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Midway (10) : Le dispositif américain

Midway (10) : Le dispositif américain

Après avoir examiné le plan d'opération japonais [1], voyons maintenant le dispositif américain en rappelant que les Japonais se trouvent face à deux inconnues. La première, c’est le nombre, l’état et la position des porte-avions américains dont ils n’ont plus de nouvelles depuis la bataille de la mer de Corail. La seconde est qu'à leur insu, la cellule de Combat Intelligence [2] a réussi à percer le nouveau code secret japonais mis en place au moment de Pearl Harbor. Les Américains vont désormais suivre de près les intentions japonaises et connaître ainsi à l'avance les dates prévues de l’attaque de Midway, l’ordre de bataille mis en place pour l’attaque, ce qui donnera à l'Amiral Nimitz un avantage considérable, alors que ses moyens sont très inférieurs à ceux de la force japonaise. Les Américains pourront en permanence anticiper sur ce que veulent faire les Japonais. En prévision d'une attaque à court terme sur Midway, Nimitz fait accélérer les travaux de protection sur l’île et renforcer ses moyens aériens et en artillerie avant de se rendre sur place pour inspecter les travaux de défense. Aux côtés de l'US Navy, l'US Army et son aviation [3] et les Marines vont se battre de manière exemplaire, non seulement pour défendre Midway mais pour porter des coups meurtriers à cette armada japonaise bien décidée à profiter de sa supériorité aérienne et navale [4].

Par l'Amiral Guy Labouérie, membre de l'Académie de Marine [5]. Brest, le 10 décembre 2005.©

Si l’amiral Nimitz déploie une intense activité pour pallier les faiblesses de ses moyens et tenter de tromper autant que faire se peut les Japonais, il ne dispose que de forces très inférieures en nombre à celles de ses adversaires. Toutefois la cellule de “Combat Intelligence” [2] que lui a envoyée l’Amiral King va lui donner des cartes avantageuses dont il se servira d’autant mieux que les Américains ont une toute autre habitude de la souplesse, de la confiance, et de la délégation que les Japonais alors que la détermination et l’agressivité sont à peu près partagées.

Nimitz dispose des renseignements suivants:

- le 14 Avril, le commandant Rochefort qui commande la cellule d’intelligence, précise que :

  • des porte-avions japonais sont en “Mer Intérieure”.
  • Une notable partie des moyens navals y est également.
  • Il n’y a aucune raison de croire à une attaque sur l’Australie.
  • Il y a des préparatifs d’attaque sur Rabaul en Nouvelle Guinée.
  • Le flux de messages entre Tokyo et la “Mer Intérieure” laisse présager une opération importante, peut-être vers le Pacifique occidental.
  • Ce sera une des raisons sur lesquelles s’appuiera Nimitz pour envoyer la Task-Force de l’amiral Fletcher vers la Mer de Corail car ils ne devraient pas rencontrer des forces aéronavales très supérieures à la leur puisqu’une partie des porte avions japonais se trouverait en Mer Intérieure.

    - le 26 Avril, Rochefort précise qu'il se trame quelque chose...

  • vers les Aléoutiennes.
  • vers Saïpan aux Mariannes.
  • vers probablement Midway,
  • ou en tout cas, qu' une opération majeure est manifestement en préparation compte tenu du nombre de messages interceptés.

    Nimitz reste pour le moment prudent sur une attaque éventuelle de Midway mais fait accélérer les travaux de protection sur l’île qu’il a engagés dès sa prise de commandement, et renforcer ses moyens aériens et d’artillerie.

    Le dispositif américain du 7 décembre1941 au 18 avril 1942. Source: Académie militaire de West Point

    - Le 2 Mai, Nimitz se rend en personne à Midway pour inspecter les travaux de défense de l’île.

    L'Amiral Chester Nimitz est à Midway le 2 mai en inspection. Il remettra à cette occasion au 2ème Lieutenant Francis P. McCarthy, de l'USMCR de la flottille 221 (VMF-221) la Distinguished Flying Cross pour avoir abattu un avion japonais de type Kawanishi Type 2 (H8K) le 10 mars 1942.

     Photo U.S. Navy versée aux Archives nationales.

    - Les 7 et 8 Mai se déroule la bataille de la mer de Corail [6] au cours de laquelle l’efficacité des bombes de l’aéronavale américaine sur les porte-avions japonais, à défaut de celle des torpilles [7], est remarquée.

    Torpille Mark 13 : Photo Musée national de l'US Air Force

    Si le Yorktown est avarié il peut néanmoins naviguer en toute autonomie et sa valeur opérationnelle si elle est diminuée doit pouvoir être récupérée compte tenu des rapports reçus. Il se dirige pour le moment vers Nouméa en attendant des instructions et renseignements ultérieurs.

    - Le 8 Mai, à la suite des indications de plus en plus précises et pressantes de la cellule d’intelligence, Nimitz y envoie son chef opérations pour faire le point de la situation de l’ensemble des renseignements interceptés. Toutefois, ne voulant encore privilégier aucune piste il garde toujours des doutes sur l’objectif réel de la prochaine attaque japonaise pour le moment caché sous un nom codé impossible à identifier car cela pourrait dissimuler un piège.

    - Le 9 Mai, Rochefort propose une ruse [8] pour s’éclairer définitivement sur le choix des Japonais, en expédiant de Midway un message urgent, en clair de façon que l’on soit sûr qu’il sera intercepté par les Japonais, indiquant un manque d’eau potable. Nimitz donne son accord et le message est aussitôt expédié vers Midway qui le retransmet comme prévu.

    - Le 11 Mai, Rochefort intercepte un message japonais indiquant que l’objectif prioritaire semble avoir des difficultés d’approvisionnement en eau potable. Dès lors, l’incertitude est levée sur l’objectif choisi par les Japonais pour leur prochaine attaque dans le Pacifique Nord.

    - Le 12 Mai, alors que le gouvernement américain, ayant peur d’une offensive directe contre Hawaï voire contre le continent, ce qui paraît excessif dans ce dernier cas compte tenu des moyens qui seraient nécessaires et qui doit plutôt correspondre à des pressions de politique intérieure, souhaite de façon pressante que la flotte se rapproche des côtes américaines pour en assurer la défense, Nimitz, fidèle à Mahan quant aux conditions de succès d’une bataille navale, met toutes ses forces en alerte générale et décide de se battre autour du point central au Large qu’est Midway, meilleure façon de protéger les États-Unis comme l’ont fait autrefois les Britanniques pour leur compte à Aboukir et à Trafalgar et comme l’avait compris Suffren dans sa campagne de l’océan indien.

    Carte du théâtre d'opérations allié. Source: Académie militaire de West Point

    Pour cela, il donne les ordres suivants:

    Le B-17 (la forteresse volante) - Photo USAF [9]

    Avec les 133 avions basés à Midway, début d’une surveillance permanente dans le Nord et l’Ouest - souvenir de la surprise de Pearl Harbor et position médiane en cas de descente des Japonais à partir des Aléoutiennes - en se servant outre les Catalina des forteresses volantes qui ont un rayon d’action de 700 nautiques à partir des terrains de Midway. Il y aura 2 avions vers le Nord et 2 avions vers l’Ouest, de façon à couvrir l’ensemble des routes d’approche possibles.

    Catalina en mission SAR. Photo USAF Historical Research Agency, Maxwell AFB. [10]

    Mise en place d’un dispositif de sous-marins sur les routes possibles des Japonais pour tenter d’intercepter leurs forces et au minimum de renseigner sur leur passage et leurs mouvements.

    Positionnement d’un ravitailleur d’hydravions sur le banc de la “Frégate française”, ce qui permettra d’augmenter le rayon d’action des Catalina de la Marine.

    Envoi d’un groupe de croiseurs et de destroyers vers les Aléoutiennes.

    Rappel de la TF 16 (porte-avions Entreprise et Hornet, 6 croiseurs et 9 destroyers) qui est en opérations. Devant l’état d’épuisement de son chef, l’amiral Halsey qui est hospitalisé à son arrivée à Hawaï, il en confie le commandement, sur proposition de ce dernier, à l’amiral Spruance, commandant le groupe de croiseurs qui protégeait les porte-avions d’Halsey.

    L'Amiral de la flotte William Frederick Halsey, Jr. [11] et l'Amiral Raymond Ames Spruance [12]

    Cela suscite un certain mécontentement des “aéros” qui voudraient être commandés par un des leurs et non un officier de destroyers ou de croiseurs, manifestant ainsi la méconnaissance par ces jeunes officiers aviateurs de ce qui fait le “Patron” dès lors que l’on sort de sa spécialité, la capacité de synthèse et de décision.

    Rappel de la TF 17 (comprend le porte-avions Yorktown, 2 croiseurs et 6 destroyers sous le commandement de l’amiral Fletcher pour réparation rapide à Hawaï. Il confiera à ce dernier le commandement de l’ensemble TF 16, TF 17 dès qu’elles seront réunies à la mer. Il demande à l’arsenal de réparer le Yorktown en 48 heures, ce que feront les divers services en mobilisant 1400 ouvriers

    Il fait envoyer un flot de vrais-faux messages vers le Pacifique Sud pour donner la conviction aux Japonais que la TF 16 avec ses deux porte-avions se trouve toujours en opérations dans les environs des îles Salomon que les Japonais ont abandonnées provisoirement pour rallier la Mer Intérieure.

    - Le 21 Mai, Nimitz annonce au gouvernement les grandes lignes d’une attaque japonaise sur les Aléoutiennes et sur Midway, en éliminant une attaque éventuelle sur Hawaï et confirme son intention de se battre au large de Midway.

    • Les ordres de Nimitz vers ses deux Task-Forces sont simples et clairs et l’on peut les résumer de la manière suivante:

    Les porte-avions se placeront au Nord, et suffisamment à l’avance pour se faire oublier en attendant le moment de la bataille, de façon à attaquer sur le flanc les forces japonaises en provenance de l’Ouest dès qu’elles auront été identifiées..

    Vous agirez suivant le principe du risque calculé en lui donnant l’interprétation suivante: éviter d’exposer vos forces à être attaquées par un ennemi supérieur si, en s’exposant ainsi, elles n’ont pas la possibilité d’infliger de plus grands dommages à l’adversaire”.

    C’est-à-dire manœuvrer le plus intelligemment possible pour frapper avec la certitude de faire plus de dégâts à l’adversaire qu’il ne nous en fera... ce qui dans une situation de faiblesse numérique donne plus de latitude et de liberté d’initiatives aux exécutants, ce qui n’a rien à voir avec les ordres impavides des Japonais sûrs de leur force.

    On est dans une situation proche, toutes proportions gardées, de celle de David face à Goliath, où seules la mobilité et la manœuvre permettent au mieux de renverser les rapports de force pour peu que l’on ait un avantage d’information.

    La finalité est simple et sera reprise au moment de la bataille: « Coulez les porte-avions japonais » car c’est d’eux que vient la menace essentielle, les Américains ayant parfaitement compris après Tarente et plus encore Pearl Harbor l’efficacité de l’aviation embarquée alors que Yamamoto reste, profondément marqué par le cuirassé, malgré tout ce qu’il a conçu et exécuté jusque là.

    Par ailleurs, le commandant en chef fournira de façon continue à ses deux Task-Forces tous les renseignements qu’il obtiendra sur les mouvements des Japonais et leur ordre de bataille dès qu’on aura pu le décrypter ou l’observer directement.

    Désormais il n’est plus qu’à examiner les mouvements des deux flottes avant la bataille proprement dite.

    Enseignements

    • Les grands patrons n’ont pas besoin de la logorrhée de papiers, directives etc., habituelle désormais dans un peu toutes les activités y compris militaires.

    Il suffit de peu de phrases à un Patron digne de ce nom, comme le faisait Napoléon, pour faire comprendre exactement ce qu’il veut avec les délégations laissées aux exécutants pour remplir au mieux cette volonté. On est loin des mètres de directives et d’ordres d’aujourd’hui, y compris pour des opérations de très faible importance... Bien des cabinets, ministères, entreprises... devraient revenir à cette simplicité d’expression, preuve de la clarté du concepteur d’un projet et de la confiance faite à ses subordonnés. A l’époque de l’affadissement du vocabulaire dont on voit les ravages dans les écoles, les arts et les banlieues au son désolant de la “danse macabre” des jeux vidéos et de trop nombreuses émissions télévisuelles, c’est effectivement plus difficile, l’actualité ne cesse de le montrer. Si les situations sont aujourd’hui plus complexes et plus délicates politiquement et médiatiquement... la complication des ordres ne fait qu’embrouiller les subordonnés et leur donner l’impression désastreuse que l’on n’a pas confiance en eux! La confusion entre complexité et complication ne cesse de se développer au détriment de la prise en compte de la réalité et de l’efficacité avec une montée systématique de la bureaucratisation.

    • La confiance du gouvernement américain dans ses chefs militaires est remarquable.

    Il est vrai qu’à l’échelle du Pacifique et du continent Nord américain il est plus difficile de passer outre à de grandes délégations. Il n’en demeure pas moins que cette confiance, répandue dans les pays anglo-saxons avec des délégations étendues, ne se retrouve guère dans les pays à mentalité continentale... Elle est pourtant le gage de la créativité et de l’initiative. Il en est de même dans celles des entreprises qui n’envisagent pas leur organisation et leur fonctionnement autrement que de façon centralisée, alors que l’avenir est aux entreprises-archipel, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont pas commandées, au contraire, mais d‘une façon beaucoup plus intelligente. Encore faut-il que la formation des futurs décideurs prennent en compte tous les éléments qui y sont nécessaires.

    Cette confiance dans la valeur de ses subordonnés exige de bien les connaître ce qui ne se limite pas à des participations à des défilés ou des cocktails mais fait partie d’une formation continue dans des postes et des fonctions de plus en plus importantes y compris au niveau gouvernemental.

    Cela permet de désigner au moment où l’on en a besoin, le meilleur patron sur ses compétences, sa carrière, ses convictions intimes et sa connaissance des hommes et non sur des querelles de chapelles ou de diplômes, quand ce n’est pas de sourcilleuses répartitions des postes politiques les plus importants en fonction d’alliances politiques de pure convenance. Quant aux marins, la véritable formation passe par l’embarquement sur de petits navires puis par les destroyers - la meilleure école de la mer - les croiseurs, et enfin les cuirassés et les porte avions. La formation de l’Amiral Spruance est exemplaire de ce point de vue. Cela reste toujours vrai et si nombre de types de navires ont disparu, seule la mer, et non les bureaux, fait le marin avec des embarquements sur de petits navires puis des commandements de plus en plus importants et de mieux en mieux adaptés à l’évolution des conditions opérationnelles. Dans la marine américaine, par exemple on n’envisage pas, du moins encore récemment, de donner un commandement de porte-avions à un officier sans d’abord le faire passer par un commandement de bâtiment logistique, excellente mesure quand on sait à quel point le porte-avions dépend de son soutien mobile. On peut faire des parallèles et des comparaisons instructives avec bien des formations dans les diverses activités des entreprises et des États.

    • Les hommes sont ce qu’il y a de plus important dès lors que les situations deviennent de plus en plus difficiles:

    Plus les responsabilités sont importantes, plus il faut être équilibré physiquement, nerveusement, intellectuellement et moralement - “L’homme de guerre doit être carré” disait Napoléon.

    C’est la définition même de Nimitz et c’est ce que l’on devrait exiger de tout responsable aujourd’hui et d’autant plus qu’il serait d’un niveau plus élevé. Sur ce point également on peut parfois avoir des doutes sur la formation et “l’éducation” de hauts responsables dans bien des pays et pas seulement dans ceux que l’on appelle en développement...

    • L’initiative est toujours payante quand elle est réfléchie, appliquée à la finalité de l’action et conséquence de délégations bien comprises.

    Il ne faut pas hésiter à se servir de moyens a priori inadaptés quand on n’a rien d’autre et que la situation exige d‘agir pour continuer à exister et si possible retourner la situation.

    C’est le cas des forteresses volantes faites pour le bombardement à terre et pas à la surveillance et à l’attaque de navires à la mer qui demandent des entraînements très particularisés auxquels les aviateurs de l’armée de terre n’ont pas été entraînés. Cela ne les empêchera pas ultérieurement de se sacrifier pour assurer le succès des opérations malgré des pertes très élevées de ces avions et de leurs équipages.

    Quand on est le plus faible il faut “manœuvrer” (Castex) pour essayer de déséquilibrer l’adversaire plutôt que de vouloir l’affronter de face, surtout si l’on dispose d’une supériorité d’Intelligence qui est toujours à rechercher en priorité.

    La boxe est un art dangereux pour le plus faible, les arts martiaux sont bien préférables avec leur recherche de la perte d’équilibre de l‘Autre. Toutefois le “Go” est le meilleur entraînement spécialement quant au principe d’Incertitude avec l’appréhension la plus complète possible du Temps. Mais il doit être complété par la notion de Foudroyance car basé sur la reconnaissance muette et silencieuse du perdant il ne répond pas jusqu’au bout aux nécessités de l’Action militaire, ce que peut faire le jeu des échecs, ce pourquoi ce dernier était obligatoire pour tous les officiers de l’Armée Rouge. Pour en réussir la synthèse indispensable avant l’action proprement dite il faut être capable d’allier la Métis, ou intelligence rusée des anciens Grecs, contemporaine de la « tromperie » de Sun Tse, à l’ensemble de l’information/Intelligence dont on dispose. L’anticipation, manœuvre du Temps, est la fille de Métis et est essentielle dans toute opération d’affrontement comme de concurrence. La suite de cette étude montrera à quel point les Américains, en se servant remarquablement des renseignements obtenus, ont su en jouer ce qui sera une de leurs cartes maîtresses dans leur difficile situation.

    Guy Labouérie

    [1] Voir "Midway (9) : Le plan d’opération japonais".

    [2] Cette cellule dirigée à Pearl Harbor par le Capitaine de vaisseau Rochefort, placée par l’amiral King, CNO, près de l'Amiral Nimitz restera une unité de combat légendaire dans le domaine du renseignement opérationnel. Voir Notes n°3 et Note N°8 dans Midway (7) : Les réactions américaines après Pearl Harbor.

    [3] La création de l'United States Army Air Forces remonte au 20 juin 1941. Le général de brigade Henry H. "Hap" Arnold (1886-1950) nommé le 29 septembre 1938 chef de l'Army Air Corps, succédant au major-général Oscar Westover, tué dans un accident d'avion une semaine plus tôt, deviendra le patron de cette Army Air Force et le restera jusqu'à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.

    Henry H. "Hap" Arnold, figure de légende de l'USAAF

    A ce moment l'USAAF disposera de 80 000 avions et de 2.400.000 personnes, dont une grande partie sera démobilisée après les hostilités. Ce n'est que le 18 septembre 1947 que l'US Air Force deviendra un partenaire à part entière de l'US Navy et de l'US Army. Stuart Symington deviendra le premier "Secretary of the Air Force", et le général Carl A. Spaatz son premier chef d'état-major. Voir "A Brief History of the USAF". A Midway, la participation de l'AAF a été placée sous la responsabilité de la 7ème Armée (7th Air Force), renforcée par des des éléments de la Côte Ouest. Mais l'ensemble de ces moyens était jugé insuffisant par le Major Général Robert C. Richardson Jr., Commandant le 7ème Corps, qui s'en était entretenu avec l'Amiral Nimitz et le Lieutenant Général Delos C. Emmons pour sécuriser la ligne allant de l'Alaska à Hawaï en passant par les îles Samoa pour atteindre l'Australie. En effet, après la destruction à Pearl Harbor des appareils de l'Hawaiian Air Force, cette 7ème Armée ne disposait que de 43 bombardiers lourds, de 24 bombardiers légers et de 203 avions de chasse.

    Mais il ne faut pas oublier que pendant la guerre du Pacifique, le contrôle opérationnel de tous les avions était placé sous le commandemenat de l'US Navy, dont la doctrine d'emploi était parfois différente de celle de l'Army Air Force, d'où d'inévitables désaccords. Lire: Army-Navy Relations in the South-Pacific, page 352 à 357),

    [4] Supérieure en nombre, mais aussi mieux entraînée, l'aéronavale japonaise s'était battue contre les Chinois avant d'entrer en guerre avec l'Amérique. Les avions japonais étaient de loin les plus rapides du moment et une partie des pilotes de la marine impériale étaient considérés comme les meilleurs du monde. Les deux tiers des pilotes de l'aéronavale japonaise étaient entraînés depuis 1933 à apponter de nuit (voir l'interrogatoire du Capitaine de Vaisseau Mineo Yamaoka, M., IJN, officiers OPS de la 5ème flottille japonaise lors de la bataille de la mer de Corail les 7 et 8 mai 1942). Sans parler de la supériorité japonaise en matière de tactique de combat. Face à eux, les Américains manquent de pilotes expérimentés et surtout d'avions adaptés aux besoins: à Midway les Douglas TBD-1 Devastators lancés contre la flotte japonaise seront décimés (sur 41 avions-torpilles Devastators utilisés à Midway contre la flotte japonaise, 4 reviendront). Les 39 appareils restants de la Navy serviront pour l'entraînement et seront immédiatement remplacés par des Grumman TBF Avenger. Sa vitesse particulièrement lente, 200 nautiques/heure et son manque d'armement défensif. 

    Le Douglas TBD-1 Devastator -- Photo Naval Historical Center

    L'avion-torpille développé pour les besoins de l'US Navy et de l'USMC a fait ses premiers débuts à Midway. Dessiné par Leroy Grumman, et produit à près de 10 000 exemplaires, il sera utilisé par plusieurs marines et armées de l'air dans le monde. Il y avait à bord trois hommes d'équipage: outre le pilote, un bombardier dans la tourelle arrière et un radio, navigateur, bombardier au milieu. Le TBF pouvait emporter soit une torpille Bliss-Leavitt Mark 13 de 2000 livres (900 kg) soit 4 bombes de 500 livres ((230 kg). Son autonomie était plus grande que celle de son rival japonais, le Nakajima B5N Kate et un rayon d'action de  1000 nautiques, soit 1600 km. L'ironie du sort veut que l'usine Grumman l'ait présenté à la presse en grande pompe le 7 décembre 1941, le jour de l'attaque de Pearl Harbor, d'où son nom d'Avenger.... Livrés à temps, les 6 premiers Avengers ont participé à la bataille de Midway.

    Le TBF Avenger -- Photo Northrop Grumman

    [5] L'Académie de Marine a été fondée en 1752. Dissoute comme toute ses consœurs pendant la Révolution, elle n'a été réactivée qu'en 1921. Son siège est à Paris.

    [6] Sur la bataille de la mer de Corail, voir Midway (7) : Les réactions américaines après Pearl Harbor.

    [7] Cette torpille est exposée dans le magnifique musée national de l'US Air Force situé sur la base aérienne de Wright-Patterson, dans l'Ohio. Les torpilles sont trop souvent associées aux sous-marins. En fait, elles sont également utilisées par des navires de surface ou par des avions, ce qui fut le cas pendant la Première et la Deuxième Guerre Mondiales. L'Army Air Force ne les a utilisées qu'en deux occasions pendant la 2ème G.M.: pendant la bataille de Midway et pendant la campagne des Aléoutiennes. Elles étaient lancées généralement par des bombardiers B-26 Marauder. Sous l'eau, la torpille filait à une vitesse proche de 55 km/h sur une distance maximum de 5 à 6 km. Sa charge utile était de 600 livres d'explosifs.

    Les torpilles américaines étaient de mauvaise qualité et souvent n'explosaient pas au contact de l'objectif ! Déjà en 1922, toutes les torpilles de Mark 4 à Mark 7, déclarées dépassées, avaient été retirées du service. Alors que les Japonais, déjà en 1905 fabriquaient des torpilles de très bonne qualité. Les torpilles US 22.4in Mark 13 dont la fabrication avait commencé en janvier 1935 étaient également souvent défaillantes. Il faudra attendre janvier 1943 pour voir construire les premières torpilles électriques (Mark 24). Les Japonais par exemple avant la guerre utilisaient des torpilles sous-marines et lancées depuis des avions avec des systèmes à oxygène, utilisant la décomposition de peroxyde d'hydrogène pour générer un oxydent pour le combustible primaire. La "Long Lance" de 24 pouces japonaise construite en 1935 était considérée comme la meilleure torpille du moment. Il faut dire que les Japonais avaient au cours des années 20 et 30 à la fois fait beaucoup de progrès en la matière et qu'ils s'entraînaient beaucoup de nuit. Limités en tonnage par des traités qu'ils trouvaient injustifiés, ils essayaient de compenser par des systèmes d'armes et un entraînement plus performant pour le jour venu compenser leur faiblesse numérique. Autre exemple, la torpille de "type 93" était en avance sur toutes les torpilles occidentales et a donné dés le début de la guerre des avantages très nets aux Japonais. C'est d'ailleurs à cause de ces problèmes de torpilles que les Avengers américains étaient armés de préférence de 4 bombes de 500 livres (230 kg), beaucoup plus sûres.

    [8] « Un élément du code (l'emplacement AF) restait inconnu. Certains pensaient qu'il s'agissait de Midway, mais il y avait controverse et il pouvait s'agir des îles Aléoutiennes. Il n'y avait malheureusement aucun moyen de clore le débat avec les seuls éléments cryptographiques. Un jeune officier, Jasper Holmes, à la station Hypo, fit une suggestion brillante pour lever le doute. Il demanda au commandant de la base de Midway d'annoncer—en clair—à la radio qu'il y avait une urgence sanitaire—l'eau potable venait à manquer à cause d'un accident à l'usine d'épuration. Un message codé par JN-25 ne tarda pas à noter qu'AF avait un problème d'eau potable et que les forces d'attaques devaient en tenir compte. La conclusion logique immédiate était donc qu'AF et Midway ne faisait qu'un et que l'opération militaire à venir s'y déploierait. » Source Wikipedia.

    [9] Le prototype 299 de Boeing a fait son premier vol le 27 juillet 1935. Il était alors le seul bombardier quadrimoteur monoplan au monde capable de couvrir une distance de 3400 km en 9 heures de vol à une vitesse moyenne de 370 km/h. Dépassé en 1941, il subit toute une série de modifications. Les versions E, F (3.405 exemplaires) et G ont beaucoup servi avant d'être remplacés par des modèles plus puissants. Voir à ce sujet la fiche technique très détaillée sur l'excellent site "avionslegendaires.net". Mais à Midway, le Martin B-26 Marauder, entré en service en 1939, se révéla un meilleur bombardier à moyen rayon d'action.

    [10] Bimoteur amphibie de patrouille maritime, le PBY Catalina (version Marine) est de loin l'hydravion le plus connu au monde. C'est un de ces appareils qui repéra la flotte japonaise et donna l'alerte à Midway. Sur le théâtre du Pacifique, il sauva de nombreux marins et aviateurs. Conçu à l'origine comme un patrouilleur bombardier, avec un long rayon d'action capable pour pouvoir localiser et attaquer des navires de transport afin de rompre les lignes de ravitaillement ennemies, le Catalina fut utilisé pour toutes sortes de missions de surveillance et de combat par la Navy, l'Army (version OA-10) et les Marines, sa fiabilité et son endurance en ont fait un avion exceptionnel qui sera utilisé aussi bien comme bombardier, pour la lutte anti-ASM, comme avion d'escorte de convois maritimes, avion cargo, et bien sur comme avion de sauvetage et de recherche en mer des équipages. Pendant la guerre du Pacifique, « plusieurs escadres de Catalina avaient été modifiés pour pouvoir opérer de nuit. Équipés de détecteurs d'anomalies magnétiques, peint en noir, ces Catalina, surnommés les Black Cats, attaquaient les convois de ravitaillement japonais la nuit. » Il pouvait aussi bien être armé de bombes que de torpilles. De très nombreux pays se sont équipés de Catalina et dans certains pays. Voir également note 13 dans Midway (7) : Les réactions américaines après Pearl Harbor.

    [11] L'Amiral de la flotte William Frederick Halsey, Jr. (1882-1959) (Photo Truman Library). Surnommé "le taureau" (The Bull) à cause de son agressivité, l'Amiral Halsey fut le commandant en chef de la flotte de porte-avions du Pacifique sous les ordres de l'Amiral Chester Nimitz.

    [12] L'Amiral Raymond Ames Spruance (1886-1969) est considéré par tous comme le grand vainqueur de Midway. Sur l'homme, lire "The Quiet Warrior", une biographie de Thomas B. Buell qui correspond bien au caractère de cet homme déterminé qui a su gagner le respect de tous ceux qui ont servi sous ses ordres, les Marines en particulier. Voir également "le vainqueur de la bataille de Midway" de Mark J. Denger du California Center for Military History. En 1951, en quittant la Navy, il sera nommé par le président Truman ambassadeur aux Philippines. Son nom a été donné à une nouvelle classe de destroyers, le DD 963, retiré du service après 30 ans le 23 mars 2005.

    [13] Les forces en présence à Midway: côté japonais: la flotte combinée commandée par l'Amiral Isoroku Yamamoto.

    [14] Les forces en présence à Midway: côté américain: la flotte du Pacifique commandée par l'Amiral Chester W. Nimitz.

    [15] Source de référence: U.S. Army in World War II: The War in the Pacific. Strategy and Command: The First Two Years par Louis Morton (Hyper-War Foundation).

    Lire également du même auteur : dans la série "les leçons de la bataille de Midway":

  • Penser l'Océan avec Midway
  • Midway (13) : Commentaires généraux
  • Midway (12) : La bataille du 4 juin 1942
  • Midway (11) : Appareillages et transits des forces
  • Midway (10) : Le dispositif américain
  • Midway (9) : Le plan d’opération japonais
  • Midway (8) : Projets japonais après Pearl Harbor
  • Midway (7) : Les réactions américaines après Pearl Harbor
  • Midway (6) : Lacunes mises en évidence par Pearl Harbor et conséquences
  • Midway (5) : La montée vers la guerre
  • Midway (4) : La situation immédiate
  • Midway (3) : Le terrain
  • Midway (2) : Retour sur le passé: effet mémoire
  • Midway (1) : Une OPA hostile ratée
  • Dans la série "les leçons de l'Océan":

    Dans la série "analyse stratégique":


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