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La voie française trouve son accomplissement en Europe

La voie française trouve son accomplissement en Europe

Discours traditionnel de clôture prononcé au Salon aéronautique du Bourget par Dominique de Villepin, Premier ministre français, le 18 juin 2005. Source: Hôtel Matignon, Paris.

Après un vol de démonstration au Bourget de l'A-380, on reconnaît de droite à gauche Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, Noël Forgeard, (Airbus) qui applaudit avec le Premier ministre, Dominique de Villepin, Charles Edelstenne (Dassault Aviation) président du GIFAS et Thierry Breton, ministre de l'économie et des finances. Le Bourget, le 18 juin  2005. Photo Joël-François Dumont © E/S.

L'A-380 est à l'honneur au Bourget

    Merci, monsieur le Président, de vos paroles chaleureuses

Cher ministre Lux, nous sommes d’autant plus heureux de vous accueillir ici que le Luxembourg est un pays proche, ami et que vous occupez la lourde tâche d’exercer la présidence de l’Union européenne.

Madame, Messieurs les Ministres,
Chère Michèle, cher Thierry, cher Dominique,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Chers amis,

Le Premier ministre, Dominique de Villepin, sacrifie à la tradition en présentant les perspectives de l'industrie aéronautique et spatiale lors du déjeuner de clôture du Salon du Bourget, le 18 juin 2005. Photo Joël-François Dumont © E/S.

Le Premier ministre durant son allocution (Photo E/S)

C’est une belle journée. C’est une belle journée quand le ministre de l’Équipement et des Transports, tant il est occupé à faciliter la signature de contrats, n’a pas le temps de déjeuner. Oui, c’est une belle journée et c’est une journée émouvante pour moi, parce que je suis presque né dans les avions, j’ai grandi dans les avions, et à l’époque, les trous d’air étaient si nombreux que les étapes étaient longues et que les Fausto Copi et Darriguade de l’époque avaient beaucoup de mal à se donner pour vaincre au-dessus de l’Atlantique. Aujourd’hui, nous nous retrouvons à déjeuner, et c’est peut-être la dernière fois - il n’y a pas de récriminations ? - C’est une tradition, mais nous sommes victimes de notre succès. Nous le voyons bien, et nous l’avons vécu dans les allées, quelques signes d’impatience, d’un public qui veut voir, qui veut toucher les avions, qui veut toucher cette merveille de l’aéronautique. Et nous avons compris alors, à travers le message qui nous était donné, et le président Edelstenne n’a pas été le dernier à le reconnaître - qu’il nous faudrait peut-être modifier nos horaires. Alors, nous nous retrouverons, bien sûr, peut-être un peu plus tôt le matin et puis, nous fêterons, à l’heure du petit déjeuner, le bonheur de penser à l’avenir de l’aéronautique et de servir cette grande ambition pour le France et pour le monde.

Je suis très heureux de vous retrouver aujourd’hui au salon du Bourget, puisqu’il défend, depuis près d’un siècle l’excellence de la tradition aéronautique française. Merci au Président du GIFAS, Monsieur Charles Edelstenne. Merci à Aéroports de Paris qui nous accueille aujourd’hui.

Nous sommes le 18 juin, vous l’avez rappelé, date symbolique entre toutes et pour nous tous, comme citoyens et comme Français, c’est un anniversaire fondateur, un jour d’audace,un jour de courage, un jour de liberté. Et je sais aussi que pour tous les aviateurs, ce jour marque le début d’une aventure hors du commun, l’ouverture d’un ciel de combat traversé par les escadrilles des provinces de France : Alsace, Lorraine, Bretagne, Normandie, Île-de-France. Autant de noms qui résonnent encore et fortement dans nos cœurs.

A l’heure où la construction européenne traverse une des périodes les plus difficiles de son histoire, nous avons plus que jamais besoin de projets concrets et de vision pour l’avenir. Quelle meilleure illustration pouvons nous trouver que cette volonté commune de l’aéronautique comme fer de lance d’un esprit de conquête européen ? Un esprit moderne, collectif, capable de révéler et de valoriser les talents de chacun. Vous avez avancé avec méthode, en rassemblant les compétences d’un petit nombre d’États déterminés et désireux d’ouvrir la voie. Il y a sans doute un modèle à méditer, là où nous avons des réponses tangibles à apporter à nos concitoyens, là où nous avons des défis à relever et des capacités pour nous porter au premier rang.

Cet esprit est propre aussi au salon du Bourget. Ici tout le monde parle avions, hélicoptères, drones et fusées. Porteurs de rêve et de fierté, ils illustrent le meilleur de notre ambition industrielle française, capable de conjuguer un héritage ancien et les technologies les plus avancées.

Cette ambition, il nous appartient de la faire vivre : elle nous permet aujourd’hui de jouer à armes égales dans la compétition économique internationale. Elle est créatrice d’emplois. L’industrie a des effets d’entraînement sur toute notre économie, bien au-delà de son poids propre. Car derrière l’usine, il y a le centre de recherche, il y a les sous-traitants, il y a les services à haute valeur ajoutée. Contre la tentation du renoncement, contre tous ceux qui estiment que notre pays n’a plus d’avenir industriel, je veux donc affirmer que la France a des cartes maîtresses et qu’elle saura les jouer. Contre le risque des délocalisations, je veux affirmer que la meilleure réponse est la valorisation de nos capacités et la défense d’une véritable stratégie de l’industrie, de l’innovation et de la recherche.

Notre position géographique, à la croisée des grands axes routiers et ferroviaires européens, notre ouverture maritime sur d’autres continents sont des atouts exceptionnels. Deux siècles d’aventure industrielle ont ancré dans nos consciences le sens de la qualité et la soif de nouvelles découvertes. Nous avons des ingénieurs et des chercheurs de haut niveau, des artisans, des contremaîtres, des ouvriers qui ont un savoir-faire reconnu. Nos entrepreneurs savent prendre des risques : vous en êtes ici le meilleur exemple. Notre réseau d’infrastructures a permis de créer des liens rapides et sûrs entre les hommes et les territoires. Nous savons conjuguer l’ancrage local avec la capacité à nous projeter loin à l’étranger et à penser les grands enjeux stratégiques : vos entreprises sont installées dans nos régions, mais elles exportent partout à travers le monde. J’ai vu aujourd’hui de grandes entreprises, implantées à Toulouse ou à Marignane, mais aussi des petites entreprises de la région Centre ou d’Île-de-France : toutes exportent une grande part de leur production, aux États-Unis, mais aussi en Asie ou en Inde.

Pourtant rien n’est acquis. Face aux ambitions des géants asiatique et américain, face à une concurrence mondiale de plus en plus exigeante, nous devons faire des efforts pour garder ce temps indispensable d’avance. Sans perdre de vue les secteurs de pointe qui font notre réputation, nous devons imaginer de nouveaux défis et de nouveaux moyens techniques et financiers pour y faire face. C’est une condition de nos succès futurs. C’est la condition de nos emplois de demain.

Le Premier ministre, Dominique de Villepin, sacrifie à la tradition en présentant les perspectives de l'industrie aéronautique et spatiale lors du déjeuner de clôture du Salon du Bourget, le 18 juin 2005. Photo Joël-François Dumont © E/S.

  • Je veux donc vous présenter ici ce que je crois utile pour notre industrie française, ce que j’entends faire pour lui redonner un sens et un avenir.

Dans ce projet, l’industrie aéronautique et spatiale occupe naturellement une place à part. Elle est un moteur essentiel de l’économie française. En 2004, elle a créé 5000 emplois de haute qualification. Elle anime une filière de recherche et de développement de pointe, dans laquelle elle investit plus de 4 milliards d’euros chaque année pour le seul secteur aéronautique. Cette industrie a su se consolider pour donner naissance à des leaders mondiaux ; EADS, Thalès, SAFRAN ou encore le groupe Dassault en sont de brillantes illustrations. Elle a su également créer des alliances européennes réussies, qui inspireront d’autres projets industriels et d’autres entreprises.

Dans cette compétition, les petites et moyennes entreprises, elles aussi ont tout leur rôle à jouer. Elles forment un tissu de grande qualité, dont la capacité à répondre rapidement aux évolutions technologiques et à vos exigences économiques est essentielle à votre succès. Vous avez évoqué, M. le Président, un certain nombre de difficultés. Ma conviction, c’est que la relation entre les grands groupes et les PME doit être fondée sur la confiance, la stabilité et la complémentarité. Vous avez besoin d’elles, elles ont besoin de vous. Afin de renforcer cette coopération, je demande au ministre de la Défense et au ministre de l’Équipement et des Transports d’organiser rapidement une table ronde pour évaluer les besoins de chacun et formuler des propositions concrètes.

L’État a à cœur d’accompagner le développement de l’industrie aéronautique : en trois ans plus de 13 milliards d’euros ont été consacrés à l’ensemble du secteur, sous forme de commandes militaires. Dans le domaine spatial, son appui a été déterminant pour le redémarrage d’Ariane. Il a également défini un contrat d’objectifs et de moyens pour la période 2005-2010 avec le CNES, auquel il apportera chaque année 685 millions d’euros. L’État a tenu ses engagements en matière spatiale, il les tiendra sur la loi de programmation militaire, afin de garantir nos intérêts vitaux tant stratégiques qu’économiques.

Notre objectif est clair : nous voulons à la fois défendre des projets aéronautiques ambitieux, comme l’A-380, et garantir l’indépendance de la France et de l’Europe dans des secteurs stratégiques, comme celui des lanceurs ou de la radionavigation par satellite. La volonté de la Chine ou de l’Inde de conquérir leur autonomie d’accès à l’espace montre combien ces programmes sont déterminants pour la conduite de l’avenir.

Vous avez su enfin tirer tout le parti du projet européen en vous appuyant sur les compétences de chacun. Vous êtes ici l’exemple de cette Europe vivante et créatrice, capable de se mesurer avec les autres continents et de susciter en même temps la fierté : lorsque l’A 380 prend son vol, chacun retient son souffle. Galileo et la sonde Huyghens dans le domaine spatial éveillent la curiosité et l’intérêt de chacun.

  • Toutes ces réalisations sont le fruit de l’énergie et de l’intelligence européennes. Pour les renforcer, nous devons répondre à deux exigences.

Le Premier ministre, Dominique de Villepin, sacrifie à la tradition en présentant les perspectives de l'industrie aéronautique et spatiale lors du déjeuner de clôture du Salon du Bourget, le 18 juin 2005. Photo Joël-François Dumont © E/S.

Première exigence : atteindre une parité réaliste de l’euro. Jusqu’à présent, l’euro nous a permis de bénéficier de taux d’intérêt exceptionnellement bas et donc favorables à l’investissement. C’est désormais un acquis structurel, qui est fondamental pour la santé de notre économie. Pour autant, les difficultés soulevées par la parité euro/dollar au cours des derniers mois sont réelles et ne doivent pas créer de handicap de compétitivité artificiel. Cette parité est aujourd’hui revenue à un niveau plus conforme à la réalité, mais j’estime qu’une politique monétaire de haut niveau européen qui intégrerait mieux la politique de change reste une nécessité. L’Eurogroupe doit jouer tout son rôle pour engager un dialogue sur ce sujet avec la Banque Centrale européenne.

Deuxième exigence : défendre nos intérêts à égalité avec nos grands partenaires internationaux. Vous savez que notre système d’avances remboursables à Airbus a joué un rôle majeur dans le développement de notre industrie aéronautique. Ce système transparent, équilibré a permis de faire face aux grands défis commerciaux dans le secteur. Je fais confiance à la Commission européenne pour continuer de défendre les intérêts de notre industrie. Je souhaite que chacun aborde ce différend avec un esprit de compromis et d’équilibre, afin d’éviter tout contentieux qui ne profiterait à personne.

Les résultats que vous avez obtenus dans le domaine aéronautique doivent servir d’exemple à d’autres secteurs de notre économie. Je pense en particulier à la capacité d’innovation et de recherche que vous avez su développer dans vos différents produits.

C’est vrai : la part de l’industrie dans l’économie française reste stable à hauteur de 20%. Mais notre spécialisation industrielle reste trop forte dans les secteurs traditionnels et trop faible dans les industries nouvelles ou de haute technologie. De même notre effort de recherche reste insuffisant, les liens sont encore trop distendus entre l’industrie et l’innovation, notre outil industriel trop éclaté sur l’ensemble du territoire. Il est donc indispensable de développer la politique industrielle en associant plus étroitement industrie, recherche et innovation suivant deux directions principales.

  • Première direction : la coopération et la mise en réseau de tous les acteurs.

Si nous voulons que les efforts de nos grands groupes internationaux, de nos PME, de nos établissements de recherche publics et privés progressent dans la même direction, nous devons leur permettre de mieux travailler ensemble. C’est tout le sens des pôles de compétitivité : en créant une nouvelle articulation entre l’industrie et la recherche d’une part, entre l’industrie et l’enseignement d’autre part, ces pôles donnent toutes leurs chances aux régions françaises et à leurs projets. Au début du mois prochain, la liste de ces pôles sera arrêtée en tenant compte de la qualité et de la portée des projets.

  • Deuxième direction : la mise à disposition de nouveaux moyens de financement pour toutes les entreprises qui le souhaitent.

Nous devons être en mesure de financer facilement et dans des délais rapides de grands projets technologiques. Ce sont eux qui porteront le dynamisme de l’industrie française de demain. Ce sont eux qui attireront dans notre pays les meilleurs chercheurs et les ouvriers les plus qualifiés. En doublant dès cette année la dotation initiale de l’Agence de l’innovation industrielle, de 500 millions à 1 milliard d’euros, je veux marquer la volonté de l’État de faire de cet instrument le relais plus efficace de notre nouvelle ambition industrielle. Les PME devront être directement associées à ce projet : j’ai donc demandé au Ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie de s’assurer que les PME puissent bénéficier au côté des grands groupes de la part qui leur revient. Les moyens supplémentaires affectés à OSEO ont aussi vocation à les soutenir dans leur capacité d’innovation.

Plus en amont, nous devons accroître notre effort en faveur de la recherche pour maintenir un niveau élevé dans la recherche publique, une coopération plus étroite entre les chercheurs et les milieux économiques et pour favoriser les projets les plus prometteurs.

C’est la vocation de l’Agence nationale de la recherche. Elle sera dotée de 350 millions d’euros. Elle participera à ce mouvement de mise en réseau de la recherche publique et de ses partenaires industriels. Au total, notre objectif doit être d’atteindre, d’ici 2010, l’objectif de 3% fixé au niveau européen.

Au-delà de ces orientations, je souhaite que l’État définisse un cadre propice à l’investissement et fixe le cap de la politique industrielle. Il lui revient de définir les intérêts stratégiques de notre pays, de concentrer ses moyens sur les chantiers prioritaires et de faciliter le développement des relations entre l’ensemble des acteurs économiques. A l’État colbertiste que nous avons connu, qui commande, gère et administre, nous devons substituer un État cœur de réseaux qui protège, qui stimule et qui anticipe.

Sa responsabilité est d’abord de créer un environnement favorable au développement de nos entreprises. Les règles fiscales ne peuvent pas changer d’une année sur l’autre, sauf à vouloir décourager les entreprises d’investir. J’ai donc décidé de maintenir les allègements de charges sociales au niveau actuel. Un environnement favorable, c’est aussi une chaîne de financement adaptée aux besoins financiers des PME et des jeunes sociétés de croissance : à toutes les étapes de leur vie, elles doivent bénéficier des moyens financiers nécessaires. Les banques, mais aussi les assureurs, ont ainsi annoncé qu’ils financeraient à hauteur de 6 milliards d’euros les entreprises non cotées et les entreprises de croissance. L’État veillera au respect de leurs engagements et prendra sa part de responsabilité, en réduisant le délai de remboursement de la TVA aux entreprises. D’ici à la fin de l’année 2006, plus de 300 millions d’euros seront directement réinjectés dans leurs trésoreries.

Ensuite, l’État doit être le garant de la pérennité de ses entreprises, qu’elles soient grandes ou petites. Je demande donc au Ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie de poursuivre la réflexion sur la reconstitution d’une capacité d’actionnariat de long terme dans notre pays. Trop d’entreprises manquent d’actionnaires stables ; trop d’entreprises ont un capital flottant, vulnérable à la spéculation ; trop d’entreprises sont bloquées dans leur croissance faute d’une capitalisation solide. La relance de la participation et de l’actionnariat salarié, de même que l’orientation de l’épargne vers des projets de long terme, représentent des pistes de travail à poursuivre. La réforme des plus-values à long terme, que j’inscrirai dans la prochaine loi de finances, nous permettra d’avancer dans le même sens : je souhaite que les cessions de plus-values de court terme soient différenciées des cessions de long terme afin d’encourager l’investisseur par rapport au spéculateur. L’État doit protéger les entreprises ; il doit leur assurer les conditions d’un développement serein et durable à chaque étape de leur croissance.

Quand des entreprises innovantes dans des secteurs stratégiques ne disposent pas des capitaux nécessaires à leur développement, des acteurs publics, comme la Caisse des Dépôts, peuvent aussi agir comme fer de lance au côté d’investisseurs privés pour soutenir le développement de ces entreprises à haut potentiel. Des fonds d’investissement publics, privés, spécialisés dans les secteurs stratégiques, verront donc le jour dans les prochaines semaines.

Enfin nous avons besoin d’un État prospectif pour porter l’ambition industrielle de notre pays. C’est à lui de défricher et d’investir pour les générations futures. Quand la rentabilité d’un investissement est trop lointaine ou trop incertaine, c’est à lui de savoir faire preuve d’audace et d’imagination.

Les grands programmes restent à mon sens un outil précieux. Ils tracent les perspectives du futur et dessinent les grandes orientations dont nous avons tous besoin. Je pense par exemple à la future génération de l’A-320, qui a vocation à devenir le premier modèle d’avion propre. Il sera à la fois plus puissant, plus silencieux, plus économe en consommation d’énergie. Un nouveau programme de recherche technologique répondra à la fois à l’exigence de protection de l’environnement à laquelle nous sommes tous attachés et au souci de performance qui vous anime. Je pense aussi aux autoroutes de la mer, qui permettraient de relier le sud et le nord de l’Europe en évitant de surcharger les grands axes routiers. Je pense enfin au programme d’infrastructure dans le domaine ferroviaire, qui doit profiter à tous. Des liaisons essentielles entre des grandes villes européennes restent encore difficiles : nous devons trouver des solutions.

En plus des grands projets, l’État doit investir les nouveaux champs de la connaissance. Nous n’avons pas à faire de séparation artificielle entre les grands projets matériels et l’approfondissement de notre maîtrise sur le vivant ou l’infiniment petit : c’est une même politique industrielle volontariste et tournée vers l’avenir qui est en jeu.

Nous connaissons les secteurs clés de demain : l’énergie, la biotechnologie et les nanotechnologies notamment. Dans chacun de ces secteurs, la France a su, avec ses partenaires européens, se placer en tête de la compétition mondiale. Un projet comme ITER marque cette capacité de la France et de l’Europe à maîtriser des technologies complexes et à anticiper sur les grands enjeux énergétiques de demain. Les deux projets franco-allemands, l’un sur l’imagerie par résonance magnétique, l’autre sur les instruments de visualisation et de microchirurgie, placeront l’Europe à la pointe du progrès médical. Ils répondront notamment au défi de l’allongement de la vie et au développement des maladies neuro-dégénératives comme Alzheimer. Je pense également à l’environnement et au programme de surveillance par satellite de notre planète que mène le CNES : il permet de mieux suivre les grandes évolutions climatiques et d’anticiper sur des phénomènes décisifs pour la vie de millions de personnes. Je pense enfin aux nouvelles technologies de traitement automatique de l’information. Il ne s’agit pas d’aller plus vite physiquement, il s’agit de déplacer aussi plus rapidement le savoir et les connaissances.

Enfin, nous devons imaginer un nouveau type d’université. Au Moyen-âge - chacun se souvient -, Paris, Salamanque, Bologne, Heidelberg ou Oxford savaient rayonner sur toute l’Europe. Nous devons créer, aujourd’hui, des lieux de savoir et d’échange de dimension mondiale, dignes des défis du XXIème siècle, capables de rivaliser avec ce que les États-Unis ont donné de meilleur dans ce domaine. Il y a des idées, il y a des projets : sachons, ensemble, leur donner vie. Nous ne pourrons le faire qu’à l’échelle européenne. Mais la France a tout son rôle à jouer, fidèle à sa tradition d’excellence et d’universalité. Pourquoi ne pas réfléchir à l’installation en Île-de-France d’un institut européen de technologie qui rassemblerait les meilleurs chercheurs de France et d’Europe, des PME innovantes et des centres de recherche de grands groupes industriels ?

    Mesdames et Messieurs,
    Chers amis,

Vous tous illustrez ce que la voie française peut donner de meilleur quand elle est animée par une volonté politique forte, au service d’un projet industriel ambitieux, quand elle est respectueuse de la place de l’homme dans l’entreprise. Notre action donne à la France son indépendance et son autonomie dans des domaines stratégiques. Elle crée des emplois qualifiés, et soutient une formation scientifique d’excellence à laquelle nous sommes depuis toujours attachés. Enfin, elle donne à notre économie toute sa place dans la compétition internationale et permet de tirer un réel bénéfice de son insertion dans l’économie mondiale.

Notre voie française trouve son accomplissement en Europe. Les difficultés actuelles, les blocages dans la construction européenne, doivent nous inciter à mettre les bouchées doubles. Vous tous ici, représentants d’un secteur industriel qui fait vivre l’Europe au quotidien, qui lui apporte des emplois, un horizon, de la vitalité, de la fierté, vous avez une responsabilité particulière. Pour tous nos concitoyens, vous êtes la meilleure preuve que l’Europe existe, qu’elle marche, qu’elle s’inscrit dans une vision de l’avenir, qu’elle est indispensable au bon équilibre du monde. Les centaines de milliers de visiteurs du Bourget ont chacun pu toucher du doigt la réalité de cette Europe. Merci de donner des ailes à la France. Merci de donner des ailes à l’Europe.

Nous avons un même objectif : faire entrer notre pays dans le société de la connaissance. L’État, vous le voyez, entend y prendre toute sa part. Nous mettons en place de nouvelles politiques ; nous mobilisons de nouveaux moyens financiers ; nous mobilisons des territoires. Il vous appartient désormais de saisir ces nouvelles opportunités, d’avancer dans la construction aéronautique européenne avec pragmatisme et vision, afin de porter votre effort de recherche à la hauteur des ambitions de notre pays.

Vous pouvez compter sur moi, comme la France, je le sais, peut compter sur vous.

Je vous remercie.


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