rivalités entre les groupes ethniques qui composent la mosaïque afghane, ni la menace extrémiste ne se sont tues avec la chute du régime taliban.

Dans les rues de Kaboul, la présence des soldats de l'ISAF rassure la population. "Saluer avec le sourire" est la devise des soldats allemands lorsque des enfants leur lancent un amical " Wie geht's é " ou, en anglais, " How are you é". Bien accueillis par les Afghans, les soldats de la Bundeswehr se conçoivent comme des soutiens. Surtout pas comme des occupants.

  • Des soutiens, pas des occupants

Depuis qu'ils sont arrivés, ils ont simplifié, voire donné accès à l'eau potable à 1,22 million de personnes dans la capitale et ses environs en assainissant l'eau courante. La production d'eau potable y a doublé, et l'exploitation de trois stations de pompage du système central d'alimentation a été stabilisée. 180 000 personnes ont un meilleur accès à l'électricité grâce à la réfection du réseau électrique, un chiffre qui devrait encore croître avec la rénovation de deux centrales hydroélectriques d'ici à 2005. Les Allemands ont également participé à l'assainissement des rues. De vastes projets de construction ont permis de réhabiliter 130 kilomètres de rues dans Kaboul, et de créer 170 emplois peu qualifiés, dont 30 sont occupés par des femmes.

L'été dernier, une vingtaine d'écoliers, filles et garçons, de deux écoles de Kaboul se sont rendus en Allemagne pour un échange scolaire. Le ministère fédéral des Affaires étrangères a financé la reconstruction de ces deux écoles, fourni du mobilier et du matériel scolaire, mais aussi envoyé des professeurs sur place. Cinq enseignants allemands font cours aux élèves, tout en assurant, par ailleurs, à la formation continue de leurs professeurs.

  • Pour la reconstruction éducative, culturelle et identitaire

Si l'éducation et la formation comptent parmi les priorités de l'engagement de l'Allemagne en Afghanistan, elle participe aussi activement à la reconstruction universitaire. En coopération avec l'Office allemand d'échanges universitaire (DAAD), elle est le pays qui a offert le plus grand nombre de bourses d'études aux enseignants afghans du supérieur. 150 d'entre eux ont déjà pu se rendre en Allemagne. Des professeurs allemands ont effectué de courts séjours à l'université de Kaboul, et une lectrice du DAAD y forme actuellement 47 futurs professeurs d'allemand.

Un Institut Goethe a ouvert ses portes à Kaboul en septembre 2003. Il ne se contente pas de promouvoir la langue allemande, mais contribue aussi à la reconstruction de bibliothèques, à la formation de bibliothécaires, et organise des ateliers dans différents domaines artistiques. Autre condition pour qu'une société civile démocratique puisse voir le jour, le travail culturel et la création de médias indépendants à Kaboul et dans les provinces, est l'un des accents forts de l'année 2004. La Deutsche Welle est la seule chaîne étrangère à fournir une émission quotidienne d'informations, en dari et en pachtoune, à la télévision afghane RTA (Radio Television Afghanistan). A travers la reconstruction et la plantation du parc historique de Babour, la restauration de monuments historiques et la création d'une base de données des monuments afghans, l'Allemagne entend également contribuer à préserver le patrimoine culturel afghan et, partant, au soutien de l'identité culturelle.

Au Camp Warehouse se trouve "le meilleur hôpital militaire" de Kaboul, disent les Afghans. Dans cette antenne médicale de campagne, quelque 495 patients, soldats de l'ISAF, Afghans ou membres d'organisations non-gouvernementales (ONG), ont déjà effectué un séjour depuis l'arrivée du contingent de la Bundeswehr. Plus de 10 000 autres ont reçu des soins en ambulatoire, dont 3000 Afghans. Dans le cadre de l'aide d'urgence destinée au développement, les Allemands ont, d'autre part, contribué à remettre en état plus de 50 services sanitaires et hôpitaux et à former du personnel médical. Ils ont aussi fourni de l'équipement et des médicaments. Sur le plan humanitaire, le ministère fédéral des Affaires étrangères a débloqué des moyens importants pour des projets d'aide d'urgence et de déminage.

  • Favoriser l'investissement, créer des emplois

Sur le plan économique, le gouvernement allemand encourage la reconstruction et la création d'emplois. Il soutient des mesures de qualification pour les spécialistes et les cadres dirigeants dans le domaine de l'administration économique, des entreprises et des banques, et accompagne la mise en place d'un système financier moderne et viable. A la demande du gouvernement afghan, un conseiller spécial allemand pour le commerce et les investissements a été mandaté à Kaboul. Il a conseillé le gouvernement afghan dans l'élaboration d'une loi sur les investissements, favorable aux investisseurs. On lui doit aussi la création de l'Afghan Investissement Agency, l'unique point de contact pour les investisseurs étrangers intéressés. L'Allemagne a également soutenu la création d'une banque de micro-financement, et permis à près de 8000 réfugiés de bénéficier d'aides à la création d'entreprise, d'un emploi ou de programmes de formation initiales ou continue en 2002 et 2003.

  • Consolider les institutions

Sur le plan politique, le gouvernement allemand appuie la réorganisation et la restauration de l'administration officielle, par exemple par le biais de la formation continue de diplomates. L'Institut Max Planck de Heidelberg souhaite, par ailleurs, créer cette année une académie d'administration pour assurer la formation initiale et continue de hauts fonctionnaires ministériels. En 2002 et 2003, le soutien allemand s'était surtout concentré sur Kaboul. En 2004, les moyens alloués sont prioritairement destinés aux activités dans les provinces.. Dès novembre 2003, une antenne de l'Ambassade d'Allemagne à Kaboul a été ouverte dans la capitale provinciale d'Herat, afin de renforcer l'influence du gouvernement central dans la région. Quatre officiers de police doivent en outre se charger de la coordination et de la mise en oeuvre de la formation de la police à Herat.

  • Une nouvelle police qui fasse leur place aux femmes

C'est, en effet, une mission-clé qu'a pris en charge la République fédérale depuis 2002, en acceptant de chapeauter la remise sur pied de la police afghane, à la demande du gouvernement de transition afghan,. "La police est la clé de voûte de la démocratie", a souligné le ministre de l'Intérieur, Otto Schily, lors d'une visite à l'Académie de police de Kaboul en mai dernier.

Cette police a pour tâche de lutter contre la production de drogues et le terrorisme. Il s'agit également de mettre en place une police aux frontières. L'Allemagne coordonne les ressources financières accordées par la communauté internationale, fournit des conseils d'organisation concernant la structure de la nouvelle police, et mène à bien des projets concrets. Le bureau de projet spécialement mis en place à Kaboul s'occupe du recrutement, de la formation, de l'équipement des fonctionnaires de police, mais aussi de la rénovation ou de la construction des bâtiments. Grâce au travail de la Technisches Hilfswerk, l'Académie de police de Kaboul a pu rouvrir ses portes à 1500 recrues en août 2002, et voir sortir ses premiers diplômés en mai 2003. Parmi eux figurent déjà 57 femmes. La promotion des femmes dans la police et dans la vie publique afghanes est l'un des objectifs majeurs du gouvernement allemand.

  • La sécurité de l'Allemagne se défend aujourd'hui sur l' Hindou-kouch

L'engagement allemand en Afghanistan n'est pas sans risque - les débats parlementaires l'ont souligné à plusieurs reprises. Quatre soldats allemands ont trouvé la mort dans un attentat perpétré non loin de leur base à Kaboul en juin 2003. Trois autres ont été blessés tout récemment, dont l'un grièvement, lors d'une attaque à la roquette à Kunduz. Les 2000 soldats allemands présents en Afghanistan illustrent la nouvelle orientation de la politique de défense allemande, axée sur les interventions à l'étranger et non plus sur la seule défense du territoire national. Selon une formule synthétique utilisée un jour par le ministre de la Défense, Peter Struck, la sécurité de l'Allemagne se défend désormais aussi sur l'Hindou-kouch. A la fin du mois de septembre, le Bundestag a prolongé la mission de la Bundeswehr en Afghanistan d'un an, jusqu'en octobre 2005.


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