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L’avenir du terrorisme

L’avenir du terrorisme

 Par François-Bernard Huyghe (*) de l’Observatoire d’infostratégie.[1] Paris, le 5 avril 2005.

La guerre globale à la terreur U.S. combine la traque des terroristes, le renversement des régimes de terreur et la chasse aux armes de terreur (djihadistes + tyrans + ADM). Or :       

· À chaque "succès catastrophique", Afghanistan, Irak, des cellules terroristes métastasent. Les files de candidats au martyre s'allongent et l'antiaméricanisme monte.
· Les cibles du jihadisme sont disséminées sur la planète, tandis qu’il se concentre sur des pôles d'attraction comme l’Irak.
· Ni sur la Toile, ni sur les ondes, ni dans la rue, les USA ne contrôlent la diffusion du message adverse et moins encore la réception du leur.

D’où contradiction. Comment croire que la plus grande puissance ne vienne pas à bout de quelques milliers de barbus ? Mais comment penser qu’une force que se nourrit d’un tel ressentiment et qui suscite tant de haine et de sacrifices perde un jour sa capacité de nuire ?

Difficile de croire qu’elle atteigne ses objectifs qui incluent sans doute l’extension du salafisme à la planète et un émirat à Washington D.C. Mais on conçoit aussi mal que réussisse une guerre pour éliminer une méthode de lutte (le terrorisme) et des motifs de lutter (« ceux qui haïssent la liberté). Qui dit victoire impossible, dit guerre perpétuelle.

  • Tout cela plaide pour la méthode "européenne": s’en prendre aux terroristes non au terrorisme,[2] ne pas lui conférer un statut d’ennemi principal, doser répression policière classique, politique d’intégration, multilatéralisme et dialogue.

  • Encore faut-il évaluer ses chances face au nouveau du terrorisme.

Révolutionnaire, indépendantiste ou instrumental, le terrorisme a longtemps cherché à renverser l’État, à le chasser ou à le contraindre.

Dans les années 90 il déborde le champ traditionnel du politique,

  • Soit au nom d’une cause --écologie, sexualité, défense des animaux, revendication para-syndicale, hostilité aux immigrés…-- auparavant en dessous du seuil terroriste.

  • Soit par sa dimension apocalyptique ou religieuse, exacerbée par le jihadisme.

Bref à motif sociologique ou cosmologique le "saut" terroriste semble facilité. Ajoutons la nocivité virtuelle de sectes de type Aum ou de "miliciens" comme les terroristes d’Oklahoma City, plus l’ampleur du terrorisme dans des pays du Sud négligée par nos médias. Bref, la question ne se réduit pas à un duel USA versus al Qaïda.

Elle est idéologique, polémologique et technologique.

  • L’idéologie détermine les objectifs des terroristes et les motive. Or nous ne savons guère traiter une mentalité qui pousse environ une personne par jour à devenir kamikaze et nous représentons mal ce qu’espèrent les djihadistes.

D’un point de vue polémologique, il est malaisé de prédire les occurrences ou l’impact d’une violence qui privilégie le dommage symbolique. Le dommage affaiblit le "fort", par exemple en tuant un de ses représentants ou en l’obligeant à capituler pour récupérer un otage. Il est symbolique car il suppose des effets de croyance : démoralisation, encouragement à la révolte, « châtiment » des tyrans ou des impies…Sa mesure dépend de la « réceptivité » de la société cible.

  • La dimension technologique est cruciale : le terrorisme ne se contente plus d’armes du pauvre, mais menace de recourir aux armes nucléaires, biologiques ou chimiques et exploite les vulnérabilités high-tech.

Dans dix, vingt, ans, y aura-t-il toujours des volontaires pour le djihad ? Des croyances qui enjoignent de sacrifier la vie d’autrui voire la sienne ? Sauf à rêver d’un monde parfait, la réponse est oui.

Le terrorisme sera-t-il praticable ? Nos systèmes de surveillance seront-ils si efficaces que les terroristes seront arrêtés et les cibles principales hors de leur portée ? On peut en douter, à supposer que nous soyons prêts à en payer le prix en termes de libertés.

Le terrorisme sera-t-il "rentable" ? Quels substituts le remplaceraient comme moyen de lutte et comme mode d’expression des sans-armée et des sans-espoir ?

Pour répondre revenons à deux évidences:

  • Le terrorisme poursuit des fins dont la logique s’impose à leurs auteurs.

  • Il joue de facilités qu’offre son adversaire et auxquelles répondent des fragilités terroristes.

Finalités

« Que veulent les terroristes ? » implique: « Quel est leur critère de la victoire ? ».

Le terroriste proclame que ce qu’il n’agit que par nécessité, en réponse à une contrainte, voire par légitime défense. Il ne veut pas que "répandre la terreur" ou "créer un climat d’insécurité", mais aussi, suivant le cas.:

  • Radicaliser la situation et préparer le terrain à d’autres formes d’action

  • Obliger à prendre parti, quitte à frapper des "collaborateurs" ou des neutres

  • Provoquer l’adversaire à la faute ou à la répression

  • Prouver la vulnérabilité de ce "tigre de papier"

  • Faire connaître sa cause

  • Obtenir des concessions tactiques

Parfois, l’attentat portant sa propre récompense pour un motif précis.:

  • Obéissance, solidarité de groupe

  • Besoin de "témoigner" de sa révolte,

  • Désir d’humilier du puissant

  • Volonté "apocalyptique" de faire le plus de morts possible (cf. Aum)

  • Code de vengeance et d’honneur

  • Conviction d’obéir à un commandement divin et d’appliquer une sentence

Le message explicite du terrorisme (revendications, communiqués…), et le message implicite qu’apporte le choix de la victime (censée représenter autre chose et plus qu’elle-même) révèlent les finalités du terrorisme et sur son identités, à la fois réelle et symbolique.

La première - toutes les particularités, croyances, comportement, organisation -d’une communauté parente de la secte – renvoie à la seconde : celle du sujet historique (oumma, ; Nation, opprimés, vrais croyants).au nom de qui parle le terroriste

Tout cet arrière-plan imaginaire détermine la pratique terroriste.

Facilités et fragilités

Le terrorisme fonctionne à l’économie. Sa « faiblesse », inhérente à sa définition, traduit des carences : organisationnelles, financières, politiques (manque de soutien populaire ou de médiations politiques), territoriales (un terrorisme qui occupe une zone, serait déjà une guérilla).

Cette faiblesse fait sa force. Si vous n’avez pas de façade légale, personne ne peut vous battre aux élections ; si vous n’avez pas d’adresse personne ne sait où vous arrêter. Si vous n’avez rien à défendre, vous avez l’avantage de l’initiative et de l’attaque.

Le terrorisme qui a le choix de la cible, de la méthode, du lieu et du temps n’agit que sur les lignes de faille et à l’économie.

  • L’acte doit être techniquement réalisable à moindre coût.

  • Il doit être sémantiquement efficace (facile à comprendre). Peu de signes, beaucoup de sens et beaucoup d’audience.

Les facilités donc les opportunités qu’offrent nos sociétés à l’action terroriste s’apprécient sur trois critères :: stratégique (faire ravage), spectaculaire (faire du bruit), symbolique (faire sens).

Bien évidemment, plus le champ des cibles signifiantes et licites est large, plus les possibilités d’action du terroriste s’accroissent. Si vous luttez contre une puissance occupante, vous vous en prenez à ses représentants, à ses collaborateurs. Si vous luttez contre les Juifs et les Croisés, l’Occident, l’athéisme et le polythéisme (sans oublier anathèmes , renégats, et chiites) et leurs alliés objectifs et les signes de la décadence, la liste s’étend: une tour, un pétrolier, une église, une boîte de nuit, un passager de bus ou un chauffeur deviennent cibles légitimes.

Le rapport investissement-risque tient compte de caractéristiques de notre société :

Les vulnérabilités terroristes

  • Elle est bureaucratique Les possibilités de propagation du chaos sont à la mesure de la complexité.

  • Elle est mondialisée. Si le terrorisme est aussi une réaction identitaire contre la mondialisation, celle-ci multiplie les interdépendances, donc les possibilités de chaos.

  • C’est une société du spectacle. La prédominance des médias représente un puissant levier d’action

  • Une société en réseaux. La structure en réseaux est théorisée par les stratèges américains: la guerre en réseau, netwar. C’est celle qu’adoptent des groupes informels, non hiérarchiques, reliées par des systèmes de communication souples et capables de se coordonner.

  • Société de l’immédiat. Le terrorisme joue du temps. S’il est, sous certains aspects, un accélérateur de l’histoire il est aussi chronophage. Bloquer quelques heures le fonctionnement de la Bourse, d’une centrale électrique peut provoquer des dégâts énormes. Le terrorisme engendre de la friction : contrôles, normes de sécurité, fausses alertes. En sens inverse, il n’a pas nécessairement la même perception du temps que nous. Les djihadistes peuvent préparer leurs actions des années à l’avance et pensent dans la perspective de l’éternité, pas du JT.

  • Société du risque. Nos systèmes obsédés par la sécurité absolue, le principe de précaution, et par l »aversion au risque sont plus sensibles au terrorisme.

 Les limites de l’action terroriste sont

  • La concurrence d’autres formes d’action. L’organisation peut se convertir au légalisme ou au contraire décide de « monter » au stade de la guérilla, ou de l’insurrection. Parmi ces formes d’évolution endogène, la fameuse "dérive mafieuse".

  • Les succès de la répression.

  • L’usure faute de logistique, de soutiens , de relais, …,d’où diminution de son activité mise en sommeil.

L’action contre-terroriste joue dans les trois domaines.

  • Pour accélérer la transformation du terrorisme par négociation, trêve, amnistie. Cette stratégie de l’échange appelle pour complément une stratégie de l’influence soit que l’État se réforme, se soit qu’il se trouve des alliés pour condamner l’action des terroristes au nom des valeurs, telle les autorités religieuses condamnant les attentats.

Bien entendu, il y a la traque de type policier, d’autant plus efficace qu’elle est pensée en amont.

Les groupes terroristes sont d’abord affinitaires : leurs membres sont unis par des liens d’idées, de confiance mutuelle, voire de communauté de vie. De tels liens ne se forment pas n’importe où et souvent, la « cristallisation » des terroristes se fait dans un tout petit milieu : cousinage, même village, mêmes groupes de quartier, même département de la même université... Ces facteurs en facilitent le repérage.

Les stratégies de suffocation, enfin, consistent à favoriser l’usure du terrorisme par :

  • Attaque contre ses bases arrière par action militaire directe ou pression sur les gouvernements hôtes.

  • Assèchement des réseaux de financement et d’armement.

  • Offensive (de type assassinat ciblé) contre ses façades légales ou ses inspirateurs.

  • Décomposition de son écosystème (réseaux de sympathisants, zones de recrutement, lieux ou associations apportant un soutien indirect, médias favorables, voire liens tribaux ou communautaires…)

  • Actions contre ses systèmes d’information ou intoxication.

Conclusion

Le terrorisme né avec la modernité prospère alors qu’elle semble irrésistible sous forme de mondialisation, et peut-être parce qu’elle l’est. La disproportion est immense: l’Occident semble en mesure d’interdire les guerres «classiques » aux États Nations et de s’assurer le monopole de la force : ce contrôle d’en haut stimule la violence d’en bas, y compris sous des formes délirantes.

La domination symbolique suscite une rage qui trouve écho dans la violence spectaculaire et le langage du défi

L’idée d’une victoire sur le terrorisme par écrasement ou conversion des acteurs à « nos valeurs » est utopique. Une Amérique plus multilatérale, une mondialisation mieux maîtrisée, un développement plus durable, une fracture nord-sud plus réduite sont certainement des perspectives souhaitables, mais qui ne suffiraient pas à convaincre les djihadistes et millénaristes de revenir au bulletin de vote. Qui envisage la violence en termes d’expiation ne peut être apaisé ou converti.

Concevoir de lutter contre l’injustice, le fanatisme, et autres maux, dans l’espoir de voir diminuer le nombre des poseurs de bombes n’est pas absurde pour autant.

Mais nous devons apprendre à vivre avec l’idée que le terrorisme à défaut d’être éliminable doit devenir supportable. Et comprendre que la limite des atteintes "insupportables" que pourrait nous infliger le terrorisme nous révèle notre propre question.

François-Bernard Huyghe

Voir également:

  • Site Internet de François-Bernard Huyghe

  • Quatrième guerre mondiale. Faire mourir et faire croire aux Éditions du Rocher (2004)

  • Réflexions autour du livre : La Quatrième Guerre Mondiale Le livre de François-Bernard Huyghe s’enracine dans trois idées forces à méditer longuement, qu’il ramasse en autant de formules clefs : « la guerre perpétuelle », « l’intention hostile » et « l’idéologie ». Dans La Quatrième Guerre Mondiale, il est donc question de guerre de l’information, de combats d’image et de stratégies d’influence. Car au déchaînement de violence qu’induit le terrorisme répond une dynamique idéologique qui ne peut que nous enfermer dans la guerre perpétuelle...

  • Sur le site Sentinel

(*) Docteur d'État en Sciences Politiques, François-Bernard Huyghe est Chercheur en Sciences de l'Information et de la Communication. Il enseigne notamment au Celsa Paris IV, à l'École de guerre économique à Paris et sur le campus virtuel de l'Université de Limoges. Ses recherches actuelles portent sur les rapports entre information, conflit et technologie. Il a publié notamment "L'Information, c'est la guerre" (Panoramiques) et "l'Ennemi à l'ère numérique, Chaos, Information, Domination" (Presses Universitaires de France) et Écran / Ennemi: Terrorismes et guerre de l'Information" (www.00h00.com). F.-B. Huyghe est aussi connu pour avoir fondé l’Observatoire d’infostratégie dont la renommée a dépassé largement les frontières des pays membres de l'Union européenne.

[1] L’Observatoire d’infostratégie a pour vocation de réunir des chercheurs, des praticiens ou des journalistes qui s’intéressent à la guerre de l’information au sens large. Et ce, pour la comprendre, pas pour la pratiquer pour une cause militante. Il n’est donc pas question, dans le cadre de l’Observatoire ou du site Vigirak, de sortir du travail d’analyse, de diffuser des informations illégales ou dangereuses, d’aider quelque partie (ou parti) que ce soit ou bien entendu de propager des thèses "conspirationnistes". L’Observatoire d’infostratégie n'est donc pas une usine à rumeurs pour activistes électroniques de tous poils (NDLR).

[2] Terrorisme est à prendre ici dans son sens le plus simple : méthode de lutte des acteurs non-étatiques et clandestins commettant des attentats à buts politiques.

Il est entendu qu’un attentat attente aussi au prestige, au moral, à l’autorité, à l’autonomie de décision d’un adversaire, et constitue souvent une réparation symbolique (une vengeance contre les puissants et les coupables) aux yeux du « public » supposé auquel s’adresse son message.

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