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L'Allemagne et l'Afrique : pour un dialogue stratégique

L'Allemagne et l'Afrique : pour un dialogue stratégique

Mme Kerstin Müller, ministre fédéral adjoint aux Affaires étrangères s'est prononcée en faveur d'un "nouveau partenariat" entre l'Allemagne et l'Afrique après avoir annoncé le financement d'une mission au Darfour de l'Agence fédérale de secours technique par son ministère. Source: CIDAL. Berlin et Paris le 15 octobre 2004.

Aujourd'hui, comme au cours des années passées, nous suivons avec un très grand intérêt l'évolution que connaît l'Afrique australe. Après la décolonisation, l'abolition de l'apartheid, le renouveau démocratique dans les années 90 et le règlement des conflits en Angola et au Mozambique, le sous-continent doit désormais faire face à de nouveaux défis tels que la lutte contre le sida, la pénurie d'emplois et les inégalités sociales grandissantes.

Malgré ces vastes problèmes, la nouvelle Afrique du Sud est une démocratie stable, une économie en plein développement et étroitement liée à l'Allemagne ainsi qu'un acteur important sur la scène politique internationale. L'Afrique du Sud est aussi notre partenaire stratégique dans la résolution des nouveaux défis qui se posent aussi bien à l'Afrique qu'à l'Europe.

  • De quels défis s'agit-il ?

1. Les conflits dans des pays comme la Somalie, le Soudan, le Libéria et la Sierra Leone, ou encore la République démocratique du Congo, ont entraîné une dégradation progressive des structures étatiques et sociales. On en a oublié jusqu'au sens des termes " sécurité ", " éducation " ou " soins de santé " ; les infrastructures déjà fragiles de ces pays sont dévastées et leur économie exsangue.

2. Dans plusieurs régions d'Afrique, jusqu'à un tiers de la population est infecté par le virus du sida. Cette pandémie touche en particulier les populations jeunes et d'âge mûr. Des régions entières risquent de devenir de véritables orphelinats. Cette évolution catastrophique est accentuée par la constante fuite des cerveaux, l'exode de la main-d'œuvre qualifiée vers les métropoles et les zones privilégiées de croissance.

3. En dépit de taux de croissance parfois remarquables, les pays subsahariens n'atteindront vraisemblablement pas le plus ambitieux des objectifs de développement pour le millénaire, à savoir faire baisser la pauvreté de moitié d'ici l'an 2015. Contrairement aux autres régions en transition et en développement dans le monde (Asie du Sud, Chine, Brésil, Russie), l'Afrique peine à suivre le développement économique mondial.

Ces défis pour l'Afrique, pour ses gouvernements et pour ses habitants, constituent également des défis pour la politique de l'Allemagne et celle de l'Europe. Nous ne nous sentons pas seulement concernés par les problèmes de l'Afrique, ils nous touchent directement. Il existe un risque que de tels pays, très vulnérables, deviennent des lieux de retraite pour des terroristes et qu'ils exportent la terreur et l'instabilité jusqu'en Europe. Parcourir la presse allemande permet de constater que l'Afrique est devenue plus proche que jamais de l'Allemagne. Souvent, les manchettes ne sont pas encourageantes. Pourtant, de plus en plus fréquemment, elles rapportent aussi des évolutions qui donnent de l'espoir.

  • Exemple de l'Union africaine :

L'Union africaine est en train de devenir une organisation régionale qui non seulement adopte des résolutions, mais aussi aborde les problèmes de manière concrète et pratique - par exemple en envoyant des observateurs et des soldats au Darfour et en jouant un rôle actif de médiateur entre les parties au conflit dans l'ouest du Soudan lors des négociations d'Abuja. Bien entendu, l'Union africaine en est encore à ses débuts quant aux capacités de planification, à la logistique et aux moyens financiers. Elle est néanmoins la seule organisation multilatérale disposant de l'autorité suffisante, aussi bien auprès de l'Afrique arabe que subsaharienne, pour pouvoir intervenir avec succès au Darfour. Elle professe la démocratie, une bonne gouvernance et le respect de l'État de droit et, partant, les valeurs mondiales qui sont pour bon nombre d'Africains - notamment dans le sud du continent - indissociables de leur vision d'une renaissance africaine. Une nouvelle fois, comme ce fut le cas à l'époque de la lutte contre l'apartheid, c'est là un langage que nous comprenons en Europe.

Désormais, il s'agit d'aider à faire de la mission de l'Union Africaine au Darfour une réussite. Il est fondamental pour le Darfour que l'Afrique du Sud et d'autres États importants de l'Union africaine, le Nigeria par exemple, s'engagent activement sur le plan politique mais aussi sur le plan militaire. L'Allemagne et l'Union européenne ont soutenu l'Union africaine en termes financiers et logistiques pour l'envoi des premiers observateurs et soldats au Darfour. Nous sommes prêts également à aider l'Union africaine à augmenter, comme cela est prévu, le nombre d'observateurs, de soldats et de policiers déployés. Nous ne voulons pas pour autant imposer nos idées à l'Union africaine. C'est à elle, en accord avec les parties au conflit, de prendre des décisions pour que la violence prenne fin au Darfour et d'en assumer la responsabilité vis-à-vis des opinions publiques africaine et internationale.

C'est une chance d'avoir en Afrique des structures telles que l'Union africaine et des pays partenaires tels que l'Afrique du Sud. À leurs côtés, nous pouvons promouvoir la stabilité, la démocratie et les droits de l'Homme et développer la prospérité, car l'Allemagne ne peut pas et ne veut pas se désengager en Afrique. Ces efforts conjoints requièrent des mécanismes multilatéraux et la gestion de crise africaine dans la région des Grands Lacs, au Libéria ou récemment au Darfour, montre à quel point il est important que la coopération entre les organisations telles que l'Union européenne, l'Union africaine et les Nations unies joue son rôle. Or, cela n'est possible que si les organisations concernées sont stables et capables d'agir. À cet égard, l'Union africaine a fait de grands progrès.

Les Africains et les Européens doivent unir leurs efforts pour que l'O.N.U. fasse, elle aussi, évoluer ses mécanismes et ses structures internes de manière à répondre aux attentes que la communauté internationale et l'opinion publique mondiale placent en elle. C'est pourquoi la réforme du Conseil de sécurité de l'ONU figure à juste titre parmi nos priorités communes. L'Allemagne se prononce d'ailleurs résolument en faveur d'une représentation équitable de l'Afrique au sein du Conseil de sécurité. De même, l'entrée de l'Allemagne en tant que membre permanent du Conseil trouve un écho globalement favorable en Afrique. Nous avons également pour objectif d'instaurer un "dialogue stratégique" entre Européens et Africains dans lequel l'Afrique du Sud pourrait jouer un rôle-clé.

Dans ce contexte, le nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) s'avère également essentiel. Son mécanisme d'évaluation intra-africaine comparera les performances politiques et économiques des pays africains, recommandera de "meilleures pratiques" et donnera à l'Afrique un élan sensible en termes de développement et de réforme. Ainsi le NEPAD représente-t-il un cadre de référence essentiel à notre coopération au développement avec l'Afrique. Il est prévu que, l'an prochain, 30% de notre aide bilatérale au développement, soit près de 500 millions d'euros, aillent à l'Afrique. Aucune autre région du monde ne reçoit une aide au développement aussi conséquente de notre part. À cela vient s'ajouter notre contribution nationale aux moyens financiers fournis à l'Afrique dans le cadre du fonds européen de développement.

En outre, l'Allemagne, aux côtés d'autres pays donateurs, accorde des allègements de leur dette aux pays pauvres très endettés.

Aussi importantes que soient l'aide au développement et l'allègement de la dette, il me semble absolument décisif pour le développement durable d'un pays que son intégration dans l'économie mondiale s'amplifie. Voilà précisément pourquoi nous voulons rendre la mondialisation juste et durable, pour que les pays en voie de développement puissent eux aussi profiter des opportunités qu'elle offre. Il s'agit ici avant tout d'instaurer un ordre commercial mondial qui soit juste et permette aux pays africains de prendre une part équitable au commerce mondial. L'Union européenne a déjà pris des mesures en ce sens. Ainsi, l'Union permet déjà un accès au marché sans droit de douane ni quota à presque tous les produits des pays les moins développés. Toutefois, rendre les produits et les services africains compétitifs sur le marché mondial ne suffit pas. Nous devons aussi continuer à développer le multilatéralisme concernant la politique commerciale et à donner un nouveau visage à la mondialisation.

Nous devons aspirer à un commerce mondial équitable, qui permette aux pays en voie de développement de connaître leur part de progrès économique et social. C'est pourquoi les actuelles négociations de l'O.M.C. doivent réussir. Il faut tenir la promesse que le cycle de Doha sera un cycle de développement. Cet été, l'O.M.C. a adopté de nouveaux accords cadres pour les prochaines négociations. L'Union européenne et les États-unis y ont affirmé être prêts à supprimer les subventions à l'exportation. Je m'en réjouis car, au fond, il est injuste que des nations commercialement fortes exigent une ouverture globale du marché et, dans le même temps, maintiennent l'octroi de subventions. Ce sont principalement les produits agricoles et les textiles des pays en voie de développement qui doivent bénéficier d'un meilleur accès au marché.

Si nous parvenons à clore le cycle de Doha sur un succès, la Banque mondiale table sur un gain allant jusqu'à 100 milliards de dollars pour les pays en voie de développement, soit le double de l'aide au développement actuellement apportée dans le monde.

Le dialogue avec la société civile revêt également une grande importance - l'économie allemande et l'Afrique du Sud ont une longue et fructueuse tradition à cet égard. Les thèmes sont divers : droit syndical, lutte contre le sida, protection des consommateurs, information sur les volumes des commandes, impôts. Les exemples dans ces domaines sont admirables et doivent continuer à faire école. Pour cela, toutes les parties concernées ont besoin de créativité, mais aussi de règles du jeu claires, à l'image des fameuses lignes directrices de l'OCDE et des neuf principes du Pacte mondial de l'O.N.U. Mais d'autres initiatives émanant de la sphère non étatique, telles que " Publiez ce que vous Payez " méritent d'être mentionnées.

Le dialogue avec la société civile doit aussi être un dialogue entre les cultures, l'Afrique du Sud ayant plus d'expérience que tout autre État africain dans ce domaine. Ainsi, les semaines de la culture allemande, organisées à l'occasion du dixième anniversaire des premières élections libres et pour l'inauguration desquelles je suis venue en Afrique du Sud, sont le symbole du nouveau partenariat résolument tourné vers l'avenir unissant l'Allemagne, ses habitants, sa politique à notre continent voisin, l'Afrique, et à notre amie l'Afrique du Sud.


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