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Midway (11) : Appareillages et transits des forces

Midway (11) : Appareillages et transits des forces

Après avoir vu les dispositifs japonais et américains, voyons maintenant au jour le jour comment vont se dérouler les choses à partir du 23 mai. Le 27 mai, la flotte impériale quitte Hashirajima dans la mer intérieure du Japon. C'est le jour anniversaire de la victoire de Tsushima, le jour de la marine. L'opération "MI" est lancée. Le grand État-major est convaincu qu'il ne reste que 2 porte-avions américains dans la zone Pacifique et que les pilotes US sont sans sans grande expérience et qu'ils n'ont aucune chance face aux leurs. Le premier groupe aéronaval se compose de 4 porte-avions, l'Akagi, le Kaga, le Soryu et le Hiryu - le Shokaku et le Zuikaku étant immobilisés au Japon pour y être réparés. Il est commandé par le Contre-Amiral Chuichi Nagumo depuis l'Akagi. Cette force est protégée par un groupe de soutien composé de cuirassés et de croiseurs lourds et d'un écran de 11 destroyers. Leur rôle: détruire les défenses de Midway et interdire toute intervention américaine. Une seconde flotte japonaise, composée du cuirassé Yamato, le plus grand croiseur jamais construit, navire amiral de Yamamoto et d'un porte-avions léger est chargée de l'occupation de Midway. 26 navires, dont deux porte-avions composant la force Nord sous le commandement de l'Amiral Hosogaya ont pour mission d'attaquer Dutch Harbor dans les Aléoutiennes en essayant d'y attirer les forces américaines. Au total, sous le commandement de Yamamoto, vont s’ébranler huit groupes de navires se déployant en éventail [1]. Pendant ce temps l'équipe Rochefort travaille dur pour casser le code JN-25 et réussit à vérifier que "AF" en code signifie bien Midway. Le 29 mai, avec l’appareillage des sous-marins américains, commence la mise en route des forces navales américaines, pour qui les distances à parcourir sont nettement plus courtes que celles que doivent emprunter les Japonais. A trois reprises, l'Amiral Yamamoto sera informé de la mise en alerte de la flotte US, puis de la découverte d’une partie de ses propres forces. Mais, pour ne pas rompre le silence, il ne préviendra pas l'Amiral Nagumo, laissant sa propre force de frappe dans l’inconnu, ce qui va lui coûter très cher. On va suivre jour après jour la mise en place des dispositifs japonais et américain. Des deux côtés on est bien conscient que la bataille à venir pourrait bien marquer un tournant. Les Japonais, convaincus non sans raison de leur supériorité, comptent tendre un piège mortel à la flotte américaine du Pacifique. Quant aux Américains, malgré leur infériorité numérique et un entraînement moins soutenu, ils savent bien que s'ils perdent cette bataille, ils risquent d'abandonner le Pacifique aux Japonais pendant une période qui peut durer de longs mois, voire des années. Avec un courage exemplaire, ils vont donc faire la démonstration qu'ils sont prêts à se sacrifier quand il le faut, compte-tenu de l'enjeu. Au delà du Pacifique, cette bataille de Midway aura de très grandes répercussions sur l'issue même de la Deuxième Guerre Mondiale, au point d'estimer que jamais le débarquement n'aurait pu avoir lieu en 1944 en Normandie sans cette victoire. La plus grande bataille navale de tous les temps.

Par l'Amiral Guy Labouérie, membre de l'Académie de Marine [2]. Brest, le 17 décembre 2005.©

A partir de la dernière décision de Nimitz on assiste à l’appareillage d’ensemble des forces aéronavales américaines et japonaises dont on constatera, tout au long, qu’elles seront toujours en avance sur les mouvements des Japonais, non seulement parce que, sauf pour les sous-marins, elles ont infiniment moins de trajet à parcourir, mais parce que les Américains vont en permanence faire vivre que l’anticipation est la meilleure exploitation opérationnelle de leur avantage en Intelligence.

La bataille de Midway, un mois celle de la Mer de Corail. Source: Académie militaire de West Point

  • Pour mieux les marquer, les mouvements américains sont en vert et les mouvements japonais en violet.

Le 23 Mai, appareillage des sous-marins américains qui vont se répartir sur les routes possibles d’approche des forces japonaises.

Le 25 Mai, appareillage des sous-marins japonais, pour se trouver en barrage le 3 Juin sur la route présumée des porte-avions américains, entre Midway et Hawaï.

Le 27 Mai, appareillage des porte-avions japonais de Nagumo. Malgré ses demandes il n’a pu obtenir la présence d’au moins un cuirassé équipé de radar dans sa force et avance donc sous la seule ombrelle de ses hydravions de reconnaissance embarqués

Le 28 Mai, - appareillage de la force japonaise vers les Aléoutiennes.

- appareillage de la TF 16 américaine vers le nord de Midway, au point baptisé "Chance".

  • Le même jour Rochefort déchiffre l’ordre de marche des porte-avions japonais y compris que l’attaque de Midway aura lieu entre le 3 et le 5 Juin.

Sur tous ces mouvements l’avance temporelle américaine est frappante. Ce n’est pas parce que les unités US se trouvaient très près du lieu de l’action mais parce que Nimitz veut les perdre dans le bruit de fond de la mer en sentinelles silencieuses ne devant pas se faire remarquer avant le cas échéant de frapper. C’est la meilleure façon de retourner l’incertitude contre l’Autre. C’est aussi un des avantages d’une position centrale offerte à la fois comme tentation et comme “passage” obligé, permettant une menace omnidirectionnelle sur l’attaquant C’est aussi la contre partie d’inconvénients certains comme celui d’attirer la foudre et de faciliter la concentration des adversaires ... ce que voulaient les Japonais dans cette opération mais concentration prévue bien trop tardive puisque seulement après la destruction des défenses de Midway.

Le 29 Mai, appareillage des cuirassés et de la force de débarquement japonaise, la seconde devant faire un détour par Wake pour perdre une journée par rapport aux forces d’attaque pendant laquelle les défenses de Midway devraient être annihilées permettant un débarquement sans difficultés majeures. [3]

L'USS Yorktown - Photo U.S. Navy versée aux Archives nationales

Le 30 Mai, appareillage de la TF 17 après réparation du Yorktown. Elle rejoint la TF 16 dans le silence le plus complet, les échanges éventuels entre les deux forces se faisant soit par moyens optiques dirigés soit par aéronef de porte avions à porte avions.

Le 30 Mai, le sous-marin ravitailleur japonais arrivant sur le banc de la “Frégate française” découvre la présence du ravitailleur américain qui y a été déployé depuis le 23 Mai. Yamamoto annule l’opération de ravitaillement des hydravions de surveillance qui y était prévue car devenue impossible à moins de couler le ravitailleur américain, ce qui donnerait immédiatement l’alerte. Aussi perd-il une carte importante pour le renseignement. Mais il y a bien plus grave encore car, prisonnier de ses propres ordres de silence.

Les amiraux Isoroku Yamamoto et Chuichi Nagumo, Commandant le 1er Groupe aéronaval (Itokukuu Kantai)

  • Yamamoto ne prévient pas Nagumo

de cette présence américaine et de l’annulation d’un ravitaillement possible de ses hydravions de surveillance. Or il s’agit là d’une information importante prouvant que les Américains sont sur leurs gardes et qu’on ne les surprendra vraisemblablement pas, renseignement vital pour le commandant des porte-avions japonais.

Le 31 Mai, attaques japonaises de diversion sur le cuirassé britannique Ramillies à Diego Suarez dont les Britanniques se sont emparé, et d’un ferry-boat à Sydney par des sous-marins, mais ça ne trompe personne, les Américains connaissant les intentions réelles des Japonais et ayant leur dispositif en place.

Le 1er Juin, les Japonais interceptent un flot de messages américains - 180 dont 72 précédés de la mention “flash” - manifestant une grande activité US. Obnubilé par le silence qu’il s’obstine à ne pas rompre, peut-être par un funeste parallèle avec le silence qui avait dominé avec succès le transit avant l’attaque de Pearl Harbor, sans se rendre compte des différences entre les deux opérations et des conséquences que cela peut avoir,

  • Yamamoto ne prévient pas Nagumo

alors qu’il s’agit là d’une information sans ambiguïté sur la mise en alerte des Américains et l’évanouissement progressif de toute possibilité de surprise. Par ailleurs une telle masse de messages ne peut être simplement destinée à l’île de Midway et doit correspondre en grande partie à des destinataires à la mer, donc à des forces navales, mais il ne semble pas qu‘elle ait été prise comme telle par Yamamoto. Constatons ici que l’étirement excessif des forces et le silence entre elles vont de pair et sont quasiment obligatoires dans l’optique japonaise pour rester discret dans les conditions de l’époque, mais qu’elles entraîneront inéluctablement l’ensemble des forces vers de grandes surprises et difficultés. C’est une raison de plus, a contrario, pour marquer l’erreur de la formation d’ensemble japonaise.

Les Ier et 2 Juin les pétroliers japonais perturbés par le mauvais temps et la difficulté de rallier des forces japonaises aussi dispersées pour les ravitailler rompent le silence radio pour savoir que faire et où aller. Elles sont aussitôt goniométrées par les Américains qui en déduisent la position globale des forces japonaises sur leur transit et une confirmation de l’information de Rochefort sur une attaque probable vers le 04 Juin. C’était inscrit dans le manque de dispositif des Japonais, la différence de vitesse entre les bâtiments militaires et les ravitailleurs étant de plus une contrainte supplémentaire dès lors que la météo se mettait de la partie.

Le 3 Juin

- Attaque des Aléoutiennes [4] par les Japonais qui s’emparent de leurs objectifs sans difficulté étant donné la disproportion des forces en présence. Toutefois les Américains s’empareront d’un Zéro intact obligé de se poser à la suite d’avaries, ce qui leur sera très profitable par la suite. Contrairement aux calculs des Japonais cette attaque ne peut attirer les Américains entre cette force et celle de Nagumo. Les TF16 et TF 17 toujours dans un silence total, mais suivant l’approche des Japonais par le centre opérationnel de Nimitz, ne fournissent ainsi aucun indice sur leur présence et leur activité, laissant Nagumo dans l’incertitude la plus grande qu’il supporte dans une anxiété croissante.

- Les sous-marins japonais arrivent sur leur barrage mais les porte-avions américains sont passés depuis déjà plusieurs jours.

- La flotte de transport est repérée par un Catalina puis est attaquée par les B-17 basés à Midway, mais sans résultat malgré une nouvelle attaque de nuit par des Catalina mais, décidément obstiné

  • Yamamoto ne prévient toujours pas Nagumo.

Tandis que les porte-avions américains sont renseignés de façon continue par Nimitz, ils viennent au Sud Ouest le 3 au soir pour se rapprocher de l’ennemi et le prendre entre leur aviation embarquée et l’aviation basée à Midway, réalisant ainsi la manœuvre inverse de celle qu’avait espérée Yamamoto de prendre les Américains entre la force des Aléoutiennes et la force d’attaque des porte-avions.

A l’aube du 4 Juin la force de frappe des porte-avions japonais ne sait toujours pas où se trouvent les porte-avions américains ni combien ils sont, les croyant soit à Pearl Harbor soit dans le Pacifique Sud, ni même si les Américains sont réellement en alerte. Invraisemblable situation pour l’amiral Nagumo !

    Enseignements

Quand on démarre une opération dans le doute, plutôt que de s’obstiner dans l’inconnu il est préférable, c’est le rôle d’une appréciation continue de la situation, de ne pas hésiter à modifier complètement son ordre de bataille et/ou son dispositif, mais pour cela il est indispensable de disposer d’une information continue en la provoquant d’une manière correspondant à ses moyens et ses capacités.

Quand on s’en prive ou que l’on n’en a pas les moyens, on se place automatiquement sur un chemin difficile voire dangereux. De ce point de vue le dispositif des sous-marins japonais au large de Midway était une excellente idée mais sa mise en place, comme si rien ne devait se passer avant ce que pensent ou espèrent les Japonais, ne prenait en compte aucune anticipation ni des Américains ni d’eux-mêmes que ce soit pour assurer la sécurité de leur force d’attaque en la renseignant sur les mouvements éventuels des Américains ou pour intercepter les navires américains qui appareilleraient de Pearl Harbor! Or rien n’empêchait les sous-marins d’être en place dix jours plus tôt même si leurs caractéristiques du moment n’en faisaient guère des navires pouvant demeurer longtemps en mer avec le minimum du confort nécessaire à l’endurance du personnel.

Il en est de même dans chaque entreprise car celle qui ne dispose pas ou n’a pas compris l’intérêt d’un service d’intelligence économique s’expose à se faire avaler par plus puissant ou à disparaître!

Cela doit intéresser les PME et pas seulement les grandes entreprises qui dans l’ensemble ont désormais des services qui s’en rapprochent. C’est très important aujourd’hui dans toutes les activités d’un pays, d’où l’attention de plus en plus grande de tous les États pour aider leurs entreprises de ce point de vue en réorientant leurs services de renseignement vers l’économie, parfois à la limite de la violation du Droit international avec des conséquences et des dévoiements qui peuvent se rapprocher du monde des maffias et de l’économie criminelle. On peut penser que les services américains flirtent trop facilement avec ces dérives, comme cela est évident avec leurs installations d’écoute mondiale, mais cela est également vrai de pays beaucoup moins puissants…

Il y a des tentatives de diversion comme celles de Diego Suarez ou de Sydney qui frisent en réalité le ridicule, car s’imaginer que de telles mini attaques à des milliers de nautiques des forces américaines vont les conduire à se précipiter vers le Sud Est, ou les encourager à y rester si elles y sont toujours, est plus du niveau de la naïveté que d’une étude continue et “intelligente” de la situation et de l’Autre.

Autant celle sur les Aléoutiennes pouvait se justifier dans son principe, à la condition que ces deux forces soient constituées en véritable dispositif, autant les deux premières sont parfaitement inutiles et les sous marins correspondants auraient été bien plus efficaces au large de Midway. C’est un comportement que l’on retrouve en politique avec la plupart du temps le même insuccès, d’autant plus que l’organisation des ministères correspondants se partage entre de multiples chapelles de spécialistes par zones ou par spécialités sans vision générale de ce qui se passe ni des réactions à travers la planète de n’importe quel événement, sans croire exagérément pour cela à l’effet “aile de papillon” . Les discussions nucléaires avec l’Iran revêtent en grande partie cet aspect par ignorance de la culture persane chiite et ses répercussions à travers tout le monde musulman y compris hindou et chinois.

Plus encore que toutes les péripéties qui vont suivre pendant l’engagement proprement dit, c’est la triple faute de Yamamoto, privant sa force de porte-avions de renseignements essentiels qu’il possédait, qui auraient dû l’alerter et l’entraîner à une nouvelle appréciation de la situation [5], qui va se révéler catastrophique par la confiance malgré tout tragique qu’elle entraîne chez le commandant des porte-avions. Au-delà même de la mauvaise articulation des forces avec le manque de véritable dispositif, c’est elle qui va entraîner l’échec de l’OPA hostile japonaise sur Midway. Il vaut mieux lever le silence que de laisser le patron de la force d’attaque qui se trouve seul en avant de tous les autres sans un renseignement vital pour la suite de l‘opération.

    “Errare humanum est, perseverare diabolicum

Il y a silence et silence… Celui de Yamamoto est "criminel", celui des TF 16 et 17, enrichi par les informations de Nimitz est une donnée essentielle de la manœuvre américaine.

Les capacités d’anticipation des Américains, grâce à leur avantage en renseignement, les placent dans une situation non prévue par les Japonais dont on peine à croire qu’ils aient pu penser que les mouvements de forces aussi considérables que les leurs pouvaient passer inaperçus sur d’aussi longues distances, même à cette époque, après leur attaque de Pearl Harbor. La contrepartie de ce mépris pour les Américains est de donner à Nimitz un avantage d’autant plus considérable qu’à partir du 28 il connaît le dispositif général adverse [6], en particulier la composition de la force de porte-avions bien avant que ses forces ne puissent en constater la réalité et la position précise, ce qui leur permettra une appréciation continue de la situation avant l’action proprement dite qu’ils pourront déclencher au moment le plus favorable, dès qu’ils connaîtront la mise en l’air des premiers raids éventuels des Japonais vers Midway.

On a beaucoup critiqué la “dureté” de la conduite des Américains vis à vis des Japonais installés aux États-Unis, en particulier à Hawaï, y compris pour les citoyens américains d’origine japonaise!

Mais ce faisant ils ont stérilisé une large part des possibilités de l’espionnage japonais qui a été incapable de continuer à alimenter les forces japonaises sur les mouvements des navires, spécialement des porte-avions, à partir de Pearl Harbor. Grâce à cela ils ont pu dissimuler totalement aussi bien les travaux sur le Yorktown que l’appareillage des TF 16 et 17. On en revient y compris sur ce point à la phrase de Nimitz “ou l’on se bat ou l’on va danser” que l’on devrait tous méditer et surtout mettre en pratique devant les difficultés internes et externes auxquelles s’affrontent nos pays, au lieu de s’abandonner depuis trente ans aux délices de la bonne conscience, d’une charité à sens unique, du politiquement et culturellement correct, toutes attitudes qui vont à l’envers du “bien public” contrairement à ce que croient leurs thuriféraires!

L’anticipation est avec l’innovation au cœur de la réussite des entreprises du XXIème siècle quelles que soient leurs tailles, leurs spécialités, leurs expertises.

Aussi tout projet doit-il désormais prendre en compte comme critères de base les capacités de l’entreprise, comme des États ou des militaires, en fait d’innovation et d’anticipation. Il doit s’intéresser à tous les éléments humains et matériels que l’on compte mettre en oeuvre, ainsi que ceux de l’Autre ou des Autres vers lesquels est orienté son projet, qu’il s’agisse de clients, de concurrents, d’adversaires, ou simplement de citoyens à convaincre de la justesse de ses projets politiques. Cela nécessite des investissements humains et matériels de plus en plus élevés sans lesquels les entreprises seront inexorablement conduites à l’immobilisme puis à la disparition quelle qu’en soit la forme. Il en est de même des États où il serait plus astucieux de discuter de cette très grave question des investissements à faire pour développer ces deux capacités fondamentales pour l’avenir d‘un pays au XXIème siècle, plutôt que de perdre temps et argent du pays dans des polémiques inutiles et désuètes sur les mérites respectifs du libéralisme, du capitalisme, des socialismes divers et variés, de la mondialisation, sans oublier l’émiettement des pensées sur des retours à des passés révolus, et la fuite en avant dans un “État omniprésent où il n’a rien à faire et absent là où il devrait intervenir”[7], etc. tandis que montent les tensions internes et externes.

Si le silence est une qualité essentielle dans beaucoup de cas et vaut mieux bien souvent que le secret qui est d’un autre ordre, cela n’a plus beaucoup de sens à l’ère de l’information en ce qui concerne l’information/Intelligence à donner à ceux qui mènent quelque opération que ce soit sur le terrain, à la condition de disposer de personnels capables d’analyser les situations en cause avec leurs conséquences sur l’opération en cours, l’importance de l’information à transmettre, les délais et urgences, toutes les possibilités de manipulations des informations, de désinformations, etc.

On ne peut confier ces responsabilités qu’à des personnes capables d’assumer ces tâches très délicates. A l’ère des médias de toute nature que nous connaissons, les erreurs des Japonais indiquent ce qu’il ne faut pas faire et comment user de ces médias et de l’ensemble des informations vraies ou fausses qu’ils peuvent diffuser. C’est une question vitale pour toute affaire d’importance et il est hors de question de se réfugier derrière de faux principes de silence en étant incapable de faire la différence entre communication vers ceux qui ont à en connaître et diffusion vers tous ceux qui, spectateurs ou acteurs, se sentent concernés par l’affaire en question. Seule l’imagination manœuvrière, l’initiative, les sens tactique et stratégique permettent d’agir au mieux de la finalité recherchée dans l’Action. Encore faut-il que cette dernière corresponde à quelque chose de sensé allant dans le sens du projet général qu’il s’agisse d’une personne, d’une entreprise ou de toute une société.

Un exemple assez remarquable de ce transfert du silence vers une parole bien étudiée en a été donné par l’amiral Woodward, commandant l’opération des Malouines contre l’Argentine, dans une conférence à l’École Supérieure de Guerre Navale à Paris, où, à une question sur la plus grande difficulté rencontrée par lui et son état major, il précisa qu’il n’y en avait eu qu’une et que ça avait été la gestion des informations vers le gouvernement et les médias. Pour le premier c’était facile et couvert par des messages cryptés dépeignant la réalité et ses intentions, mais pour les seconds qu’il était hors de question d’ignorer, il fallait être capable dans le même message de dire la vérité au peuple britannique tout en trompant les Argentins sur la réalité de ce qui allait se passer et s’abattre sur leurs forces. Or pas plus l’amiral que l’état-major n’avaient été formés pour cela... Mais ils s’y sont mis et cela a demandé beaucoup de réflexion et de travail. Souhaitons que cette prise de conscience ait été faite ou se fasse dans tous les pays démocratiques, car cela s’adresse à toutes les activités dans tous les domaines.

Guy Labouérie

[1] Voir Midway (9) : Le plan d’opération japonais

[2] L'Académie de Marine a été fondée en 1752. Dissoute comme toute ses consœurs pendant la Révolution, elle n'a été réactivée qu'en 1921. Son siège est à Paris.

[3] L'USS Yorktown (CV-5) est ici photographié le 29 mai, en cale sèche, à Pearl Harbor. Le lendemain, après avoir été réparé en trois jours par tous les hommes disponibles sur le chantier, au lieu des trois mois estimés, et remplacé tous les personnels blessés ou décédés lors de la bataille de la mer de Corail, le porte-avions reprendra la mer avec un nouveau groupe aérien. A la grande stupéfaction des Japonais qui étaient convaincus qu'il avait coulé trois semaines plus tôt...

[4] Les îles Aléoutiennes font partie de la ceinture de feu du Pacifique.

[5] Les forces en présence à Midway : côté japonais: la flotte combinée commandée par l'Amiral Isoroku Yamamoto.

[6] Les forces en présence à Midway : côté américain: la flotte du Pacifique commandée par l'Amiral Chester W. Nimitz.

[7] cf. Guy Sorman in "La nouvelle solution libérale", publié chez Fayard le 29.8.1984. Dans ce livre, Guy Sorman se livre à une analyse précise de la structure de la droite française : « la France s'est incontestablement libéralisée depuis les années Giscard ». Guy Sorman prône « une révolution libérale en France et un État minimum. S'il ne veut pas voir le concept étatique disparaître, il souhaite pourtant la fin de l'État-Providence. »

Lire également du même auteur : dans la série "les leçons de la bataille de Midway":

  • Penser l'Océan avec Midway
  • Midway (13) : Commentaires généraux
  • Midway (12) : La bataille du 4 juin 1942
  • Midway (11) : Appareillages et transits des forces
  • Midway (10) : Le dispositif américain
  • Midway (9) : Le plan d’opération japonais
  • Midway (8) : Projets japonais après Pearl Harbor
  • Midway (7) : Les réactions américaines après Pearl Harbor
  • Midway (6) : Lacunes mises en évidence par Pearl Harbor et conséquences
  • Midway (5) : La montée vers la guerre
  • Midway (4) : La situation immédiate
  • Midway (3) : Le terrain
  • Midway (2) : Retour sur le passé: effet mémoire
  • Midway (1) : Une OPA hostile ratée
  • Dans la série "les leçons de l'Océan":

    Dans la série "analyse stratégique":


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