Éditoriaux Défense Sécurité Terrorisme Zones de conflits Logistique Livres de référence Liens
Terre Air Mer Gendarmerie Renseignement Infoguerre Cyber Recherche

L'ambition de Michèle Alliot-Marie pour 2005

L'ambition de Michèle Alliot-Marie pour 2005

Discours de Michèle Alliot-Marie, ministre français de la défense, à l’occasion des vœux aux industriels, Paris, le 10 janvier 2005. Source: DICoD.

Pour la troisième fois depuis ma prise de fonction, j’ai le plaisir de vous présenter mes vœux de nouvel an.

Sur le plan personnel, je souhaite, à vous et vos familles, que l’année à venir vous apporte santé et bonheur. Sur un plan plus professionnel, j’espère que 2005 sera pour vous synonyme de réussite. Je vous prie de transmettre ces vœux à l’ensemble de vos collaborateurs.

Le Président de la République, lors de ses vœux aux forces vives, a mis en avant la nécessité de redonner à la France les moyens d’une grande ambition industrielle.

Premier investisseur public, la Défense détermine une part déterminante de notre dynamisme économique et social, par les emplois qu’elle créée, par son impact sur la recherche et l’innovation publiques.

Mener une politique de Défense, c’est bien sûr avant tout assurer la protection de notre territoire et de nos populations. C’est aussi mener une politique économique dont les répercussions dépassent nos frontières et le seul domaine de la Défense. De nos choix de politique de Défense dépendent des personnes, des industries, des opportunités de coopération. Ils déterminent, aujourd’hui et demain, la place de la France en Europe et dans l’économie mondiale.

Ma volonté est de poursuivre la ligne d’action menée depuis plus de deux ans et demi dans ce ministère, relayant ainsi les souhaits du Président.

Mon ambition est double :

  • Conforter et renforcer le rôle de la Défense dans le dynamisme économique de notre pays ;

  • Permettre à la France et à l’Europe de saisir les opportunités industrielles de demain.

La Défense, premier investisseur, doit durablement jouer un rôle majeur dans le développement économique de la France. Une stratégie de long terme est indispensable.

Elle passe par plusieurs exigences : une activité relancée avec des industries redressées des structures administratives rénovées la garantie de notre indépendance.

  • D’abord relancer l’activité. Cela exige visibilité et assainissement

La visibilité est aujourd’hui garantie par un effort constant pour le respect de la loi de programmation militaire. La loi de finances 2005 respecte la LPM pour la 3ème année consécutive. Le budget 2005 prévoit plus de 15 Md€ d'autorisations de programme pour poursuivre les commandes de matériels.

Après les 59 RAFALE et la poursuite du développement du missile M51 en 2004, des commandes importantes sont au rendez-vous, notamment 8 frégates multimissions, 2 avions de transport à long rayon d'action, 1 100 systèmes FELIN.

La Défense dotera ainsi ses armées d’équipements modernes et adaptés aux nouvelles exigences stratégiques. Elle confirmera également sa contribution à l’entretien et au développement de la base industrielle et technologique de notre pays.

  • L’assainissement des industries, lui, a exigé des restructurations profondes.

Le redressement de GIAT Industries est bien avancé. L’Etat tient et tiendra ses engagements. GIAT doit maintenant se tourner vers l’avenir afin de réussir la transformation industrielle et, dès que possible, engager la recherche de partenaires français et européens.

Le secteur de l’armement terrestre bouge ; il faudra saisir les opportunités, tisser des partenariats. Cela prendra du temps mais je suis confiante.

Le changement de statut de DCN apporte de premiers résultats encourageants. J’ai souhaité l’ouverture de son capital pour lui permettre d’être au rendez-vous des échéances prochaines, et de saisir toutes les opportunités de développer ses projets de partenariats. Comme je m’y étais engagée, la loi a été votée avant fin 2004 : elle permet à DCN d’aborder sereinement, mais avec ambition, les alliances à venir, tout en confirmant les garanties apportées aux personnels.

Toutefois l’effort de préparation à la compétition ne peut être demandé aux seules industries. C’est le ministère lui-même qui devait se mettre en condition d’affronter les défis du futur. Par un ministère de la Défense réformé.

Face aux évolutions du contexte national et européen de ces dernières années, à la complexité croissante des programmes d’armement, le ministère de la Défense fait preuve d’une importante faculté d’adaptation.

La réforme de la DGA est bien engagée : Sa nouvelle organisation est en place. J’ai signé les textes réglementaires qui paraîtront dans les prochains jours et les dernières nominations devraient être confirmées à un prochain Conseil des ministres.

La direction "stratégique" assurera la mise en cohérence de nos politiques industrielle, de recherche et d’intelligence économique.

La direction de l’expertise technique aura la responsabilité du développement de la compétence technique, au cœur de la légitimité.

J’ai également décidé le recrutement de 50 ICT sur des fonctions techniques prioritaires.

Le Conseil des Systèmes de Forces a été mis en place dès le printemps 2004. Il apporte des premiers résultats, nous aidant dans les arbitrages capacitaires.

C’est ainsi que j’ai décidé l’arrêt du DC8 Sarrigue et l’abandon du Rafale Marine biplace, redéployant des moyens financiers vers de nouvelles initiatives, comme l’Euromale.

Cette réforme s’accompagne d’une rénovation du dialogue et de la mise en place du Conseil Défense-Industrie. Le Conseil répond à un besoin de dialogue, à un niveau politique, entre l’industrie et la Défense, qui ne sont pas que fournisseur et client, mais partenaires dans la durée.

Réuni pour la première fois fin juin 2004, autour des thèmes de l’Agence européenne et de la politique d’acquisition, le Conseil tiendra une prochaine réunion début 2005, traitant de notre stratégie à l’exportation. Ainsi, 10 mois après la nomination de François Lureau, les grands axes de la réforme sont bien engagés : clarification des responsabilités, renforcement de la compétence technique, relance de l’action stratégique en matière industrielle.

  • Troisième exigence de notre stratégie de long terme : la garantie de notre indépendance.

Il n’y a pas d’action économique crédible et durable sans prise en compte de la réalité, et la réalité ce sont les risques de dépendance, de pillage. J’ai souhaité combler ce vide.

L’Etat doit préparer le long terme et connaître les risques de dépendances de notre industrie, particulièrement dans les secteurs sensibles. Ces risques peuvent conditionner notre capacité à disposer de matériels stratégiques, à exporter, voire à mener les programmes innovants du futur.

J’entends que la Défense joue un rôle actif et éminent dans la politique gouvernementale d’intelligence économique. Je propose à cet égard la création d’une structure efficace, donc légère, pour repérer les entreprises sensibles et identifier leurs besoins.

Je mets en avant l’expérience et la valeur de la Financière de Brienne, pour le développement de laquelle M.Yves Michot vient de me remettre un rapport. J’en examine la mise en œuvre étroite avec M. Alain Juillet. Notre ambition stratégique sur le long terme doit de plus s’appuyer sur des logiques économiques de marché.

Pour mieux faire connaître notre vision et faire adhérer nos partenaires à ce que j’estime être un cadre moderne et rénové de l’action publique, j’ai fait diffuser un document correspondant à notre conception de l’autonomie compétitive en Europe, sur les méthodes d’acquisition.

Forts de cette stratégie, nous devons faire en sorte qu’elle permette de développer une industrie de défense européenne forte et tournée vers l’avenir. Le deuxième volet de mon ambition, c’est de placer la France et l’Europe au cœur des enjeux industriels stratégiques de demain.

L’émergence de leaders industriels de taille européenne, contribuant à l’Europe de la Défense, est une nécessité et un défi à relever. Nous devons créer une dynamique de croissance et d’excellence entre nos entreprises et leur donner un caractère résolument européen.

Cela doit s’accompagner d’une volonté politique européenne forte pour définir les priorités et préparer l’avenir. La France a un rôle d’entraînement à jouer et j’entends bien qu’elle saisisse cette opportunité.

  • Favoriser les rapprochements pour faire face à la concurrence

Nous avons pris conscience de cet enjeu dans le domaine aéronautique avec EADS. Nous serons bientôt prêts à le faire dans le domaine naval. Nous devrons, le plus rapidement possible, l’encourager pour les industries de l’armement terrestre.

Il faut se féliciter de l’opération SNECMA-SAGEM. J’ai été associée à leurs réflexions, qui allaient dans le sens de mon action, celui de la constitution d’un groupe français ayant une stature suffisante à l’échelle de l’Europe. C’est un leader technologique de taille mondiale qui émerge. Passé le premier moment de surprise, les analystes et le marché commencent à mieux appréhender l'intérêt de cette opération.

Je me réjouis également des progrès dans la consolidation de l'industrie des missiles, avec l'annonce ce matin de l'intégration de LFK dans MBDA en Allemagne.

Le rapprochement de DCN et de Thales est un bon projet. Il devra parachever la transformation de DCN, et réunir nos forces en matière de construction navale militaire, s’appuyant sur la loi que j’ai fait voter, et sur la dynamique des discussions engagées depuis un an.

Le tourbillon médiatique autour d'EADS et de Thales retombe. Il en ressort des faits nouveaux, auxquels je porte une attention toute particulière. Il faut désormais préparer l'arrivée prochaine d'une nouvelle équipe de direction, franco-allemande, à EADS.

Il faudra également examiner l’évolution de Thales, dont la stratégie est bonne, au regard des événements des derniers mois.

Dans ce secteur, comme vous le constatez, les sujets de réflexion et d’action ne manquent pas.

Dès aujourd’hui, nous devons porter les efforts sur les priorités stratégiques de demain.

  • La recherche, outil structurant pour une politique industrielle européenne :

Des succès sont déjà au rendez-vous : aujourd’hui l’UCAV, demain l’EuroMale, deux programmes de recherche qui ont une orientation résolument européenne. Nous poursuivrons cette action en 2005.

A cette fin, j’ai fixé des orientations à la DGA en matière d’études amont, insistant sur les démonstrateurs européens, structurants au plan industriel et préparant les capacités technologiques de demain.

L’Agence européenne de défense aura un rôle particulièrement important pour accompagner nos efforts dans le secteur de la recherche et des technologies. Ayant tenu à l’automne 2004 son premier comité directeur, l’Agence pourra cette année réaliser pleinement son programme de travail. Je veillerai à ce que ce dernier soit ambitieux et tourné vers nos priorités capacitaires.

  • Le secteur spatial :

La maîtrise de l’espace est un défi déterminant, d’une ampleur similaire à celui du nucléaire en son temps, que nous devons relever sans tarder. L’espace devient une pièce toujours plus centrale des outils de défense modernes. Le lancement réussi d’Hélios II en décembre dernier est un premier signe fort et encourageant de notre détermination à relever ce défi. J’entends que la France prépare dès maintenant la succession d’Hélios II. Nous devons également définir une véritable politique spatiale de défense ambitieuse. Bien entendu, nous ne pouvons agir seuls.

La France doit faire partager cette conviction et cette ambition à ses partenaires européens. C’est l’une des tâches prioritaires que je m’assigne pour 2005.

Nos forces armées ont besoin de l’industrie de défense, ont besoin de vous, pour la production et la maintenance de leurs équipements. L’industrie de défense est également une source importante d’emploi et d’innovation pour notre pays. Elle est aussi nécessaire à notre souveraineté.

Grâce à une volonté politique forte conjuguée aux efforts des entreprises, cette industrie sera demain davantage à la hauteur des enjeux, plus compétitive, plus imaginative, plus innovante.

Grâce à elle, l’Europe sera en mesure de faire face aux concurrences internationales qui sont aujourd’hui en train de se développer, et qui se développeront plus encore les dix prochaines années.

Ensemble, nous devons saisir cette opportunité. C’est mon vœu, ce doit être notre vœu à tous pour 2005.
 


Derniers articles

Verdun 2016 : La légende de la « tranchée des baïonnettes »
Eyes in the Dark: Navy Dive Helmet Display Emerges as Game-Changer
OIR Official: Captured Info Describes ISIL Operations in Manbij
Cyber, Space, Middle East Join Nuclear Triad Topics at Deterrence Meeting
Carter Opens Second DoD Innovation Hub in Boston
Triomphe de St-Cyr : le Vietnam sur les rangs
Dwight D. Eisenhower Conducts First OIR Missions from Arabian Gulf
L’amiral Prazuck prend la manœuvre de la Marine
Airmen Practice Rescuing Downed Pilots in Pacific Thunder 16-2
On ne lutte pas contre les moustiques avec une Kalachnikov...
Enemy Mine: Underwater Drones Hunt Buried Targets, Save Lives
Daesh Publications Are Translated Into Eleven Languages
Opération Chammal : 10 000 heures de vol en opération pour les Mirage 2000 basés en Jordanie
Le Drian : Daech : une réponse à plusieurs niveaux
Carter: Defense Ministers Agree on Next Steps in Counter-ISIL Fight
Carter Convenes Counter-ISIL Coalition Meeting at Andrews
Carter Welcomes France’s Increased Counter-ISIL Support
100-Plus Aircraft Fly in for Exercise Red Flag 16-3
Growlers Soar With B-1s Around Ellsworth AFB
A-10s Deploy to Slovakia for Cross-Border Training
We Don’t Fight Against Mosquitoes With a Kalashnikov
Bug-Hunting Computers to Compete in DARPA Cyber Grand Challenge
Chiefs of US and Chinese Navies Agree on Need for Cooperation
DoD Cyber Strategy Defines How Officials Discern Cyber Incidents from Armed Attacks
Vice Adm. Tighe Takes Charge of Information Warfare, Naval Intelligence
Truman Strike Group Completes Eight-Month Deployment
KC-46 Completes Milestone by Refueling Fighter Jet, Cargo Plane
Air Dominance and the Critical Role of Fifth Generation Fighters
Une nation est une âme
The Challenges of Ungoverned Spaces
Carter Salutes Iraqi Forces, Announces 560 U.S. Troops to Deploy to Iraq
Obama: U.S. Commitment to European Security is Unwavering in Pivotal Time for NATO
International Court to Decide Sovereignty Issue in South China Sea
La SPA 75 est centenaire !
U.S. to Deploy THAAD Missile Battery to South Korea
Maintien en condition des matériels : reprendre l’initiative
La veste « léopard », premier uniforme militaire de camouflage
Océan Indien 2016 : Opérations & Coopération
Truman Transits Strait of Gibraltar
Navy Unveils National Museum of the American Sailor
New Navy, Old Tar
Marcel Dassault parrain de la nouvelle promotion d’officiers de l’École de l’Air
RIMPAC 2016 : Ravitaillement à la mer pour le Prairial avant l’arrivée à Hawaii
Bataille de la Somme, l’oubliée
U.S., Iceland Sign Security Cooperation Agreement
Cléopatra : la frégate Jean Bart entre dans l’histoire du BPC Gamal Abdel Nasser
Surveiller l’espace maritime français aussi par satellite
America's Navy-Marine Corps Team Fuse for RIMPAC 2016
Stratégie France : Plaidoyer pour une véritable coopération franco-allemande
La lumière du Droit rayonne au bout du chemin





Directeur de la publication : Joël-François Dumont
Comité de rédaction : Jacques de Lestapis, Hugues Dumont, François de Vries (Bruxelles), Hans-Ulrich Helfer (Suisse), Michael Hellerforth (Allemagne).
Comité militaire : VAE Guy Labouérie (†), GAA François Mermet (2S), CF Patrice Théry (Asie).

Contact