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Quelle stratégie industrielle pour la France en Europe ?

 

Quelle stratégie industrielle pour la France en Europe ?

 

Allocution prononcée par M. Pierre Lasbordes, député de l'Essonne, lors de d'ouverture du colloque consacré aux enjeux des industries et sur la désindustrialisation qui s'est tenu à la Maison de la Chimie à Paris, le mardi 15 mars 2005. Source: Secrétariat parlementaire de M. Lasbordes.

 

    Mesdames, Messieurs,

 

Je suis heureux de vous accueillir aujourd’hui, ici, à la Maison de la Chimie, à l’occasion de ce colloque, de cette journée d’étude et de débats, sur un thème important, déterminant même, celui de l’avenir de notre industrie, c'est-à-dire de l’avenir de nos entreprises et de nos territoires et, plus largement, de notre modèle économique et social dans un monde en pleine évolution.

 

J’ai souhaité que cette journée soit une nouvelle fois l’occasion de se saisir de ce sujet, d’aborder la question de ces nouveaux défis qui s’imposent à l’Industrie française, et qui s’imposent, sans être excessif, à la Nation toute entière, à chacun d’entre nous.

 

Des personnalités éminentes vont se succéder tout au long de la journée, à la tribune. Elles nous feront partager chacune avec, je l’espère, une totale liberté de parole, leur vision des choses. Je ne doute pas de la qualité des échanges, avec vous, de la hauteur des débats, et forme le vœu, à l’issue, que des propositions concrètes puissent être apportées.

 

Les profondes mutations qui sont en train de remodeler la nature même de l’économie mondiale constituent en effet des ruptures inédites, une véritable révolution dont les effets se conjuguent, nous donnant l’occasion de relever ce formidable défi, celui de notre capacité à adapter notre économie, qui passe, et c’est tout l’objet de notre débat aujourd’hui, par la recherche d’une véritable politique industrielle nationale à l’intérieur d’une grande ambition européenne.

 

Le devenir de notre industrie, avec en filigrane le questionnement, mêlé de doutes et d’inquiétudes, autour de la désindustrialisation, revêt une dimension capitale qui interpelle, bien sûr les acteurs du monde industriel, mais aussi notre société, et ses représentants.

 

Rendu visible par une actualité sociale marquante, les délocalisations, dont on ne peut hélas que redouter une accélération du processus dans les années à venir, nourrissent les craintes d’une désindustrialisation massive et inévitable, longtemps annoncée, de notre « désert français ».

  • Ce thème, « désindustrialisation ou mutation industrielle », qui va être abordé en premier ce matin, pose en effet la question de la relation, étroite, qu’il y a entre les transformations actuelles de l’économie mondiale, et la capacité, pour notre pays, pour nos territoires, davantage que d’en subir les conséquences, de chercher à en tirer tous les bénéfices.

Sous-estimons-nous le phénomène ? Au risque de faire injure à ceux qui, dans les bassins d’emplois touchés, les salariés et leur famille, les élus locaux, les acteurs économiques, connaissent la réalité de la fermeture des établissements industriels.

 

Le surestimons nous à l’inverse, lorsqu’on le compare aux autres pays industrialisés, « rassurés » de voir les États-Unis, l’Allemagne ou la Grande Bretagne, être bien plus touchés que nous ?

 

Sans aucun doute, le phénomène des délocalisations est complexe. A l’évidence, la multiplicité des études, de grande qualité, n’aura pas été suffisante pour pouvoir apprécier, avec justesse, son exacte vérité, nourrissant le doute, perceptible au travers du seul prisme du drame humain .

 

Paradoxe étonnant en effet, entre cette réalité, éprouvante et brutale, et l’analyse, statistique et macroéconomique, qui nous rappelle que l’Industrie française constitue malgré tout 20 % de notre richesse nationale, 40 % même, si on y ajoute les services qui lui sont liés, que la France demeure une grande puissance industrielle, la 5ème mondiale et la 3ème en Europe, et qu’un emploi sur six lui est directement dû.

 

Notre activité industrielle a même montré des signes de redressement, en progressant de 3% durant l’année 2004.

 

Dans ce contexte, le temps n’est plus, et d’ailleurs n’a jamais été, de savoir si l’Industrie se devait de passer la main à une économie toute entière tournée vers les services, seule pourvoyeuse d’emplois en nombre et dont l’opposition aux emplois industriels s’est avérée inutile, tout comme d’en finir avec cette vocation industrielle dépassée, aux forts relents colbertistes et gaullistes.

 

Depuis un certain nombre d’années en effet, l’Industrie semblait ne plus avoir la cote en France, vieux pays « post industriel » qui avait vu disparaître, en 20 ans, près d’un million et demi d’emplois. De grands patrons, à la fois « visionnaires, fatalistes et anticipant l’irréversible », ambitionnaient même de se séparer de toutes leurs usines.

 

La table ronde de cette matinée abordera, les contours de ce « nouveau paysage industriel français », après avoir pris le soin d’évaluer précisément ces politiques industrielles, actuelles et passées, avant de proposer des éclairages spécifiques sur les actions à conduire, notamment en matière de Recherche et Développement.

 

Celle-ci apparaît en effet comme un puissant levier pour nos entreprises, et donc, en terme de croissance et d’emploi. Près de 17 milliards d’euros lui sont consacrés chaque année, pour conforter notre avance technologique et anticiper les projets créateurs de richesse de demain. C’est toute l’ambition de la future loi d’orientation et de programmation sur la Recherche et l’Innovation, alliant modernisation de l’organisation et du fonctionnement de la recherche publique et des universités, et incitations fortes en direction de la recherche privée.

 

Les pôles de compétitivité, devant favoriser l’émergence et le développement de ces projets, coopératifs et de hautes technologies, mais aussi à partir de thématiques plus traditionnelles, seront, à n’en pas douter, des atouts majeurs pour la croissance et l’attractivité de nos territoires.

 

Une réelle prise de conscience, votre présence ici en témoigne, certes tardive par rapport à nos partenaires européens, mais collective, a donné lieu, parfois de façon désordonnée, à des débats et des actions de la part des pouvoirs publics :

  • Le Premier ministre est ainsi intervenu sur le thème de l’attractivité du territoire ;

  • Une action de coopération industrielle franco-allemande a été initiée ;

  • Une table ronde sur la désindustrialisation, placée sous l’autorité du Président de la République, a eu lieu le 19 février 2004 ;

  • La DATAR a produit un remarquable rapport sur « la puissance industrielle par les territoires » ;

  • Une mission a été confiée à Monsieur Jean-Louis Beffa ;

  • Le Sénat s’est saisi de ces thèmes au travers d’une mission d’information, et l’Assemblée nationale a engagé un vaste débat, le 12 octobre dernier, sur les délocalisations…

Une convergence d’initiatives qui révèle la nécessité d’élaborer une « stratégie industrielle » forte et durable, « dans un nouvel espace européen et international ». C’est toute la problématique qui sera développée dans la seconde table ronde, cet après-midi.

 

Car cette stratégie industrielle, chacun l’appelle de ses vœux.

 

Cette ambition retrouvée, inscrite dans un grand mouvement européen, se devra d’avoir pour étoile fixe l’amélioration de la compétitivité globale de notre économie et ce, à chacun de ses niveaux.

 

Cependant un constat, aujourd’hui partagé par le plus grand nombre, nous montre la réalité de nos forces et nos faiblesses, de nos atouts et des lourdeurs qui pèsent sur le développement de nos industries.

 

En effet, malgré un potentiel de recherche remarquable, et d’infrastructures de qualité, garanties par des services publics nombreux, la visibilité de notre appareil de recherche et de nos universités est insuffisante.

 

La fiscalité qui touche nos entreprises est parmi la plus élevée d’Europe mais aussi du monde. A titre d’exemple, et selon les chiffres de l’OCDE, celle-ci représentait en 2001, 17,3% du PIB, impôt sur les sociétés, cotisations employeurs, taxe sur les salaires, taxe professionnelle confondus…dépassant ainsi de très loin, la moyenne de l’Union européenne.

 

Son poids sur les moteurs qui participe de la création de richesse est indéniable ; Tout comme l’est celui de la pesanteur législative et réglementaire, « splendeur de notre exception française ».

 

Nos entreprises y consacrent une énergie colossale. Dans une étude récente de la Banque mondiale, la France ne figurait même pas parmi les vingt pays où il est facile de faire des affaires, alors que sept de nos partenaires européens, y sont eux, présents…

 

Conscient de l’ampleur de ce problème, le gouvernement a lancé les Comités d’initiative pour le mouvement de l’Etat (CIME), qui a pour but de recenser l’ensemble de ces procédures administratives et de les alléger.

 

D’une manière générale, dans les relations avec l’Administration, bâtie à partir d’une « culture de confiance », tout devrait être organisé de façon à faciliter le travail des entreprises.

 

    Mesdames, Messieurs,

 

A travers le phénomène des délocalisations, devant l’émergence de nouvelles puissances économiques, comme l’Inde, la Chine ou le Brésil, avec l’entrée dans l’Union européenne de nouveaux pays, la France est contrainte de relever le défi de la mondialisation et de la mutation industrielle qui l’accompagne.

 

Sa vocation, irremplaçable, de production de biens matériels, source de progrès, et de demeurer un grand pays industriel est évidente. Mais l’environnement de ce secteur a évolué et son champ d’action dépasse désormais les frontières nationales pour se situer dans une dimension pleinement européenne et mondiale.

 

Un plaidoyer, commun à l’ensemble des acteurs se fait entendre aujourd’hui demandant la mise en place d’une véritable politique industrielle, destinée aux grandes entreprises, mais aussi aux PMI, qui représentent pas moins de 96% des entreprises industrielles, et aux PME innovantes ; Une politique résolument offensive, sans laquelle, comme le rappelait le Président de la République, « il n’y pas de croissance et d’emploi » durable.

 

La posture, confortable et fataliste, de considérer comme inévitables les effets de la mondialisation, ou de vouloir, par idéologie, s’y opposer, ignore que la solution est avant tout en nous.

  • Aux pouvoirs publics de traduire en actes cette nouvelle stratégie en soutenant la croissance et l’emploi, et en apportant les moyens nécessaires à notre dispositif de Recherche et d’Enseignement supérieur, à travers de grands programmes technologiques, pour rivaliser avec les meilleurs centres de recherche du monde.

Il est illusoire de prétendre relever le défi des industries, sans votre concours, sans votre adhésion, encore moins sans l’adhésion de l’opinion dont on souhaite qu’elle puisse se ranger derrière l’impérieuse nécessité d’engager de profondes réformes structurelles.

 

Dans le souci de rechercher ensemble des réponses concrètes à ces questions cruciales, je cède maintenant la parole, à Messieurs Daniel Dewavrin, Gilles Le Blanc, Jean-Louis Levet et Xavier Timbeau, en remerciant par avance l’ensemble des intervenants.

 

Je vous remercie de votre attention.

 

Pierre Lasbordes

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