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Midway (3) : Le terrain

Midway (3) : Le terrain

Le « raider » japonais semblait pourtant bien avoir toutes les cartes en main pour lancer son O.P.A. hostile sur Midway. Comme le précise l'Amiral Labouérie [1]: « Disposant de la supériorité matérielle et d’excellentes qualités professionnelles de son personnel, les Japonais avaient de plus l’immense avantage du choix du lieu et du moment. Pourtant ce sont eux qui seront les grands perdants de l’affrontement qu’ils auront provoqué. » Après un retour sur le passé, qui mériterait à lui seul un livre pour conter comment, après  « la conquête de l’Ouest à cheval, les États-Unis accèdent à la possibilité de la conquête commerciale de l’océan Pacifique avec le navire », ce troisième volet est consacré au terrain dont l'étude se doit d'être exhaustive. Par l'Amiral Guy Labouérie, membre de l'Académie de Marine [2]. Brest, le 29 octobre 2005.©

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Physiquement c’est le Pacifique, 185.000.000 km² soit la moitié du monde, ce qui n’a aucun rapport avec ce que l’on a connu jusqu’ici pour le déploiement de flottes militaires importantes dont les dernières batailles se sont limitées pour les navires modernes au “tir aux canards” de Tsushima entre Japonais et Russes et à celle du Jütland [3] entre Britanniques et Allemands en mer du Nord dans des espaces toujours confinés où l’aviation n’a joué aucun rôle.

La Grande Flotte britannique fait route vers le Jütland (Photo Courtoisie GWPDA)

Les amiraux américains et japonais vont devoir connaître et s’affronter ici à de toutes autres dimensions que celles qui leur ont été enseignées à partir des opérations précédentes, y compris les dernières engagées en Méditerranée et en Atlantique par les Britanniques, où les espaces n’ont jamais non plus été considérables, bien que l‘aviation embarquée ait commencé à y prendre une place importante.

Ils ne pourront compter que sur leur culture militaire et maritime, leur entraînement, leur flair et leur imagination/agressivité soutenus par leur capacité de renseignement.

    De plus,

Si cet océan est le plus vaste du monde ses États riverains sont moins nombreux qu’autour des autres océans. En outre à l’exception du Japon, les États insulaires du Pacifique n’existant pas encore en tant qu’États indépendants, dans le Pacifique Nord, ce sont tous de très grands pays: Canada, États-Unis, Russie, Chine, avec de considérables ressources de toute nature, leur permettant à la différence du Japon de “voir venir” sans se précipiter, leur données temporelles étant très différentes de celles du Japon. L’incapacité du Japon à s’emparer de la Chine depuis plusieurs années le montre bien.

  • Les distances physiques sont considérables

Par suite les vitesses des navires étant faibles, particulièrement pour les cargos dont la vitesse moyenne est de l’ordre de 8 nœuds, les délais d’intervention, de ralliement, de renfort, de relève, de ravitaillement, etc. sont très longs et se chiffrent en semaines. Si Américains et Japonais possèdent les deux plus importantes flottes de nouveaux porte-avions, ces contraintes de temps posent de considérables difficultés de mobilité, d’endurance, de grande logistique et d’information/communication. Si pour tout ce qui est communication à longue distance, les marines ont été jusqu’alors, par nécessité, en avance en tout pays sur les autres activités, leurs moyens HF sont encore sujets à bien des difficultés ne serait-ce qu’à cause de la météorologie encore balbutiante quant à ses prévisions, et susceptibles d’être facilement interceptés et goniométrés, les moyens nécessaires à cette nouvelle activité commençant à être performants.

  • Ces distances ne sont pas seulement physiques

Elles sont aussi culturelles, économiques, sociales, politiques, religieuses, etc. Il y a de véritables abîmes entre un Japonais et un Américain, comme entre un Chinois et un Australien, ou entre un Philippin et un Canadien, et il en est ainsi tout autour du Pacifique, d’autant que l’information réciproque par les médias en est encore à ses débuts. Quant au Japon qui se veut différent de tous les autres, son originalité ne sera pas nécessairement une carte favorable, spécialement lorsqu’il s’agira d’imaginer, d’observer et de comprendre les comportements de ses adversaires américains.

  • Les rapports de puissance

Les rapports de puissance réelle et potentielle des États-Unis et du Japon en 1940 sont de l’ordre de 10 à 1, d’autant plus d’ailleurs que le Japon dépend en fait économiquement pour près de 80% des USA. Cela n’est guère cohérent avec un défi majeur du plus petit vers le plus fort, à moins de s’illusionner sur les forces réelles adverses, de quelque nature qu’elles soient, ou “d’avoir dans sa manche” une carte exceptionnelle permettant un combat rapide définitif du style David contre Goliath. Si les Japonais ont fait des progrès considérables dans tous les domaines, ils sont toujours très loin de la réalité de la puissance économique globale surtout, comme c’est le cas aux États-Unis, quand elle s’appuie sur des millions de kilomètres carrés et d’immenses richesses naturelles et humaines [4].

  • Le rapport entre la capacité de production et la puissance militaire

Alexander Hamilton, un des pères fondateurs de l'Amérique moderne

Assez curieusement il ne semble pas que le Japon ait eu une connaissance approfondie d’Hamilton [5] et d’Adam Smith [6] qui ont tous deux montré le rapport étroit entre la capacité de production et la puissance militaire. C’était d’autant plus exact que l’on en est toujours à l’époque dans la période du “Hard” où ce qui comptait en premier était la “quantité” qu’il s’agisse d’hommes, d’armements, etc. Quantité reposant sur les ressources en matières premières, inexistantes au Japon: particulièrement le pétrole, première matière indispensable à toute marine.

  • Le Japon : un esprit terrien

Au Japon, il y a un régime militarisé, avec des hommes empruntés, bureaucratisés, et soumis à une discipline rigide, renforcée par un code de l’honneur pesant et une hiérarchie toute puissante. Bien qu’ensemble d’îles, le Japon est d’esprit terrien, enfermé sur lui-même, malgré ses exploits contre les Russes à Tsushima et Port Arthur [7], et son excellence, à l’allemande, avec une mystique particulière pouvant conduire à tous les excès et un mépris total pour qui n’est pas japonais. Les délégations sont rares, l’orgueil est omniprésent et très rares sont ceux qui osent s’opposer à ce qui leur est présenté comme la volonté de l’Empereur, argument favori mais facile et dangereux pour vaincre d’éventuelles réticences de subordonnés plus réfléchis, voire plus compétents.

  • Une méconnaissance de l'esprit américain

Aux États-Unis, il y a un régime démocratique, avec des hommes motivés, rapides dans leurs réactions une fois engagés dans quelque affaire que ce soit, à qui l’on fait facilement confiance, où les délégations sont habituelles et qui ont hérité de la Grande-Bretagne l’esprit maritime et le “fighting spirit”. Si les Japonais avaient regardé les premiers films de cow-boy tournés par les États-Unis, ils auraient pu percevoir que le comportement des Américains était à l’opposé du leur au départ d’une action et qu’ils pouvaient supporter initialement un certain nombre d’avanies sans riposte dangereuse mais qu’ensuite, ils deviennent implacables une fois qu’ils estiment que la coupe est pleine, le bon cow-boy étant autant au service de la crédibilité et du Droit des États-Unis que de sa sécurité!

  • Les premières grandes escadres aéronavales

Les matériels et équipements navals qui sont entrés en service dans les deux marines n’ont plus grand chose à voir avec ceux qui existaient à la fin de la guerre de 14-18. Si les cuirassés ont connu un développement spectaculaire de leur artillerie, si ce que l’on appelle les sous-marins ne le sont pas encore vraiment, bien qu’ils aient profité de perfectionnements considérables qui leur permettent de rester longtemps en mer, c’est l’aviation embarquée et le développement des porte-avions qui marquent le plus l’organisation et l’efficacité des escadres aéronavales.

Le cuirassé italien Caio Duilio coulé à Tarente (Photo Courtoisie GWPDA)

Ils vont tous, hommes et matériels, être lancés dans la guerre avec très peu d’entraînement réaliste, les seules véritables leçons étant celles qui viendront des opérations aéronavales des Britanniques en particulier l’attaque des cuirassés italiens à Tarente [8] qu’ont étudiées les Japonais et les Américains, tandis que les difficultés à couler le Bismarck continueront à peser dans la balance des décisions intéressant les cuirassés pendant toute la guerre du Pacifique.

Le croiseur de bataille Yamato pendant des essais à la mer (Archives U.S. Navy)

  • Enseignements   

L’étude du terrain doit être exhaustive et ne peut se contenter des données les plus évidentes et les plus immédiates dans le domaine d’activité d’une entreprise et a fortiori d’un État.

Elle doit prendre en compte l’ensemble des données humaines, matérielles, réelles, potentielles, immatérielles, qualitatives autant que quantitatives, etc. C’est particulièrement vrai pour le renseignement qui ne peut se contenter d’être statique, quantitatif, descriptif, mais doit toujours comporter une part “dynamique, qualitative, évolutive, etc.” où la part de l’inconnu voire de l’insoupçonné ne cessera de croître. C’est d’autant plus important que la zone d’action est immense. Simple si l’on peut dire au moment du début de la guerre du Pacifique, la question du renseignement est devenue aujourd’hui d’une extrême complexité nécessitant des moyens humains et matériels de plus en plus importants.

Il faut tenir compte de toutes les distances, depuis la plus simple, la distance physique, jusqu’à la plus complexe, la dimension spirituelle, avec leurs conséquences sur le moyen et le long terme en ne se contentant jamais de l’immédiat, cette tentation du “maintenant”. Si les progrès technologiques ont depuis supprimé une notable partie des dimensions de l’espace et du temps dans leurs dimensions physiques, cela reste limité dès lors qu’un grain de sable oblige à tout revoir.

Ce fut le cas des Américains au moment du refus de la Turquie de laisser transiter les forces US qui devaient attaquer l’Irak par le Nord, entraînant des semaines de retard. C’est sous l’angle de la logistique générale, du ravitaillement, du soutien, renforcement, réparations, etc. que la distance physique reste une donnée primordiale dont on ne peut s’abstraire dès que l’on a besoin de navires pour le transport. Ce fut l’erreur, corrigée en partie depuis, de la marine britannique s’apercevant au moment de l’affaire des Malouines qu’elle n’avait plus de navires immédiatement mobilisables, après avoir failli perdre ses porte-avions. Quant à la logistique navale de la Marine française le moins qu’on puisse en dire est sa non-cohérence avec le nombre de plus en plus important de missions confiées par son gouvernement, ce qui se fait au détriment de l‘entretien de son matériel et la fatigue de son personnel. On retrouve cette même "légèreté” dans beaucoup d’entreprises ne comprenant pas l’importance de contrôler le transport de leurs propres produits, ce qu'ont parfaitement compris Japonais et Coréens.

  • La question de la distance « plurielle » reste quant à elle entière particulièrement dans le domaine culturel, celui des valeurs, etc.

Elle est très difficile à cerner, à évaluer et à permettre des mesures efficaces pour en limiter les conséquences dans ses aspects négatifs et favoriser ses aspects positifs. Le terrorisme comme la corruption et l’économie criminelle le montrent tous les jours dans tous les pays du monde! Il n’est pas de politique cohérente des immigrations sans mesure de ces distances entre les diverses populations qui veulent vivre ensemble que ce soit volontairement ou à leur corps défendant.

  • Il ne faut jamais sous-estimer l’Autre.

Le mépris ne peut en aucun cas être un facteur gagnant, au contraire. Les Japonais en feront l’expérience au cours de cette guerre. Il en est de même d’ailleurs de la surestimation éventuelle de l’Autre qui conduit souvent à l’immobilisme et partant à l’échec, d’où l’importance extrême de l’étude continue tout au long de l’action de la ou les situations dans lesquelles et sur lesquelles on veut ou l’on est contraint d’agir.

Il faut se garder de tout ce qui apparaît comme rationnellement immédiat et se souvenir que ce qui compte avant toute autre chose c’est, à l’opposé de la « drôle de guerre » des Français en 39-40, le “mouvement” en y appliquant chez les marins les cinq piliers de Mahan pour obtenir le succès dans une bataille navale:

a)  Priorité à la Haute Mer et non à la défense des côtes
b)  Liberté des communications maritimes
c)  Position centrale
d)  Concentration des forces
e)  Bases navales

C’est ce sur quoi s’appuiera remarquablement l’amiral Nimitz et qu‘une simple et intelligente transposition aux affaires sur notre planète sans frontières peut donner, à ceux qui les respectent, un avantage à ne pas négliger, qui serait d‘autant plus important que les “bases navales”, s’appuyant sur quelques puissants points fixes, seraient mobiles à l‘image de ce que développeront les USA pendant la guerre.

Quand on a affaire aux Américains il faut se souvenir que leur culture, héritée pour une large part des Britanniques, est toujours la même dès lors qu’on entre en concurrence avec eux - ou pire que l’on devient leur adversaire - et savoir qu’à partir d’un certain moment, ils n’hésiteront pas à se servir de leur force, voire à user de brutalité.

C’est toujours vrai, aujourd’hui aussi bien qu’hier, et si Saddam Hussein l’avait compris il n’aurait pas lancé son opération militaire sur le Koweït il y a près de quinze ans, pas plus que la France n’aurait usé, comme elle l’a fait de son veto éventuel à l’ONU lors de la deuxième guerre d’Irak, au lieu de laisser Russie et Chine prendre leurs responsabilités.

  • Il faut avoir les moyens de sa brutalité, le discours ne suffit pas

Il en est de même en affaires où l’on ne devrait plus être surpris depuis longtemps de la brutalité des réactions étasuniennes que ce soit entre eux quand on connaît leurs règles de limogeage, d’OPA hostiles, etc. ou avec les entreprises dont ils prennent ou veulent prendre la direction ou qu’ils veulent casser pour faire disparaître un concurrent.

Guy Labouérie

[1] Midway (1) : une OPA hostile ratée

[2] L'Académie de Marine a été fondée en 1752. Dissoute comme toute ses consoeurs pendant la Révolution, elle n'a été réactivée qu'en 1921. Son siège est à Paris.

[3] Plus de 250 navires ont participé à la bataille du Jütland, qui fut à la fois la plus grande bataille navale de la Première Guerre Mondiale et la plus complexe. L'objectif poursuivi par les amiraux allemands Fritz Ritter von Hipper et Reinhard Scheer, qui commandait la flotte de haute-mer  de la marine impériale était de briser le blocus anglais en tentant d'anéantir la la Home Fleet basée à Rosyth en Écosse  commandée par l'Amiral David Beatty avant que la Grand Fleet basée à Scapa Flow de l'Amiral John Jellicoe ne puisse la rejoindre. La manœuvre échoua: la flotte allemande dut se replier sur Wilhelmshafen abandonnant à la Royal Navy le contrôle des mers. Mais cette victoire aura un prix très élevé: pour les Britanniques qui perdront 14 navires, dont trois croiseurs de bataille, trois croiseurs-cuirassés, huit destroyers et 6 000 hommes. Pour les Allemands qui laisseront 11 navires, dont un croiseur de bataille, cinq croiseurs, cinq destroyers et 2 500 hommes. Néanmoins, en Allemagne, cette bataille sera considérée comme une victoire allemande sur la flotte britannique. En fait, la flotte impériale allemande sera par la suite de nouveau confinée dans ses ports d'attache et n'effectuera plus de sortie en force. Voir la traduction anglaise du Rapport allemand sur la bataille du Jütland (31 mai-1er juin 1916) rédigé par l'Amiral Eduard von Capelle qui avait succédé en mars 1916 à Alfred von Tirpitz comme ministre allemand de la Marine. Cette bataille est connue en Allemagne sous le nom de bataille de Skagerrak (Skagerrakschlacht) ainsi que le Rapport du Vice-amiral Adolf von Trtha, CEM de la flotte de haute mer impériale. Lire également le Rapport de l'Amiral John Jellicoe, Commandant en Chef de la "Grand Fleet" repris dans l'édition du Times du 7 juillet 1916. Cette bataille du Jütland a fait l'objet de toute une série de reportages de Rudyard Kipling, publiés dans les éditions du Daily Telegraph de Londres des 19, 23, 26 et 31 octobre 1916. Pour des raisons de sécurité, Kipling avait utilisé des noms fictifs pour désigner des destroyers britanniques...

[4] David contre Goliath: en effet ! Voir Overview of the Economic Forces In the Pacific War (Why The Battle of Midway May Not Have Mattered) par Jonathan Parshall et Anthony Tully. Ces animateurs d'un remarquable site consacré à la marine impériale japonaise (Imperial Japanese Navy Page) viennent de publier un livre sur la bataille de Midway vue par les Japonais: "The Shattered Sword". C'est l'histoire d'un glaive retourné, d'un suicide inexplicable. Comment les Japonais ont-ils pu à ce point se lancer dans une aventure aussi suicidaire? Comparant les statistiques tirées des livres de Paul Kennedy "The Rise and Fall of the Great Powers" et de John Ellis "World War II: A Statistical Survey" (1993), Jonathan Parshall s'interroge: comment le Japon, pays deux fois moins peuplé, avec un revenu par habitant 17 fois inférieur à celui de l'Américain "moyen", produisant 5 fois moins d'acier, 7 fois moins de charbon, 80 fois moins d'automobiles, ayant des usines moins modernes et se privant de mobiliser les femmes en temps de guerre, bref un pays dont le potentiel militaire en 1939 était 7 fois inférieur à celui des États-Unis a-t-il bien pu lui déclarer la guerre ?

[5] Alexander Hamilton (1757-1804): journaliste, avocat et homme d'État américain. Élu de New York et de la Convention d'Annapolis en 1786, fédéraliste convaincu, il est de ceux qui lanceront l'idée d'un Congrès issu de la Constitution américaine. A ce titre, il fera partie avec le général George Washington des "pères fondateurs". Il deviendra en 1789 le premier Secrétaire américain au Trésor, créant la première banque des États-Unis, des organismes de crédit et la bourse. Son Rapport sur les manufactures présenté devant le Congrès le 5 décembre 1791 restera une grande vision novatrice pour les États-Unis, leur avenir, leur place dans le monde et aussi leur indépendance dans le domaine militaire. Curieusement, il ne suscita aucun enthousiasme au Congrès qui ne le vota même pas. Alexander Hamilton était un visionnaire pour qui, « à terme, seule la constitution d'une élite marchande puissante assurerait l'indépendance des États-Unis » comme l'écrit Pierre Gervais dans une très intéressante étude: « Agriculture, and commerce as its handmaid » L'économie politique et les toasts publics en 1793. Lire également la Lettre d'un ami américain à Nicolas Polystratu à propos de l'Irak de l'Amiral Labouérie. Alexander Hamilton restera pour beaucoup l'un des pères de l'Amérique moderne.  

[6] Adam Smith (1723-1790) : A 28 ans, ce philosophe "moral" écossais est professeur de logique à l'Université de Glasgow. La publication en 1776 de sa grande "enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations" aura un retentissement considérable. Considérée comme une des premières études magistrales sur le développement de l'industrie et du commerce en Europe, bien avant la révolution industrielle, elle demeure un ouvrage de référence sur cette époque.

[7] La guerre russo-japonaise vue par les Russes: une vision russe. Après l'échec des négociations visant au retrait des troupes russes de Mandchourie, la guerre russo-japonaise commence. Sans déclaration de guerre préalable, la flotte japonaise attaque la flotte russe le 8 février 1904 et coule sept de ses navires à Port Arthur, qui se trouve à la pointe sud de la presqu'île du Lio-tung. Cette guerre s'achèvera en septembre 1905: « Le "nain jaune" recevra de "l'ours russe" le sud de l'île de Sakhaline, le Liaodong et le chemin de fer sud-mandchourien ». Au large des îles Tsuhima, le 27 mai 1905, 20 des 29 navires de la flotte russe de la Baltique seront anéantis par une flotte japonaise supérieure en nombre (93 navires), mais aussi « sur le plan de l'armement, de la formation militaire et du patriotisme. Les Russes déplorent 5 000 disparus, 6 000 prisonniers et 20 navires coulés. Par cette bataille, le Japon s'assure la supériorité sur mer et la victoire définitive sur la Russie. C'est le début d'une hégémonie japonaise en Extrême-Orient qui prendra fin en 1945. »

[8] L'Opération Judgement: Placée sous les ordres de l'Amiral Andrew Cunningham, commandant la Royal Navy en Méditerranée assisté du Contre-amiral G. Lyster, cette opération constitue une grande "première" aéronavale. L'objectif était de mettre un terme à la suprématie italienne en Méditerranée, la flotte française étant bloquée à Toulon. Dans la nuit du 11 novembre 1940, une attaque surprise est lancée contre une partie de la flotte italienne ancrée dans le port de Tarente où se trouvent côte à côte six cuirassiers: le Vittorio Veneto, le Giulio Cesare, l'Andrea Doria, le  Littorio, le Conte di Cavour et le Caio Duilio, 9 croiseurs et 8 destroyers italiens, protégés par une DCA qui se révélera impuissante contre les 21 avions Swordfish de la Royal Navy. Armés de torpilles, ces avions provenant du porte-avions HMS Eagle qui ne participera pas à la bataille embarqueront avec ceux du porte-avions HMS Illustrious, commandé par le CdV Boyd. Comme l'expliquent Catherine et Jacques Legrand dans leur Chronique de la Seconde Guerre Mondiale: « C'est un énorme succès pour les Britanniques... Le raid de Tarente ne coûta aux Britanniques que deux appareils du Fleet Air Arm, l'équipage de l'un d'eux s'était fait capturé … Cette attaque prouva une fois pour toute la menace que représentent les forces aéronavales pour les navires qui mouillent dans des ports. Les Américains ne retinrent pas de leçon de cela et en paieront le prix à Pearl Harbor. » Si la marine italienne avait complètement sous-estimé le rôle des porte-avions et ne s'était pas préparée à la guerre qu'elle allait devoir livrer, les Japonais, eux sauront tirer les leçons de Tarente pour s'en inspirer avant de lancer leur attaque sur Pearl Harbor! 

Lire également du même auteur : dans la série "les leçons de la bataille de Midway":

  • Penser l'Océan avec Midway
  • Midway (13) : Commentaires généraux
  • Midway (12) : La bataille du 4 juin 1942
  • Midway (11) : Appareillages et transits des forces
  • Midway (10) : Le dispositif américain
  • Midway (9) : Le plan d’opération japonais
  • Midway (8) : Projets japonais après Pearl Harbor
  • Midway (7) : Les réactions américaines après Pearl Harbor
  • Midway (6) : Lacunes mises en évidence par Pearl Harbor et conséquences
  • Midway (5) : La montée vers la guerre
  • Midway (4) : La situation immédiate
  • Midway (3) : Le terrain
  • Midway (2) : Retour sur le passé: effet mémoire
  • Midway (1) : Une OPA hostile ratée
  • Dans la série "les leçons de l'Océan":

    Dans la série "analyse stratégique":


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