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Armée de l'air 2015 : enjeux et perspectives

Armée de l'air 2015 : enjeux et perspectives

Par l'Ingénieur de l'armement Bruno Berthet (1)

L'armée de l'air est aujourd'hui à un tournant de son histoire sur le plan de la modernisation de ses équipements. Avec l'arrivée du Rafale en 2006 sur la base aérienne de Saint-Dizier, avec la perspective de l'A400M qui permettra à la France et à l'Europe de disposer d'une capacité de projection bien adaptée au contexte stratégique, l'armée de l'air confortera la cohérence opérationnelle de notre outil de Défense.

Les premiers Rafale ont été livrés à l'armée de l'air

À l'horizon 2015, les Mirage 2000, les Rafale - ainsi que certains systèmes d'armes dont les potentialités sont déjà déterminées - continueront d'être l'ossature des capacités opérationnelles mises en œuvre par l'armée de l'air. Conçus, pour la plupart, dans les années 70 et au début des années 80, ces systèmes ont été adaptés pour faire face aux évolutions rapides de notre environnement. Ces évolutions portent, notamment, sur les armes (miniaturisation, intelligence, précision), mais aussi sur les systèmes d'armes pris dans leur ensemble.

Document SIRPA Air (A 400 M)

Au-delà de ces capacités de combat, d'autres systèmes (A400M, MRTT, drones, défense anti-missiles balistiques) intégreront les nouvelles technologies afin de compléter le champ d'emploi de l'ensemble des moyens nécessaires à la réalisation des missions effectuées par l'armée de l'air au service de la défense.

  • Approche système et opérations réseau centrées 

Les progrès continus des technologies de l'information et de la communication feront évoluer la notion de " plate-forme de combat " vers celle de " système aérien de combat ", fondée sur l'emploi de capteurs et de générateurs d'effets multiples répartis sur diverses plates-formes, de réseaux de transfert d'informations sécurisés et à haut débit et de logiques de fusion et d'interprétation des données avancées.

Afin de tirer le meilleur parti d'informations et de données partagées au sein d'un large réseau interarmées et interalliés, les systèmes aériens de combat disposeront d'outils d'aide à la décision comportant un certain degré d'intelligence. Ils contribueront ainsi davantage à l'accélération du tempo de la manœuvre rendue nécessaire par le traitement rapide de cibles d'opportunité, déplaçables ou mobiles.

Si le concept d'opérations réseau centrées améliore l'efficacité des missions par la génération, la diffusion et le partage de l'information, l'effet militaire reste obtenu in fine par l'armement. L'efficacité globale passera donc par une amélioration des conduites de tir et des munitions, en termes de précision et de portée.

  • Technologies et besoin opérationnel

Afin de répondre aux menaces envisagées à l'horizon 2015, les capteurs devront permettre d'engager des aéronefs à faible niveau de signature, tels que les missiles de croisière, ainsi que des cibles au sol de taille réduite, déplaçables ou mobiles.

Dans cette perspective, des évolutions majeures du domaine radar permettront l'emploi d'antennes à modules actifs qui, liées à l'augmentation constante des puissances de calcul, offriront de nouvelles capacités de détection tout temps de cibles au sol ou aériennes, des performances cohérentes avec le futur armement air/sol métrique tout temps, la portée du futur missile d'interception Météor ainsi qu'une résistance accrue aux contre-mesures. Gagnant en portée et en résolution, les capteurs optroniques, passifs ou actifs, amélioreront la fonction d'indentification tout en assurant la poursuite discrète de cibles multiples, au sol ou en vol. Utilisant les données issues de ces capteurs radars et optroniques, de puissants algorithmes conféreront au système d'arme une redoutable capacité automatique de détection, reconnaissance et identification.

Tirés dans la profondeur et à distance de sécurité, les armements viseront l'obtention d'effets gradués sur les cibles qu'ils devront pouvoir atteindre très précisément dans des sites protégés (sous terre, etc), fortement défendus ou bien encore dans un environnement urbain complexe impliquant une grande maîtrise des dégâts collatéraux. À l'horizon considéré, nos missiles de croisière disposeront de fonctions telles que la redésignation d'objectif en vol libre, le "battle Damage indication" (informations issues du missile sur les conditions d'exécution de sa mission) tout en bénéficiant de moyens de pénétration face aux défense, d'un guidage terminal optimisé, d'une capacité tout temps et d'un temps de préparation de mission réduit. De nouveaux concepts d'armes non létales, spécifiquement dédiées à la fragilisation ou à la destruction d'équipements électroniques ou informatiques adversaires, sont étudiés (armes à énergie dirigée). À plus long terme, il faudra, bien évidemment, développer les concepts de défense vis-à-vis de telles armes.

La perpétuelle évolution des systèmes d'armes adverses nécessite le développement de technologies améliorant la discrétion, la détection d'agression et l'autoprotection de nos différentes plates-formes. Cet objectif passe, notamment, par l'intégration discrète des antennes et ouvertures optroniques qui contribuent fortement à la signature radar de l'aéronef. La mise au point de matériaux adaptés permettra également d'en diminuer la signature infrarouge. Assurant une couverture quasi omnidirectionnelle des aéronefs à grand champ décèleront les menaces proliférantes, notamment les missiles infrarouge légers. Si les leurres continuent d'évoluer pour assurer une meilleure crédibilité spectrale et dynamique adaptée aux autodirecteurs de missiles anti-aériens actuels, de nouvelles menaces émergentes à imagerie déjouant ces leurres nécessiteront le développement d'un système d'autoprotection intégrant une composante de brouillage laser. Ce système, dont un démonstrateur fait l'objet d'une fructueuse coopération franco-allemande, pourrait équiper les A400M, les avions VIP puis les hélicoptères et avions de combat.

En complément de l'autoprotection, le brouillage offensif évitera la prise en compte de la plate-forme par des radars adverses lors de raids dans la profondeur. De premiers résultats concluants permettent d'envisager le développement de brouilleurs capables de contrer efficacement des radars toujours plus agiles et travaillant sur une large bande de fréquences.

Si la maîtrise de la troisième dimension exige de faire face aux menaces aériennes classiques, le cas complexe des missiles balistiques proliférants sera pris en compte, à l'horizon 2015, par la capacité initiale du futur SAMPT bloc 1 au profit des troupes projetées. Possédant un fort potentiel d'évolution, les premières technologies d'alerte avancée, de poursuite et d'interception seront développées de façon incrémentale pour contrer l'évolution de la menace.

L'aptitude de l'A400M au transport stratégique et tactique, l'évolution de la flotte d'avions ravitailleurs vers le concept multirôle de transport et de ravitaillement en vol ainsi que la mise en œuvre des drones endurant au profit de la surveillance tout temps des théâtres d'opérations continueront d'assurer la cohérence et le caractère éminemment transverse de l'arme aérienne.

Enfin, la composante aérienne ne peut plus être considérée comme la juxtaposition de plates-formes isolées mais comme intégrée en un système de combat aérien au sein d'un champ de bataille numérisé.

À cet égard, la maîtrise des technologies de l'information permettra d'utiliser pleinement les réseaux de données pour assurer l'information du système sur la situation (stratégique tactique) et pour réduire les délais de réactions (programmation en vol de missions ou de bibliothèques de contre-mesures pour les adapter à toute évolution du contexte). L'augmentation de la complexité due à la multiplication des sources d'informations nécessitera des " intelligences complémentaires " déportées permettant d'établir et de gérer les priorités : analyse de situation tactique, aides à la navigation, au ciblage, au tir et à l'autodéfense reposant sur des logiciels avancés de fusion des données.

L'architecture du système et les technologies associées devront, sans augmenter la complexité, décharger au maximum les opérateurs tout en leur donnant l'information la plus adaptée à leur besoin immédiat et en leur laissant les leviers de décision sur les tâches critiques.

L'évolution de l'arme aérienne s'oriente vers l'emploi des systèmes de combat dont les performances seront essentiellement fondées sur leur capacité à travailler rapidement en réseau interarmées et interallié, puis à produire un effet militaire précis. Les technologies et l'architecture retenues permettront d'accroître la permanence et la réactivité des moyens aériens sur la zone de conflit, à la fois pour la veille, la défense et la frappe.

Répondant à un besoin opérationnel adapté aux nouvelles menaces, ces évolutions devront également tenir compte de l'environnement économique : la réduction du coût de possession des systèmes - mais aussi celle de la réalisation des missions - restent un souci constant. Il conviendra, à cet effet, de rechercher toute opportunité de coopérations européenne ainsi que d'application au domaine militaire d'outils et technologies civils.

Ingénieur de l'armement Bruno Berthet

  • (1) Sources : Les dossiers de l'abécédaire parlementaire 2e trimestre 2005 et SIRPA Air.
     


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