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Guerre de 4ème génération et 4ème Guerre Mondiale

Guerre de 4ème génération et 4ème Guerre Mondiale

Par François-Bernard Huyghe (1) de l’Observatoire d’infostratégie (2). Paris, le 4 avril 2005.

Dès 1989 des militaires US réunis autour du stratège W.S. Lind lançaient le concept de «guerre de quatrième génération» (Fourth Generation Warfare, abrégé en 4GW). Une guerre sans limites ou plutôt un conflit qui démontrait a contrario les limites de la puissance militaire des forts des riches et des puissants.

François-Bernard Huyghe, docteur d'État en Sciences Politiques, est Chercheur en Sciences de l'Information et de la Communication. Il enseigne notamment au Celsa Paris IV ainsi qu'à l'École de guerre économique à Paris. Ses recherches actuelles portent sur les rapports entre information, conflit et technologie. Photo ©.

François-Bernard Huyghe

  • Quatre générations ?

La première reposerait sur la masse humaine disposée en lignes et en colonnes sur le champ de bataille, et elle durerait de l'ère du mousquet à la première guerre mondiale.

La seconde supposerait une puissance de feu, bientôt celle de la mitrailleuse puis de l'avion, et mobiliserait en amont toute la machine industrielle pour alimenter des fronts opposés comme les tranchées.

La troisième génération impliquerait la capacité de manœuvre, telle la blitzkrieg de la Seconde Guerre Mondiale. Gagne alors celui qui disperse et contourne les troupes ennemies. L'avantage revient à la technologie et à la vitesse.

  • Et la 4ème GW ?

Elle correspond à la révolution de l'information. Mais surtout, elle mobilise des populations entières en un antagonisme qui gagnerait tous les domaines politique, économique, social, culturel et dont l'objectif est le système mental et organisationnel de l'adversaire.

Totalement asymétrique, elle oppose deux acteurs n'ayant rien en commun. D'un côté des puissances high tech (censées profiter de la Révolution dans les Affaires Militaires : information en temps réel, armes "intelligentes" et précises, commandement à distance par les réseaux numériques). En face, des acteurs transnationaux ou infranationaux éparpillés, groupes religieux, ethniques ou d'intérêt s'en prennent indistinctement au marché, aux symboles de l'Occident, à ses communications. Ils obéissent à une logique de perturbation.

Par la suite, l'idée de 4GW fait son chemin dans les milieux de la réflexion stratégique. Elle peine à se distinguer de notions proches : conflits asymétriques, non-étatiques et/ou de faible intensité (Martin van Creveld) ou encore « Netwar », la guerre en réseau chère aux spécialistes de la Rand Corporation Arquilla et Ronfeldt. Peu importe : la manie américaine des concepts chics peut agacer, mais elle reflète des changements tout à fait réels.

Avec ses caractéristiques surprenantes frappe au cœur du dispositif ennemi, très petites forces, retournement des moyens adverses, recherche de l'impact médiatique et psychologique, le 11 Septembre redonne toute son actualité au concept de « quatrième génération ». C'est bien un conflit où un des acteurs refuse obstinément de jouer suivant les règles de l'adversaire et d'aller sur le terrain où ce dernier est invincible. Il préfère rechercher la désagrégation de son système, notamment par des humiliations symboliques. Cela semble annoncer une suite ininterrompue d'actes terroristes et de conflits de basse intensité, de guérillas et de répressions maladroites menées par des troupes mal adaptées à un adversaire diffus et non-militaire.

En Février 2002 le Middle East Media Research Institute (une think tank militante proche du Likoud israélien) annonçait avoir recueilli un texte d'un Abu 'Ubeid al-Qurashi, pseudonyme supposé d'un des principaux chefs djihadistes : il se référait explicitement à la doctrine de la quatrième génération. Elle l'emporterait -disait-il -sur une défense US dont les principes restaient hérités de la guerre froide : avertissement préalable, frappes préventives et dissuasion.

Étonnantes convergences à l'aube de la guerre perpétuelle et sans limites ? Ou façon compliquée de poser une question simple : l'hyperpuissance peut-elle l'emporter sur l'insurrection planétaire qu'elle suscite et nourrit elle-même ?

La séparation entre guerre et paix, semble la première victime de ce changement.

  • Quel est le but d'une guerre où l’hyperpuissance gagne bataille après bataille pour perdre toutes les paix comme en Afghanistan et en Irak ?

C'est aussi le paradoxe de ce que d'autres appellent « quatrième guerre mondiale ». Après la troisième, la guerre froide, c’est, dans le jargon des néo-conservateurs, la guerre que mènent les États-Unis contre le terrorisme et l’islamisme. Voire contre tous les « ennemis de la liberté » s’il faut en croire les dernières déclarations de G.W. Bush, plus partisan que jamais de la « contagion démocratique ». On en connaît les inconvénients (outre le facteur évident que « cela fait beaucoup de monde ») :

  • elle n’élimine pas ses ennemis, elle les multiplie ;

  • elle ne fait pas céder leur volonté comme dans une guerre classique où l’adversaire est susceptible de signer une paix ou de reconnaître sa défaite, elle renforce leur haine et leur ressentiment justement parce qu’elle prétend gagner leurs cœurs et leurs esprits ;

  • à force d’affirmer l’existence d’un ennemi unique et absolu, elle suscite de nouvelles sources d’hostilité, comme l’énorme problème géopolitique chiite qui se prépare à se rajouter au "problème" salafiste.

Qu’on l’aborde par la critique de sa technique militaire (4GM ou autres catégories nouvelles) ou de sa mythologie politique (la 4ème guerre mondiale), tout renvoie à la même question fondamentale. Rendons hommage à un des théoriciens de la guerre de quatrième génération Gary Wilson qui l’énonce avec justesse : « Comment combat-on et peut-on vaincre un ennemi sans forme ? En fait, comment sait-on que l'on a gagné ? (...) Que gagne-t-on et quand sait-on que nous avons gagné ? »

François-Bernard Huyghe

Voir également:

  • Site Internet de François-Bernard Huyghe

  • Quatrième guerre mondiale. Faire mourir et faire croire aux Éditions du Rocher (2004)

  • Réflexions autour du livre : La Quatrième Guerre Mondiale Le livre de François-Bernard Huyghe s’enracine dans trois idées forces à méditer longuement, qu’il ramasse en autant de formules clefs : « la guerre perpétuelle », « l’intention hostile » et « l’idéologie ». Dans La Quatrième Guerre Mondiale, il est donc question de guerre de l’information, de combats d’image et de stratégies d’influence. Car au déchaînement de violence qu’induit le terrorisme répond une dynamique idéologique qui ne peut que nous enfermer dans la guerre perpétuelle...

  • Sur le site Sentinel

(1) Docteur d'État en Sciences Politiques, François-Bernard Huyghe est Chercheur en Sciences de l'Information et de la Communication. Il enseigne notamment au Celsa Paris IV, à l'École de guerre économique à Paris et sur le campus virtuel de l'Université de Limoges. Ses recherches actuelles portent sur les rapports entre information, conflit et technologie. Il a publié notamment "L'Information, c'est la guerre" (Panoramiques) et "l'Ennemi à l'ère numérique, Chaos, Information, Domination" (Presses Universitaires de France) et Écran / Ennemi: Terrorismes et guerre de l'Information" (www.00h00.com). F.-B. Huyghe est aussi connu pour avoir fondé l’Observatoire d’infostratégie dont la renommée a dépassé largement les frontières des pays membres de l'Union européenne.

(2) L’Observatoire d’infostratégie a pour vocation de réunir des chercheurs, des praticiens ou des journalistes qui s’intéressent à la guerre de l’information au sens large. Et ce, pour la comprendre, pas pour la pratiquer pour une cause militante. Il n’est donc pas question, dans le cadre de l’Observatoire ou du site Vigirak, de sortir du travail d’analyse, de diffuser des informations illégales ou dangereuses, d’aider quelque partie (ou parti) que ce soit ou bien entendu de propager des thèses "conspirationnistes". L’Observatoire d’infostratégie n'est donc pas une usine à rumeurs pour activistes électroniques de tous poils (NDLR).

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